Prague, le 6 août 1813

_Signé_ CAULAINCOURT, duc de Vicence;

L. NARBONNE.

* * * * *

_Réponse des plénipotentiaires français_.

Les soussignés, plénipotentiaires de S. M. l'empereur des Français, ont

reçu, avec les deux notes que S. Exc. M. le comte de Metternich,

ministre d'État et des affaires étrangères, plénipotentiaire de la cour

médiatrice, leur a fait l'honneur de leur adresser hier, les copies de

celles de MM. les plénipotentiaires russe et prussien. Pénétrés de

l'obligation sacrée que leur impose la nature même de leur mission,

celle d'écarter toute discussion qui n'aurait pas pour but de réaliser

les plus chères espérances des peuples, les soussignés ne considéreront,

dans les notes qui leur ont été remises, que les points qui ont un

rapport direct à l'oeuvre de la pacification. Ils éviteront également de

s'étendre en protestations de leur désir de la paix, parce que, quelque

naturel qu'il soit de s'en honorer, ce désir règle l'esprit des

négociations, mais non la marche des affaires, qui doivent se traiter

suivant les usages reçus, dans leur ordre, et en levant les difficultés

à mesure qu'elles se rencontrent.

C'est avec autant de surprise que de regret que les soussignés ont vu

que ces notes avaient pour but de rejeter une proposition qui leur avait

paru, et qui est en effet la seule propre à concilier la diversité

d'opinion qui s'est élevée sur la forme des négociations.

Dans cet état de choses, ils s'adressent avec confiance au médiateur

pour lui représenter, ce qu'il est impossible de ne pas reconnaître, que

la seule ouverture qui ait tendu réellement à entamer la négociation, a

été faite par eux. En effet, les dissentiments des deux parties laissant

la question indécise, et l'opinion du médiateur, quelque poids que lui

donne sa sagesse et ses lumières, n'ayant pas pu la décider, les

soussignés, autant par déférence pour le médiateur que par le désir

d'aplanir toutes les difficultés, ont consenti à adopter entièrement le

mode qu'il avait proposé, en demandant simplement qu'on admît aussi leur

proposition.

C'était donc un pas de fait; car il serait injuste de ne regarder comme

tel, en négociation, que le sacrifice total de ses prétentions qu'une

des parties ferait à l'autre. Ils devraient espérer qu'après cette

démarche de leur part, faite dans la forme que le médiateur avait

désirée, il se déciderait enfin à faire valoir les motifs, non moins

fondés sur la raison que sur l'usage, dont ils ont appuyé leur

proposition dans les fréquentes conférences officielles qu'ils ont eues

à ce sujet avec M. le comte de Metternich. Cependant ils voient que les

plénipotentiaires alliés, sans combattre cette proposition, sans

répondre aux considérations qui l'ont dictée, sans alléguer même d'autre

raison que leur seule volonté, persistent dans leur prétention, et que

le plénipotentiaire de la cour médiatrice se range entièrement de leur

avis, quoiqu'on ne puisse se dissimuler que le seul motif qu'il ait fait

valoir pour justifier cette préférence ne se trouve plus fondé depuis

que les soussignés ont admis la forme qu'il proposait.

Toutes les objections que l'on peut faire contre le mode qu'ils ont

indiqué dans leur note du 6, tombent d'elles-mêmes, si l'on réfléchit

qu'il concilie toutes les prétentions, qu'il réunit tous les avantages

des différentes formes, l'authenticité de la négociation par écrit, et

la facilité et la célérité de la négociation verbale.

Il serait superflu de s'attacher à relever l'étrange assertion que ce

mode est inusité, puisque le plus simple examen des faits suffit pour la

détruire. Personne n'ignore que dans les principaux congrès dont

l'histoire fait mention, dans ceux où, comme à présent, on a eu à

débattre des intérêts aussi compliqués que variés, à Munster, à Nimègue,

à Ryswich, cette double forme a toujours été employée. S'y refuser

aujourd'hui, n'est-ce pas évidemment montrer que le but pacifique qu'on

met tant de soins à annoncer, n'est pas celui qu'on se propose

réellement? On affecte de nommer Teschen, de prendre pour règle ce qui a

été une exception, et d'invoquer à l'appui le résultat de cette

négociation, comme si celles qui viennent d'être citées en avaient eu un

moins heureux, comme si elles n'avaient pas également réglé les intérêts

des souverains, et assuré la tranquillité des États. Quel peut être, on

le demande encore, le motif qui fait préférer une forme qu'on a suivie

seulement dans une circonstance où il n'y avait qu'un objet à traiter,

et où les bases étaient même posées d'avance?

Il est facile de juger par l'état actuel de la question, qui l'on doit

accuser des retards apportés à la négociation, ou ceux qui, élevant une

prétention opposée à l'usage, repoussent une proposition qui leur assure

tous les avantages qu'ils réclament, ou ceux qui, ayant pour eux l'usage

universellement suivi, consentent à adopter en entier la forme choisie

par leur partie adverse, et se bornent à demander qu'on n'exclue pas une

manière de traiter qui, malgré toutes les allégations contraires, peut

seule amener de prompts résultats.

Les soussignés se flattent que ces considérations seront d'autant mieux

senties par S. Exc. M. le comte de Metternich, qu'il n'aura pu lui

échapper que si la forme exclusive des négociations par écrit offre

quelques avantages, ce n'est pas, à en juger du moins par les notes

qu'il a communiquées aux soussignés, celui d'aider à concilier les

esprits. Il remarquera sans doute aussi que les propositions des

soussignés ont été, au contraire, une nouvelle preuve de leur constant

désir d'aplanir toutes les difficultés pour arriver à la paix, lors même

que leurs adversaires paraissent y avoir renoncé. Ils renouvellent donc

la proposition qu'ils n'ont cessé de faire, d'échanger leurs pleins

pouvoirs, afin d'ouvrir à l'instant les négociations selon la forme

proposée par le médiateur, sans exclure, néanmoins la forme des

conférences, pour conserver les moyens de s'expliquer de vive voix.

Les soussignés ont l'honneur, etc.

Prague, le 9 août 1813.

_Signé_ CAULAINCOURT, duc de Vicence;

L. NARBONNE.

* * * * *

_Déclaration de guerre de l'Autriche._

Le soussigné, ministre d'État et des affaires étrangères, est chargé,

par ordre exprès de son auguste maître, de faire la déclaration suivante

à son excellence M. le comte de Narbonne, ambassadeur de S. M.

l'empereur des Français, roi d'Italie.

Depuis la dernière paix signée avec la France, en octobre 1809, S. M.

impériale et royale apostolique a voué toute sa sollicitude, non

seulement à établir des relations d'amitié et de confiance dont elle

avait fait la base de son système politique, mais à faire servir ces

relations au maintien de la paix et de l'ordre en Europe. Elle s'était

flattée que ce rapprochement intime, cimenté par une alliance de famille

contractée avec S. M. l'empereur des Français, contribuerait à lui

donner, sur sa marche politique, la seule influence qu'elle soit jalouse

d'acquérir, celle qui tend à communiquer aux cabinets de l'Europe

l'esprit de modération, le respect pour les droits et les possessions

des États indépendants, qui l'animent elle-même.

S. M. impériale n'a pu se livrer longtemps à de si belles espérances; un

an était à peine écoulé depuis l'époque qui semblait mettre le comble à

la gloire militaire du souverain de la France, et rien ne paraissait

plus manquer à sa prospérité, pour autant qu'elle dépendait de son

attitude et de son influence au dehors, quand de nouvelles réunions au

territoire français, d'États jusqu'alors indépendants, de nouveaux

morcellements et déchirements de l'empire d'Allemagne [31], vinrent

réveiller les inquiétudes des puissances, et préparer, par leur funeste

réaction sur le nord de l'Europe, la guerre qui devait s'allumer en 1812

entre la France et la Russie [32].

[31: _Observations dictées par Napoléon_.

L'Autriche a de plein gré renoncé à l'empire d'Allemagne. Elle a reconnu

les princes de la confédération, elle a reconnu le protectorat de

l'empereur. Si le cabinet autrichien a conçu le projet de rétablir

l'empire d'Allemagne, de revenir sur tout ce que la victoire a fondé et

que les traités ont consacré, il a formé une entreprise qui prouve mal

_l'esprit de modération et le respect pour les droits des États

indépendants_ dont il se dit animé.]

[32: Le cabinet de Vienne met en oubli le traité d'alliance qu'il a

conclu le 14 mars 1812. Il oublie que, par ce traité, la France et

l'Autriche se sont garanti réciproquement l'intégrité de leurs

territoires actuels; il oublie que, par ce traité, l'Autriche s'est

engagée à défendre le territoire de la France tel qu'il existait alors,

et qui n'a depuis reçu aucun agrandissement; il oublie que, par ce

traité, il ne s'est pas borné à demander pour l'Autriche l'intégrité de

son territoire, mais les agrandissements que les circonstances

pourraient lui procurer; il oublie que, le 14 mars 1812, toutes les

questions qui devaient amener la guerre étaient connues et posées, et

que c'est volontairement et en connaissance de cause qu'il prit parti

contre la Russie. Pourquoi, s'il avait alors les sentiments qu'il

manifeste aujourd'hui, n'a-t-il pas fait alors cause commune avec la

Russie? Pourquoi du moins, au lieu de s'unir à ce qu'il présente

aujourd'hui comme une cause injuste, n'a-t-il pas adopté la neutralité?

La Prusse fit à la même époque une alliance avec la France, qu'elle a

violée depuis; mais ses forteresses et son territoire étaient occupés.

Placée entre deux grandes puissances en armes, et théâtre de la guerre,

la neutralité était de fait impossible. Elle se rangea du côté du plus

fort. Lorsqu'ensuite la Russie occupa son territoire, elle reçut la loi

et fut l'alliée de la Russie. Aucune des circonstances qui ont réglé les

déterminations de la Prusse n'ont existé en 1812, et n'existent en 1813

pour l'Autriche. Elle s'est engagée de plein gré en 1812 à la cause

qu'elle croyait la plus juste, à celle dont le triomphe importait le

plus à ses vues et aux intérêts de l'Europe dont elle se montre

protecteur si inquiet et défenseur si généreux. Elle a versé son sang

pour soutenir la cause de la France; en 1813, elle le prodigue pour

soutenir le parti contraire. Que doivent penser les peuples? Quel

jugement ne porteront-ils pas d'un gouvernement qui, attaquant

aujourd'hui ce qu'il défendait hier, montre que ce n'est ni la justice

ni la politique qui règlent les plus importantes déterminations de son

cabinet.]

Le cabinet français sait mieux qu'aucun autre combien S. M. l'empereur

d'Autriche a eu à coeur d'en prévenir l'éclat par toutes les voies que

lui dictait son intérêt pour les deux puissances, et pour celles qui

devaient se trouver entraînées dans la grande lutte qui se préparait. Ce

n'est pas elle que l'Europe accusera jamais des maux incalculables qui

en ont été la suite [33].

[33: Le cabinet français sait mieux qu'aucun autre que l'Autriche a

offert son alliance, lorsqu'on n'avait pas même conçu l'espérance de

l'obtenir; il sait que si quelque chose avait pu le porter à la guerre,

c'était la certitude que non-seulement l'Autriche n'y prendrait aucune

part contre lui, mais qu'elle y prendrait part pour lui. Il sait que,

loin de déconseiller la guerre, l'Autriche l'a excitée; que, loin de la

craindre, elle l'a désirée; que, loin de vouloir s'opposer à de nouveaux

morcellements d'États, elle a conçu de nouveaux déchirements dont elle

voulait faire son profit.]

Dans cet état de choses, S. M. l'empereur ne pouvant conserver à ses

peuples le bienfait de la paix, et maintenir une heureuse neutralité au

milieu du vaste champ de bataille qui, de tous côtés, environnait ses

états, ne consulta, dans le parti qu'elle adopta, que sa fidélité à des

relations si récemment établies, et l'espoir qu'elle aimait à nourrir

encore que son alliance avec la France, en lui offrant des moyens plus

sûrs de faire écouter les conseils de la sagesse, mettrait des bornes à

des maux inévitables, et servirait la causé du retour de la paix en

Europe [34].

[34: Le cabinet de Vienne ne pouvait, dit-il, maintenir une heureuse

neutralité au milieu du vaste champ de bataille qui l'environnait de

tous les côtés.--Les circonstances n'étaient-elles donc pas les mêmes

qu'en 1806? De sanglants combats ne se livrèrent-ils pas en 1806 et en

1807, près des limites de son territoire, et ne conserva-t-il pas aux

peuples le bienfait de la paix, et ne se maintint-il pas dans une

heureuse neutralité?--Mais le gouvernement de l'Autriche, en prenant le

parti de la guerre, en combattant pour la cause de la France,

_consulta_, dit-il, _sa fidélité à des relations nouvellement établies_;

fidélité qui ne mérite plus d'être consultée lorsque ces relations sont

devenues plus anciennes d'une année et plus étroites par une alliance

formelle. S'il faut l'en croire aujourd'hui, ce n'était pas pour

s'assurer des agrandissements qu'il s'alliait à la France en 1812, qu'il

lui garantissait toutes ses possessions, et qu'il prenait part à la

guerre: c'était pour servir la cause du retour de la paix, et pour faire

écouter les conseils de la sagesse. Quelle logique! quelle modestie!]

Il n'en a malheureusement pas été ainsi: ni les succès brillants de la

campagne de 1812, ni les désastres sans exemple qui en ont marqué la fin

n'ont pu ramener dans les conseils du gouvernement français l'esprit de

modération qui aurait mis à profit les uns, et diminué l'effet des

autres [35].

[35: Comment le cabinet de Vienne a-t-il appris que les succès brillants

de la campagne de 1812 n'ont pas ramené la modération dans les conseils

du gouvernement français? S'il avait été bien informé, il aurait su que

les conseils de la France, après la bataille de la Moscowa, ont été

modérés et pacifiques, et que tout ce qui pouvait ramener la paix fut

alors tenté.]

S. M. n'en saisit pas moins le moment où l'épuisement réciproque avait

ralenti les opérations actives de la guerre, pour porter aux puissances

belligérantes des paroles de paix, qu'elle espérait encore voir

accueillir de part et d'autre avec la sincérité qui les lui avait

dictées.

Persuadée toutefois qu'elle ne pourrait les faire écouter qu'en les

soutenant de forces qui promettraient au parti avec lequel elle

s'accorderait de vues et de principes l'appui de sa coopération active,

pour terminer la grande lutte [36]; en offrant sa médiation aux

puissances, elle se décida à l'effort, pénible pour son coeur, d'un

appel au courage et au patriotisme de ses peuples. Le congrès, proposé

par elle et accepté par les deux partis, s'assembla au milieu des

préparatifs militaires que le succès des négociations devait rendre

inutiles, si les voeux de l'empereur se réalisaient, mais qui devaient,

dans le cas contraire, conduire par de nouveaux efforts au résultat

pacifique que S. M. impériale eût préféré d'atteindre sans effusion de

sang [37].

[36: Le cabinet de Vienne met de la suite dans ses inconséquences. Il

fait cause commune avec la France en 1812; et c'était, dit-il

aujourd'hui, pour l'empêcher de faire la guerre à la Russie. Il arme en

1813 pour la Prusse et la Russie, et c'est, dit-il, pour leur inspirer

le désir de la paix. Ces puissances, d'abord exaltées par des progrès

qu'elles devaient au hasard des circonstances, avaient été rendues à des

sentiments plus calmes par les revers éclatants du premier mois de la

campagne: affaiblies, vaincues, elles allaient revenir de leurs

illusions. Le gouvernement autrichien leur déclare qu'il arme pour

elles: il leur montre ses armées prêtes à prendre leur défense, et en

leur offrant de nouvelles chances dans la continuation de la guerre, il

prétend leur inspirer le désir de la paix! Qu'aurait-il fait, s'il avait

voulu les encourager à la guerre? Il a offert à la Russie d'en prendre

sur lui le fardeau; il a offert à la Prusse d'en changer le théâtre, il

a appelé sur son propre territoire les troupes de ses alliés et toutes

les calamités qui pesaient sur celui de la Prusse. Il a enfin offert au

cabinet de Pétersbourg le spectacle le plus agréable pour un empereur de

Russie, de l'Autriche, son ennemie naturelle, combattant la France, son

ennemie actuelle. Si le cabinet de Vienne avait demandé les conseils de

la sagesse, elle lui aurait dit qu'on n'arrête pas un incendie en lui

donnant un nouvel aliment, qu'il n'est pas sage de s'y précipiter pour

un peuple dont les intérêts sont contraires ou étrangers; enfin qu'il y

a de la folie à exposer à toutes les chances de la guerre une nation

qui, après de si longs malheurs, pouvait continuer à jouir des douceurs

de la paix. Mais l'ambition n'est pas un conseiller qu'avoue la

sagesse.]

[37: L'auteur de cette déclaration ne sort pas du cercle vicieux dans

lequel il s'est engagé. La Russie et la Prusse savaient fort bien que le

gouvernement autrichien armait contre la France. Dès ce moment elles ne

pouvaient pas vouloir la paix. Ce résultat des dispositions du cabinet

de Vienne était trop évident pour qu'il n'y eût pas compté.]

En obtenant, de la confiance qu'elles avaient vouée à S. M. impériale,

le consentement des puissances à la prolongation de l'armistice que la

France jugeait nécessaire pour les négociations, l'empereur acquit, avec

cette preuve de leurs vues pacifiques, celle de la modération de leurs

principes et de leurs intentions [38].

[38: Le cabinet de Vienne avait fait perdre le mois de juin tout entier,

en ne remplissant aucune des formalités préalables à l'ouverture du

congrès. La France ne demanda point que l'armistice fût prolongé, mais

elle y consentit. Ce qu'elle désirait, ce qu'elle demanda, c'est qu'il

fût convenu que les négociations continueraient pendant les hostilités.

Mais le cabinet de Vienne s'y refusa; l'Autriche aurait été liée, comme

médiatrice, pendant les négociations; il préféra une prolongation

d'armistice qui lui donnait le temps d'achever ses armements, et dont la

durée limitée lui offrait un terme fatal pour rompre les négociations et

pour se déclarer.]

Il y reconnut les siens, et se persuada, de ce moment, que ce serait de

leur côté qu'il rencontrerait des dispositions sincères à concourir au

rétablissement d'une paix solide et durable. La France, loin de

manifester des intentions analogues, n'avait donné que des assurances

générales, trop souvent démenties par des déclarations publiques qui ne

fondaient aucunement l'espoir qu'elle porterait à la paix les sacrifices

qui pourraient la ramener en Europe [39].

[39: Comment le cabinet de Vienne s'est-il assuré _que la France ne

porterait pas à la paix les sacrifices qui pourraient la ramener en

Europe_? Avant le moment qu'il avait fixé pour la guerre, a-t-il proposé

un _ultimatum_ et fait connaître ce qu'il voulait?--Il a déclaré la

guerre parce qu'il ne voulait que la guerre. Il l'a déclarée, sans

s'assurer si elle pouvait être évitée, et avec une précipitation à

laquelle il est difficile de reconnaître l'influence des conseils de la

sagesse.]

La marche du congrès ne pouvait laisser de doutes à cet égard; le retard

de l'arrivée de MM. les plénipotentiaires français, sous des prétextes

que le grand but de sa réunion aurait dû faire écarter [40],

l'insuffisance de leurs instructions sur les objets de forme qui

faisaient perdre un temps irréparable, lorsqu'il ne restait que peu de

jours pour la plus importante des négociations [41]; toutes ces

circonstances réunies ne démontraient que trop que la paix, telle que la

désiraient l'Autriche et les souverains alliés, était étrangère aux

voeux de la France [42]; et qu'ayant accepté pour la forme, et pour ne

pas s'exposer aux reproches de la prolongation de la guerre, la

proposition d'une négociation, elle voulait en éluder l'effet [43], ou

s'en prévaloir peut-être uniquement pour séparer l'Autriche des

puissances qui s'étaient déjà réunies avec elle de principe, avant même

que les traités eussent consacré leur union pour la cause de la paix et

du bonheur du monde [44].

[40: C'est par le fait de l'Autriche et des alliés que l'arrivée des

plénipotentiaires a été retardée; cependant des difficultés suscitées à

dessein n'étaient pas levées, que M. le comte de Narbonne était déjà à

Prague. Ses pouvoirs, communs aux deux plénipotentiaires, l'autorisaient

à agir concurremment ou séparément. M. le duc de Vicence arriva plus

tard, parce que de nouvelles difficultés, où la dignité de la France

était compromise, furent élevées par les ennemis. Mais à quoi bon ces

observations? Qu'aurait fait un retard de quelques jours à un médiateur

qui n'aurait pas voulu la guerre, et quel motif de guerre qu'un retard

de quelques jours?]

[41: Les plénipotentiaires avaient pour instructions d'adhérer à toutes

les formes de négociation consacrées par l'usage. Le médiateur proposa

des formes inusitées, et qui tendaient à empêcher tout rapprochement des

plénipotentiaires, tout rapport entre eux, toute négociation. Il

introduisit une discussion qu'avec une volonté sincère de la paix le

médiateur n'aurait jamais occasionnée. _Il ne restait_, dit-il, _que peu

de jours pour la plus importante des négociations_. Eh! pourquoi ne

restait-il que peu de jours? qu'avait de commun la négociation avec

l'armistice? ne pouvait-on pas négocier en se battant? Qu'importe

quelques jours de plus ou de moins quand il s'agit de la paix? Si le

cabinet de Vienne ne voulait pas la négocier, mais la dicter, comme on

dicte des conditions à une place assiégée, peu de jours à la vérité

pouvaient suffire; mais alors pourquoi n'a-t-il pas même proposé une

capitulation? _Il ne restait que peu de jours pour la plus importante

des négociations!_ Quelle est donc la négociation qui a été faite en peu

de jours? Le temps est l'élément le plus nécessaire quand il s'agit de

s'entendre; le temps est un élément inutile pour un médiateur qui a pris

d'avance son parti. Cependant lorsque c'est contre la France qu'il

s'agit de se déclarer, une telle détermination n'est pas de si peu de

conséquence qu'il soit indifférent d'employer quelques jours de plus ou

de moins à y penser.]

[42: Il faut rendre ici justice à la pénétration du cabinet de Vienne.

Sans doute la paix telle que la voulaient les souverains alliés était

étrangère aux voeux de la France, de même que la paix telle que la

voulait la France devait être étrangère aux voeux des alliés. Toute

puissance qui entre en négociation veut tout ce qu'elle peut obtenir.

Lorsqu'il y a un médiateur, il s'interpose entre les volontés opposées,

afin de les rapprocher. Telle est sa mission: sa gloire est d'y réussir.

Mais tel n'était pas le rôle que le cabinet autrichien s'était donné; il

n'a jamais été médiateur, il a été ennemi dès le moment où, selon son

aveu, il n'a voulu d'autre paix que celle que voulait une seule des

parties. Mais quelle était cette paix que voulait le cabinet de Vienne?

S'il voulait en effet la paix, une paix quelconque, pourquoi ne s'est-il

pas expliqué? Pourquoi? parce qu'il avait adopté toutes les prétentions

de la Russie, de la Prusse et de l'Angleterre; parce qu'il avait de plus

ses prétentions propres sur lesquelles il ne voulait pas céder; enfin

parce qu'il était résolu à la guerre.]

[43: La France a proposé l'ouverture d'un congrès, parce qu'elle voulait

sincèrement la paix; parce qu'elle se flattait que ses

plénipotentiaires, mis en présence de ceux de la Russie et de la Prusse,

parviendraient à s'entendre avec eux, parce qu'un congrès, même sous la

médiation de l'Autriche, était un moyen d'échapper aux dangers des

insinuations que le cabinet de Vienne répandait.

La France a accepté la médiation de l'Autriche, parce qu'en supposant au

cabinet de Vienne les vues ambitieuses sur lesquelles nous n'avions pas

de doutes, on devait croire qu'il se trouverait gêné par son rôle de

médiateur, et qu'il n'oserait pas, dans une négociation publique et pour

son seul intérêt, repousser nos vues modérées et les sacrifices que nous

étions disposés à faire à la paix; parce qu'enfin, s'il en était

autrement, et si le médiateur et nos ennemis étaient d'accord sur leurs

prétentions réciproques, le cabinet de Vienne proposerait un _ultimatum_

qui soulèverait l'indignation de la France et de ses alliés.]

[44: Ainsi l'_Autriche était déjà réunie de principes avec les ennemis

de la France!_ Qui lui demandait cet aveu?

Le cabinet de Vienne craignait que la France ne se prévalût d'une

négociation pour séparer l'Autriche des puissances ennemies! Sans doute,

si l'Autriche s'était unie à elles pour les empêcher de faire la paix et

avec la ferme résolution de nous faire la guerre, elle devait craindre

une négociation où notre modération pouvait leur offrir des chances plus

avantageuses dans la paix que dans la guerre; mais pourquoi donc le

cabinet de Vienne a-t-il offert sa médiation et fait retentir l'Europe

de ses voeux pour la paix?]

L'Autriche sort de cette négociation, dont le résultat a trompé ses

voeux les plus chers, avec la conscience de la bonne foi qu'elle y a

portée. Plus zélée que jamais pour le noble but qu'elle s'était proposé,

elle ne prend les armes que pour l'atteindre, de concert avec les

puissances animées des mêmes sentiments. Toujours également disposée à

prêter la main au rétablissement d'un ordre de choses qui, par une sage

répartition de forces, place la garantie de la paix sous l'égide d'une

association d'états indépendants, elle ne négligera aucune occasion de

parvenir à ce résultat; et la connaissance qu'elle a acquise des

dispositions des cours devenues désormais ses alliées lui donne la

certitude qu'elles coopéreront avec sincérité à un but aussi salutaire

[45].

[45: L'Autriche veut _établir un ordre de choses qui, par une sage

répartition de forces, place la garantie de la paix sous l'égide d'une

association d'états indépendants_. Elle ne fera la paix que quand une

égale répartition de forces garantira l'indépendance de chaque état.

Pour y parvenir, elle doit d'abord agrandir à ses dépens la Bavière et

la Saxe, car c'est aux grandes puissances à descendre pour que les

puissances du second ordre deviennent leurs égales; lorsqu'elle aura

donné l'exemple, elle sera en droit de demander qu'il soit imité. Ainsi

le cabinet de Vienne veut combattre pour faire de toutes les puissances

une république de souverains dont les éléments seront parfaitement

égaux; et c'est à de telles rêveries qu'il faudrait sacrifier le repos

du monde! Peut-on se jouer plus ouvertement de la raison publique, de

l'opinion de l'Europe? En rédigeant des manifestes, comme en réglant sa

conduite, le cabinet de Vienne n'a pas _écouté les conseils de la

sagesse_.]

En déclarant, d'ordre de l'empereur, à M. le comte de Narbonne, que ses

fonctions d'ambassadeur viennent à cesser de ce moment, le soussigné met

à la disposition de S. Exc. les passeports dont elle aura besoin pour

elle et pour sa suite.

Les mêmes passeports seront remis à M. de La Blanche, chargé d'affaires

de France à Vienne, ainsi qu'aux autres individus de l'ambassade.

Il a l'honneur d'offrir, etc.

Prague, le 12 août 1813.

_Signé_ METTERNICH.

_Dernière note de M. de Bassano à M. de Metternich._

Le soussigné, ministre des relations extérieures, a mis sous les yeux de

S. M. l'empereur et roi la déclaration du 11 août, par laquelle

l'Autriche dépose le rôle de médiateur dont elle avait couvert ses

desseins.

Depuis le mois de février, les dispositions hostiles du cabinet de

Vienne envers la France étaient connues de toute l'Europe. Le Danemark,

la Saxe, la Bavière, le Wurtemberg, Naples et la Westphalie ont dans

leurs archives des pièces qui prouvent combien l'Autriche, sous les

fausses apparences de l'intérêt qu'elle prenait à son allié et de

l'amour de la paix, nourrissait de jalousie contre la France. Le

soussigné se refuse à retracer le système de protestations prodiguées

d'un côté, et d'insinuations répandues de l'autre, par lequel le cabinet

de Vienne compromettait la dignité de son souverain, et qui, dans son

développement, à prostitué ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes,

un médiateur, un congrès et le nom de la paix.

Si l'Autriche voulait faire la guerre, qu'avait-elle besoin de se parer

d'un faux langage, et d'entourer la France de pièges mal tissus qui

frappaient tous les regards?

Si le médiateur voulait la paix, aurait-il prétendu que des transactions

si compliquées s'accomplissent en quinze ou vingt jours? Était-ce une

volonté pacifique celle qui consistait à dicter la paix à la France en

moins de temps qu'il n'en faut pour conclure la capitulation d'une place

assiégée? La paix de Teschen exigea plus de quatre mois de négociation.

Plus de six semaines furent employées à Sistow avant que la discussion,

même sur les formes, fût terminée. La négociation de la paix de Vienne,

en 1809, lorsque la plus grande partie de la monarchie autrichienne

était entre les mains de la France, à duré deux mois.

Dans ces diverses transactions, les intérêts et le nombre des parties

étaient circonscrits; et lorsqu'il s'agissait, à Prague, de poser, dans

un congrès, les bases de la pacification générale, de concilier les

intérêts de la France, de l'Autriche, de la Russie, de la Prusse, du

Danemark, de la Saxe et de tant d'autres puissances; lorsqu'aux

complications qui naissent de la multiplicité et de la diversité des

intérêts, se joignirent les difficultés résultant des prétentions

ouvertes et cachées du médiateur, il était dérisoire de prétendre que

tout fût terminé, montre en main, en quinze jours. Sans la funeste

intervention de l'Autriche, la paix entre la Russie, la France et la

Prusse serait faite aujourd'hui.

L'Autriche, ennemie de la France, et couvrant son ambition du masque de

médiatrice, compliquait tout, et rendait toute conciliation impossible.

Mais l'Autriche s'étant déclarée en état de guerre est dans une position

plus vraie et toute simple. L'Europe est ainsi plus près de la paix; il

y a une complication de moins.

Le soussigné a donc reçu l'ordre de proposer à l'Autriche de préparer

dès aujourd'hui les moyens de parvenir à la paix, d'ouvrir un congrès où

toutes les puissances, grandes et petites, seront appelées, où toutes

les questions seront solennellement posées, où l'on n'exigera point que

cette oeuvre, aussi difficile que salutaire, soit terminée ni dans une

semaine ni dans un mois; où l'on procédera avec la lenteur inséparable

de toute opération de cette nature, avec la gravité qui appartient à un

si grand but et à de si grands intérêts. Les négociations pourront être

longues: elles doivent l'être. Est-ce en peu de jours que les traités

d'Utrecht, de Nimègue, de Ryswick, d'Aix-la-Chapelle ont été conclus?

Dans la plupart des discussions mémorables, la question de la paix fut

toujours indépendante de celle de la guerre: on négociait sans savoir si

l'on se battait ou non; et puisque les alliés fondent tant d'espérances

sur les chances du combat, rien n'empêche de négocier, aujourd'hui comme

alors, en se battant.

Le soussigné propose de neutraliser un point sur la frontière pour le

lieu des conférences; de réunir les plénipotentiaires de la France, de

l'Autriche, de la Russie, de la Prusse, de la Saxe; de convoquer tous

ceux des puissances belligérantes, et de commencer, dans cette auguste

assemblée, l'oeuvre de la paix, si vivement désirée par toute l'Europe.

Les peuples éprouveront une consolation véritable en voyant les

souverains s'occuper à mettre un terme aux calamités de la guerre, et

confier à des hommes éclairés et sincères le soin de concilier les

intérêts, de compenser les sacrifices, et de rendre la paix avantageuse

et honorable à toutes les nations.

Le soussigné ne s'attache point à répondre au manifeste de l'Autriche et

au seul grief sur lequel il repose. Sa réponse serait complète en un

seul mot. Il citerait la date du traité d'alliance conclu le 14 mars

1812 entre les deux puissances, et la garantie, stipulée par le traité,

du territoire de l'empire tel qu'il était le 14 mars 1812.

Le soussigné, etc.

Dresde, le 18 août 1813.

_Signé_ le duc de BASSANO.

_Dernière note de M. de Metternich à M. de Bassano_

Le soussigné, ministre secrétaire d'État et des affaires étrangères, a

reçu hier l'office que S. Exc. M. le duc de Bassano lui a fait l'honneur

de lui adresser le 18 août dernier.

Ce n'est pas après que la guerre a éclaté entre l'Autriche et la France

que le cabinet autrichien croit devoir relever les inculpations

gratuites que renferme la note de M. le duc de Bassano. Forte de

l'opinion générale, l'Autriche attend avec calme le jugement de l'Europe

et celui de la postérité.

La proposition de S. M. l'empereur des Français offrant encore à

l'empereur une lueur d'espoir de parvenir à la pacification générale, sa

majesté impériale a cru pouvoir la saisir. En conséquence, elle a

ordonné au soussigné de porter à la connaissance des cabinets russe et

prussien la demande de l'ouverture d'un congrès qui, pendant la guerre

même, s'occuperait des moyens d'arriver à une pacification générale. LL.

MM. l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, animés des mêmes

sentiments que leur auguste allié, ont autorisé le soussigné à déclarer

à S. Exc. M. le duc de Bassano que, _ne pouvant point décider sur un

objet d'un intérêt tout-à-fait commun, sans en avoir préalablement

conféré avec les autres alliés, les trois cours vont porter incessamment

à leur connaissance la proposition de la France_.

Le soussigné les a chargés de transmettre, dans le plus court délai

possible, au cabinet français, les ouvertures de toutes les cours

alliées, en réponse à la susdite proposition.

Le soussigné a l'honneur, etc.

Prague, le 21 août 1813.

_Signé_ le prince de METTERNICH.

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 6 · 第 78 / 79 题