LA DÉLIMITATION DE LA GUYANE FRANÇAISE

Le conflit qui s'était élevé entre la France et les Pays-Bas au sujet de

la délimitation des territoires que ces deux nations possèdent dans la

Guyane vient de se terminer. Et dans notre dernier numéro, notre

_Histoire de la semaine_ a donné le résumé de la sentence rendue par

l'empereur de Russie, à l'arbitrage duquel les deux gouvernements

avaient décidé de s'en remettre.

La sentence du tsar a pour effet d'enlever à la France un territoire

assez considérable puisque sa superficie équivaut à celle d'environ dix

de nos départements: le lecteur s'en rendra compte en jetant un coup

d'oeil sur la carte que nous publions, et qui représente une partie de

la Guyane hollandaise, une assez grande étendue du Nord du Brésil, et

entre les deux la Guyane française tout entière.

Comme on le voit, la frontière du Brésil est nettement dessinée. D'une

part, le fleuve Oyapock court du Nord au Sud depuis le Cap Orange,

séparant la Guyane française d'une étendue de terrain qui a eu aussi son

heure de célébrité et qui tire son nom du fleuve Counani; d'autre part,

les monts Tumuc-Humac délimitent la frontière franco-brésilienne au Sud.

Il n'en est pas de même du côté de la Guyane hollandaise.

Si on se reporte à la région qui sépare les deux possessions française

et hollandaise, on voit qu'elle est traversée par un fleuve assez

important à son embouchure, le Maroni, dont le cours est perpendiculaire

à la mer pendant les 160 premiers kilomètres de son trajet dans

l'intérieur des terres.

Après avoir arrosé les territoires des nègres Paramakas, puis celui des

Poligoudoux, le Maroni se divise en deux branches principales: l'une

appelée Tapanahoni qui semble continuer la direction primitive

perpendiculaire à la mer, l'autre connue sous le nom d'Aoua qui bientôt

se subdivise elle-même en affluents moins importants, tels que l'Itany

et l'Araoua. L'ensemble de l'Aoua et de ses affluents se détache du

Maroni suivant un angle ouvert au Sud.

Cette disposition géographique que nous montre très bien la carte fait

qu'il existe entre le Tapanahoni d'une part, l'Aoua et ses affluents de

l'autre, un espace triangulaire dont ces deux fleuves forment les côtés,

les monts Tumuc-Humac la base, et dont le sommet se trouve au confluent

des deux fleuves. Cette sorte de presqu'île est habitée par les nègres

Youcas, les Oyacoulets, les Bonis, et c'est elle qui est l'objet du

différend que le tsar vient de trancher.

Nous pouvons, maintenant que la géographie de la région nous est connue,

raconter très brièvement l'origine et les phases du différend.

Lorsque, vers la fin du dix-septième siècle, les Hollandais se fixèrent

en Guyane, la France y était déjà établie depuis plus d'un demi-siècle.

Un traité intervenu en 1668 délimita les possessions respectives et

choisit le fleuve Maroni comme frontière commune à cause même de la

particularité que nous avons signalée plus haut, son cours

perpendiculaire à la mer, ce qui égalisait le partage. Plus tard, on le

sait, la Guyane fut prise à la France par le Portugal et lui fut

restituée en 1817. Ce sont ces événements auxquels la décision du tsar

fait allusion et sur lesquels elle s'appuie.

A cette époque, la région était peu connue, l'intérieur peu exploré, et

ce n'est que bien plus tard que l'on découvrit la bifurcation du fleuve.

Lequel des deux bras allait déterminer la frontière?

Il semblait tout naturellement que ce dût être le Tapanahoni qui,

prolongeant presque directement le Maroni, maintenait cette égalité de

division établie dès l'origine. Et de fait la chose ne fut tout d'abord

pas sérieusement contestée, la géographie de l'époque en fait foi.

Toutes les cartes, en effet, publiées soit en France; soit en Hollande,

de 1739 à 1750 et jusqu'à nos jours, placent le territoire situé entre

l'Aoua et le Tapanahoni dans la Guyane française.

Tout à coup, cependant, les Hollandais commencèrent à élever leur

prétentions.

En 1801, une commission composée de quatre ingénieurs français et de

trois hollandais fut nommée avec mission d'explorer la région.

Les Hollandais appuyaient leurs réclamations sur ce fait que, dans une

délimitation qui comprend plusieurs fleuves, c'est le plus important de

tous qui doit servir de frontière. Or il fut, paraît-il, établi que

l'Aoua débitait 35,900 mètres cubes d'eau par minute, alors que le

Tapanahoni n'en débitait dans le même espace de temps que 20,291.

Les conclusions de la commission donnent donc raison aux Hollandais.

Mais elles furent contestées comme n'ayant pu être appuyées sur des

recherches assez sérieuses, ayant été rendues difficiles par la nature

même du sol, l'époque de l'année, la saison sèche, etc., etc.

La question en était là, et la région en litige serait peut-être, malgré

son étendue et son importance, restée longtemps encore indivise,

lorsqu'un facteur intervint, qui en doubla l'importance et la valeur. Ce

facteur c'est l'or, dont la présence y fut révélée en 1870.

On voit sur notre carte qu'une grande partie du triangle contesté est

occupée par les Bonis, riverains de l'Aoua et de l'Araoua. C'est

précisément dans cette partie que sur les indications du grand chef des

Bonis des recherches amenèrent en 1870 et 1877 la découverte des

terrains exceptionnellement riches. Dans les premiers trous de sondage,

le lavage des bâtées avait en effet donné jusqu'à 100 francs d'or avec

pépites, et l'on avait pu recueillir dans un très court espace de temps

et par des moyens tout à fait primitifs jusqu'à 50 et 80 kilos d'or.

La nouvelle ne tarda pas à s'en répandre et bientôt, de tous côtés, les

chercheurs d'or accoururent. Ce fut une véritable invasion. Les nouveaux

venus, sachant le territoire indivis, s'y installèrent comme chez eux,

sans demander d'autorisation. Personne n'essaya d'y mettre obstacle, on

les laissa faire, si bien qu'à un moment donné, le nombre des arrivants

augmentant sans cesse, l'espace à exploiter se trouva trop petit.

De là des rivalités et des disputes quotidiennes qui ne tardèrent pas,

grâce aux armes dont étaient munis les chercheurs d'or, à dégénérer en

véritables batailles.

C'est alors seulement que les deux gouvernements français et hollandais

crurent devoir intervenir. Des colonnes de troupes appartenant aux deux

nations sillonnèrent le pays et en expulsèrent par la force les intrus,

puis y établirent des postes de surveillance et d'occupation.

La question dès lors se posait d'elle-même, sérieusement cette fois: à

qui appartenait en fait le territoire contesté?

D'un commun accord les deux gouvernements résolurent d'en référer à un

arbitre. On sait le reste.

Le triangle compris entre les deux affluents du Maroni appartient donc

aujourd'hui sans contestation à la Hollande et la frontière définitive

suit depuis la mer le cours du Maroni jusqu'au territoire des

Poligoudoux. Là elle abandonne le Tapanahoni, désormais en pays

hollandais, pour descendre avec I'Aoua d'abord, l'Araoua ensuite,

jusqu'à la source de ces deux affluents dans les monts Tumuc-Humac.

Toutes ces parties sont teintées sur notre carte.

La sentence prononcée est naturellement sans appel. Elle donne raison,

du reste, aux conclusions de la commission de 1861 au sein de laquelle,

on s'en souvient, siégeaient quatre Français contre trois Hollandais.

Ce qui est plus piquant encore, c'est que l'étude approfondie de la

question aurait été faite par le tsar, à ce que l'on assure, sur des

documents que la Société hollandaise de Géographie lui a soumis,

documents fournis à cette dernière par notre Société de Géographie de

Paris qui ne pouvait les refuser, aux termes de son règlement.

La France a donc été condamnée deux fois par des Français.

La décision que l'empereur de Russie a rendue dans sa haute impartialité

a été accueillie sans la moindre récrimination et n'a diminué en rien

les sympathies réciproques des deux peuples.

Il y a là un précédent qui montre combien souvent des questions de

nature à diviser les nations pourraient être réglées à l'amiable et sans

laisser place à aucun ressentiment. Certes, l'arbitrage entre deux

grandes puissances qui prétendent l'une et l'autre au premier rang est

une utopie quand à présent irréalisable, mais ne devrait-il pas être la

règle entre deux nations de forces inégales? La réponse n'est pas

douteuse, du moins lorsque la solution du litige n'apparaît pas d'une

façon absolument claire et précise.

La semaine parlementaire.--La discussion sur les tarifs douaniers

continue à la Chambre et forme le fond de ses débats. Nous la laisserons

se poursuivre, en attendant le résultat final, car, en somme, les divers

orateurs qui se succèdent à la tribune reproduisent invariablement, pour

chaque article, les mêmes arguments, selon qu'ils sont libre-échangistes

ou protectionnistes. Il est à noter seulement que les protectionnistes

les plus ardents comprennent qu'il leur faut abandonner quelque chose de

l'absolutisme de leurs théories, quand il s'agit des matières premières.

Sur ce point la commission et le gouvernement sont le plus souvent

d'accord, et on peut espérer que, sous prétexte de venir en aide aux

intérêts agricoles, on ne sacrifiera pas trop nos intérêts industriels.

Cette étude approfondie de la question économique laisse place de temps

à autre à des intermèdes parlementaires, dans lesquels, le plus souvent,

la question ouvrière, celle qui décidément tient à coeur tout le monde,

joue le principal rôle.

C'est ainsi que nous avons eu un débat assez important et assez

mouvementé sur l'interpellation de M. Basly, relative «aux entraves

apportées par les compagnies industrielles au fonctionnement de la loi

sur les syndicats ouvriers». D'après l'interpellateur, la qualité de

membre d'un syndicat n'avait pas été reconnue à certains ouvriers, sous

prétexte qu'ils avaient cessé de faire partie de la corporation qui, à

l'origine, les avait délégués pour les représenter.

Le gouvernement, par la voix de M. Fallières et ensuite par celle de M.

de Freycinet, a déclaré que la loi sur les syndicats permettait aux

compagnies industrielles d'agir comme elles l'ont fait dans les cas qui

ont été rapportés à la tribune; mais les deux ministres ont ajouté qu'il

y avait peut-être avantage à modifier la loi elle-même, de façon à

autoriser une interprétation plus large. Cette concession faite par le

ministère n'a pas été du goût de certains députés du centre et le mot de

«faiblesse» a été prononcé par un des membres qui composent ce groupe,

M. de Choiseul. Sans entrer dans la question de savoir si le cabinet a

eu raison ou non de donner une satisfaction aussi immédiate à

l'interpellateur et au groupe radical au nom duquel il parlait, il est

permis de constater une fois de plus, avec quelque regret, la facilité

avec laquelle le parlement fait ou modifie les lois, en s'inspirant, non

d'idées générales et bien assises, mais de circonstances particulières

ou locales. Une loi n'a pas six mois d'existence, qu'elle revient soit à

la Chambre, soit au Sénat, sous prétexte quelle a donné lieu à un

incident non prévu, et en un tour de main la loi est supprimée,

remplacée ou transformée de fond en comble. Cette manière de procéder

est de nature à faire naître quelques doutes sur la solidité de la

législation que nous crée le parlement pour l'avenir. Jadis les lois

étaient inscrites sur le marbre et leur puissance venait de ce qu'elles

passaient pour immuables. Cette tradition ne va pas avec les idées de

perfectibilité qui dominent de nos jours et il ne faut pas s'en

plaindre. Mais il ne faudrait pas non plus que l'on en arrivât à

remplacer le marbre par du sable. A la loi éternelle, qui n'est plus de

notre temps, il est dangereux de substituer la loi au jour le jour,

c'est-à-dire sans lendemain, alors surtout que les projets soumis au

parlement tendent à modifier du tout au tout notre organisation sociale.

--Toujours dans le même esprit, la Chambre a voté une loi proposée par

M. Lagrange et un certain nombre de ses collègues dans le but d'étendre

aux employés des entreprises de transport en commun l'article premier de

la loi du 9 septembre 1818, limitant à douze heures la durée du travail

dans les manufactures.

--Enfin, autre débat, intéressant également la classe ouvrière. Il

s'agit de l'interpellation de MM. Dumay et Dreyfus sur les mesures

prises par la compagnie du chemin de fer d'Orléans contre certains

ouvriers, membres du syndicat professionnel. M. Yves Guyot, ministre des

travaux publics, a fourni à ce sujet des explications desquelles il

résulte que si la Compagnie a prononcé quelques révocations, elles

étaient motivées par le manque de travail, mais qu'en somme, dans une

pensée de conciliation, elle était disposée à reprendre les employés et

ouvriers congédiés.

Cette affaire a donné lieu à une agitation assez vive, même en dehors du

parlement, et un instant l'opinion publique a été vivement émue, car des

bruits de grève ont circulé et on imagine quelle crise effroyable ferait

naître un arrêt de la circulation sur les voies ferrées. Heureusement on

n'en est pas arrivé à cette extrémité et après de nombreuses réunions

dans lesquelles la question a été examinée par les intéressés avec un

grand sang-froid, il faut le reconnaître--cette crise dangereuse a été

évitée au pays. Mais il reste du débat cette impression que les

syndicats ouvriers tendent à devenir plus que jamais une véritable

puissance dans l'État: raison de plus pour déplorer que la loi

définissant leurs attributions soit assez peu précise pour donner lieu à

des difficultés d'interprétation qui, à un moment de surexcitation

populaire, peuvent constituer un danger.

--M. Constans a déposé sur le bureau de la Chambre l'important projet de

loi qu'il a préparé sur les retraites ouvrières. Nous en parlons plus

loin et nous nous bornons à constater ici, encore une fois, que la

question sociale domine toutes les autres dans les débats

parlementaires. L'urgence a été déclarée, à la suite d'un incident

violent, qui a failli amener l'exclusion temporaire de M. Déroulède.

Mais, cette mesure de rigueur ayant donné lieu à trois votes consécutifs

et reconnus douteux tous les trois, M. Déroulède a pu rester à son banc.

--Une proposition de M. Berger, tendant à concéder temporairement à la

Société de l'Union des arts décoratifs l'emplacement du palais de la

Cour des Comptes, a été renvoyée à la commission du budget. En vertu de

cette proposition, il est entendu que le musée construit sur cet

emplacement reviendra à l'État au bout de quinze ans.

La loi sur les retraites ouvrières.--La loi préparée par M. le ministre

de l'intérieur a pour but de déterminer l'ouvrier, par les avantages

qu'elle lui concède, à s'imposer volontairement des prélèvements sur son

salaire, en vue de la constitution à une pension de retraite. Ces

avantages sont relativement considérables: en effet, par le seul fait

que l'ouvrier aura consenti à abandonner une somme minime sur sa recette

que tienne, il obligera son patron et l'état à verser également à son

profit une somme déterminée.

Voici l'économie générale de la loi:

L'ouvrier est admis à faire un versement quotidien de cinq centimes au

minimum et de dix centimes au maximum. Si ce versement est effectué

régulièrement depuis l'âge de vingt-cinq ans, âge initial fixé par le

projet, pendant une période de trente années, le patron est tenu de

faire au profit de l'ouvrier un versement égal à celui de ce dernier.

Enfin l'État s'engage à compléter ce versement par une subvention égale

aux deux tiers de celles de l'ouvrier et du patron réunies.

En vertu de cette combinaison, l'ouvrier aura droit, après trente ans, à

une pension de trois cents francs, s'il a versé cinq centimes, et de six

cents francs, s'il en a versé dix.

L'ouvrier qui, par chômage, maladie, ou toute autre cause légitime,

aurait suspendu ses versements pendant cinq ans, sera admis à les

reprendre sans être déchu du droit à la pension, mais à la condition que

le service de cette pension sera reporté à cinq années plus tard.

La loi donne en outre à l'ouvrier la faculté de s'assurer, en vertu de

certaines dispositions spéciales, de façon à garantir, en cas de décès,

une pension déterminée à ses ayants droit.

En cas de maladie, l'ouvrier bénéficierait d'une pension de secours,

dont le service serait couvert par le produit des pensions en

déshérence, des dons et des legs, et enfin d'une contribution imposée

aux patrons, à raison de dix centimes par jour et par ouvrier de

nationalité étrangère employé.

Cette institution, si elle est consacrée par le parlement, imposera à

l'État une charge assez lourde. D'après les calculs approximatifs

auxquels s'est livré le ministre de l'intérieur, on peut prévoir que

lorsque la loi sera en plein fonctionnement, c'est-à-dire trente ans

après qu'elle sera devenue exécutoire, et en supposant que le nombre des

titulaires de la pension soit de cinq millions et demi, la contribution

de l'État sera de cent millions environ par année.

C'est là, on le voit, un vaste projet qui crée une innovation de grande

importance, car il engage à la fois l'État et les particuliers.

Maintenant qu'on reconnaît la nécessité d'aborder de front les questions

qui intéressent la classe des travailleurs, il est bon que le

gouvernement lui-même prenne l'initiative des lois qui doivent en

assurer la solution. M. Constans à qui personne ne conteste les qualités

de l'homme d'État s'est rendu compte de cette nécessité, et, comme il

est en même temps jurisconsulte, il a tous les titres voulus pour

défendre son projet devant le parlement.

L'Angleterre et la triple alliance.--L'opinion, vivement émue à la suite

des révélations faites par M. Millevoye sur un accord de l'Angleterre et

de l'Italie, n'est pas encore calmée. M. Millevoye, dans la lettre qu'il

a adressée au Figaro et qui avait l'accent le plus évident de la

sincérité, a rapporté, à ce sujet, une conversation qu'il avait eue avec

le prince Napoléon et qui ne laisse aucun doute sur un fait historique,

déjà connu d'ailleurs et signalé à plusieurs reprises, depuis quelques

années. Le prince Napoléon a affirmé qu'il tenait de la bouche du roi

d'Italie en personne que l'Italie était assurée du concours de la flotte

anglaise, dans le cas où ses côtes seraient sous la menace d'une

opération maritime.

Interrogé sur ce point à la Chambre des communes, sir James Fergusson,

sous-secrétaire d'État aux affaires étrangères, a attesté qu'il n'y

avait pas d'engagement ferme entre l'Angleterre et l'Italie. Et cela se

comprend; en vertu du régime constitutionnel en vigueur de l'autre côté

du détroit, le Cabinet ne pouvait signer un traité sans en saisir le

parlement. Mais sir Fergusson a profité de l'occasion qui lui était

offerte pour formuler des déclarations qui pouvaient elles-mêmes passer

pour un engagement, tout au moins moral, et, en somme, les traités

d'alliance peuvent-ils constituer, même quand ils sont signés, autre

chose qu'un engagement moral? Or qu'a dit le leader du gouvernement en

cette circonstance?

Ceci: «L'Angleterre veut le _statu quo_ dans le bassin de la

Méditerranée et elle est convaincue que l'Italie est sur ce point

d'accord avec l'Angleterre; l'Angleterre croit fermement que l'Italie

pourrait être attaquée par ses voisins, et dès lors le devoir de

l'Angleterre serait de venir au secours de l'Italie, au cas où celle-ci

se trouverait attaquée, particulièrement par mer.»

Il résulte de ce langage que les deux nations ont ou croient avoir des

intérêts communs, d'où une entente tacite, sinon écrite.

Toutefois, il faut mentionner une note publiée par les organes officieux

de Rome, et dans laquelle il est dit: «Les journaux ont reproduit une

lettre de M. Millevoye sur les rapports italo-anglais, dans laquelle

sont rapportées des communications qui auraient été faites à M.

Millevoye par le prince Napoléon. Nous sommes autorisé à déclarer que

ces communications, si tant est qu'elles aient été exactement entendues,

ne représenteraient que des suppositions gratuites et personnelles du

feu prince auquel elles sont attribuées.»

M. Millevoye n'a pas accepté ce démenti et, par une nouvelle lettre au

Figaro, il a maintenu de la façon la plus formelle que le prince

Napoléon tenait de la bouche même du roi les révélations qui font le

sujet du débat.

Les événements du Chili.--Nous disions naguère que la guerre qui a

éclaté au Chili entre les parlementaires et les partisans du président

Balmaceda avait eu pour effet de créer dans ce pays deux gouvernements,

en quelque sorte réguliers, ayant chacun son autonomie, sa constitution,

son fonctionnement. Ce n'est plus la guerre civile, on dirait une guerre

entre deux peuples différents.

On n'en peut trouver de meilleure preuve que le décret récemment rendu

par le président de la république de Bolivie, et qui mérite d'être cité,

car il constitue un document d'une réelle originalité.

«Considérant, dit ce décret, que, dans la guerre civile qui a lieu dans

la république voisine du Chili, se trouvent organisés et constitués deux

gouvernements en possession des hauts pouvoirs publics ainsi que de la

force armée de terre et de mer, percevant et dépensant les revenus de

l'État;

«Que les relations du gouvernement de Bolivie avec la Junte du

gouvernement établi à Iquique sont rigoureusement nécessaires;

«Que le gouvernement de Bolivie doit sauvegarder les intérêts fiscaux et

commerciaux de la nation, sans que cela affecte ni altère la stricte

observation de la neutralité;

«Entendu le conseil des ministres, décrétons:

«Le gouvernement de Bolivie reconnaît comme belligérant

l'excellentissime Junte de gouvernement, qui agit au nom et en

représentation du pouvoir législatif du Chili, dans la guerre que

celui-ci soutient avec le gouvernement de l'Excellentissime président de

la république, qui agit au nom et en représentation du pouvoir

exécutif.»

Voilà ce qui s'appelle tenir la balance égale.

Nécrologie.--M. Fréry, sénateur du territoire de Belfort.

L'Illustration, No. 1585, 13 Juin 1891 · 第 6 / 26 题