M. le comte de Narbonne m'a communiqué la dépêche que votre excellence
lui a adressée, en date du 19 de ce mois, ainsi que les pièces y
annexées, concernant les discussions qui ont eu lieu à Neumarck
relativement à l'armistice.
J'ai rendu compte à l'empereur du nouveau retard qu'éprouve l'arrivée de
M. le duc de Vicence. C'est d'ordre de sa majesté impériale que j'écris
directement à votre excellence pour la prier de porter à la connaissance
de S. M. l'empereur des Français la pénible impression que ce retard a
produite sur elle.
L'empereur, en adressant l'offre de sa médiation aux puissances
belligérantes, n'a pas été seulement mû par le désir de la paix; il y a
été également déterminé par le besoin de faire cesser le plus tôt
possible les charges qui, souvent plus que la guerre même,
s'appesantissent sur les peuples pendant cet état intermédiaire qui
n'est ni la guerre ni la paix.
Sa majesté impériale n'a pas demandé la prolongation de l'armistice de
Pleisswitz. Elle n'a cependant pas hésité à employer ses bons offices
pour faire admettre par les puissances alliées un terme additionnel de
vingt jours à ajouter au terme présumé des négociations, lesquels,
attendu les distances des quartiers-généraux respectifs, et les
pourparlers nécessaires pour faire agréer à ces mêmes puissances la
prolongation de l'armistice, ne pouvaient guère s'ouvrir que le 12
juillet.
L'engagement que, par l'article 4 de la convention du 30 juin dernier,
S. M. l'empereur des Français avait pris envers la puissance médiatrice,
de ne pas dénoncer avant le 10 août l'armistice existant, fut transmis
par nous aux puissances alliées. LL. MM. l'empereur de toutes les
Russies et le roi de Prusse accédèrent à la proposition de l'Autriche,
et nous n'avons pas tardé à faire parvenir à S. M. l'empereur des
Français l'information officielle de leur engagement formel à ce sujet.
Que pouvait-il rester à désirer aux puissances belligérantes pour entrer
en négociation à Prague? Par quelle autre voie plus légale l'engagement
de la France et de contr'engagement des alliés de ne pas dénoncer
l'armistice avant le 10 août pouvaient-ils être même rendus obligatoires
de part et d'autre? Quel surcroît d'assurances la France pouvait-elle
attendre sur la détermination des puissances alliées? Quelle garantie
plus certaine pouvait-elle enfin recevoir d'une sincérité entière et
parfaitement réciproque jusqu'au terme convenu?
Des ordres cependant furent expédiés au quartier-général français, aux
commissaires à Neumarck. Une nouvelle discussion s'établit, de cette
manière, à côté des garanties les plus formelles. Ce fait avait de quoi
surprendre, mais nous étions loin de soupçonner qu'il entraînât les
retards les plus précieux à la cause de la paix. Comment prévoir la
possibilité que les plénipotentiaires de la puissance médiatrice et des
puissances alliées, réunis à Prague dès le 12 juillet, jour convenu pour
l'arrivée des plénipotentiaires de part et d'autre, s'y trouveraient le
22 du mois, non seulement sans que le plénipotentiaire français y fût,
mais même dans l'incertitude la plus complète sur l'époque de son
arrivée?
Un office que vient de m'adresser le baron d'Anstett ne me laisse point
de doute qu'à Neumarck même le différent qui s'était élevé entre les
commissaires doit y être aplani. Dix jours précieux ne sont pas moins
perdus pour les négociations de Prague; ils ne pourront être mis ni sur
le compte de la puissance médiatrice, qui a rempli dans la plus grande
étendue les engagements qu'elle avait contractés envers la France, ni
imputés aux alliés, qui ont accepté, dans les formes diplomatiques, la
prolongation de l'armistice, et dont les négociateurs sont arrivés ici
le jour convenu.
La réunion des plénipotentiaires respectifs eût sans doute suffi pour ne
pas laisser s'établir ailleurs des discussions sur des questions
décidées d'avance entre les cabinets.
Il me reste à prier votre excellence de vouloir bien me faire connaître,
le plus tôt possible, le terme auquel seront rendus ici les
plénipotentiaires français, sa majesté impériale désirant vivement de ne
plus voir de nouveaux incidents servir de motif à une perte de temps
irréparable.
Je prie votre excellence, etc.
_Signé_ METTERNICH.
* * * * *
_Réponse du duc de Bassano_.