mondains sont que vous reputez comme les principales de voz joyes &
gloires & sanz partie de ycelles .iii. ou toutes je suppose que il n’est
quelconques richece qui content feist cuer d’omme/ Et qu’il n’est si
grant tresor des biens de fortune que cellui a qui elles faillent ne
voulsist avoir donné se il l’avoit pour posseder ycelles/ les .ii. sont
hors soy & l’autre en soy meismes La premiere est estre nez de nobles
parens la quelle noblece je entens des vertus/ La seconde avoir corps
sanz nulle defformité et assez plaisant saintif et non maladis/ mais
bien complexionné et de competant discrecion & entendement/ La tierce
joye qui n’est mie petite avoir enfans beaulx et gracieux au monde de
bonne discrecion et de bonnes meurs et craignans dieu/ O femme avises
ton ingratitude/ Es tu donques exaussie de celles belles graces avec
maintes autres que dieu t’a donnees/ il semble que oublié ayes comment
il t’est quant si meseureuse te reputes Est il femme au jour de huy que
tu cognoisces plus glorieuse de parens que tu es/ ne te souvient il de
la digneté de nostre noble philosophe ton pere qui de noz estudes tant
estoit familier que nous seyons en la chayere avecques lui devisant de
noz secrés et pour l’acointance de nostre industrie fu en son temps
repputé le suppellatif en noz sciences speculatives/ & avec ce vray
catholique comme tous jours & a sa fin paru/ et vertueux que je m’en
rapporte a toy que plus prises seulement & plus te prouffite la
rumignacion de son savoir qui demouree t’est que quelconques avoir non
obstant que t’en plaignes que il te peust avoir laissié/ penses se
contente de ce bien te dois tenir/ Que diray je de ta tres noble mere
scez tu point de femme plus vertueuse/ remembre toy depuis sa jonece
jusques au jour d’ui se vie contemplative constamment ou service de dieu
quelque occupacion que elle onques eust l’a nul jour laissiee je croy
que non/ O quel noble femme comme sa vie est glorieuse comme de celle
que nulle tribulacion onques ne suppedita ne brisa par impacience son
tres bon courage/ & quel exemple de vivre en toute vertu pour toy/ se tu
bien t’i mires/ avises combien grant grace dieu te fait ancore avec tout
de si noble mere laisser vivre en ta compaignie en sa viellece plaine de
tant de vertu/ & quantes foix elle t’a reconfortee & menee de tes
impaciences a cognoistre ton dieu/ Et se tu te plains que peine seuffre
ton cuer pour ce que vers elle te semble ne peus faire comme il
appartient je te dis/ ce vouloir avec la pacience est meritoire a toy et
a elle/ et de elle sanz faille la digne conversacion & vie esleue l’a
fait estre clere entre les femmes c’est chose nottoire et tres beneuree
Item quant au .ii.e/ en tes biens ne t’a par ta foy dieu donné corps
fort assez & bien compleccionné selon ta qualité lui en peus tu rien
demander/ se tu ne varies/ si gardes que de tel entendement que il y a
mis/ bien en uses/ ou se non/ mieulx te vaulsist moins avoir sceu/ Ce
qui touche a la .iii.e joye/ n’as tu enfans beaulx gracieux & de bon
sens/ ton premier fruit qui est une fille donnee a dieu et a son
service/ rendue par inspiracion divine de sa pure voulenté & oultre ton
gré en l’eglise et noble religion de dames a poissi/ ou elle en fleur de
jonece et tres grant beauté se porte tant notablement en vie
contemplative et devocion/ que la joye de la relacion de sa belle vie
souventes foiz te rent grant reconfort/ et quant de elle meismes tu
reçois les tres doulces et devotes lettres/ discretes et sages que elle
t’envoye pour ta consolacion es quelles elle jeunette et ignocente te
induit et amonneste a haÿr le monde et despriser prosperité.
¶ N’as tu un filz aussi bel et gracieux et bien moriginez/ et tel/ que
de sa jonece qui ne passe .xx. ans du temps que il a estudié en noz
premieres sciences en gramaire on ne trouveroit ne rethorique et
poetique lengage naturellement a lui propice gaires plus apte et plus
soubtil que il est avec le bel entendement & autre bonne intiquative que
il a/ et que je ne mente es choses dictes assez sont magnifestes si que
chacun le peut veoir/ non pas le te dis pour toy induire a vaine gloire/
mais affin que graces rendes a cil dont tout bien vient qui t’a donné
les diz biens & mains autres/ & lesquieulx fortune ne donne mie/ mais
lui de sa pure grace especiale a qui il lui plaist.
¶ Des autres complaintes que tu fais de tes amis germains que tu ne vois
et qui de toy sont loings/ je ne fais compte Car comme ce monde ci ne
soit que un trespas dois esperer que par les prieres de la bonne mere et
la preudommie de eulx serés par la misericorde de dieu conduis en la
cité de joye c’est la sus ou ciel ou se dieu plait vous entre verrés
perpetuellement.
Blasme philosophie christine de ce que elle se plaint.
De ce que ton mari en jone aage mort te toli dont tu te plains je te dy
que dieu ne te fist nul tort quant son serf pour mettre en plus hault
degré volt ravoir/ et lui plut que tu demourasses en la vallee de
tribulacion pour esprouver ta pacience et pour toy affiner en vertu/
Sicomme dit saint augustin sur le .lx.e pseaulme que en une meisme
fournase la paelle art & l’or se purge/ la paelle tourne toute en
cendre/ & l’or de toute escume et ordure se nettoye/ Et que est a
entendre la fournase doulce amie scez tu/ c’est le monde ou tu es/ la
paelle/ Ce sont les mau prouffitans/ l’or/ ce sont les justes/ le feu/
c’est tribulacion/ l’orfevre/ c’est dieu/ Ce que l’orfevre a voulu faire
de toy/ il te doit plaire/ ou il te veult mettre tu le dois vouloir/ tu
as commandement de endurer il a l’office de purger/ et combien que la
paele arde en ce feu/ c’est la douleur que tu sens/ toutevoye se tu es
sage tu t’y purges comme l’or.
¶ Et ancore avec tout ce que le mieulx ait esté pour toy/ et au prouffit
de ton sens le te monstreray Il n’est ou monde plus grant bien et toy
meismes pas ne le me nyeras/ que cellui qui vient de l’entendement/ &
qui le parfait en savoir/ la quelle chose fait estude qui apprent
science/ et experience de moult de choses/ Ces .ii. causes font la
personne estre sage se faute de l’entendement ne lui tolt a ton propos
il n’est mie doubte que se ton mary te eust duré jusques a ore/ l’estude
tant comme tu as ne eusses frequenté Car occupacion de maisnage ne le
t’eust souffert au quel bien d’estude tu te mis comme a la chose plus
esleue selon ton jugement apres la vie qui est de tous poins pour les
parfais c’est la contemplative/ la quelle est vraye sapience/ le quel
bien d’estude je sçay que confesseras que pour tous les biens de fortune
ne vouldroies quelque pou que y ayes fait ne t’i estre occuppee & que la
delectacion qui tant t’en agree ne eusses Dont ne te dois tu pas tenir
pour meseuree/ quant tu as entre les autres biens une des choses du
monde qui plus te delite et te plaist a avoir/ C’est a savoir le doulx
goust de science. Item se riche et garnie & sans tribulacion fusses
demouree/ en delices te fusses nourrie/ lesquelles choses conduisent
creature a plusieurs inconveniens/ Si n’eusses mie l’experience de
congnoistre le monde/ et cause de tant le haÿr/ la quelle chose dieu
veult/ Et par consequant ne fusses si savant/ car saches de vray que les
riches que chascun agree non mie pour eulx/ mais pour le leur/ n’ont si
grant cause de congnoistre les fallaces du monde ne lesquieulx sont
leurs vrays amis comme ont ceulx qui les espreuvent et qui passent par
adversitez Car il leur semble pour ce que le monde leur rit que il ne
soit autre paradis et que il soit vray/ toy meismes as ouy mainte foiz
dire a de yceulx riches/ qu’ilz vouldroient que dieu gardast son paradis
et a tous jours les laissast en ce monde/ Or regarde a quel prejudice
tournent les delices quant ilz ramainent la voulenté qui doit suivre
raison a tele bestialité que elle ne use ne que une beste mue ne mais
aux pastures basses/ & ne se lieve ne regarde a son propre lieu naturel
qui est le ciel dont l’ame fourmee a l’image de dieu est venue et doit
tendre a aler Et que il soit vray que les espreuves de tribulacion te
soient prouffitables je me rapporte a toy que se dieu te ramenoit a un
pou plus d’aise de prosperité que pour riens ne vouldroyes que
tribulacion ne eusses essayee/ Or conclus en toy meismes et prens garde/
puis que ainsi est que a l’entendement & au bien de ton corps sont
valables/ se a l’ame/ se bien en as usé plus sont proufitables/ Car dit
saint augustin sur l’euvangile saint jehan/ Les tribulacions que dieu
veult que tu ayes a souffrir en ce monde/ ce n’est pas peine de
dampnacion/ ains est le flayel de correccion Et vous enfans de dieu
estes appellez a l’eritage pardurable/ Et si ne daignez estre flayelez.
Encore de ce mesmes.
Apres il me semble que tu te plains Et dis que comme tu fusses choite es
las de dure fortune tantost que tu fus vesve te assaillirent les mauvais
par divers travaulx de plais & de plusieurs inconveniens que ilz te
bastirent O ma chiere amie/ ce n’est pas de nouvel que les mauvais
persecutent les ingnocens qui deffendre ne se scevent ou pevent/ mais
non pourtant que ce soit a leur dampnacion/ yceulx persecuteurs/ se bien
a ton utilité sceusses user des trais de leurs dars seroient les
orfevres de ta couronne// Car dit saint jerome en l’epistre a ciprian
que de tant comme creature humaine plus est afflicte par poissance
d’ennemis & de cruauté/ et de tant plus croist la couronne de son loyer/
O folle qui plouroies par desconfort a ton foyer comme dit as ou temps
de tes tribulacions/ helas & ainsi faisoies de ton prouffit ton dommage/
se par impacience estoit Car dit saint augustin/ beau filz se tu pleures
gardes que ce soit soubz la correccion de dieu ton pere et non mie par
impacience/ car la verge dont il te bat n’est mie punicion/ ains est
signe que tu as part en son testament Car dieu t’envoioit ton mieulx et
user n’en savoies Or regarde les beaulx enseignemens des sains docteurs/
car de tel viande te vueil je repaistre comme elle soit plus penetrant
par aventure en ton entendement que force d’argumens ne seroit/ de quoy
autre foiz usay en confort de creature humaine.
¶ Helas ne t’enseigna en ce pas ci saint gregoire ou .x.e livre de
morales que tu devoies faire lors que il dit tieulx parolles/ de tant
dist il/ que nous endurons pour l’amour de nostre dieu plus paciemment
tribulacion de tant plus croist nostre esperance en lui/ Car la joye de
retribucion pardurable ne peut estre cueillie se premierement n’est
semee en affliccion/ Et escoute un beau vers de ses parolles.
¶ Les maulx qui ycy nous estraignent
a aler a dieu nous contraignent.
¶ Et combien que ci devant t’aye dit/ et il est vray que cause n’eusses
de si grant affliccion avoir selon le effait des choses comme tu dis que
avoyes/ Toutevoyes puis que te reputoies mal eureuse tu l’estoies/ et
c’estoit ce qui le te faisoit estre/ Car se toy meismes ne t’i
reputasses ne le fusses mie/ Dont puis que maladie ta meismes reputacion
te donnoit medicine/ Il couvient a quelque cause que le mal soit venus
mais a celle fin que a de tes amies ou amis semblablement enformez/ ou a
d’autres simples ou ignorens du coliege chrestien a qui ce vendra a
congnoissance puisse mon remede estre valable/ le regime a garison
prouffitable de tel maladie ne te sera par moy vee/ Et ancor voy que
maistier en as/ et a propos que de pou te plaignisses.
¶ Escoute que dit Cassiodore sur le psaultier/ nous endurons dist il
petites choses mais s’il nous souvenoit bien quel buvrage pour nous but
en la croix de nostre seigneur qui a lui nous appelle/ nous avons
matiere de pacience O creature se il est ainsi que tribulacion tu ayes
receue ou reçoives/ Comment dieu t’a donné belle maniere de vivre se
bien en scez user/ car tribulacion euvre l’oreille du cuer mainte foiz
la ou mondainne prosperité la clot.
Encore de ce.
De ce que tu m’as dit/ que cheus en paroles de ce de quoy tu estoies
ignocent dont tu te troubloies O chiere amie quelle gracieuse punicion
dieu qui t’aime & n’est mie doubte que mainte fois l’as courroucié par
divers pechiez Il te volt donner par te corriger en ce que tu n’estoies
mie coulpable pour les pechiez muciez par aventure en conscience ou par
effait en quelque maniere que commis avoies/ et ainsi mainte foiz le
fait a creature Car en la chose dont n’est mie en coulpe la pugnist
d’autres divers pechiez mais c’est grant purgacion pour cellui qui est
persecutez de son innocence/ et les flaiolz des mauvais sont les
instrumens de sa gloire/ Et de cessi dit saint gerome es morales ou
.xx.e livre le tout poissant dist il seuffre en ce monde que les mauvais
griefvent les bons/ a ce que par la forsennerie des reprouvez soit
purgee de la vie des esleus/ Et n’est point a cuider que jamais dieu
souffrist que les mauvais ainsi cruellement tourmentassent les non
coulpables ou les bons se il ne veoit combien il leur prouffite/ Car
quant les mauvais forcennent sur les non courpables Adont sont luisans
les ignocens & purgiez & la perversité des mauvais plus redonde sur la
perdicion de eulx O dieux et de entre vous qui passer voulez de delices
en delices c’est a savoir des ayses de ce monde que vous desirez aux
biens celestiaulx la quelle chose ne se peut faire.
¶ Escoutez que dit saint gregoire en une omelie quant je considere dist
il job couché sus un fumier comme mesel/ Saint jehan baptiste mourant de
fain en un desert/ saint pierre estendu en crois/ saint jaques decolé de
herode/ Je pense comment dieu tourmentera a son jugement durement ceulx
que il repreuve/ quant ycy presentement il afflict si durement ceulx que
il aime et appreuve.
¶ Et entre vous mondains qui pensez en voz petites tribulacions que dieu
vous ait oubliez Et que fortune vous persecute/ Pensez vous que il soit
plus tenus a vous que a ses autres bons amis a qui tant laissa souffrir.
¶ Mais de ycelle souffrance escoutez que dit saint bernard en un sermon/
mes freres dist il nous sommes en ce monde ainsi comme en un champ de
bataille/ Et pour ce qui ycy playez de tribulacion n’apperra ne recevra
en l’autre la victoire de la couronne glorieuse/ O belle amie que cellui
est sage & vray/ Bon mainnager ou celle/ qui toutes choses scet bien
traire a son prouffit & bien en user soit de prosperité ou d’aversité/
mais comme les delices mondains soient plus fors a en user au prouffit
de l’ame que les tribulacions nostresire pour bien de creature
communement les envoie a ses mieulx amez/ Car nient plus ne lui
cousteroit a envoyer prosperité que aversité/ mais soyez certaine que
lui qui scet vostre fragilité le fait pour le meilleur de cil a qui
l’envoye/ Car non obstant que vous en murmuriez par impacience souventes
fois si estes vous plus actes en la voye de tribulacion a aler ou ciel
que ceulx qui sont nourris es grans delices/ et que il soit vray se
mescroire ne voulez comme heretiques les saintes escriptures & les sains
docteurs moult en avez de preuves/ Car se tu me dis que fortes sont a
passer les tribulacions de ce monde & que elles dueillent griement.
¶ Helas escoute a ce propos que dit crisostome sus l’euvangile saint
mathieu/ se aucun dist il repute la voye de ceste vie laborieuse pour
les afflictions qui y sont il accuse sa parece/ Car se aux maronniers
les floz de la mer & les tempestes et les gelees de l’iver aux
laboureurs/ et les playes orribles navreures aux chevaliers/ Semblent
estre legeres a porter pour l’esperance du gaing/ ou de l’onneur
temporelle que ilz en attendent par plus forte raison nous doivent
sembler aysiees les tribulacions de ce monde pour les quelles nous est
promis paradis en loyer.
¶ Ha dieux & avec tout ce pensez vous point entre vous pecheurs que ayés
desservi par maintes diffames ancore trop plus grant punicion que
souffisant n’est de pugnir l’aversité que vous avez/ Et quant dieu selon
sa misericorde amodere et adoulcist vers vous sa justice pour un pou au
regart de voz maulx vous donner a souffrir/ n’estes vous bien tenus a
lui/ Et a ce propos dit pierre de ravenne en une epistre/ dieu dist il
te pugnist en ce monde a ce que la peine temporelle rachate tes ardeures
de la mort pardurable/ Car ainsi que les pierres ne sont mises en
edefice se premierement ne sont taillees & au martel acquerries ne le
grain n’est point mis ou grenier tant que au fleau soit batu/ aussi ne
peus tu estre logié en l’edefice de paradis ne mis ou guernier des
esleus se tu n’es esprouvé par tribulacion.
Encore de reconfort.
Amie chere par ce que dit t’ay/ me semble que assez doit souffire au
propos que au premier je promis te monstrer ton tort des grans reclaims
que m’as fais de tribulacions que tu dis avoir passees n’estre si
grandes que tu les poises/ & aussi que pour ton prouffit te sont
premises se en toy ne tient. Assez me semble t’ay prouvé souffisamment/
mais sur le temps present ou quel tu dis ancores durer tes infortunes ou
tu ne vois ne cognoiz voye de relachement/ Te respondray confondant
pareillement tes oppinions en ce que tu ymagines.
¶ Et apres pour le temps avenir se croire me veulx tout ainsi comme le
bon medecin quant il a curé son malade/ lui baille regime pour preserver
sa santé & affin que il ne renchee/ te bailleray ordre et voie de estre
conduite a la vraye felicité ou tout cuer humain doit tendre comme il
n’en soit point d’autre/ Et premierement pour ce que tu ne congnoiz ton
estat le te fere congnoistre/ te feray une demande Car par ce que de toy
entens tu ne te tiens mie content de telle porcion que tu as de biens Et
t’est avis que assez de autres abondent en superfluitez de choses dont
escharceté as et souffreté/ Si te demande se tu congnoiz homme ou femme
soit prince princesse ou autre des plus remplis des biens de fortune/
soit en seignourie/ estas honneurs et autres dignitez/ je te parle de la
vie des mondains/ & en resserve les speculans nobles de entendement/ que
tu voulsisses avoir changié ton simple estat & maniere de vivre/ la
voulenté que tu as et l’amour et delit de estude que tu prens a ta vie
solitaire pour avoir la cure & charge de tant de divers faisselz/ Et
dame de conscience et l’ardeur de couvoitise & tout tel courage comme a
le plus eureux & fust meismes converti ton corps foible & femenin en
homme pour estre transmuee de condicions et de tout en cellui ou celle a
qui tu reputes es biens mondains fortune plus propice/ adont respondis a
la dame honoree/ dame a quoy me fais tu ceste demande/ ne scez tu que
couvoitise tant ne me suppedite que pour tous les biens de fortune
voulsisse avoir changié mon estre a cellui d’un autre pour toutes ses
richesces/ O folle et comment peut estre que apres tele sentence tu te
reputes mal eureuse et puis que mieulx te souffist ton estat que cellui
de un tres poissant riche ne feroit/ pour le laissier donc te reputes tu
plus riche c’est a savoir plus eureuse que le plus riche qui soit tant
que touchent ses richesces/ Car comme toute chose tende tous jours a sa
perfeccion/ se tu reputoies le plus riche plus parfaict que toy/ tu
vouldroies doncques ton estre avoir au sien changié/ Et ainsi peus tu
veoir que le mal ou le bien que les gens ont leur vient par cuider et
par oppinion & non mie des choses/ Car cellui est riche qui plus ne
couvoite/ et cellui est povre qui art en desir/ amie chiere ci n’as pas
mauvaise cause/ or te souffise doncques l’estat ou dieu t’a appellee/ Et
de ce que tu te complains de la charge de plusieurs parens que il te
faut avoir/ prens la en pacience et fais ton devoir/ Car tout est pour
ton merite/ & te resjouis en ce que ilz sont bons/ & espere en dieu
comme dit le psalmiste et fais bien/ Car il ne te fauldra ja/ nature est
de pou soustenue qui vit a la neccessité de nature il se sauve. Mais qui
vit selon les supperfluitez de delices il se pert et dampne & accourse
ses jours.
Le reconfort de philosophie aleguant la sainte escripture.
Mais pource que tu n’as pas ancore la mer de ton pelerinage toute passee
te tendray de promesse verité sus l’enseignement de ton vivre.
¶ Tu qui felicité desires se parvenir y veulx viens a moy je te ouvreray
la voye/ la quelle non obstant que toute soit plaine de tribulacions/
aler n’y peus par autre chemin et pour ce que entre les autres peines
dures a souffrir semble entre vous mondains que injure et persecucion
sanz cause receue de voz prochains soit a porter paciemment la plus fort
chose fonderay l’entree de nostre oroison sur ce que dit a ce propos
saint gregoire sur ezechiel/ tous les biens dist il que nous faisons
sont nulz se paciemment nous ne endurons les maulx que recevons de noz
prochains Et de ce nous donna exemple Jhesucrist qui plus souffry de son
meismes peuple que autre homme ne pourroit souffrir.
¶ Mais bien dit voir grisostome/ quant sur l’epistre saint paul aux
ebrieux il dist/ il n’est riens qui si grant confusion au persecuteur
qui autrui persecute face que de endurer paciemment & forment ses
injures/ et ne lui en rendre vengence en fait ne en parolle.
¶ De ce parla hue de saint victor ou .iii.e livre de l’ame/ grant vertu
dist il est a cellui qui est blecié se il espargne cellui a qui il
pourroit nuire Car c’est la plus noble victoire que homme puist avoir
que de espargner par vertu cellui a qui grever pourroit.
¶ Et que les mauvais soient communement persecuteurs des bons/ ne fus
pas repunante a ce que devant est dit/ quant je dis a mon amé boece que
ceulx de nostre prophession desirent a estre haÿs des mauvais/ Car comme
toute chose hee son contraire ne seront pas leurs hayneulx participans
de leurs mauvaistiez.
¶ O gens mortieulx ce dit boece pour quoy la hors querez la beneurté qui
assise dedens vous est ignorence vous deçoit/ car la pure vraye beneurté
est avoir de soy meismes la seigneurie Car homme n’a si chere chose
comme soy meismes Et ce ne lui peut fortune tolir/ Et affin que tu
saches que es choses de fortune ne peut avoir felicité je te dy que
felicité et beneurté sont les souverains biens de nature Et ce est
raison et entendement & bien souverain ne peut estre perdus/ Et ces
meismes paroles que je te dis pareillement dis a mon amé boece// Donques
entre vous usez des dons de dieu et laissez aler ceulx de fortune/ et
apprenez a seignourir vous meismes & adont ne vous seront tant grevez a
porter les tribulacions pour l’amour de cellui pour qui le ferés.
¶ Car dit a ce propos saint gregoire ou .v.e de morales se la pensee de
l’omme est adreciee en dieu par forte entencion/ quanqu’i est amer en
ceste vie lui semble doulx/ & tout quanque afflict il repute repos.
¶ Ancore dit le benoit gregoire sur ezechiel dieu avec ses dons nous
mesle ses fleaulx/ a ce que tout quanque mondainnement nous delictoit
nous semble amer/ et affin que en noz courages un feu se alume de
charitable pacience qui nous excite tous jours au desir du ciel. Et
ainsi nous morde delitablement/ nous tourmente souefvement/ et qui nous
contriste joyeusement Ha dist il ou premier de morales/ le benoit job
quant dieu souffroit que il fust de l’ennemi frappez/ autant de voix de
pacience comme il rendoit en ses tourmens autant de dars il regitoit
contre son adversaire/ Et assez plus grans coups lui donnoit que il ne
soustenoit.
¶ Et en ce dist il lui meismes est discernee la pensee juste de la
pensee injuste Car la juste en tous estas et en toutes adversitez
confesse la louange du tout poissant/ & l’injuste ne fait que murmurer.
¶ Et de ce dit saint ambroise sus le pseaume de _Beati inmaculati_/ En
ce as tu le grant merite de pacience se toy existant subget aux
tribulacions tu loes les jugemens de dieu/ se tu grevé de maladie tu
rens graces/ et en quelque estat que tu soies plus afflict & tant plus
prouffites.
¶ Que te diroye de la noble vertu de pacience se toy existant subget aux
tribulacions/ tu loes les jugemens de dieu/ se tu grevez de maladie/ tu
rens graces & en quelque estat que tu soyes plus afflict et tant plus
prouffites.
¶ Que te diroye de la noble vertu de pacience/ c’est celle en toute
somme qui est la maistre portiere de paradis/ et sanz qui les autres
vertus ne tiennent lieu Et ce conferme Cassiodore sur le psaultier/
pacience dist il est la vertu qui vaint toutes choses non mie en
combatant mais en souffrant non pas en murmurant mais en rendant graces
C’est la vertu qui nettoie toute l’ordure de volupté & qui a dieu rent
les ames cleres.
Instruit philosophie a despriser les biens mondains.