LA CHASSE AUX BANDEROLES

Depuis une vingtaine d'années les treillages et murs qui enclosent la

forêt de Fontainebleau ne sont plus guère entretenus, et il en résulte

que cerfs et biches quittent, le soir leurs demeures, et profitent des

brèches pour se rendre au gagnage.

Les propriétaires riverains, se trouvant lésés par les dégâts

occasionnés sur leurs territoires, ont adressé au Préfet de

Seine-et-Marne des réclamations à la suite desquelles les cerfs et les

biches ont été reconnus animaux nuisibles, et les propriétaires

autorisés en tout temps et par tous les moyens possibles à les détruire.

Actuellement le mode de chasse ou de destruction le plus usité, et aussi

le plus meurtrier, est celui que représente notre gravure et qu'on

appelle le «Fermé de Banderoles». Il est, destiné à empêcher les

animaux venus en plaine pour y chercher leur nourriture, de rentrer en

forêt ainsi qu'ils le font tous les matins au petit jour.

C'est vers le milieu de la nuit qu'on opère. On commence par tendre une

ligne de banderoles en bordure de la partie de forêt par laquelle les

animaux sont sortis. Puis de chaque extrémité de cette ligne on en tend

une nouvelle. Ces deux dernières lignes doivent se rejoindre de façon à

enfermer complètement la portion du territoire où se trouvent les

animaux.

Au petit jour commencera la battue. Les animaux poussés par les

rabatteurs n'approcheront la ligne de banderoles que d'une vingtaine de

mètres au plus; c'est-à-dire à bonne portée des chasseurs. Quelque fois

cependant, les animaux franchissent cette ligne, et la chasse devient

alors un véritable massacre.

Et ici une réflexion s'impose: s'il reste encore dans le centre quelques

forêts assez fournies en gros gibier, au lieu de le détruire, ne

serait-il pas préférable de panneauter tous les ans 10, 20 ou 50 de ces

animaux pour les envoyer repeupler certaines forêts du midi ou ils

manquent totalement?

Rodolphe Bodmer.

[Illustration: M. ERNEST RIGAUD Fusillé à Port-au-Prince, par ordre du

général Hippolyte.--Phot. Monrgeon.]

L'Illustration, No. 2522, 27 Juin 1891 · 第 17 / 24 题