Edgar Poe a écrit dans un conte que personne n'a voulu traduire:
«Savez-vous qu'à Sparte (qui est aujourd'hui Palacochori), à l'ouest
de la citadelle, parmi un chaos de ruines à peine visibles, émerge un
socle où on peut encore lire les lettres ΛΑΣΜ? C'est évidemment la
mutilation de ΓΕΛΑΣΜΑ. Or à Sparte, mille temples et autels étaient
consacrés à mille divinités diverses. N'est-il pas étrange que la stèle
du RIRE ait survécu à toutes les autres?»
J'imaginerais volontiers que la lointaine postérité ne retiendra,
au milieu des décombres littéraires de notre temps, que deux ou
trois excellentes plaisanteries. On ne retrouve plus sur les rives
de l'Eurotas cette lourde et lugubre monnaie de fer dont les
Lacédémoniens se servaient pesamment. Leurs dieux ont disparu, et il
devait y en avoir de fort célèbres. Sans doute, les offrandes que les
Doriens firent au dieu Rire étaient payées avec ces pièces graves.
Semblablement de quelle grosse monnaie de romans aurons-nous acheté les
petits livres qui émergeront peut-être de notre océan de papier noirci.
Quand les dieux septentrionaux se seront écroulés, quelques milliers
d'années après les dieux de Grèce et d'Italie, on ne retirera même pas
de nos ruines le socle du dieu Rire, et il faudra s'en aller en Chine
pour admirer l'idole en bois de la Miséricorde.