APPENDICE.

I

_1372, 18 septembre, devant Surgères._

TRAITÉ CONCLU ENTRE JEAN, DUC DE BERRY ET D’AUVERGNE, COMTE DE

POITOU, DE MACONNAIS, D’ANGOULÊME ET DE SAINTONGE, LIEUTENANT DU

ROI DE FRANCE, D’UNE PART, ET CERTAINS PRÉLATS ET BARONS DU PAYS

DE POITOU, D’AUTRE PART, STIPULANT UNE TRÊVE ET SOUS CERTAINES

CONDITIONS LA SOUMISSION DU DIT PAYS DE POITOU A CHARLES V LE 1er

DÉCEMBRE SUIVANT.

Copie du traictié fait davant Surgieres en Poitou par monseigneur

de Berry avecques aucuns prelaz et barons du dit pais de Poitou le

XVIIIe jour de septembre MCCCLXXII sur la manière de faire retourner à

l’obeissance du roy de France le pais du duchié de Guyenne, pour lequel

traictié consummer fut assemblée la puissance du roy davant Thouars

tout le jour de Saint André l’an MCCCLXXII dessus dit, et le landemain

fut redducé et remis le dit duchié de Guyenne à la dicte obeissance du

roy à Loudun en l’eglise des Frères Meneurs.

Jehan, filz de roy de France, duc de Berry et d’Auvergne, conte de

Poitou et de Masconnais, d’Angolesme et de Xaintonge, lieutenant de

monseigneur le roy es diz pais et en pluseurs autres parties de son

royaume, faisons savoir à tous que bonnes et loyaulx treuves et bonnes

souffrances de toutes guerres sont prinses et accordées entre nous, ou

nom que dessus et ou nostre propre, les subgiez, submis et aliez du

roy et de nous, d’une part, et les prelas evesques de Maillezays et

de Luczon, dame Perrenelle, dame et vicontesse de Thoars, le seigneur

de Partenay[435], le viconte de Chasteleraut[436], le seigneur de

Pouzauges[437], monseigneur Renault de Vivonne, monseigneur Jaques de

Surgières, le seigneur d’Argenton[438], monseigneur Regnault de Thoars,

monseigneur Guy de la Forest, monseigneur Emery d’Argenton, le sire

d’Aubeterre[439], messire Hugues de Vivonne, monseigneur Emery de la

Roche, monseigneur André Bonnaut, Perceval de Couloigne, Lestrange de

Saint Jallais, messire Jehan de Machecoul, messire Brandelis Coutentin,

le sire de Niule[440], le sire de Goureville, messire Guillaume de

Pellevesin, Emery Helies, Jehan Marrosonne et Jehan Jourdan, tant

pour eulz que pour leurs subgiez et aliez desquielx ilz envoyeront

les noms pardevers nous dedenz dimanche en quinze jours, et d’iceulx

auront prins seurté de tenir les choses contenues en cestes, d’autre

part. Lesquelles treuves et souffrances tendront et dureront jusques

au jour de la Saint André prouchaine venant, et cellui jour enclos,

sanz faire guerre en aucune maniere par monseigneur le roy, nous, nos

subgiez et aliez ne aucun de nous aus dessus nommez, leurs subgiez et

aliez, villes, chasteaulx, fortereces ne à celles qu’ilz tiennent en

leurs mains ou ont en garde, leurs terres, pais ne aux habitanz ou

demouranz en ycelles. Et aussi les dessus nommez, leurs subgiz et aliez

ne aucun d’eulz ne feront guerre en aucune maniere ne ne recourront en

leurs fors aucune personne pour la faire ne à monseigneur le roy ne

à nous, nos subgiez ou aliez ne aucun de nous, durant le dit temps.

Et s’il avenoit que aucun des dessus diz, leurs villes, chasteaulz

et forteresses, subgiz et aliez d’eulx fussent prins ou occuppez par

monseigneur le roy, par nous, nos subgiez et aliez ou aucuns de leurs

biens durant le temps de la dicte sueffrance, nous promettons et sommes

tenuz de les rendre ou faire rendre et restituer tantost et sanz delay.

Et aussi les dessus nommez et chascun d’eulx, pour eulx et pour leurs

aliez, ont promis et sont tenuz que, si durant le temps de la dicte

treuve et suffrance, aucuns des subgiez et aliez de monseigneur le roy,

de noz villes, chasteaulx et forteresses ou celles des subgiez et aliez

de monseigneur le roy et de nous ou d’aucune d’elles, estoient prins

par eulx, leurs subgiez et aliez ou par aucun d’eulx, de les rendre ou

faire rendre et restituer tantost et sanz delay.

[435] Guillaume Larchevêque.

[436] Louis de Harcourt.

[437] Miles de Thouars, père de Regnault de Thouars.

[438] Gui IV, seigneur d’Argenton, frère d’Aimeri d’Argenton.

[439] Robert, seigneur d’Aubeterre.

[440] Nieul, sans doute Nieul-sur-l’Autize, Vendée, arr.

Fontenay-le-Comte.

Et en outre est parlé et accordé entre nous et les dessus nommez que,

si le roy d’Angleterre, son filz ainzné le prince de Galles qui hores

est ne viennent le jour de la prouchaine feste Saint André à Thoars et

qu’ilz peussent mettre monseigneur le roy ou son povair hors des champs

et les faire retraire en fors par force, les dessus nommez subgiez et

aliez leurs hoirs et successeurs l’andemain retourneront, seront et

demourront d’ores en avant en l’obeissance de monseigneur le roy et de

nous, si et par tele maniere que les dessus nommez, leurs predecesseurs

et chascun d’eulx estoient au temps et paravant que par monseigneur

le roy Jehan nostre père, que Dieux absoille, ilz furent baillez et

livrez au roy d’Angleterre et à son obeissance, sanz plus lui faire

ne aux siens obeissance ne recognoissance en aucune maniere. Et si

le roy d’Angleterre ou son filz le prince qui hores est venoit à la

prouchaine feste de Saint André en la maniere que dessus est dit, les

dessus nommez et chascun d’eulz et leurs aliez demourrayent et seroyent

quittes de leurs accors, convenances, seremens et autres choses

contenues en ces presentes, et demourrayent en l’estat qu’il estoient

paravant la date de cestes, et se pourrayent armer sans reprouche le

dit jour passé.

Et unquore est parlé et accordé que les dessus nommez et chascun d’eulx

pourront aller, venir et chevaucher, armez ou desarmez, sanz faire

guerre à monseigneur le roy ne à nous, à nos subgiez et aliez ne ne au

pais de monseigneur le roy et de nous, nos subgiez et aliez, durant

le dicte treuve, sinon ou cas dessus dit. Et touz marchanz du pais de

monseigneur le roy et du nostre et du povair des dessus nommez et de

chescun d’eulx et de leurs aliez pourraient aler, venir et marchander,

à pié ou à cheval, ou leurs denrées et marchandises, sauvement et

seurement, par tout là où il leur plaira, ou pays, d’un costé et

d’autre, sanz aucun empeschement leur faire, ainsi toutes voyes que aus

dessus nommez subgiez et aliez et chascun d’eulx, pour tant comme à

chascun touche.

Si tost comme ilz seront entrez en l’obeissance de monseigneur le roy

et de nous, leur seront renduz, baillez et delivrez realment et de fait

leurs villes, chasteaulx, forteresses, herbergemens, terres ou leurs

appartenances et appendences et autres biens et droiz quielxconques

receanz ou royaulme de France ou ailleurs ou povair de monseigneur le

roy et de nous, que les dessus nommez et chascun d’eulx tiennent et à

eulx appartenoient ou temps paravant le commencement de ces presentes

guerres, avecques tout ce que nous aux dessus nommez, leurs subgiz

et aliez ou à chascun d’eulx depuis le dit temps seroit avenu et

appartendra pour cause de la succession de leurs parens ou autrement

qui prins ou empeschiez auroient esté par monseigneur le roy et par

nous, not subgiz et aliez ou aucun de nous; et d’iceulx joyront

delivrement et de plain droit sanz aucun empeschement, si et par la

maniere que eulx et leurs davanciers joyent et avoyent acoustumé joïr

ou temps de monseigneur le roy Jehan, que Dieux absoille, et que les

empeschemens y furent mis, avecques les lettres de monseigneur le roy

en laz de soye et cire vert et les nostres, des requestes par nous aus

diz nommez octroyées, desqueles nous leur avons baillié coppie enclose

soubz nostre seel, et autant en avons retenu pour en faire les dictes

lettres de monseigneur le roy et de nous.

De rechief, les pastiz qui sont prins se tendront de cy au terme

qu’ilz sont prins, se payeront à ceulx qu’ilz sont deubz passé le dit

terme, et ne se prandront plus nulz pastiz ne suffrance. Toutevoye, se

paieront pastiz, d’une part et d’autre, sanz acroistre ne amaindrir

deça ne delà, pour celle partie et par porcion et selon le regart du

temps qu’il a, de la Saint Michiel jusques à la dicte feste de Saint

André. Et si aucunes restes estoient deuez des diz pastiz et ranczons

du temps passé, elles ne seront prinses ne executées de fait par fait

de guerre, mès payeroient les dessus nommez, leurs subgiez et aliez, en

tel povair et juridiccion seroient ceulx qui la dite reste ou restes

devroyent, [et devroyent] les faire rendre et payer à ceulx à qui deuez

seroient tantost et sanz delay. Et en cas de debat sur ce avons esleu

pour cognoistre et mettre à fin le dit debat sans dilacion; et, ycellui

feni, ce que sera trouvé qui deu sera sera executé par le seigneur de

qui povair et juridiccion et fait payer sanz delay.

Et voulons que les fortifficacions que les dessus nommez et chascun

d’eulx donrront soubz leurs seaulx à leurs subgiez, hommes et aliez et

aux habitanz et demouranz en leurs villes, chasteaulx et forteresses,

leur baillent treuves, souffrance, saufconduit et sehurté et que à

la coppie ou coppies de ces presentes soubz seel auctentique soit

adjoustée planiere foy et autele foy comme à l’original. Si mandons

et deffendons, de par monseigneur le roy et de par nous, à touz les

subgiz bienveillans et aliez de monseigneur le roy et de nous que

contre la teneur de cestes et de nostre souffrance par nous donnée

aux dessus diz et chascun d’eulz, leurs aliez et subgiz, leurs biens

quielxconques ne meffacent ne sueffrent meffaire en leurs fors,

fortresses, hostel, maisons, terres et biens quielxconques, durant le

dit temps. Et afin que ces choses soient fermes et tenables le dit

temps, nous avons fait mettre à ces presentes nostre seel secret en

absence de nostre grant. Donné davant Surgieres le XVIIIe[441] jour de

septembre l’an mil CCCLXXII. _Et s’ensuit_: par monseigneur le duc et

lieutenant. _Et signé_: J. RAIGEREAU.

Donné par maniere de coppie soubz le seel des contrax establi à

Poictiers pour monseigneur le conte le XXIIIIe jour de janvier l’an mil

CCCLXXIIII. _Ainsi signé_: BOUCART. VIVIEN.

(_Arch. Nat._, P 1334{1}, fºs 23 et 24.)

[441] La copie fort mauvaise d’après laquelle nous publions le

texte de la convention de Surgères porte ici «XXVIII»; mais cette

leçon est évidemment fautive. Outre que les premières lignes

du vidimus indiquent la date du 18 septembre, le contexte et

en particulier ces mots: _Donné davant ou devant Surgières_ ne

permettent pas d’admettre une autre date, puisque les Français

ne se tinrent devant cette place que du jeudi 16 au dimanche 19

septembre, jour où Surgères se rendit aux assiégeants (Ernest

Petit, _Itinéraires de Philippe le Hardi_, Paris, Imprimerie

Nationale, p. 86). _Les Itinéraires_ que nous venons de citer

fournissent les trois mentions suivantes relatives à l’exécution

de la convention de Surgères: «Mardi 30 novembre. Monseigneur

(le duc de Bourgogne) disne aux champs devant Thouars, soupe et

giste à Monstereuil Bellay, et y furent le duc de Loraine, le

conte du Perche et plusieurs chevaliers et escuiers.--Mercredi

1er décembre. Furent aux champs devant Thouars mon dit seigneur,

le duc de Loraine, le conte de la Marche, le viconte de Rauhen,

et plusieurs autres seigneurs, chevaliers et escuiers.--Jeudi

2 décembre. Mon dit seigneur tout le jour à Saumur, et ce jour

mangèrent deux cens personnes en sale, et sept vint et quatorze

dehors.» (_Ibid._, p. 89.) Cf. p. LII, en note, LIV et LV.

Chroniques de J. Froissart, tome 08.1/13 · 第 17 / 18 题