_1370, 4 décembre._ COMBAT DE PONTVALLAIN.--_19 décembre._ MORT
DU PAPE URBAIN V. _30 décembre._ ÉLECTION DE GRÉGOIRE XI.--_1371,
avant le 15 janvier._ AGGRAVATION DE LA MALADIE ET RETOUR EN
ANGLETERRE D’ÉDOUARD, PRINCE D’AQUITAINE ET DE GALLES.--_1370,
1{ers} jours de décembre à 1371, fin de février._ SIÈGE ET PRISE
DE MONTPONT, EN PÉRIGORD, PAR JEAN, DUC DE LANCASTRE.--_1371, août
et septembre._ SIÈGE ET PRISE DE MONCONTOUR, EN POITOU, PAR JEAN,
DUC DE LANCASTRE, ET THOMAS DE PERCY, SÉNÉCHAL DE POITOU.--_1371,
fin de janvier et février._ EXPÉDITION DE BERTRAND DU GUESCLIN EN
VUE DE LA LEVÉE DU SIÈGE DE MONTPONT ET SIÈGE D’USSEL.--_1371, 1er
août._ COMBAT NAVAL DE LA BAIE DE BOURGNEUF. _22 août._ BATAILLE
DE BASTWEILER.--_1372, premiers mois._ RETOUR EN ANGLETERRE DE
JEAN, DUC DE LANCASTRE ET MARIAGE DE CE PRINCE AVEC CONSTANCE DE
CASTILLE, FILLE AÎNÉE DE D. PÈDRE, D’EDMOND, COMTE DE CAMBRIDGE,
FRÈRE DE JEAN, AVEC ISABELLE, SŒUR DE CONSTANCE.--_1372, 13
janvier._ MORT DE GAUTIER DE MASNY (§§ 669 à 686).
Aussitôt[1] après sa promotion à la dignité de connétable de France,
Bertrand du Guesclin entreprend une chevauchée contre Robert Knolles,
qui ravageait alors les marches d’Anjou[2] et du Maine; il vient
tenir garnison au Mans[3]; Olivier de Clisson, compagnon d’armes de
Bertrand, occupe une forteresse voisine. Jean de Menstreworth[4],
l’un des chevaliers de l’armée anglaise d’invasion, combat tous les
plans de Robert Knolles. Cette armée est divisée en deux corps dont
le premier, sous les ordres de Robert Knolles et d’Alain de Buxhull,
est déjà arrivé aux environs du Mans[5], tandis que le second corps,
commandé par Thomas de Granson, resté plus en arrière, est séparé du
premier par une journée de marche environ. Aussitôt qu’il est informé
des projets des Français, Robert Knolles prend des mesures pour opérer
la concentration des forces anglaises; il mande à Thomas de Granson,
à Hugh de Calverly, capitaine de Saint-Mor-sur-Loire[6], à Robert
Briquet, à Robert Cheyne et à Jean Cressewell de venir le rejoindre en
toute hâte. Au moment où Thomas de Granson, à la tête de deux cents
lances, exécute une marche de nuit pour répondre à l’appel de Robert
Knolles, il est attaqué à l’improviste près de Pontvallain[7] par
Bertrand du Guesclin et Olivier de Clisson, qui ont sous leurs ordres
environ quatre cents lances. Cette bataille se livre le 10[8] octobre
1370. Les Anglais sont défaits. Les Français vainqueurs ramènent
au Mans[9] leurs prisonniers. A cette nouvelle, le reste des forces
anglaises se disperse; Hugh de Calverly, Robert Briquet, Robert Cheyne
et Jean Cressewell retournent précipitamment dans leurs garnisons.
Robert Knolles lui-même court s’enfermer en toute hâte dans son château
de Derval, et Alain de Buxhull vient passer ses quartiers d’hiver à
Saint-Sauveur-le-Vicomte. P. 1 à 5, 255 à 257.
[1] Bertrand du Guesclin avait été institué connétable de
France, le 2 octobre 1370 (voyez le tome VII de cette édition,
sommaire, p. CXVI, note 341). Le 24 du même mois, il était à
Pontorson, où il conclut un pacte d’alliance et de fraternité
d’armes avec Olivier, seigneur de Clisson, naguère partisan de
Jean de Montfort et des Anglais, mais rallié complètement à la
cause de Jeanne de Penthièvre et de Charles V depuis 1369 (Dom
Morice, _Preuves de l’hist. de Bretagne_, I, col. 1631 et 1632;
Secousse, _Recueil de pièces relatives à Charles II, dit le
Mauvais, roi de Navarre_, p. 380 et 381). Le texte de ce curieux
pacte a été publié par dom Morice d’après l’original conservé
aux archives du château de Blain (_Ibid._, col. 1642 et 1643) et
réimprimé par M. de Fréminville (_Hist. de du Guesclin_, p. 475
à 477). Le 6 novembre suivant, Bertrand se trouvait à Caen, où
il reçut la montre de Jean de Mauquenchy, dit Mouton, seigneur
de Blainville, maréchal de France, qui servit du 6 novembre
au 6 décembre sous le connétable avec 7 chevaliers bacheliers
et 24 écuyers (_Bibl. Nat., Pièces originales_, vol. 1433,
dossier _Du Guesclin_, nº 30). Ce fut alors que le connétable,
s’il faut en croire Cuvelier, distribua l’argent qu’il avait
rapporté d’Espagne, engagea ou vendit sa vaisselle pour assurer
la solde du corps d’armée en voie de formation (_Chronique rimée
de B. du Guesclin_, II, p. 159 à 162, vers 17 969 à 18 064).
Ce qui rend cette assertion très vraisemblable, c’est que, par
acte en date du 7 janvier 1371 (n. st.), Charles V, dont la
générosité était le moindre défaut, donna une somme de 2000
francs d’or à Thiphaine Raguenel, duchesse de Molina et comtesse
de Longueville, «pour lui aidier à soustenir son estat» (Delisle,
_Mandements de Charles V_, nº 742, p. 381 et 382). D’après
l’auteur de la _Chronique rimée de B. du Guesclin_ (II, p. 158,
vers 17 951 à 17 959), ce serait Bertrand qui aurait conseillé au
roi de France de soumettre à un emprunt forcé ses officiers et
les «chaperons fourrés», c’est-à-dire les gens de son Parlement
et de la Chambre des Comptes. Ici encore le témoignage de
Cuvelier est confirmé par les documents originaux. Il résulte, en
effet, d’une foule d’actes que, de la fin d’octobre aux derniers
jours de décembre 1370, Charles V soumit à un emprunt forcé les
bourgeois de quelques-unes de ses bonnes villes, notamment de
Paris, de Rouen, de Gournay, les conseillers au Parlement et
les officiers de sa maison, entre autres le fameux Guillaume
Tirel, dit Taillevent, son cuisinier (Delisle, _Mandements de
Charles V_, p. 372 et 373; voyez aussi le discours que nous
avons prononcé à la séance publique annuelle de la Société de
l’histoire de Normandie, le 21 mars 1882, p. 10 et 11 du tirage
à part). Soit qu’il crût la basse Normandie menacée par des
bandes de l’armée d’invasion conduite par Robert Knolles, soit
qu’il n’eût pas encore achevé la concentration de ses forces,
le connétable resta à Caen jusqu’au 1er décembre 1370, jour où
il envoya de cette ville aux trésoriers des guerres la montre
de sa compagnie d’hommes d’armes composée de 23 chevaliers
bacheliers et de 270 écuyers (Hay du Chastelet, _Histoire de B.
du Guesclin_, p. 333 à 335; La Roque, _Histoire de la maison de
Harcourt_, IV, 2305; dom Morice, _Preuves_, I, col. 1644 et 1645).
[2] Après avoir ravagé les environs de Paris à la fin de
septembre 1370 (voy. t. VII, sommaire, p. CVII, note 316),
le gros de l’armée de Robert Knolles s’était certainement
avancé dans la direction de Vendôme, en passant par Chartres
et Châteaudun. Dans les premiers jours du mois de novembre,
les Anglais étaient arrivés dans le Vendômois «_le jour de la
Toussains derrain passée_, lit-on dans une lettre de rémission
datée de Paris en mai 1371, _environ le temps que Robert
Canole, Engloiz, et ses adherenz noz ennemiz estoient ou pays
de Vendomoys_» (_Arch. Nat., section hist._, JJ 109, nº 15,
fº 128). Robert Knolles paraît avoir employé la plus grande
partie du mois de novembre à s’emparer d’un certain nombre de
petites places situées dans la vallée du Loir, vallée qu’il
suivait pour se rendre du Vendômois à son château de Derval
en Bretagne. Chemin faisant, il occupa successivement Ruillé
(auj. Ruillé-sur-le-Loir, Sarthe, arr. Saint-Calais, c. la
Chartre-sur-le-Loir), l’abbaye fortifiée de Notre-Dame de Vaas
(Vaas, Sarthe, arr. la Flèche, c. Mayet) (_Bibl. de l’Arsenal,
fonds des Belles-Lettres_, ms. fr. nº 168; _Arch. Nat._, J
179{B}, nº 12; KK 241, fº 1; JJ 109, nº 15), l’abbaye fortifiée
de Notre-Dame du Loroux, aujourd’hui écart de Vernantes,
Maine-et-Loire, arr. Baugé, c. Longue (_Bibl. Nat., collection
de dom Housseau_, à la date du 8 janvier 1371, n. st.) et la
ville du Lude (Sarthe, arr. la Flèche). Nous disons la ville,
et non le château du Lude, car une lettre de rémission du mois
de septembre 1371 établit que ce château, défendu par Guillaume
de Meron, résista à toutes les attaques des Anglais (_Arch.
Nat._, JJ 103, nº 214). Quoi qu’en dise Froissart, il paraît
peu probable que Robert Knolles, pour gagner la Bretagne et son
château de Derval, ait pris la route du Mans par où il savait
peut-être que le corps d’armée rassemblé par Du Guesclin devait
s’avancer à marches forcées pour le rejoindre; menacé d’être
acculé entre le connétable de France, au nord, et Jean de Beuil,
lieutenant de Louis, duc d’Anjou, au midi, le capitaine anglais
dut s’échapper à l’ouest dans la direction de la Flèche, de Sablé
et de Château-Gontier; c’était du reste la route la plus directe
qu’il pût suivre pour se rendre à Derval.
[3] Pendant les semaines qui précédèrent la journée de
Pontvallain, Bertrand du Guesclin ne tint point garnison au Mans,
et Olivier de Clisson n’occupa point une forteresse voisine du
Mans, comme le raconte Froissart. Deux documents, indiqués dans
une des notes précédentes, établissent que, le 6 novembre et le
1er décembre 1370, le connétable de France était encore à Caen.
Bertrand dut quitter cette ville dans la journée du dimanche 1er
décembre et ne put guère arriver au Mans que le surlendemain
mardi, dans l’après-midi du 3. Là, il apprit que l’arrière-garde
de Robert Knolles, forte d’environ 600 combattants et placée sous
les ordres de Thomas de Granson, était encore à Mayet (Sarthe,
arr. la Flèche), gros bourg situé à une dizaine de lieues au sud
du Mans. Ce fut pour barrer la route aux Anglais et les écraser
au passage que Bertrand, après avoir fait au Mans une simple
halte, alla coucher avec sa troupe en un lieu que Cuvelier (II,
164) appelle le «chastel de Villé». C’est aujourd’hui Fillé
(Sarthe, arr. le Mans, c. la Suze), sur la Sarthe, à quatre
lieues au sud du Mans dans la direction de Pontvallain et de
Mayet.
[4] Jean de Menstreworth figure parmi les onze chevaliers anglais
qui, par acte daté de Westminster le 10 juillet 1370, jurèrent
de servir fidèlement dans l’expédition projetée en France sous
Robert Knolles, Alain de Buxhull, Thomas de Granson et Jean
Bourchier (Rymer, III, 897 et 898).
[5] Robert Knolles, qui se dirigeait en toute hâte vers la
Bretagne pour s’enfermer dans son château de Derval, se
trouvait à une grande distance du Mans au moment où Du Guesclin
arriva dans le Maine pour couper le capitaine anglais de son
arrière-garde et écraser cette dernière: «Le dit monseigneur
Bertran, nouvel connestable, fit sa semonce des nobles et parsuy
monsigneur Robert Canole, _maiz le dit Canole estoit ja entré en
Bretaingne_.» _Chronique des quatre premiers Valois_, p. 208.
[6] Abbaye fondée vers le milieu du sixième siècle par saint
Maur, disciple de saint Benoît, dont on voit encore aujourd’hui
les ruines en la commune du Thoureil, Maine-et-Loire, arr.
Saumur, c. Gennes. Chassés de Saumur en 1369, Hugh de Calverly
et Jean Cressewell avaient occupé et fortifié l’abbaye de
Saint-Maur, d’où ils rançonnaient le pays environnant. Cf.
_Chroniques de J. Froissart_, VII, sommaire, p. LXXXII, note 244.
[7] Pontvallain, Sarthe, arr. la Flèche, à 30 kilomètres au sud
du Mans.
[8] Selon toute vraisemblance, la bataille de Pontvallain fut
livrée, non le 10 octobre, mais le 4 décembre 1370. Arrivé à
Fillé, à 16 kilomètres au sud du Mans, sur la route de cette
ville à Angers, le 3 décembre, au soir, Bertrand fut informé
pendant la nuit que les Anglais, venant de Mayet, essayaient de
s’échapper par la route qui va de Mayet et de Pontvallain au
Lude, afin de mettre le cours du Loir entre eux et les Français;
il voulut aussitôt déjouer cette tentative en accomplissant le
mercredi 4 décembre une marche forcée de nuit, de grand matin,
sous une pluie battante. Cuvelier nous dit que Du Guesclin et
plusieurs de ses compagnons d’armes y crevèrent leurs chevaux
déjà harassés par la marche rapide des jours précédents. Après
avoir traversé la petite rivière d’Aune, affluent de la rive
droite du Loir, le connétable atteignit les Anglais près du
«château de la Fagne», mentionné dans la _Chronique normande_
(éd. Molinier, p. 107) et marqué sur la carte de Cassini.
Poursuivi à travers la lande de Rigalet et les prairies qui
bordent l’Aune un peu avant son confluent avec le Loir, l’ennemi
prit la fuite dans la direction du Lude et de Vaas. Une croix
en bois, dite la _Croix Brette_, élevée peu après l’événement à
l’endroit où Du Guesclin passait pour avoir enterré ses morts,
indiquait sans doute le théâtre principal de l’action. Cette
croix, qui se trouvait à peu près à moitié chemin sur la route de
Pontvallain au Lude, a été remplacée en 1828 par un obélisque en
pierre.
[9] Loin de revenir sur ses pas et de ramener ses prisonniers
au Mans, Bertrand du Guesclin donna la chasse aux fuyards
jusqu’en Anjou et même au delà de la Loire; il contraignit Hugh
de Calverly et Jean Cressewell à évacuer l’abbaye fortifiée de
Saint-Maur-sur-Loire, moyennant, il est vrai, une assez forte
rançon, pour le payement de laquelle Bertrand leva sur les
marchandises passant en Loire entre Cande et Champtoceaux un
subside qui se maintint jusqu’au XVIIIe siècle sous le nom de
_Trépas de Loire_ (voyez notre tome VII, sommaire, p. LXXXII,
note 244). Le 6 décembre 1370, deux jours seulement après sa
victoire à Pontvallain, le connétable de France était à Saumur,
où il passa en revue la compagnie de Mouton de Blainville,
maréchal de France (voyez plus haut, p. IV, en note). Il
poursuivit l’ennemi jusqu’à Bressuire en Poitou (_Grandes
Chroniques_, VI, 326; _Chronique normande_, p. 199; Cabaret
d’Orville, éd. Chazaud, p. 27 et 28; _Chronique rimée de B. du
Guesclin_, II, p. 178 à 185, vers 18 507 à 18 704).
Après la victoire de Pontvallain, Bertrand du Guesclin et Olivier de
Clisson amènent leurs prisonniers[10] à Paris; et loin de les charger
de chaînes, ainsi que font les Allemands, ils les prennent à rançon
courtoise et les mettent en liberté sur parole. Pendant ce temps,
le prince de Galles et le duc de Lancastre, revenus de l’expédition
de Limoges, se tiennent à Cognac[11].--Le pape Urbain V meurt à
Avignon vers la fête de Noël[12]. Grâce à l’entremise de Louis,
duc d’Anjou[13], qui se trouve sur les lieux pendant la réunion du
conclave, le cardinal de Beaufort est élu souverain pontife sous le
nom de Grégoire XI.--Eustache d’Auberchicourt est fait prisonnier en
Limousin par un homme d’armes breton nommé Thibaud du Pont, capitaine
d’un château appartenant au seigneur de Pierre-Buffière[14]; condamné
à verser une rançon de douze mille francs, il en paye comptant quatre
mille et donne son fils François en otage pour le reste; puis il va
occuper la forteresse de Carentan[15], en basse Normandie, que lui a
donnée le roi de Navarre et où il devait mourir.--Sur ces entrefaites,
le vieil Arnoul d’Audrehem, qui avait été si longtemps maréchal de
France, meurt à Paris[16] où l’on célèbre ses obsèques. P. 5, 6, 257 à
259.
[10] Les plus importants parmi ces prisonniers étaient Thomas
de Granson, Gilbert Giffard, Geoffroi Worseley, Philippe de
Courtney, Guillaume de Nevill et Hugh Spencer, neveu d’Édouard
Spencer. La _Chronique normande_ (p. 197) ajoute à ces noms ceux
de Richard, de David de Green et de Thomas Fillefort. Sur la
prise de Granson, voyez un acte de donation fait par Charles V en
septembre 1371 (_Arch. Nat._, JJ 101, nº 130).
[11] Un acte par lequel Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles,
donne à son frère Jean, duc de Lancastre, les château, ville et
châtellenie de Bergerac, est daté de Cognac le 8 octobre 1370.
Delpit, _Documents français en Angleterre_, p. 130 et 131.
[12] Urbain V mourut à Avignon le jeudi 19 décembre 1370. Le
conclave se réunit au palais papal le dimanche 29, à six heures,
et dès le lendemain, le lundi 30, Pierre Roger de Beaufort,
cardinal diacre, neveu de Clément VI, fut élu pape et prit le nom
de Grégoire XI. Ordonné prêtre le 4 janvier 1371, Grégoire XI fut
sacré et couronné à Avignon le lendemain 5 (_Thalamus parvus_, p.
384 et 385).
[13] Louis, duc d’Anjou, partit de Toulouse le 21 décembre,
arriva à Nîmes le 26 et se trouvait à Avignon le 29, lorsque
s’ouvrit le conclave. Dom Vaissete, _Hist. de Languedoc_, IV, 346.
[14] Haute-Vienne, arr. Limoges. Eustache d’Auberchicourt,
qualifié lieutenant en Périgord et Limousin d’Édouard III,
roi d’Angleterre, avait mis le siège devant Rochechouart
(Haute-Vienne) avec 400 combattants; Étienne, bâtard de
Rochechouart, s’était engagé à livrer la place aux Anglais. Sur
ces entrefaites, Louis, vicomte de Rochechouart, chevalier,
chambellan de Charles V, appela à son secours Bertrand du
Guesclin au moment où le vainqueur de Pontvallain était occupé
à poursuivre les Anglais sur la rive gauche de la Loire. Le
connétable dépêcha aussitôt vers le vicomte de Rochechouart un
vaillant écuyer breton nommé Thibaud du Pont, qui fit lever
le siège de Rochechouart, retint prisonniers les traîtres qui
avaient voulu livrer cette place et instruisit leur procès
le 14 décembre 1370 (_Bibl. Nat., Trésor généalogique de dom
Villevieille_, t. LXV, _au mot_ GUESCLIN _d’après le carton 1er
des Archives de la vicomté de Rochechouart_). Le 4 septembre
1371, Charles V fit payer 40 francs d’or à Jean du Rocher,
écuyer de Bretagne, député vers le roi de France par Thibaud du
Pont, écuyer, capitaine de Rochechouart (Delisle, _Mandements de
Charles V_, p. 419, nº 818).
[15] Manche, arr. Saint-Lô. La vicomté de Carentan avait été
cédée à Charles II, dit le Mauvais, roi de Navarre, en vertu
du traité de Mantes conclu le 22 février 1354 (n. st.). Dix
ans après la conclusion de ce traité, dans les premiers jours
de juillet 1364, Bertrand du Guesclin, pendant le cours de son
expédition en basse Normandie, avait repris Carentan; cette ville
fut de nouveau cédée à Charles le Mauvais, moyennant le payement
d’un subside, vers le milieu de 1365 (E. Izarn, _Compte des
recettes et dépenses du roi de Navarre de 1367 à 1370_, Paris,
1885, 1 vol. in-8º, p. 33); et la garde de cette place fut dès
lors confiée par le roi de Navarre à Eustache d’Auberchicourt,
qui y tint grand état en compagnie d’Isabelle de Juliers,
comtesse de Kent, qu’il épousa avant le 6 janvier 1366 (_Ibid._,
p. 324 et 325).
[16] D’après l’opinion la plus vraisemblable, Arnoul d’Audrehem
mourut à Saumur entre le 6 et le 25 décembre 1370. Les
funérailles d’Arnoul et celles de Geoffroi de Charny, qui avaient
été tous les deux porte-oriflamme de France, furent célébrées
en même temps à Paris, dans le courant de janvier 1371; le 31
de ce mois, Ymbert le Damoisel, valet de chambre et «armurier»
de Charles V, donna quittance de 370 francs pour des travaux
d’armoiries, de tapisserie et de dorure exécutés à l’occasion de
ces obsèques. Voyez Émile Molinier, _Étude sur la vie d’Arnoul
d’Audrehem_, dans MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS PRÉSENTÉS A
L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS, deuxième série, VI, p. 189 à 191,
342.
Raymond de Mareuil, chevalier du Limousin[17], qui avait abandonné
le parti anglais pour le parti français[18], un certain jour qu’il
revenait de Paris dans son pays natal, est fait prisonnier par les
gens d’armes de Hugh de Calverly[19] et enfermé dans une forteresse
appartenant à Geoffroi d’Argenton[20]. Édouard III, qui veut punir
Raymond de sa défection, offre six mille francs à celui qui l’a pris
à condition que l’on remettra le prisonnier entre ses mains. Informé
des intentions du roi d’Angleterre, Raymond de Mareuil parvient à
s’échapper par une nuit d’hiver et gagne une forteresse française de
l’Anjou[21] située à plus de sept lieues du lieu de sa détention,
grâce à la complicité de l’écuyer anglais qui le garde et auquel il a
promis la moitié de ce qu’il possède. Rentré chez lui, il veut tenir sa
promesse, mais l’écuyer anglais qui a facilité son évasion ne consent à
accepter que deux cents livres de revenu. P. 6 à 9, 259, 260.
Le fils aîné d’Édouard, prince de Galles, meurt à Bordeaux[22].
Sur le conseil de ses médecins et de ses chirurgiens, le prince de
Galles, atteint d’une maladie qui s’aggrave de jour en jour, prend la
résolution de retourner en Angleterre. Après avoir convoqué à Bordeaux
les barons de Gascogne, de Saintonge et de Poitou et leur avoir fait
prêter serment de féauté et d’hommage entre les mains de son frère
le duc de Lancastre, il s’embarque sur la Garonne en compagnie de la
princesse de Galles, de leur jeune fils Richard, d’Edmond, comte de
Cambridge[23], son frère, de Jean, comte de Pembroke, et fait voile
pour l’Angleterre. Débarqué à Southampton[24], il va passer quelques
jours à Windsor, à la cour du roi son père, puis il fixe sa résidence à
Berkhampstead[25], à vingt lieues de Londres. P. 9, 10, 261 à 263.
[17] Raymond de Mareuil paraît avoir eu ses possessions en
Périgord, sur les confins de cette province et de l’Angoumois,
bien plutôt qu’en Limousin. Par acte daté de Paris en mai 1354,
Jean II fit don de 400 florins à l’écu et de 100 livres de
rente à prendre sur le comté d’Angoulême à Raymond de Mareuil,
écuyer, lequel avait servi sous le connétable Charles d’Espagne
et avait repris sur les Anglais les châteaux de Mareuil (auj.
Mareuil-sur-Belle, Dordogne, arr. Nontron), de Paluel (auj.
Palluaud, Charente, arr. Barbézieux, c. Montmoreau) et d’Agonac
(Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme), situés en Périgord
(_Arch. Nat._, JJ 82, nº 196).
[18] Raymond de Mareuil s’était rallié au parti français dès le
29 juin 1369 (voyez t. VII, sommaire, p. LXXXVIII, note 263).
Par divers actes datés de Paris au mois de juillet de cette
année, Charles V avait donné à Raymond de Mareuil, chevalier, les
châteaux de Villebois en Périgord (auj. Villebois-Lavallette,
Charente, arr. Angoulême) et de Courtenay (_Arch. Nat._, JJ
100, fºs 205, 223, 288; J 426, nº 21). Palluaud et Villebois,
rattachés actuellement à la Charente, ont toujours fait partie du
diocèse de Périgueux et du Périgord.
[19] Le manuscrit d’Amiens ajoute que Hugh de Calverly était
sénéchal de Limousin.
[20] Le manuscrit d’Amiens ne mentionne pas Geoffroi d’Argenton
et parle seulement «d’un fort château où Raymond de Mareuil fut
enfermé sous la garde de Thomas Percy, sénéchal de Poitou».
[21] D’après le manuscrit d’Amiens, cette forteresse aurait été
la Roche-Posay (Vienne, arr. Châtellerault, c. Pleumartin), où
Guillaume des Bordes et Charuel, chevaliers du parti français,
auraient tenu garnison.
[22] Cf. _Le prince Noir, poème du héraut Chandos_, édit. de
M. Francisque Michel, 1883, p. 277 et 278, vers 4081 à 4096.
Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, s’embarqua à Bordeaux
pour retourner en Angleterre avant le 15 janvier 1371, «circa
principium mensis januarii», dit le moine de Saint-Albans,
jour où Jean de Lancastre, institué lieutenant d’Aquitaine par
son frère aîné, est mentionné dans un acte comme chargé du
gouvernement de cette province pendant l’absence d’Édouard; le
duc de Lancastre se démit de sa lieutenance dès le 21 juillet de
la même année (Delpit, _Documents français en Angleterre_, p.
179).
[23] Edmond, comte de Cambridge, n’accompagna point le prince
de Galles, il resta en Aquitaine avec Jean, duc de Lancastre:
«relinquens post se, dit le moine de Saint-Albans, racontant le
départ du prince de Galles pour l’Angleterre, in Vasconia duos
fratres suos, Johannem ducem Lancastriæ et Edmundum comitem
Cambrigiæ.» (_Chronicon Angliæ_ (1328-1388), éd. Edward Maunde
Thompson, London, 1874, p. 67 et 68).
[24] A Plymouth, d’après le moine de Saint-Albans.
[25] Berkhampstead se trouve dans le comté de Hertford, à la
distance de 26 milles anglais au nord-ouest de Londres; cette
distance est donc en réalité moitié moindre que celle qui est
indiquée par Froissart. C’est à titre de duc de Cornouaille
qu’Édouard, prince de Galles, possédait le château de
Berkhampstead, qui n’a pas cessé depuis lors d’appartenir aux
héritiers présomptifs de la couronne d’Angleterre.
Jean, duc de Lancastre, fait célébrer à Bordeaux les obsèques de
son neveu Édouard, fils du prince de Galles, son frère aîné. Sur ces
entrefaites, Guillaume de Montpont livre son château de Montpont[26]
aux hommes d’armes bretons qui tiennent garnison à Périgueux pour
Louis, duc d’Anjou. A cette nouvelle, le duc de Lancastre[27], à la
tête d’une armée de sept cents lances et de cinq cents archers où
figurent les principaux seigneurs de Gascogne, va mettre le siège
devant Montpont. Guillaume de Montpont, craignant de tomber entre les
mains des Anglais, laisse son château sous la garde des Bretons qu’il
y a appelés et court se mettre en sûreté derrière les remparts de
Périgueux. P. 10 à 13, 263, 264.
[26] Dordogne, arr. Périgueux. c. Ribérac. Montpont était le
chef-lieu d’une châtellenie comprenant dix-huit paroisses.
_Montpaon_, que l’on trouve dans le texte de Froissart, est
conforme à l’étymologie; les plus anciennes formes de ce nom de
lieu sont _Montpao_ et _Monspavo_ (_Dictionnaire topographique de
la Dordogne_, par le vicomte de Gourgues, au mot MONTPONT).
[27] A la date du 4 janvier 1371, le siège de Montpont par les
Anglais durait déjà depuis un certain temps, puisqu’à cette date
Louis, duc d’Anjou, qui se trouvait alors à Avignon, envoya
Pierre Scatisse et Milon de Dormans, archidiacre de Meaux,
demander aux États de Languedoc assemblés à Nîmes un subside de
2 francs par feu _pour faire lever le siège de Montpont_ (Dom
Vaissete, _Hist. de Languedoc_, IV, 346). Le 10 février suivant,
le duc d’Anjou était en marche avec Menaud de Barbazan, maréchal
de son ost, _pour faire lever le dit siège_ (_Ibid._, 346 et
347). Nous établirons plus loin que Montpont tomba au pouvoir
des Anglais à la fin du mois de février; et comme Froissart
fait remarquer à cette occasion que le siège avait duré onze
semaines, il y a tout lieu d’ajouter foi au témoignage d’un
chroniqueur contemporain qui rapporte que le duc de Lancastre
mit le siège devant Montpont au moment où fut livrée la bataille
de Pontvallain, c’est-à-dire dans les premiers jours de décembre
1370 (_Chronique normande_, éd. Molinier, p. 200).
Le duc de Lancastre emploie vingt jours à combler les fossés qui
entourent le château de Montpont avec des fascines, de la paille et
de la terre; cela fait, il livre cinq ou six assauts tous les jours.
Les assiégés repoussent vigoureusement ces assauts. Deux écuyers
bretons nommés Jean de Malestroit et Silvestre Budes, qui commandent la
garnison de Saint-Macaire[28], forteresse située à peu de distance de
Montpont, se disputent à qui ira porter secours à leurs compatriotes
assiégés par le duc de Lancastre; ils tirent à la plus longue paille.
Le sort favorise Silvestre Budes, qui monte aussitôt à cheval et amène
à la garnison de Montpont un renfort de douze hommes d’armes, sa
personne comprise. P. 13 à 15, 264, 265.
[28] Gironde, arr. la Réole. L’anecdote racontée ici par
Froissart est très jolie, mais certaines circonstances du
récit du chroniqueur sont certainement inexactes. Outre que
Saint-Macaire se trouve à une assez grande distance de Montpont,
la première de ces deux localités était encore au pouvoir
des Anglais en 1371. Du reste, le manuscrit d’Amiens donne
une version différente de celle qui est résumée plus haut;
ce manuscrit ne fait aucune mention de Jean de Malestroit
et fait partir Silvestre Budes, non de Saint-Macaire, mais
de Sainte-Bazeille (Lot-et-Garonne, arr. de Marmande).
Sainte-Bazeille, dont le seigneur, Berard d’Albret, s’était
rallié au roi de France pendant la première moitié de 1370 (voyez
notre t. VII, sommaire, p. XCIX, note 293), avait pu recevoir
une garnison bretonne et, en outre, cette petite place est à
moindre distance de Montpont que Saint-Macaire. Par conséquent,
la version du manuscrit d’Amiens est moins invraisemblable,
sinon plus vraie, que celle des manuscrits de la première
rédaction. A la fin de 1371, un chevalier du Périgord, nommé
Pierre «de Montibus», seigneur de Saint-Jean-de-Côle (Dordogne,
arr. Nontron, c. Thiviers), avait traduit devant le Parlement
de Paris Silvestre Budes, écuyer, qui s’était emparé de sa
forteresse de Saint-Jean-de-Côle et qui continuait de l’occuper
(_Arch. Nat., sect. jud._, X{2a} 8, fº 262). En présence des deux
versions de Froissart, on peut se demander si Silvestre Budes,
pris à l’improviste par l’arrivée des Anglais devant Montpont,
n’occupait pas alors Saint-Jean-de-Côle.
Les fossés une fois comblés au ras du sol, les assiégeants peuvent
s’avancer jusqu’au pied des remparts dont ils font tomber à coups de
pic une largeur de quarante pieds. Les archers anglais entrent par
cette brèche et font pleuvoir une grêle de traits sur les assiégés. Les
quatre principaux chefs de la garnison, Guillaume de Longueval[29],
Alain de la Houssaye[30], Louis de Mailly[31], et le seigneur
d’Arsy[32], envoient un de leurs hérauts en parlementaire vers le duc
de Lancastre. Celui-ci, irrité de la résistance des assiégés qui lui
tiennent tête depuis onze semaines, fait répondre par Guichard d’Angle,
maréchal d’Aquitaine, qu’il exige qu’on lui livre préalablement
Guillaume de Montpont, afin qu’il fasse justice de ce traître, et
que les assiégés se rendent sans condition. Les chevaliers bretons
déclarent qu’ils ne savent ce qu’est devenu Guillaume de Montpont et
qu’ils se feront tuer jusqu’au dernier, si le duc ne s’engage à les
prendre à rançon. Sur les instances de Guichard d’Angle, du captal de
Buch et du seigneur de Mussidan, le duc de Lancastre consent enfin
à recevoir à composition les assiégés. Il prend possession de la
forteresse de Montpont[33], dont il confie la garde à une garnison de
quarante hommes d’armes et de quarante archers placés sous les ordres
du seigneur de Mussidan et du soudich de Latrau. Ces deux seigneurs,
opérant de concert avec la garnison anglaise de Bourdeilles[34],
se livrent à toute sorte d’hostilités contre les habitants de
Périgueux[35]. P. 15 à 17, 265 à 268.
[29] D’après Froissart, la garnison de Montpont se composait de
Bretons, et le nom de Guillaume de Longueval semble étranger
à la Bretagne. Nous inclinons à croire que le chroniqueur
de Valenciennes, plus familier avec les noms de famille de
la Picardie qu’avec ceux de la Bretagne, a commis ici une
confusion et qu’il a écrit peut-être Guillaume de Longueval au
lieu de Guillaume de Laval. Ce qui nous le fait croire, c’est
qu’un écuyer breton, nommé Guillaume de Morieux, qui fut fait
prisonnier à Montpont par les Anglais et qui déposa dans le
procès pour la canonisation de Charles de Blois, cite parmi ses
compagnons d’armes _Guillaume de Laval_, chevalier, et Fralin
de Combray, écuyer (_Bibl. Nat., ms. lat. 5381, t. II, fºs 107
et 108_). Toutefois, nous devons faire remarquer que Louis de
Mailly, cité aussi comme l’un des quatre chefs de la garnison de
Montpont, appartenait lui-même à une famille picarde.
[30] Eustache et Alain de la Houssaye figurent dans presque
toutes les montres de Bertrand du Guesclin.
[31] Louis de Mailly était le quatrième fils de Jean de Mailly,
seigneur de Talmas (Somme, arr. Doullens, c. Domart), et de
Jeanne de Picquigny (P. Anselme, _Hist. généal._, VIII, 653).
[32] L’auteur de la _Chronique normande_ (p. 200) appelle cet
homme d’armes: «Fouques Boules, sire d’Assi.»
[33] D’après la chronique romane de Montpellier, le château
de Montpont tomba au pouvoir des Anglais dans le courant de
février. «Aquel an meteyss (1371), _en lo mes de febrier_, fou
pres e destrug lo castel de Montpaon en Peiragorc per lo duc de
Lencastre e mossen Aymo, frayre del dich princep, losquals y
avian tengut seti per alcun temps» (_Thalamus parvus_, p. 385).
Vers le milieu de ce mois, Louis, duc d’Anjou, faisait porter des
provisions à Montauban pour ravitailler la place (_Bibl. Nat.,
Quittances_, XVIII, nº 831); mais le vendredi 28 février, il
était de passage à Albi et se dirigeait vers Paris, en passant
par Avignon (Vaissete, _Hist. du Languedoc_, IV, 347). Par
conséquent, à cette dernière date, le château de Montpont était
au pouvoir des Anglais; il faut donc placer la prise de cette
forteresse par le duc de Lancastre vers la fin de février 1371.
[34] Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme.
[35] Tandis que Périgueux était redevenu français dès le mois
d’août 1369 (voy. t. VII, sommaire, p. CII), les Anglais
continuaient d’occuper Bergerac, donné par le prince de Galles,
le 8 octobre 1370, au duc de Lancastre qui, par acte en date du
15 janvier 1371, «au siège devant Montpaon», avait confié la
garde de cette place à Heliot Buade (Delpit, _Documents français
en Angleterre_, p. 177).
Au retour du siège de Montpont, les seigneurs de Gascogne sont en
butte aux incursions du comte d’Armagnac et du seigneur d’Albret.
C’est principalement sur la frontière du Poitou que les hostilités
sont poussées avec le plus de vigueur. Pierre de la Grézille[36]
et Jourdain de Coulonges[37] commandent la garnison du château de
Moncontour[38], situé à quatre lieues de Thouars et à six lieues de
Poitiers[39]; Charnel[40] occupe Châtellerault avec cinq cents Bretons;
et les garnisons françaises de la Roche-Posay[41] et de Saint-Savin[42]
inspirent une telle frayeur que les Anglais n’osent chevaucher dans ces
parages que sous bonne escorte. P. 17, 18, 277.
[36] Le fief de la Grézille, d’où la famille à laquelle
appartenait Pierre tirait son nom, était situé en la paroisse
d’Ambillou (Maine-et-Loire, arr. Saumur, c. Gennes). En 1369
et 1370, Pierre de la Grézille fut gratifié par Charles V de
plusieurs terres situées en Anjou et dans le Maine, que le roi
avait confisquées sur des seigneurs partisans des Anglais.
D’après une montre de 1371, il avait dans sa compagnie 14
chevaliers bacheliers et 63 écuyers (_Bibl. Nat., Trésor
généalogique_, par Dom Villevieille, au mot LA GRÉZILLE).
[37] Moncontour-de-Poitou, Vienne, arr. Loudun.
[38] Jourdain de Coulonges, que Froissart appelle Jourdain
«de Coulongne», appartenait, comme Pierre de Grézille, à
une famille établie de vieille date sur les frontières du
Poitou et de l’Anjou. On sait que les localités du nom de
Coulonges (Coulonges-sur-la-Renaize, dans le dép. de la Vienne,
Coulonges-Thouarsais et sur l’Authise, dans les Deux-Sèvres) sont
nombreuses dans cette région.
[39] La distance de Moncontour à Poitiers est de 45 kilomètres ou
onze lieues anciennes, moitié plus considérable, par conséquent,
que celle qui est indiquée par Froissart.
[40] C’est Jean de Kerlouet, non Éven Charuel, qui commandait la
garnison de Châtellerault depuis la prise de cette forteresse
dans les premiers jours de juillet 1370, comme Froissart l’a dit
avec plus d’exactitude dans un autre endroit de sa chronique (cf.
notre tome VII, p. 212).
[41] Vienne, arr. Châtellerault, c. Pleumartin. Jean de Kerlouet
s’était emparé de la Roche-Posay vers le mois de juillet 1369
(cf. t. VII, sommaire, p. LXIV).
[42] Vienne, arr. Montmorillon. En 1369, l’abbaye fortifiée de
Saint-Savin avait été livrée par l’un de ses moines au capitaine
français Louis de Saint-Julien (cf. t. VII, sommaire, p. LXXXIII).
Grâce aux démarches de Louis de Saint-Julien et du vicomte de
Rochechouart, le seigneur de Pons[43], un des plus puissants barons de
Poitou, se rallie au parti français, tandis que sa femme la dame de
Pons et aussi les bourgeois de sa ville de Pons restent dans le parti
anglais. Le duc de Lancastre institue Amanieu du Bourg capitaine de
Pons, pour défendre cette forteresse contre les incursions du seigneur
transfuge. Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, réunit à Poitiers un
corps d’armée de cinq cents lances et de deux mille brigands munis de
pavois pour mettre le siège devant Moncontour[44]. Noms des principaux
seigneurs, soit poitevins, soit anglais, qui composent ce corps
d’armée. P. 18 à 20, 277.
[43] Charente-Inférieure, arr. Saintes. Renaud, seigneur de Pons
et de Ribérac, vicomte de Turenne et de Carladez, s’était décidé
à faire acte de soumission au roi de France dès le mois de mai
1369 (cf. t. VII, p. LXXXVIII, note 263).
[44] La nouvelle du siège mis par les Anglais devant Moncontour
parvint à Paris pendant la seconde moitié du mois d’août 1371,
car les premiers mandements adressés par Charles V pour réunir un
corps d’armée de secours sont datés du 26 de ce mois (Delisle,
_Mandements de Charles V_, p. 417 et 418, nºs 813 à 815).
Trois capitaines de compagnies, Jean Cressewell, David Holegrave et
Gautier Hewet, viennent renforcer l’armée assiégeante. Après dix jours
de siège, une tranchée est ouverte, et les Anglais emportent d’assaut
la forteresse de Moncontour[45]. La garnison tout entière est passée
au fil de l’épée, excepté Pierre de la Grézille, Jourdain de Coulonges
et cinq ou six hommes d’armes que l’on prend à merci. Thomas de Percy,
Guichard d’Angle et Louis de Harcourt confient la garde de Moncontour
à Hewet, à Cressewell et à Holegrave, qui disposent de cinq cents
combattants et ne cessent de faire des courses en Anjou et dans le
Maine. P. 20, 21, 277, 278.
[45] Moncontour dut se rendre aux Anglais à la fin d’août ou
dans les premiers jours de septembre 1371. Bertrand du Guesclin
et Olivier, seigneur de Clisson, envoyés au secours de la place
assiégée, après avoir opéré la concentration de leurs forces dans
le Maine, en Anjou et en Touraine, n’arrivèrent à Saumur que le 5
septembre. A cette date, Jean, comte de Sancerre, les maréchaux
de France, Louis de Sancerre et Mouton de Blainville, étaient
encore à Tours; ils ne rejoignirent Du Guesclin et Clisson que le
lendemain. Le manque d’arbalétriers les empêcha de reprendre la
forteresse de Moncontour, qui était déjà tombée au pouvoir des
Anglais (Delaville le Roulx, _Comptes municipaux de Tours_, II,
111, nºs 506 à 509; cf. _Chronique normande_, p. 202).
Après la Chandeleur[46], Bertrand du Guesclin, qui se tient à Paris
depuis sa victoire de Pontvallain, entreprend une expédition contre les
Compagnies anglaises qui ravagent le Poitou, le Quercy et le Rouergue.
Noms des principaux seigneurs qui prennent part à cette expédition.
Apprenant qu’un capitaine anglais nommé Jean Devereux s’est emparé du
château d’Ussel[47], Bertrand assiège cette forteresse. Après quinze
jours de siège[48] et plusieurs assauts où Waleran de Ligny[49], fils
du comte de Saint-Pol, court un grand péril, le connétable continue sa
chevauchée et entre en Rouergue. Quelques-uns des plus grands seigneurs
du corps d’armée français vont à Avignon présenter leurs hommages au
nouveau pape Grégoire XI et au duc d’Anjou qui se trouve à ce moment de
passage à la cour papale[50]. Dans le cours de sa chevauchée à travers
le Rouergue, Du Guesclin se fait rendre par Thomas de Walkefare[51] les
deux forteresses de Millau[52] et de la Roque-Valsergue[53] et quelques
autres châteaux situés sur les frontières du Limousin. Après quoi, le
connétable de France, les ducs de Berry et de Bourbon reviennent mettre
de nouveau le siège devant Ussel, en s’aidant de puissants engins de
guerre qu’ils avaient eu soin de faire venir de Riom et de Clermont. P.
21 à 23, 270 à 274.
[46] Le 1er janvier 1371, Bertrand du Guesclin, de retour de la
chevauchée dont Pontvallain, Saumur et Bressuire avaient marqué
les principales étapes, se trouvait à Paris, d’où il envoya,
enclose sous son sceau du secret, au trésorier des guerres,
Étienne Braque, la montre de 1135 hommes d’armes qu’il avait
retenus pour servir sous ses ordres, dont 4 chevaliers bannerets,
51 chevaliers bacheliers et 1080 écuyers (Dom Morice, _Preuves
de l’hist. de Bretagne_, I, col. 1647). Avant la fin de janvier,
il dut se mettre en route pour porter secours à la garnison de
Montpont, assiégée par les Anglais, car diverses compagnies du
corps d’armée qu’il avait réuni pour cette expédition furent
passées en revue à Blois du 27 au 29 de ce mois, notamment celles
d’Alain de Taillecol, dit l’Abbé de Malepaye, de Girard, seigneur
de Rais, d’Olivier, seigneur de Montauban, et de Pierre, seigneur
de la Hunaudaie (Hay du Chastelet, _Hist. de Du Guesclin_, p.
340, 341, 344, 345; Dom Morice, _Preuves de l’hist. de Bretagne_,
I, col. 1645 à 1647). Froissart se trompe lorsqu’il dit que Du
Guesclin n’entreprit l’expédition tendant à la levée du siège de
Montpont et marquée par le siège d’Ussel qu’après la Chandeleur
ou le 2 février; il se trompe encore davantage lorsqu’il la fait
coïncider avec le retour du printemps.
[47] Auj. chef-lieu d’arrondissement de la Corrèze, sur les
confins du Limousin et de l’Auvergne. Ussel est bâti sur une
colline de plus de 600 mètres d’élévation, près du confluent
de la Sarzonne et de la Diège, affluent de la rive droite de
la Dordogne, et les halles actuelles occupent l’emplacement de
l’ancien château-fort. Tous les manuscrits de Froissart portent
par erreur _Uzès_. Comme quelques-uns de ces manuscrits placent
_Uzès_ en Auvergne, dom Vaissete en avait conclu qu’il faut lire
_Usson_ (_Hist. du Languedoc_, IV, 347). En réalité, il s’agit
d’Ussel, ainsi que le prouve la déclaration d’un chevalier nommé
Geoffroi Budes, originaire d’Uzel-près-l’Oust, en Bretagne,
qui déposa à Angers en septembre 1371 dans l’enquête pour la
canonisation de Charles de Blois: «Nobilis vir dominus Gauffridus
Budes, miles, de parochia de Usello, dicit quod _in quadragesima
ultimo preterita_ (fin de février 1371) iste testis, in societate
domini constabularii Francie, ibat apud castrum Montis Pavonis
(Montpont) quod tenebatur a gentibus domini nostri regis Francie,
obsessum a gentibus regis Anglie et principis Aquitanie, et ibant
pro dicta obsidione levanda. Contigit quod in itinere invenerunt
_castrum vocatum_ USSEL _ab hostibus regis Francie detentum_,
cui castro constabularius cum suis gentibus dedit insultum» (Dom
Morice, _Preuves de l’hist. de Bretagne_, II, 26). Les comptes
de Jean, duc de Berry, contiennent plusieurs mentions relatives
à des chevaliers ou écuyers blessés au siège d’Ussel (_Arch.
Nat., sect. hist._, KK 251, fºs 31, 32 et 71 vº). Une lettre de
rémission, délivrée le 18 novembre 1372 à un homme d’armes de la
compagnie de Juhel Rolland, fait également mention du siège mis
devant Ussel en 1371 par Du Guesclin (_Ibid._, JJ 103, fº 134, nº
285).
[48] Dès le 18 février 1371, les Français avaient mis le siège
devant Ussel, puisqu’à cette date Bethon de Marcenac, chevalier
et conseiller de Jean, duc de Berry, donna quittance de 40 livres
tournois, que le dit duc lui avait allouées pour ses frais et
dépens devant le fort d’Ussel (_Arch. Nat._, KK 251, fº 71 vº).
Le 26 du même mois, les ménétriers de Bertrand du Guesclin
jouaient devant le duc de Berry qui leur faisait donner 20 livres
(_Ibid._, fº 31 vº). Mais le 1er mars suivant, les maréchaux de
France, Louis de Sancerre et Mouton de Blainville, recevaient des
montres d’hommes d’armes à Clermont, en Auvergne, où se trouvait
sans doute aussi le connétable (A. du Chastellier, _Invasions
de l’étranger_, Paris, 1872, in-12, p. 21). La neige, qui se
mit à tomber en grande abondance, contraria les opérations des
Français et les contraignit à lever le siège d’Ussel: «Tanta
nix supervenit quod oportuit quod totus exercitus deslogiaret».
On se dirigea vers Clermont, où Du Guesclin apprit, s’il ne le
savait déjà, que Montpont, qu’il allait débloquer, était tombé
au pouvoir des Anglais (D. Morice, _Preuves_, II, col. 26). Le
duc de Bourgogne se tint deux jours, le dimanche 2 et le lundi 3
mars, au siège devant Ussel.
[49] Cette mention relative à Waleran de Ligny ne se trouve que
dans la rédaction d’Amiens (p. 271).
[50] Après avoir essayé vainement de porter secours à la garnison
de Montpont, Louis, duc d’Anjou, avait repris le chemin d’Avignon
pendant la seconde moitié du mois de mars 1371; le 4 avril
suivant, il faisait sa résidence à Villeneuve-lez-Avignon, d’où
il manda de faire payer 30 francs aux frères de Notre-Dame du
Carmel de Lodève pour être associé à leurs prières (_Bibl. Nat.,
Quittances_, t. XIX, nº 1164); d’Avignon, il se rendit à Paris.
Dans les derniers jours du mois de mars, un écuyer de Bertrand du
Guesclin, qui était resté malade à Avignon, reçut du duc de Berry
une aumône de 4 livres tournois (_Arch. Nat._, KK 251, fº 32 vº).
[51] Thomas de Walkefare, sénéchal anglais du Quercy, avait été
pendu à Toulouse par ordre du duc d’Anjou en septembre 1370, cinq
jours au moins avant l’expédition de Du Guesclin en Auvergne (Dom
Vaissete, IV, 346).
[52] Millau avait ouvert ses portes au duc d’Anjou dès le mois de
mai 1370 (Cf. notre tome VII, p. LXIII, note 196).
[53] Le château de la Roque-Valsergue (Aveyron, arr. Millau,
c. Campagnac) avait été emporté d’assaut par les Français dès
les premiers jours de janvier 1369 (_Ibid._, p. LXIII, note
197). Cette prétendue campagne du connétable en Rouergue au
commencement de 1371 est purement imaginaire.
Reddition d’Ussel[54]. La garnison a la vie sauve et peut se retirer
avec armes et bagages à Sainte-Sévère[55]. Bertrand du Guesclin revient
en France[56].--Robert Knolles, qui s’est enfermé dans son château
de Derval après sa défaite à Pontvallain, a encouru la disgrâce
d’Édouard III; il envoie alors deux de ses écuyers d’honneur présenter
ses excuses au roi d’Angleterre; ces excuses, appuyées par Alain de
Buxhull, sont agréées[57]. Jean de Menstreworth, convaincu de haute
trahison, subit le dernier supplice[58]. P. 23, 24.
[54] Nous avons rapporté plus haut, sur les circonstances du
siège d’Ussel, le témoignage d’un témoin oculaire, Geoffroi
Budes. Ce témoignage confirme de point en point la version de
la _Chronique normande_ (p. 201) et de la _Chronique des quatre
premiers Valois_ (p. 210); il n’est fait aucune mention de la
reddition d’Ussel par les rédacteurs de ces deux chroniques, dont
le silence rend fort suspecte l’affirmation de Froissart.
[55] Sainte-Sévère-Indre, Indre, arr. la Châtre.
[56] A la date du 18 mars 1371, Bertrand du Guesclin était de
retour à Paris, où il fit montre de 120 hommes d’armes (Hay du
Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p. 347 et 348). On a vu plus
haut que le siège d’Ussel se place pendant la seconde quinzaine
de février; par conséquent le connétable, qui était sans doute
encore à Clermont le 1er mars, n’avait pu trouver le temps, avant
de rentrer à Paris, de faire une expédition dans le Rouergue.
[57] Édouard III ne rendit ses bonnes grâces à Robert Knolles
qu’après lui avoir fait payer dix mille marcs.
[58] Arrêté en Navarre, près de Pampelune, par un écuyer que
le _Moine de Saint-Albans_ nomme dans sa chronique Louis de
Saint-Gilles (éd. Maunde-Thompson, 1874, p. 135), Jean de
Menstreworth, envoyé par Charles V en Espagne, où il allait
remplir une mission secrète auprès du roi de Castille, fut
conduit en Angleterre et enfermé, en 1377, dans la prison de la
Tour de Londres sous l’inculpation de haute trahison; on l’accusa
surtout d’avoir arrêté, de concert avec Owen de Galles, le plan
et dirigé les préparatifs d’une descente en Angleterre. Le 21
mars 1377, il fut écartelé; sa tête fut mise au bout d’une pique
sur le pont de Londres, et les quatre quartiers de son corps
envoyés, pour y être exposés, à Newcastle, à Caermarthen, à
Bristol et à Douvres; le compte des dépenses nécessitées par cet
envoi est conservé au _Record Office_. Une lettre destinée au roi
d’Angleterre seul, que Jean de Menstreworth avait écrite quelques
instants avant de subir le dernier supplice, fut interceptée par
Henri Percy et par Jean, duc de Lancastre. Cf. _Thomæ Walsingham,
quondam monachi Sancti Albani, Historia anglicana_, éd. Riley, t.
I, p. 326.
Édouard III s’assure l’alliance des ducs de Gueldre[59], de
Juliers[60] et dépêche le comte de Hereford[61] vers le duc de
Bretagne.--Bataille navale livrée dans un havre de Bretagne, nommé
la Baie[62], entre les Anglais et les Flamands; les Flamands ont
le dessous et sont tous tués ou faits prisonniers.--Bataille [de
Bastweiler] livrée dans la nuit de la Saint-Barthélemy[63] 1371 entre
Wenceslas de Luxembourg, duc de Brabant, d’une part, Édouard, duc de
Gueldre, et le duc de Juliers, d’autre part. Défaite des Brabançons. Le
duc de Brabant, tous les enfants de Namur[64], le comte de Salm[65],
Jacques de Bourbon[66], Waleran de Ligny, fils de Gui, comte de
Saint-Pol[67], sont faits prisonniers; Gui, père de Waleran, est tué
sur le champ de bataille. P. 25, 26, 274 à 276, 279.
[59] Édouard, troisième duc de Gueldre, supplanta, en 1361, son
frère Renaud III, et fut blessé mortellement à la bataille de
Bastweiler, le 22 août 1371.
[60] Guillaume VI, duc de Juliers, succéda en 1361 à son père
Guillaume V et mourut le 13 décembre 1393.
[61] Humphrey de Bohun, l’un des protecteurs de Froissart, fils
de Guillaume de Bohun, comte de Northampton, et d’Élisabeth de
Badlesmore, marié à Jeanne d’Arundel, était devenu, en 1361,
comte de Hereford par la mort de son oncle Humphrey, auquel
appartenait ce comté; il était connétable d’Angleterre.
[62] _La Baie_ est le nom sous lequel on avait coutume
de désigner dans les actes de la chancellerie anglaise,
au XIVe siècle, la baie de Bourgneuf (Bourgneuf-en-Retz,
Loire-Inférieure, arr. Paimbœuf), fermée du côté de la mer par
l’île de Noirmoutier. Les navires flamands revenaient de la
Rochelle, où sans doute ils avaient chargé des vins et avaient
fait escale à Beauvoir (Beauvoir-sur-Mer, Vendée, arr. les
Sables-d’Olonne), pour compléter leur chargement avec du sel.
D’après les chroniques flamandes, le combat naval de la Baie
de Bourgneuf fut livré le 1er août 1371, et cette date est
confirmée, sinon par les chroniques anglaises, qui placent la
défaite des Flamands en 1372, du moins par plusieurs actes de la
chancellerie d’Édouard III. Le 1er juillet de cette année, le roi
anglais chargeait deux commissaires de demander réparation des
dommages dont ses sujets avaient à se plaindre de la part des
Flamands, et le 26 août suivant il donnait l’ordre d’arrêter tous
les individus de cette nation (Rymer, vol. III, pars II, p. 920
et 921).
[63] Froissart commet ici une légère erreur de date. La
Saint-Barthélemy tombe le 24 août, tandis que la bataille de
Bastweiler fut livrée le vendredi 22 août 1371.
[64] Notamment Robert et Louis de Namur, sixième et septième fils
de Jean Ier, comte de Namur, et de Marie d’Artois, ainsi que leur
neveu Guillaume, seigneur de l’Écluse, fils de Guillaume Ier,
comte de Namur, quatrième fils de Jean Ier et de Catherine de
Savoie.
[65] Henri VI, comte de Salm, marié à Adélaïde de Schoonvorst.
[66] Jacques de Bourbon, seigneur de Préaux, troisième fils de
Jacques Ier, comte de la Marche, et de Jeanne de Saint-Pol.
[67] Gui de Luxembourg, fils de Jean, seigneur de Ligny, et
d’Alioe de Flandre, avait épousé Mahaut de Châtillon, sœur et
héritière de Gui, comte de Saint-Pol; en septembre 1367 il avait
été créé comte de Ligny par Charles V.
Nouvelles escarmouches sur mer entre les Anglais et les Flamands;
ceux-ci se décident à faire la paix avec le roi d’Angleterre[68]. P.
26, 27, 280 à 282.
[68] Après de longs pourparlers, un traité de paix définitif fut
conclu entre Édouard III et les Flamands le 5 avril 1372 (Rymer,
vol. III, pars II, p. 939).
Le roi de Majorque[69], fait prisonnier par D. Enrique de Trastamar,
roi de Castille, recouvre la liberté moyennant le payement d’une
rançon de cent mille francs[70] fournie par la reine de Naples, sa
femme, et la marquise de Montferrat, sa sœur[71]. A peine remis en
liberté, le roi de Majorque, soutenu par le pape Grégoire XI, prend à
sa solde des gens des Compagnies et surtout des Bretons, traverse la
Navarre avec l’assentiment du roi de ce pays, et déclare la guerre au
roi d’Aragon[72] qui avait tué son père et l’avait dépouillé de son
royaume; les hostilités sont poussées avec beaucoup d’acharnement de
part et d’autre. Ce fut pendant le cours de cette guerre que Jacques,
roi de Majorque, mourut[73] au val de Soria; les gens des Compagnies
qu’il avait enrôlés rentrent alors en France. P. 27, 28, 276.
[69] D. Jayme d’Aragon, roi nominal de Majorque, comte de
Roussillon et de Cerdagne, fils de D. Jayme II et de Constance
d’Aragon, s’était marié, par contrat en date du 14 décembre 1362,
à Jeanne, reine de Naples, veuve en premières noces d’André de
Hongrie, assassiné le 18 septembre 1345, et en secondes noces
de Louis de Tarente, mort le 16 mai 1362. D. Jayme fut fait
prisonnier dans le courant de mars 1368, en même temps que D.
Pèdre, roi de Castille, à la cour duquel il s’était retiré.
[70] Jeanne, reine de Naples, paya pour la rançon de son
troisième mari soixante mille ducats d’or.
[71] Isabelle d’Aragon, fille de D. Jayme II, roi de Majorque, et
de Constance d’Aragon, avait épousé en 1358, neuf ans après la
mort de son père, Jean II, marquis de Montferrat.
[72] D. Pèdre IV, roi d’Aragon, avait enlevé dès 1343 les îles
de Majorque, de Minorque et d’Iviça à D. Jayme II, qui fut tué,
au cours d’une expédition entreprise pour les recouvrer, le 25
octobre 1349.
[73] D. Jayme mourut vers la fin de 1375 et, dès le 25 mars de
l’année suivante, Jeanne, reine de Naples, sa veuve, se remaria
en quatrièmes noces à Othon de Brunswick, fils aîné de Henri, duc
de Brunswick-Grubenhagen. Le val de Soria, indiqué par Froissart
comme le lieu où mourut D. Jayme, se trouve en Vieille-Castille;
cette vallée, qui tire son nom de la ville de Soria, est arrosée
par le Douro. On sait que la reine de Naples, par un testament en
date du 23 juin 1380, institua Louis d’Anjou, frère de Charles
V, son héritier universel et qu’elle mourut le 22 mai 1382,
assassinée par l’ordre de Charles de Duras, compétiteur du duc
d’Anjou.
Jean, duc de Lancastre, lieutenant d’Édouard III à Bordeaux, est
veuf; il a perdu sa première femme Blanche[74], duchesse de Derby et
de Lancastre. Les deux filles de D. Pèdre[75], roi de Castille, après
la mort de leur père, ont cherché un refuge à Bayonne. Sur le conseil
des barons de Gascogne, le duc de Lancastre se remarie à l’aînée nommée
Constance, et la cérémonie des fiançailles a lieu à Roquefort[76],
village situé près de Bordeaux. L’arrivée dans cette ville de la jeune
princesse et de sa sœur donne lieu à des fêtes magnifiques. P. 28 à 30,
282 à 284.
[74] Blanche de Derby, fille de Henri, comte de Derby, et
d’Isabelle de Beaumont, première femme de Jean de Gand, duc
de Lancastre, quatrième fils d’Édouard III, était morte de la
peste en 1369 et avait été enterrée à Londres dans la cathédrale
de Saint-Paul; elle avait protégé Froissart, qui a exprimé sa
reconnaissance en vers touchants dans le _Buisson de Jonèce_. Le
mariage de Blanche avec Jean, dit de Gand, avait été célébré à
Reading au mois de juin 1359.
[75] Constance et Isabelle, filles de D. Pèdre et de Marie de
Padilla.
[76] Roquefort, Landes, arr. Mont-de-Marsan, entre Bayonne, lieu
de résidence des filles de D. Pèdre, et Bordeaux. Le mariage de
Jean, duc de Lancastre, avec Constance, l’aînée des filles de
D. Pèdre, est antérieur au 25 juin 1372, car dans un acte qui
porte cette date, le fils d’Édouard III prend le titre de roi de
Castille (Delpit, _Documents français en Angleterre_, p. 184).
Constance mourut avant son mari et fut enterrée à Leicester.
Catherine de Rœulx, veuve de Hugues de Swinford et fille d’un
simple héraut d’armes, Paon de Rœulx (Nord, arr. Valenciennes, c.
Bouchain), que la reine Philippa de Hainaut avait amené de son
pays natal, devint, du vivant même de Constance, la maîtresse du
duc de Lancastre, qui l’épousa dans les premiers jours de janvier
1390. Catherine, morte et enterrée à Lincoln le 10 mai 1403, fut
par son fils, Jean de Beaufort, comte de Somerset et marquis de
Dorset, la bisaïeule, du côté maternel, de Henri VII, fondateur
de la dynastie des Tudors.
Ces nouvelles parviennent en Castille, où D. Enrique de Trastamar
apprend à la fois que l’aînée de ses nièces, Constance, est mariée au
duc de Lancastre, et que la cadette, Isabelle, doit épouser le comte de
Cambridge. Il envoie aussitôt des ambassadeurs vers le roi de France,
en leur donnant mission de conclure un traité d’alliance offensive et
défensive avec Charles V. Ce traité[77] est conclu par l’entremise de
Bertrand du Guesclin, qui aime beaucoup le roi de Castille. Après
avoir ainsi accompli leur mission, les ambassadeurs de D. Enrique
retournent auprès de leur maître, qui tient alors sa cour dans la ville
de Léon. P. 30, 31, 286, 287.
[77] Les négociations auxquelles il est fait allusion ici
eurent pour principal résultat de provoquer l’envoi de la
flotte espagnole, qui battit dans les eaux de la Rochelle, au
mois de juin 1372, la flotte anglaise commandée par Jean, comte
de Pembroke, marié en premières noces à Marguerite, quatrième
fille d’Édouard III. L’un des négociateurs envoyés en Castille
par Charles V fut Macé de Fresnes, chevalier, à qui le roi de
France fit payer 200 francs d’or, par mandement en date du 10
août 1371, pour son voyage «_es parties_ d’Avignon, d’Arragon et
_d’Espaigne_ et à Saint Jaques de Galice, _où nous l’envoions
hastivement pour certaines besoingnes qui nous touchent_»
(Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 411, nº 803).
Vers la Saint-Michel 1371[78], le duc de Lancastre s’embarque à
Bordeaux pour retourner en Angleterre après avoir institué divers
grands seigneurs pour gouverner la Gascogne, le Poitou et la Saintonge
pendant son absence. Débarqué à Southampton, il se rend à la cour
du roi son père, qui donne des fêtes en l’honneur de la duchesse de
Lancastre, sa belle-fille, et fait grand accueil à Guichard d’Angle,
chevalier poitevin que le duc de Lancastre a emmené avec lui.--Sur ces
entrefaites, Gautier de Masny meurt[79] à Londres et l’on dépose ses
cendres dans un couvent de Chartreux qu’il avait fait construire dans
un faubourg de cette ville; Édouard III et ses enfants, les prélats
et les barons d’Angleterre assistent aux obsèques de ce vaillant
chevalier. Jean, comte de Pembroke, marié à Anne de Masny[80], hérite
des seigneuries[81] de Gautier situées en Hainaut, pour lesquelles il
prête serment de foi et hommage à Aubert, duc de Bavière, qui tient
alors à bail le comté de Hainaut. P. 31 à 33, 284, 285, 287, 288.
[78] Dès le 21 juillet 1371, Jean, duc de Lancastre, s’était
démis de ses fonctions de lieutenant en Aquitaine du prince
de Galles, son frère aîné (Delpit, _Documents français en
Angleterre_, p. 179); mais il paraît avoir attendu, pour quitter
le pays et retourner en Angleterre, qu’Édouard III, par acte en
date du 13 avril 1372, eût nommé lieutenant en la principauté
d’Aquitaine Jean, comte de Pembroke (Rymer, III, 941). Cf. Thomas
Walsingham, _Historia anglicana_, p. 813.
[79] Gautier de Masny, dont le chroniqueur de Valenciennes parle
avec une complaisance particulière, parce que ce chevalier était
originaire du Hainaut, où se trouve le village de Masny (Nord,
arr. et c. Douai), mourut le mardi 13 janvier 1372 et fut enterré
dans une chapelle des Chartreux de Smithfield, près Londres.
Froissart n’oublie pas de dire, dans le _Buisson de Jonèce_,
qu’il avait reçu les bienfaits de son valeureux compatriote.
[80] Jean de Hastings, comte de Pembroke, veuf de Marguerite,
fille d’Édouard III, s’était remarié à Anne de Masny, fille
unique de Gautier et de Marguerite de Norfolk.
[81] Ces seigneuries étaient Masny, Boucourt (Nord, arr. et c.
Douai) et Wasnes (Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain).