_Poésies d'Hippolyte Lucas_, avec une préface de M. Jules Simon et une
notice historique. 4 fr. (Librairie des Bibliophiles).--D'Hippolyte
Lucas, on connaissait plutôt le critique, le romancier, l'auteur
dramatique que le poète, bien que son volume de vers _Heures d'amour_
eût obtenu du succès. C'est que, nous dit M. Jules Simon, il faisait du
théâtre, des romans, des nouvelles, des articles, dans les conditions
communes, pour répandre ses idées, pour goûter le plaisir de partager
ses jouissances avec les gens d'esprit et pour gagner de la réputation,
tandis qu'il faisait des vers pour se donner à lui-même la joie
d'exprimer ce qu'il sentait dans un langage qui donnait plus de charme à
ses sentiments... C'est assez dire que ce fut un sincère. Ce fut aussi
un tendre et un délicat. Ses oeuvres, poétiques bien entendu, sont nées
véritablement de son coeur. Les ciseleurs y trouveraient peut-être à
reprendre, mais ils n'en contesteraient pas le sentiment vrai auquel
elles doivent d'avoir conservé le charme et le parfum de la jeunesse.
_Arrière-saison_, par Paul Gué. 1 vol. in-12, 3 fr. 50
(Firmin-Didot).--Ce petit livre appartient à la Bibliothèque des mères
de famille, c'est assez pour le recommander. Deux mots pourtant de sa
philosophie, qui n'est pas sans portée, à savoir que l'homme le mieux
doué de la terre, ayant du coeur et de l'intelligence, une conscience
délicate, mais rêvant l'idéal et nourri de chimères et d'illusions, par
cela seul qu'il manque d'une qualité bien humble, bien modeste, sans
aucun éclat, le sens pratique, ne recueillera dans la vie aucune espèce
de bonheur. Conclusion: prendre la vie telle qu'elle est, et savoir
l'aimer comme elle est, sous peine d'avoir à se contenter, la vieillesse
venue, des fleurs de la sagesse, fleurs d'_arrière-saison_. Bienheureux
encore si cette consolation vous est réservée!
_Au Plat d'Étain_, par François Deschamps. 3 fr. 50 (Paul
Ollendorff).--Une évocation du vieux Paris, aux entours de la rue
Saint-Denis et de la grande Truanderie, où brillent aux yeux des
passants les enseignes rivales du _Coq d'or_, du _Plat de cuivre_ et du
_Plat d'Étain_. Si le cadre nous reporte aux temps anciens, le tableau
n'en a que plus de fraîcheur, et la printanière idylle entre Flore et
son fiancé, la reconnaissance dramatique entre la mère et la fille, nous
font passer par des émotions douces dont le charme contraste avec la
familiarité des scènes bourgeoises qui se déroulent avec esprit sous la
plume de l'auteur.
_Remarié_, par Jacques de Garches. 1 vol. in-12, 3 fr. 50 (Dentu,
éditeur.) Ah! qu'on ne nous parle pas des seconds mariages!
L'amour qui les fait faire se couvre les yeux d'un triple bandeau et le
mort ou la morte, du fond de son tombeau, appelle sur eux toutes les
vengeances de son amour oublié. C'est ce qui arrive à ce malheureux
Pierre Dorny qui, veuf, avec une jeune fille de dix-huit ans, s'éprend
d'une jeune femme--un ange, bien entendu,--et l'épouse. L'ange était une
aventurière qu'il surprend un jour avec son complice et chasse de sa
maison. Cela pourrait être tout, mais ne voilà-t-il pas que, sur son
chemin, l'horrible créature rencontre et subjugue à son tour, sans être
connue de lui, le propre neveu de Pierre, qui oublie dans ses bras son
adorable cousine à laquelle il était fiancé. Heureusement, Pierre
veille, et justice sera faite, et les deux jeunes gens, débarrassés de
ce démon de l'enfer, pourront s'épouser. On lira cette charmante
nouvelle, une oeuvre de début, croyons-nous, mais pleine de promesses.
_Oeuvres choisies du chevalier de Bonnard_, publiées avec une
introduction, par Alexandre Piedagnel. 3 fr. 50 (librairie des
Bibliophiles).--Appartient à la collection des _Petits chefs-d'oeuvre_.
Petits, en effet, mais chefs-d'oeuvre tout de même: témoin cette
première épître au chevalier de Boufflers que tout le monde connaît, qui
fit sa réputation et qui la conserve encore. Heureux temps ou cinquante
petits vers suffisaient à faire la réputation d'un poète! Il en faut
davantage aujourd'hui. Dirons-nous qu'il en faut de meilleurs? Ou
n'est-ce pas plutôt que l'on y cherche des qualités de pureté, de
délicatesse, de grâce, d'élégance, dans lesquelles notre race aime à se
reconnaître et qu'elle ne s'y retrouve pas?
_Question d'hygiène sociale_, par le docteur Jules Rochard, membre de
l'Académie de médecine. 1 vol. In-16. 3 fr. 50 (Machette).--Recueil des
articles parus depuis quatre ans dans la _Revue des Deux-Mondes_: six en
tout: 1° l'Alcool, son rôle dans les sociétés modernes; 2°
l'Acclimatement dans les colonies françaises; 3° l'Hygiène des villes et
les budgets municipaux; la Maison de l'ouvrier; la Douleur; la
Crémation. Envisagés au point de vue de l'hygiène et de l'économie
sociale, ces articles n'ont rien perdu de leur actualité et retrouveront
dans ce volume le succès qu'ils ont obtenu dans la Revue.
Les _Morts pour la patrie_, tombes militaires et monuments élevés à la
mémoire des soldats tués pendant la guerre, chronologie historique des
événements de 1870-1871 (l vol. chez l'auteur, 139, faubourg
Saint-Honoré). Sous ce titre, M. de Lacroix, chef de bureau au ministère
de l'Intérieur, Administrateur de la Société du Souvenir Français, vient
de publier une brochure qui rappelle tout ce que le Gouvernement de la
République, les départements et les communes ont entrepris pour honorer
la mémoire des victimes de la guerre.
Ce patriotique travail constitue un résumé complet des événements
militaires et politiques de 1870; on y trouve l'historique des tombes en
France et en Allemagne, la description des monuments importants élevés
dans les villes et sur les principaux champs de bataille, avec 16
photogravures qui en donnent l'exacte reproduction.
Cette publication, qui a été recommandée aux Préfets et aux Maires par
circulaire ministérielle, a sa place marquée dans les bibliothèques
municipales et scolaires; elle forme un recueil illustré qui peut être
distribué comme prix aux élèves des écoles. Elle intéresse tous les
Français et particulièrement ceux qui ont participé à la défense du
pays.
_Pauvre adorée_, par Félicien Max (Alphonse Lemerre, éditeur, 23, 31,
passage Choiseul).
Deux caractères de jeune fille absolument différents l'un de l'autre
sont la trame sur laquelle est brodée: _Pauvre adorée._
L'une d'elles, chaste, honnête, aimante, devient la victime de l'autre
dont tous les mauvais instincts latents se dévoilent tout à coup. Le
roman nous montre la chute de cette dernière.
La librairie Firmin-Didot vient d'inaugurer pour les _Enfants_, une
heureuse innovation sous la forme d'un charmant recueil illustré
paraissant toutes les semaines. Toutes les familles, en demandant un
spécimen, tiendront à juger par elles-mêmes de cette nouveauté et à
l'offrir à leurs enfants. Cette publication, à la fois volume et revue
en miniature, se nomme la _Bibliothèque de ma fille et de mon petit
garçon._
_Une élève de seize ans_, par Ernest Legouvé, de l'Académie française. 1
vol. in-18, 3 fr. (J. Hetzel et Cie, éditeur).--L'instruction n'est pas
l'éducation. Les lycées de jeunes filles, comme toutes les institutions
qui s'adressent au grand nombre, à des tempéraments de tendances et de
niveaux divers, ne peuvent donner que l'instruction. L'on y apprend
beaucoup, trop peut-être; mais, comme le dit excellemment M. Legouvé,
«on ne s'instruit pas avec ce que l'on apprend, mais avec ce qu'on
s'assimile, et on ne s'assimile que ce qui est en rapport avec notre
nature». Aujourd'hui, que le monde est si vieux, il est des choses qu'il
faut savoir, pour la seule raison qu'on ne peut décemment les ignorer;
quand il vous les a apprises, l'enseignement a accompli son office;
l'_instruction_ est faite, l'_éducation_ reste à faire. Il ne s'agit
pas, en effet, de savoir pour savoir, car un fait par lui seul, quoi
qu'il soit, est d'un intérêt nul; il faut apprendre à penser, à sentir,
à juger. L'émotion elle-même s'enseigne. Voilà ce qu'a compris M.
Legouvé, voilà la lacune qu'il a voulu combler. Un livre de 100 pages ne
peut certes tout dire, mais il peut indiquer un chemin, fixer une
méthode; quelques exemples suffisent pour cela; M. Legouvé les a, dans
ces avenantes causeries écrites dont il a le don et le secret, demandés
à l'histoire, à la littérature, à la géographie; ce ne sont là que des
indications de la voie à suivre; mais (pour parler la langue du jour)
combien suggestives! quelles ingénieuses excitations il sait donner à la
pensée par le développement de ce que renferme un mot, une phrase, une
idée! Avec un tel maître on resterait élève à tout âge, toute la vie on
apprendrait.
Dans notre dernier numéro, notre _Histoire de la semaine_ a attribué par
erreur à M. Pierre Laffitte la paternité d'un article sur Léon XIII et
la question sociale, dont l'auteur est M. Paul Laffitte.
[Illustration: NOS GRAVURES]