LA FÊTE DE JEANNE HACHETTE A BEAUVAIS.

[Illustration: Bannière de Jeanne Hachette.]

Tous les ans, fin juin, la vieille capitale du Beauvaisis célèbre

solennellement la fête commémorative du siège quelle soutint en 1472

contre Charles-le-Téméraire, et où s'illustra, en tête des femmes de la

ville, celle que l'histoire a immortalisée sous le nom de Jeanne

Hachette. Cette fête remonte à l'année même du siège, car dès 1472,

Louis XI, pour récompenser Beauvais de son héroïsme, rendit à ses

habitants leurs anciens privilèges et institua une procession annuelle.

Depuis 1851, date de l'inauguration de la statue de Jeanne Hachette à

Beauvais, la procession a fait place au _cortège de l'assaut_, et, à la

suite de dissentiments entre la municipalité et le clergé, ce dernier

n'assiste plus à la cérémonie.

Cette fête n'en a pas moins conservé un caractère des plus imposants, et

aussi des plus curieux. Elle a lieu sur la grande place de

l'Hôtel-de-Ville, où se dresse la statue de l'héroïne.

Les troupes font la haie autour de la place et maintiennent la foule qui

se presse, avide de voir. De l'Hôtel-de-Ville sort une théorie de jeunes

filles escortant l'étendard des Bourguignons porté par la rosière de

l'année, et qui viennent occuper la place d'honneur devant la statue;

puis suivent les autorités civiles et militaires par ordre de préséance.

Des gymnastes grimpent sur le monument et y accrochent leurs couronnes.

Alors, suivant l'antique usage, des salves d'artillerie sont tirées par

les jeunes filles qu'accompagne galamment un aimable fonctionnaire ou un

délégué de corporations. Les descendantes des héroïnes de 1472 ne

tremblent pas et mettent crânement le feu aux poudres.

L'étendard de Jeanne Hachette, en très mauvais état, est exposé dans une

vitrine à l'Hôtel-de-Ville; c'est seulement le fac-similé qui est porté

par les jeunes filles.

Quant à la statue de l'héroïne, elle fut inaugurée le 6 juillet 1851.

Le monument en bronze est l'oeuvre de M. Dubray-Vital. Jeanne est

représentée dans une fière attitude, le pied sur l'échelle, tenant de la

main droite la hache dont elle vient de frapper son ennemi roulant dans

le fossé, et qu'elle semble suivre du regard; de la main gauche elle

arrache le drapeau brisé.

[Illustration.]

Les armes de la ville, qui sont armes parlantes, ont subi quelques

transformations à travers les siècles; elles sont aujourd'hui _De

gueule, au pieu posé en pat d'argent avec la devise: _Palus ut hic

fixus, constans et firma manebo_.

Éridan.

L'Illustration, No. 2522, 27 Juin 1891 · 第 14 / 24 题