L'AGE DE BRONZE.

1. Le _bon vieux tems_--(car le vieux tems est toujours bon),--le _bon

vieux tems_ n'est plus; le présent pourrait le valoir, si l'on voulait:

de grandes choses ont été et sont encore, et de plus grandes ne

demandent pour naître que la volonté des simples mortels; un plus vaste

espace, un champ plus neuf est ouvert à ceux qui jouent leur jeu _sous

la voûte du ciel_. Je ne sais si les anges pleurent, mais les hommes ont

assez pleuré,--et pourquoi?--pour pleurer encore.

2. Toute chose est frondée,--bonne ou mauvaise, n'importe. Lecteur!

souviens-toi que, lorsque tu n'étais qu'un jouvenceau, Pitt était tout

pour l'Angleterre; ou s'il n'était pas tout, peu s'en fallait, et son

rival lui-même n'était pas bien loin de le regarder comme tel.

Nous-mêmes, oui, nous-mêmes avons vu les géans, enfans du génie,

paraître, comme les Titans, face à face;--Athos et Ida, avec un océan

d'éloquence dont les libres flots bouillonnaient entre les deux

colosses, comme les vagues rugissantes de la mer Égée entre la Grèce et

la Phrygie. Mais où sont-ils,--ces rivaux?--quelques pieds de terre

séparent l'un et l'autre linceul. De quelle paix, de quel pouvoir est

douée la tombe qui réduit tout au silence! abîme dont les ondes, sans

bruit et sans orages, engloutissent le monde. _La poussière retourne en

poussière_, voilà un thème bien vieux; mais tout n'est pas encore dit.

Le tems n'adoucit pas cette loi terrible;--toujours le ver déroule ses

froids replis; le sépulcre garde sa forme,--qui, variée au dehors, pour

tous au-dedans est la même; quel que soit l'éclat de l'urne funéraire,

la cendre demeurera toujours glacée. Quoique la momie de Cléopâtre

traverse la mer où Marc-Antoine abandonna l'empire pour suivre cette

reine; quoique l'urne d'Alexandre soit offerte en spectacle dans ces

contrées à lui-même inconnues dont il souhaitait la conquête en

pleurant:--combien enfin nous semblent vains et pis que vains les désirs

de l'insensé guerrier, les pleurs du monarque macédonien! Il pleurait

faute de mondes à conquérir!--La moitié des peuples de la terre ne sait

pas son nom; ou sait tout au plus sa naissance, sa mort et quels pays il

désola; tandis que la Grèce, sa patrie, désolée à son tour, a tout perdu

sans même gagner la paix de la désolation. _Il pleurait faute de mondes

à conquérir_! Lui qui ne conçut jamais le globe terrestre, il tremblait

de n'en pas avoir assez! et pourtant il ignorait même l'existence de ce

pays bruyant d'affaires, de cette île septentrionale qui possède

aujourd'hui l'urne du conquérant sans avoir jamais connu son sceptre.

3. Mais où est-il, le moderne conquérant, homme encore plus puissant,

qui, sans être né roi, attela les monarques à son char; le nouveau

Sésostris, traîné naguère par ces esclaves couronnés, qui, délivrés

maintenant du harnois et du mors, pensent avoir des ailes, et dédaignent

la poussière où tout-à-l'heure ils rampaient enchaînés aux roues de

l'empire du chef suprême? Oui!--où est-il, le _champion et

l'enfant_[205] de tout ce qui est grand ou petit, sage ou insensé? ce

joueur de royaumes, avec les trônes pour enjeu, la terre pour tapis,--et

pour dés, les ossemens humains? Contemple le grand résultat: vois cette

île lointaine et solitaire, et, suivant l'impulsion de ta nature, pleure

ou souris. Gémis d'apercevoir l'aigle altier réduit dans son courroux à

ronger les barreaux de son étroite cage; souris de surprendre le

vainqueur des nations s'abaissant chaque jour à chicaner pour le manger

et le boire; pleure en le voyant durant son repas se chagriner pour

quelques plats trop peu garnis, pour le vin fourni trop chichement, pour

de misérables querelles sur de misérables objets. Est-ce là l'homme qui

châtiait ou festoyait les rois? Vois les balances où son destin se

pèse,--le certificat d'un chirurgien et les harangues d'un noble comte!

Le retard d'un buste, le refus d'un livre, voilà ce qui peut troubler le

sommeil de celui qui tint en éveil le monde entier. Est-ce bien là, en

vérité, le dompteur des grands de la terre, lui qui maintenant est

l'esclave de tout ce qui peut tracasser et irriter,--du vil geôlier, de

l'espion qui partout se glisse, de l'étranger qui, ses notes en main,

porte sur tout un regard curieux? Plongé dans un cachot, il aurait

encore été grand. Mais combien fut bas, combien petit ce moyen terme

entre une prison et un palais, cet état d'humiliation où peu d'ames

purent comprendre ce qu'il avait à souffrir! Vaines furent ses

plaintes:--mylord[206] présente le bill; ce qu'il faut d'alimens et de

vin est dûment réglé. Vaine fut sa maladie:--jamais climat ne fut si pur

d'homicide,--en douter c'est un crime; et le chirurgien qui soutint la

cause de l'illustre captif a perdu sa place, mais en obtenant les

applaudissemens du monde. Mais souris maintenant:--quoique les angoisses

du cerveau et du cœur dédaignent et défient les tardifs secours de

l'art; quoiqu'il n'y ait autour du lit de mort que ces rares amis,

compagnons de l'exil, et le portrait de ce bel enfant que son père

n'embrassera jamais;--quoique à cette heure même s'éteigne le génie que

le genre humain vénéra long-tems et vénère encore:--souris,--car l'aigle

enchaîné brise ses fers, et regagne des sphères plus élevées que ce

monde-ci.

[Note 205: _The champion and the child_.

Lord Byron a eu sans doute en vue la qualification expressive que M.

Pitt appliqua à Bonaparte: «_The child and champion of jacobinism_;

l'enfant et le champion du jacobinisme.»

(_Note d'un éditeur anglais_.)]

[Note 206: Lord Castlereagh, marquis de Londonderry.

(_N. du Tr._)]

4. Oh! si cet esprit, qui prend l'essor vers le ciel, conserve encore un

obscur souvenir de son règne brillant, combien il doit sourire, en

abaissant son regard sur la terre, à voir le peu qu'il fut, le peu qu'il

voulut être! Oui, quoiqu'il ait imposé son nom à un empire plus vaste

que son ambition presque sans bornes; quoique tour à tour, placé au

faîte de la gloire, plongé dans le plus profond abîme de revers, il ait

goûté les douceurs et l'amertume de la puissance; quoique les rois, à

peine échappés d'esclavage, aient voulu dans l'accès de leur joie se

faire les singes de _leur_ tyran: combien il doit sourire en se tournant

vers ce tombeau solitaire, le plus noble monument qui s'élève au-dessus

des flots[207]! Oui, quoique son geôlier, rigoureux jusqu'au dernier

moment, ait pu à peine se persuader que le plomb du cercueil fût une

prison sûre, et qu'il n'ait pas permis de tracer une misérable ligne qui

datât la naissance et la mort de l'homme caché sous le sépulcre,--ce nom

consacrera le rivage jusqu'alors ignoré, c'est un talisman dont jamais

la vertu n'a échoué, excepté pour celui qui le porta. Les flottes qui

fendent les vagues devant la brise d'orient entendront leurs matelots

saluer Sainte-Hélène du haut des mâts. Quand la colonne triomphale de la

Gaule ne s'élèvera plus qu'au milieu du désert comme aujourd'hui la

colonne de Pompée, le rocher qui possédera ou du moins aura possédé

l'illustre cendre, couronnera l'Atlantique comme ferait le buste du

grand homme, et la nature toute-puissante environnera ses augustes

funérailles de plus d'honneur que l'avare envie n'en refuse. Mais que

lui importe, à lui, tout cela? Le désir de la gloire touche-t-il un pur

esprit ou une argile ensevelie?--Le héros mort prend-il quelque souci de

son tombeau? aucun, s'il sommeille,--et pas davantage s'il existe. Son

ombre plus clairvoyante sourira à la grossière caverne de cette île

hérissée de rochers, comme si ses restes eussent trouvé pour demeure

dernière l'antique Panthéon ou la copie gauloise du temple romain. Lui,

il n'en a pas besoin. Mais la France sentira la nécessité de cette

faible mais dernière consolation[208]; honneur, gloire, loyauté, tout

l'oblige à réclamer les ossemens de son empereur pour élever au-dessus

une pyramide de trônes, ou, quand elle engagera le combat, en former,

comme de la cendre de Dugueselin[209], un victorieux talisman. Mais

quoiqu'il en soit aujourd'hui,--le tems viendra peut-être où son nom

battra l'alarme comme le tambour de Ziska[210].

[Note 207: _The proudest sea-mark that o'ertops the wave_!

Mot à mot, l. p. n. _balise_ q. s'é., etc. Nous avons craint d'employer

cette expression technique de la langue des marins, parce qu'elle est

fort peu connue.--Quand nous sommes inexacts, nous en avertissons

toujours le lecteur.

(_N. du Tr._)]

[Note 208: La prophétie de Lord Byron se réalise aujourd'hui. (_N. du

Tr._)]

[Note 209: Dugueselin mourut durant le siége d'une ville[209a]. Elle se

rendit, et les clefs en furent apportées et placées sur la bière du

capitaine breton, en sorte que la place parut se rendre à ses mânes.]

[Note 209a: Châteauneuf de Randon, dans le Gévaudan (Lozère).

(_N. du Tr._)]

[Note 210: Jean Ziska, gentilhomme bohémien, chef des Hussites. A sa

mort, il ordonna que son corps fût laissé sans sépulture, et que l'on

fît de sa peau un tambour: il assurait que les ennemis prendraient la

fuite aussitôt qu'ils en entendraient le bruit. On dit que les Hussites

accomplirent sa volonté, et qu'en effet les catholiques s'enfuirent en

plusieurs batailles au bruit de ce tambour.

(_N. du Tr._)]

5. O ciel, dont il fut en puissance une image! O terre, dont il fut une

noble créature! Et toi, île pour long-tems illustre, qui vis l'aiglon

sans plumes sortir de sa coquille[211]! Alpes, qui le contemplâtes, à

l'aurore de son vol, planer vainqueur en cent combats! Rome, qui le vis

surpasser les exploits de ton César!--(Hélas! pourquoi, lui aussi,

franchit-il le Rubicon,--le Rubicon des droits de l'homme réveillé à la

liberté,--et cela pour se mêler au troupeau vulgaire des rois et de

leurs parasites?) Égypte, où les Pharaons, oubliés dans ces tombeaux

dont la date est perdue, se levèrent de leur long sommeil, et frémirent,

au fond de leurs pyramides, d'entendre retentir à leur oreille les

foudres d'un nouveau Cambyse, tandis que les ombres de quarante

siècles[212] bordaient, comme des géans étonnés, les ondes fameuses du

Nil, ou, du haut de l'immense pyramide, regardaient le désert peuplé de

combattans, qui, comme sortis de l'enfer, jonchaient de leurs cadavres

les sables stériles pour engraisser cette terre jusqu'alors privée de

culture! Espagne, qui, oubliant un moment le Cid, vis la bannière

tricolore insulter Madrid! Autriche, dont la capitale fût deux fois

prise et deux fois épargnée, et qui récompensas la clémence par la

trahison! Vous, race de Frédéric!--vous, Frédérics de nom et en

perfidie,--qui avez tout hérité de votre père, sauf sa gloire;--qui,

tombés par terre à Iéna, tombés à genoux à Berlin[213], ne vous

relevâtes que pour suivre le vainqueur! Et vous qui demeurez où demeura

Kosciusko, qui vous souvenez encore de n'avoir pas acquitté la sanglante

dette de Catherine Pologne! où l'ange de la vengeance passa, mais qu'il

laissa comme il l'avait trouvée, toujours déserte, oublieuse de tes

imprescriptibles droits, de ton peuple distribué en lots et de ton nom

éteint, de tes soupirs pour la liberté, de tes longues et abondantes

larmes, de ce son qui froisse l'oreille du tyran--Kosciusko! aux

armes!--aux armes!--aux armes!--la guerre a soif du sang des serfs et de

leur czar: le soleil brille sur les minarets de Moscou, cité à demi

barbare, mais c'est un soleil couchant.--Moscou! limite de la longue

carrière du héros,--en vain le désir de te voir arracha jadis à

l'indomptable Charles[214] une larme glacée;--_lui_, il te vit;--mais

comment? avec tes clochers et tes palais en proie à un commun incendie.

Oui, le soldat y prêta sa mèche enflammée, le paysan donna le chaume de

sa cabane, le marchand livra ses magasins, le prince son château,--et

Moscou ne fut plus! O le plus sublime des volcans! les feux de l'Etna

pâlissent devant les tiens, et les perpétuelles flammes de l'Hécla sont

peu de chose: le cratère du Vésuve n'offre plus qu'un spectacle usé, bon

pour des _touristes_[215] ébahis: toi seul restes sans rival jusques à

l'embrasement futur où doivent expirer tous les empires. Et toi; autre

élément, non moins fort et non moins sévère pour donner aux conquérans

une leçon dont ils ne profiteront pas, toi, dont l'aile glacée frappa de

défaillance l'armée ennemie, et fis tomber un héros à chaque flocon de

neige; combien tes victimes souffrirent sous les coups de ton bec

engourdissant et les étreintes de ta serre muette, jusqu'à ce que les

bataillons succombassent à une dernière et unique angoisse! Vainement la

Seine cherchera sur ses rives les rangs serrés de ses joyeux soldats:

vainement la France rappellera sous l'ombre de ses vignes ses jeunes

enfans; leur sang coule à flots plus pressés que ses vins, ou, durci en

glace humaine, reste immobile dans ces momies congelées qui gisent dans

les plaines polaires. Vainement l'Italie voudrait réchauffer, sous le

large disque de son soleil, ses guerriers, qui, vaincus par l'hiver,

disent adieu pour jamais aux rayons de l'astre de vie. De tous les

trophées amassés par la guerre, que restera-t-il au retour? Le char

brisé du conquérant! son courage encore tout entier! De nouveau le cor

de Roland a sonné, et non pas en vain. Lutzen, où le monarque suédois

périt jadis au milieu de la victoire[216], voit Napoléon triompher, mais

hélas! ne le voit pas mourir. Dresde, regarde trois despotes fuir devant

leur souverain,--souverain comme auparavant; mais la fortune épuisée

abandonne son favori, et la trahison de Leipsick oblige à la fuite le

mortel jusqu'alors invaincu; le chacal saxon délaisse le lion pour se

faire le guide de l'ours, du loup et du renard; le roi des forêts

rétrograde jusques à son antre, ressource dernière de son désespoir,

mais il n'y trouve point asile! Oui, contrées qu'il a parcourues, je

vous atteste une à une, et toutes ensemble[217]! O France, dont les

vastes et belles campagnes furent foulées comme une terre ennemie, et

disputées pied à pied jusqu'à ce que la trahison, qui seule triompha de

lui, eût de la colline de Montmartre promené ses regards sur Paris

abattu! Et toi, île qui aperçois de tes remparts la riante Étrurie, toi,

refuge momentané de l'orgueilleux héros, toi dans les bras de qui le

jeta le danger, fiancée qui le pleures encore! O France, reconquise par

une simple marche à travers un immense arc de triomphe! ô sanglant et

trois fois inutile Waterloo, qui prouves comme les sots peuvent aussi

avoir leur heureuse fortune, gagnée moitié par bévue, moitié par

perfidie! O sombre Sainte-Hélène, avec ton geôlier cruel,--écoute,

écoute Prométhée[218], du haut de son rocher, en appeler à la terre, à

l'air, à l'océan, à tout ce qui sentit ou sent encore sa puissance et sa

gloire, à tous ceux qui entendront un nom éternel comme le cours des

ans: il leur enseigne une maxime si long-tems, si souvent, si vainement

enseignée,--il leur apprend à ne jamais forfaire au devoir. Un seul pas

dans la vertu eût fait de cet homme le Washington de mondes asservis: un

seul pas dans la route contraire a livré son nom aux caprices des vents;

roseau de la fortune et fléau des trônes, il fut de la renommée le

Moloch ou le demi-dieu, le César de sa patrie, l'Annibal de l'Europe,

mais sans une chute aussi honorable que la leur. Pourtant la vanité même

aurait pu lui enseigner un chemin plus sûr vers la gloire où il

aspirait, en lui montrant sur la stérile page de l'histoire dix mille

conquérans pour un seul sage. Tandis que vers les cieux monte la

paisible mémoire de Franklin,--de Franklin, calmant la foudre qu'il fit

descendre d'en haut, ou tirant du sein d'une terre non moins embrasée la

liberté et la paix pour une nation fière d'un tel enfant; tandis que

Washington est un cri de ralliement qui ne périra qu'avec les échos des

airs; tandis que l'Espagnol lui-même, si avide d'or et de guerre, oublie

Pizarre pour proclamer le nom de Bolivar:--hélas! pourquoi faut-il que

cette même Atlantique, qui donna le signal de la liberté, ceigne le

tombeau d'un tyran,--roi des rois, et pourtant esclave des esclaves; de

celui qui rompit les fers de tant de millions d'hommes pour reconstruire

la chaîne que son bras avait mise en pièces, et qui méconnut les droits

de l'Europe et les siens propres pour tomber entre un cachot et un

trône.

[Note 211: _That saw'st the unfledged eaglet chip his shell_.

Mot à mot, _amenuiser_, amincir sa coquille. Nous trouvons une métaphore

pareille dans ce beau vers d'_Hernani_, que des _gens d'un goût

difficile_ ont dit avoir _odeur de cuisine_..... Pauvres gens!

J'écraserais dans l'œuf ton aigle impériale.

(_N. du Tr._)]

[Note 212: Imité de Napoléon.

(_N. du Tr._)]

[Note 213: _Who_ crushed _at Iena_, crouched _at Berlin_, etc. Nous

avons essayé de rendre ce jeu de mots par un équivalent. Ce n'est pas la

première fois que nous signalons les calembours, ou, pour parler plus

noblement, les paronomases de Byron, même dans un sujet sérieux.

(_N. du Tr._)]

[Note 214: Charles XII, roi de Suède.

(_N. du Tr._)]

[Note 215: En Angleterre, on regarde les voyages comme le complément

d'une éducation libérale. Un jeune homme doit faire son _tour_, et l'on

nomme _tourist_ celui qui parcourt ou a parcouru la France, la Suisse,

l'Italie, etc.

(_N. du Tr._)]

[Note 216: Gustave-Adolphe, père de Christine, périt en 1632, à la

bataille de Lutzen, qu'il gagna sur les Impériaux. Tout le monde sait

que Bonaparte gagna aussi à Lutzen, en 1813, une grande bataille.

(_N. du Tr._)]

[Note 217: Le texte anglais s'exprime avec une concision merveilleuse,

que j'ai crue intraduisible, et qui m'a presque obligé à une paraphrase.

_Oh ye! and each, and all_!

(_N. du Tr._)]

[Note 218: Je renvoie le lecteur au premier monologue de Prométhée dans

Eschyle, lorsque sa suite l'a laissé seul, et avant l'arrivée du chœur

des nymphes de la mer.]

6. Mais il n'en sera pas toujours de même:--l'étincelle a brillé:--voici

que l'Espagnol basané ressent ses anciennes ardeurs; ce même courage qui

repoussa les Maures durant huit cents longues années de mutuels

massacres, le voilà qui renaît,--et où donc? sous ce climat de vengeance

où jadis l'Espagne fut un synonyme du crime, où Cortès et Pizarre

portèrent leurs bannières; le jeune continent renie enfin son nom de

_Nouveau-Monde_: c'est le _vieil_ esprit d'indépendance qui ranime de

son souffle brûlant les ames de ces corps dégradés, tel qu'autrefois il

chassa le Perse loin du rivage où la Grèce _a été_:--mais, que dis-je?

la Grèce revit à cette heure. Une cause commune rassemble en myriades

unanimes les esclaves de l'est ou les îlotes de l'ouest: déployé sur les

cimes des Andes et de l'Athos, le même étendard brille sur l'un et

l'autre monde; l'Athénien ressaisit l'épée d'Harmodius, le guerrier du

Chili abjure son maître étranger; le Spartiate se reconnaît encore pour

Grec; la liberté naissante orne le cimier des Caciques. Vainement les

despotes, qui débattent leurs intérêts sur l'autre bord, ferment

l'oreille aux rugissemens de l'Atlantique réveillée: le flux impétueux

s'avance par le détroit de Calpé[219], chemine légèrement à travers la

France, terre à demi domptée, fond sur le berceau de l'antique Espagnol,

et tente d'unir l'Ausonie à l'immense Océan: mais, éloigné de là pour un

moment, et non pour toujours, il envahit la mer Egée, qui se rappelle le

jour de Salamine.--C'est là, oui, c'est là que les vagues se

soulevèrent, et non point pour être endormies par les victoires d'un

tyran. Les peuplades isolées, perdues, abandonnées dans leurs pressans

dangers par les chrétiens à qui elles donnèrent leur foi, les campagnes

désolées, les îles ravagées, les discordes nourries, la fraude

encouragée, les promesses de secours adroitement éludées, et tous ces

froids délais de plus en plus prolongés dans l'unique espérance de

s'assurer une proie,--voilà ce qui parlera assez haut, voilà comment la

Grèce fera voir qu'un ami perfide est pire que l'ennemi le plus furieux.

Mais c'est très-bien: la Grèce seule doit délivrer la Grèce, et non pas

le barbare avec son masque de paix. Comment l'autocrate pourrait-il tout

à la fois régner sur un parc de serfs, et rendre aux nations la liberté?

Mieux vaut encore servir le hautain Musulman, que de grossir la caravane

pillarde des Cosaques; mieux vaut travailler pour des maîtres, que de

veiller, esclave des esclaves; devant la porte d'un château

russe;--d'être dénombrés par troupeaux, traités comme un capital

d'hommes, comme un immeuble vivant qui n'existe que pour l'esclavage, et

donnés par milliers au premier courtisan qui sut capter la faveur du

czar, tandis que le propriétaire immédiat ne goûte jamais le sommeil

_sans_[220], songer aux déserts de la Sibérie. Ah! mieux vaut cent fois

succomber à son désespoir; plutôt conduire le chameau que devenir le

pourvoyeur de l'ours!

[Note 219: Détroit de Gibraltar. Calpé est l'une des colonnes d'Hercule.

(_N. du Tr._)]

[Note 220: Le mot est en français dans le texte, au lieu de _without_,

sans aucune autre raison que celle du mètre.

(_N. du Tr._)]

7. Mais ce n'est pas seulement sous cet antique climat où la liberté

date sa naissance avec la naissance du tems, ni seulement aux lieux où,

plongée dans la nuit, la foule des Incas apparaît comme un nuage

obscur;--non, ce n'est pas là seulement que l'aurore vient de renaître.

La célèbre, la romantique Espagne repousse de nouveau les usurpateurs

loin de son sol. Les légions romaines ou les hordes puniques ne

demandent plus ses campagnes pour lice aux exploits de leurs glaives. Ni

le Vandale, ni le Visigoth ne souillent plus les plaines qui abhorrent

l'un et l'autre de la même haine. Le vieux Pélayo[221] ne rassemble plus

sur sa montagne les braves guerriers qui léguèrent à leurs fils mille

ans de combats: cette race a été semée et moissonnée; comme s'en

souvient encore maintes fois le Maure qui soupire sur son triste rivage.

Long-tems, dans la chanson du paysan et dans la page du poète, a vécu la

mémoire d'Abencérage: les _Zégri_ et les anciens vainqueurs, à leur tour

vaincus et captifs, sont rentrés dans le barbare pays d'où ils

sortirent. Ils ont disparu,--eux, leur foi, leurs épées, leur empire.

Mais ils ont laissé des ennemis plus antichrétiens[222] qu'eux-mêmes; le

monarque bigot ou le prêtre bourreau[223], l'inquisition avec ses

solennels bûchers, le sanglant _auto da fe_[224], dont la flamme se

nourrit de chairs humaines, et que préside le Moloch catholique,

froidement cruel, fixant avec joie son œil inexorable sur cette

flamboyante fête de mort. Le souverain, tour à tour trop sévère ou trop

faible; l'orgueil se targuant de la paresse; les nobles abâtardis par

une longue décadence; l'hidalgo avili; le paysan, moins dégénéré, mais

encore plus dégradé; le royaume dépeuplé; une marine, jadis si fière,

devenue oublieuse de la mer; les phalanges, jadis impénétrables,

complètement désorganisées; la forge où se formaient les lames de

Tolède, depuis long-tems oisive; les trésors étrangers affluant chez

toutes les nations étrangères, hormis chez celle qui les acheta de son

propre sang; cette langue elle-même, digne rivale de la langue de Rome,

et naguères aussi commune aux peuples que leur idiôme maternel,

désormais négligée ou même oubliée:--telle fut l'Espagne; telle,

dorénavant, elle n'est, ni ne sera plus. Les plus terribles de ses

ennemis, les usurpateurs de son sol, ont senti ce qu'a pu faire l'esprit

de l'antique Numance ressuscité dans la Castille. Sus! sus! debout!

indompté torréador! Le taureau de Phalaris renouvelle ses mugissemens. A

cheval, noble hidalgo! ce n'est pas en vain que renaît le cri des

anciens jours:--«Iago! et fermons l'Espagne[225]!» Oui, fermez-la dans

l'enceinte de vos bataillons, élevez la barrière armée que rencontra

Napoléon.--Une guerre d'extermination; les plaines désertes, les rues

sans autres habitans que des cadavres; la sauvage Sierra, retraite de la

troupe plus sauvage des guérillas aux panaches de vautour, de ces

guerriers toujours prêts à fondre comme des éperviers sur leur proie;

Saragosse désespérée, puissante encore dans sa chute; l'homme égal en

force à un pur esprit, et la jeune fille brandissant son glaive mieux

que l'amazone elle-même; le couteau d'Aragon[226], l'acier de Tolède, la

fameuse lance de la chevaleresque Castille; la carabine catalane,

toujours fidèle au but: les coursiers d'Andalousie en avant-garde; les

torches allumées pour faire de Madrid une autre Moscou: enfin, l'esprit

du Cid passé dans tous les cœurs:--voilà quelle a été, quelle est,

quelle sera l'Espagne. Avance donc, ô France, pour conquérir--non pas

l'Espagne, mais ta propre liberté.

[Note 221: Plus connu sous le nom de Pélage. Nous avons, d'après Lord

Byron, donné le nom espagnol, avec sa véritable orthographe.

(_N. du Tr._)]

[Note 222: Le texte dit _Yet left more_ antichristian _foes than they_.

(_N. du Tr._)]

[Note 233: Le texte dit _boucher. The butcher priest_.

(_N. du Tr._)]

[Note 224: Acte de foi. Le texte anglais n'a conservé de l'espagnol que

le mot _auto_ (_faith's red auto_): nous ne pouvions dire _auto_ de foi.

(_N. du Tr._)]

[Note 225: Ancien cri de guerre espagnol.]

[Note 226: Les Aragonais ont une adresse particulière à se servir de

cette arme, et ils l'ont surtout déployée dans les dernières guerres

contre les Français.]

8. Mais que vois-je? Un congrès! C'est le nom solennel qui rendit libre

l'Atlantique! Pouvons-nous espérer même chose pour l'Europe vieillie et

usée? A ce nom s'élèvent, comme autrefois l'ombre de Samuel devant les

monarchiques regards de Saül, les prophètes de la jeune liberté,

convoqués des lointains climats de Washington et de Bolivar; Henri[227],

ce Démosthène des forêts, qui lança les foudres de sa voix contre le

Philippe des mers; le stoïque Franklin, ombre énergique, enveloppée des

feux célestes que sa main apaisa; et Washington, dompteur des tyrans.

Les voilà tous qui s'éveillent, et qui nous commandent de rougir de nos

vieilles chaînes ou de les briser. Mais, hélas! _qui_ sont-ils, ceux qui

composent ce sénat d'élus destinés à racheter la foule? _Qui_ sont-ils,

ceux qui renouvellent ce nom sacré, jusqu'alors départi aux conseils

assemblés pour le bonheur du genre humain? Quels hommes se réunissent

aujourd'hui à ce vénérable appel? C'est la sainte-alliance, qui dit que

trois font tout. Terrestre trinité, qui revêt une apparence céleste,

comme le singe contrefait l'homme! Unité pieuse, formée dans le dessein

unique--de fondre trois sots en un Napoléon. Ah! l'Égypte eut des dieux

raisonnables en comparaison des nôtres: ses chiens et ses bœufs

connaissaient leur véritable place, et, demeurant en repos dans leur

chenil ou leur étable, ils ne se souciaient que d'être bien et dûment

nourris; mais aux nôtres, plus affamés, il faut encore quelque chose de

plus, le pouvoir d'aboyer et de mordre, de répandre le sang et dévorer

les chairs vivantes. Oh! combien étaient plus heureuses que nous les

grenouilles du bon Ésope! car nous avons pour maîtres des soliveaux

animés, qui étendent çà et là leur masse méchante, et accablent les

nations sous leurs stupides coups, dans la crainte insensée de laisser

quelque ouvrage à la cigogne révolutionnaire.

[Note 227: Ce Henri, célèbre patriote, est un des hommes les plus

extraordinaires, et peut-être un des moins connus en Europe; il se

distingua, dans la révolution de l'Amérique, par un talent merveilleux.

Ce fut un _phénomène_, même pour un tems de révolution.

(_Note d'un édit. anglais_.)]

9. O trois fois heureuse Vérone, depuis que brille sur toi l'impériale

présence de la nouvelle trinité! Fière d'un tel honneur, ton sol perfide

oublie la tombe tant vantée de _tous les Capulets_, tes

Scaliger,--(qu'était en effet _le grand chien_, «_can grande_», que je

me hasarde de traduire, auprès de ces singes bien plus sublimes?)--ton

poète Catulle, dont les vieux lauriers cèdent à ces lauriers nouveaux;

ton amphithéâtre où les Romains siégèrent; le Dante dont tu accueillis

l'exil; ton bon vieillard[228] pour qui le monde entier était dans ton

enceinte, et qui ne savait point qu'il y eût quelque chose au-delà; ah!

plût à Dieu que les hôtes royaux que tu renfermes lui ressemblassent au

point de ne jamais sortir de tes murs! Courage! poussez mille cris de

joie, gravez des inscriptions, élevez des monumens de honte pour dire à

la tyrannie que le monde est dompté! Courez en foule au théâtre avec une

rage de loyauté: la comédie n'est pas sur la scène, le spectacle est

riche en rubans et en croix.

[Note 228: Le fameux vieillard de Vérone.]

Allons, bonne Italie, regarde à travers les barreaux de ta prison;

applaudis, on te le permet: pour cela, tes mains chargées de fers sont

libres.

10. Brillant spectacle! voyez le czar fat, l'autocrate des valses et des

combats, aussi désireux d'un _bravo_ que d'un royaume, et tout aussi

propre à manier un éventail qu'à porter un casque; beau comme un

Calmouk, spirituel comme un Cosaque; ame généreuse tant qu'elle n'est

pas atteinte par les frimas; se laissant à demi amollir par un dégel

libéral, mais reprenant sa dureté première toutes les fois que le soleil

levant est environné de nuages; sans autre objection à la vraie liberté,

sinon que les nations deviendraient libres. Comme l'impérial dandy jase

bien sur la paix! comme il est prêt à délivrer la Grèce, si les Grecs

voulaient être ses esclaves! Avec quelle noblesse il a rendu aux

Polonais leur diète, puis commandé à la belliqueuse Pologne de demeurer

en repos! Avec quelle bonté il enverrait les aimables pulks[229] de la

douce Ukraine faire la leçon à l'Espagne! Avec quelle majesté royale

montrerait-il à la fière Madrid sa gracieuse personne, long-tems

inconnue aux peuples du Sud! Bonheur acheté à bon marché, le monde

entier le sait,--en ayant les Moscovites pour amis ou pour ennemis.

Continue, monarque homonyme de l'illustre fils de Philippe!

[Note 229: Mot russe, par lequel on désigne particulièrement les bandes

de Cosaques.

(_N. du Tr._)]

La Harpe, ton Aristote, te fait signe. Ce que fut la Scythie à l'ancien

Alexandre, l'Ibérie le sera à toi et à tes Scythes. Jeune homme déjà un

peu mûr, songe à ton prédécesseur sur les bords du Pruth: si sa destinée

doit être aussi la tienne, tu as pour t'aider plus d'une vieille femme,

mais point de Catherine[230]: l'Espagne aussi a des rochers, des

rivières et des défilés;--l'ours peut tomber dans les piéges du lion.

Les plaines ardentes de Xérès sont fatales aux Goths: crois-tu que le

vainqueur de Napoléon doive céder à tes armes? Mieux vaut améliorer tes

déserts, changer tes épées en socs de charrue, raser et laver tes hordes

de Baskirs, arracher tes états à l'esclavage et au knout; que de

t'engager tête baissée dans une route funeste, pour infester de tes

hideuses légions la contrée où les lois sont aussi pures que le ciel.

L'Espagne n'a pas besoin d'engrais: son sol est fertile, mais elle ne

nourrit pas ses ennemis: ses vautours se sont rassasiés depuis peu;

voudrais-tu leur fournir une nouvelle proie? Hélas! tu ne seras pas

conquérant, mais pourvoyeur. Je suis Diogène, quoique Russes et Huns se

tiennent devant mon soleil et celui de plusieurs millions d'hommes: mais

si je n'étais pas Diogène, j'aimerais mieux me traîner comme un ver que

d'être un _tel_ Alexandre! Soit esclave qui voudra: le cynique sera

libre; son tonneau a des murailles plus dures que Sinope[231]; toujours

il aura en main sa lanterne, pour découvrir sur le visage des monarques

_un honnête homme_.

[Note 230: L'adresse de Catherine tira d'embarras Pierre, surnommé le

Grand (sans doute, par pure courtoisie), lorsqu'il était entouré par les

Musulmans sur les bords du Pruth.]

[Note 231: Patrie de Diogène le Cynique.

(_N. du Tr._)]

11. Et cependant, que fait la Gaule, terre prolifique des ultras _nec

plus ultra_, et de leur bande de mercenaires? Que font ses chambres

bruyantes, et sa tribune, où chaque orateur grimpe avant de trouver une

parole, et quand elle est trouvée, entend pour réponse _le mensonge_,

qui fait écho tout alentour? Les représentans de notre Grande-Bretagne

daignent quelquefois écouter: un sénat gaulois a plus de langues que

d'oreilles: _Constant_ lui-même, leur unique maître en débats

politiques[232], doit se battre prochainement pour justifier en

champ-clos son discours. Mais ceci coûte peu aux vrais Français, qui

toujours aimèrent mieux combattre qu'écouter, fût-ce leur propre père.

Qu'est-ce, en effet, que se tenir ferme devant les boulets, au prix de

l'obligation d'être long-tems attentifs, et de ne jamais interrompre?

Telle n'était point en vérité la méthode de la vieille Rome, lorsque

Cicéron frappait de son tonnerre les échos du Forum: mais Démosthène a

sanctionné le fait, en définissant l'éloquence _de l'action, toujours de

l'action_.

[Note 232: Byron oublie le général Foy, Manuel, M. Royer-Collard, et

tant d'autres orateurs dont le nom ne s'offre pas tout de suite à notre

plume.

(_N. du Tr._)]

12. Mais où est le monarque? a-t-il dîné? ou bien gémit-il encore sous

la pesante dette de l'indigestion? Les _pâtés_[233] révolutionnaires se

sont-ils soulevés, et les royales entrailles se sont-elles changées en

prison? Le mécontentement a-t-il mis les troupes en fermentation; ou

bien _nulle_ fermentation n'a-t-elle suivi les perfides potages[234]?

Les cuisiniers carbonari n'auraient-ils pas assez prodigué la

carbonnade[235] à chaque service? ou les docteurs impitoyables

auraient-ils conseillé la diète? Ah! dans tes regards abattus je lis que

la France entière n'a pas d'autres instrumens de trahison que ses

cuisiniers, ô bon et classique L--! Est-il, peux-tu dire, désirable

d'être le _Désiré_? Pourquoi abandonnas-tu le calme le verdoyant séjour

d'Hartwell, la table d'Apicius et les odes d'Horace, pour régir un

peuple qui ne veut pas être régi, et qui aime beaucoup mieux un fesseur

qu'un professeur[236]? Ah! les trônes ne cadraient ni à ton tempérament

ni à ton goût, la table te voit bien mieux placé: doux épicurien, fait

pour être un hôte aimable et un non moins bon convive, pour parler de

littérature et connaître par cœur, _à moitié_ l'art du poète, et _à

fond_ l'art du gourmand[237]; toujours érudit, de tems en tems

spirituel, et gracieux quand la digestion le permet;--mais non pas né

pour gouverner une terre asservie ou libre, la goutte était déjà pour

toi un suffisant martyre!

[Note 233: Le mot est en français dans le texte.

(_N. du Tr._)]

[Note 234:

_Have discontented movements stirr'd the troops;

Or have_ no _movements follow'd trait'rous soups_?

(_N. du Tr._)]

[Note 235:

_Have_ carbonaro _cooks not_ carbonadoed

_Each course enough_?

(_N. du Tr._)]

[Note 236: C'est un jeu de mots analogue à celui du texte:

_And love much rather to be_ scourged _than_ schooled.

Le peuple français a enfin regimbé sous le fouet, et reconquis pour

jamais sa liberté.

(_N. du Tr._)]

[Note 237: _A moitié, à fond_, sont en français dans le texte.

(_N. du Tr._)]

13. Et la noble Albion passera-t-elle sans recevoir d'un hardi Breton

l'ordinaire phrase d'éloges? Ses arts,--ses armes,--et George,--et la

gloire et les îles,--et l'heureuse Bretagne,--les sourires de la

richesse et de la liberté,--les côtes blanchâtres et escarpées qui

forcèrent l'invasion à se tenir au large,--le contentement des sujets à

l'épreuve des taxes,--l'orgueilleux Wellington, avec son bec d'aigle si

recourbé que son nez est le croc où il suspend le monde[238]!--et

Waterloo,--et le commerce,--et--(chut! ne lâchons pas encore une syllabe

sur les impôts, ni sur la dette)--et cet homme qu'on ne pleure jamais

(assez), Castlereagh, dont le canif fendit l'autre jour une plume

d'oie[239]--et _les pilotes qui ont triomphé de tous les

orages_,--(mais, n'altérez pas un nom, même pour la rime.)[240]» Voilà

les lieux communs, jusqu'ici chantés si souvent, qu'à mon sens, nous

n'avons plus désormais besoin de les chanter; on les trouve partout dans

tant de volumes qu'il n'y a aucune nécessité que vous les trouviez ici.

Toutefois, il nous reste encore l'espérance d'un _régime_, conforme à la

raison, et, ce qui est plus étrange, à la _rime_[241]; ton génie nous

permet de l'espérer, ô Canning! toi qui, homme d'état par éducation,

mais, né homme d'esprit, ne pus jamais, même dans cette stupide chambre,

abaisser ton poétique enthousiasme à une prose froide et plate: notre

dernier, notre meilleur, notre unique orateur, moi, je puis te

louer,--ce que les torys ne font plus, ou du moins pas autant;--ils te

haïssent, grand homme, parce que tu les soutiens encore moins que tu ne

leur en imposes. La meute se rassemblera dès que le chasseur aura crié:

holà! elle le suivra, bande docile, partout où il la conduira. Mais ne

t'y méprends pas; leurs hurlemens ne sont pas des cris d'amour, leur

aboiement après le gibier n'est pas un éloge. Encore moins fidèles que

la troupe quadrupède, les bipèdes, au moindre soupçon d'odeur,

reviendraient sur leurs pas. Les liens qui attachent ta selle ne s'ont

pas encore tout-à-fait sûrs, et l'on ne peut pas se fier beaucoup aux

jarrets du royal étalon. Le lourd et vieux cheval blanc est enclin à

broncher, à ruer, à se laisser parfois, lui et son cavalier, dans la

boue. Mais que vois-je? l'animal est saignant.

[Note 238: _That nose, the hook where he suspends the world_.

_Naso suspendit adunco_.

(HORACE.)

Le poète romain applique cette expression à un homme qui était

simplement impérieux envers son ami.]

[Note 239: _Whose pen-knife slit a goose-quill t'other day_: il y a un

jeu de mots intraduisible, _quill_ ayant un double sens, celui de

_plume_ et celui de tuyau, et indiquant par là l'artère carotide que

Castlereagh se coupa.

(_N. du Tr._)]

[Note 240: Toutes ces phrases sont des lambeaux de Southey et autres

poètes courtisans; la dernière parenthèse indique qu'un de ces poètes

avait altéré, pour la justesse de la rime, le nom de son héros.

(_N. du Tr._)]

[Note 241:

_Yet something may remain perchance to_ chime

_With reason, and, what's stranger still, with_ rhyme.]

14. Hélas! pauvre contrée[242]! comment la langue ou la plume

déplorera-t-elle tes _country-gentlemen_, aujourd'hui pris au dépourvu,

les derniers à imposer silence au cri de guerre, les premiers à faire de

la paix une maladie? Pourquoi sont nés tous ces patriotes de

campagne[243]? pour chasser, voter, et hausser le prix du grain? Mais le

grain, comme toute chose mortelle, doit tomber: oui, tout tombe, rois,

conquérans, et principalement le cours des marchés. Devez-vous donc

tomber avec chaque épi de blé? Pourquoi troubliez-vous Bonaparte dans

son empire? Il était votre grand Triptolème: ses vices ne détruisaient

que des royaumes, mais maintenaient vos prix: il agrandissait, au profit

et au contentement de tous les lords, le grand œuvre d'alchimie agraire

que l'on appelle _rente_[244]. Pourquoi le tyran trébucha-t-il chez les

Tartares, et fit-il baisser le froment à un taux si désespérant? cet

homme valait beaucoup plus sur son trône. A dire vrai, le sang et

l'argent étaient répandus sans mesure; mais qu'est-ce que cela? le crime

peut en retomber sur la Gaule. Mais le pain était cher, le fermier

payait exactement, et les arpens de terre acquittaient leur dette au

jour fixé. Maintenant, qu'est devenu le compte clair et net de l'ale? le

métayer, fier de sa bourse bien arrondie, et connu pour n'avoir jamais

manqué à un paiement? la ferme qui jusqu'ici ne resta jamais sur les

bras du propriétaire? le marais converti en champ fertile? l'espoir

impatient de l'expiration du bail? les fermages portés au double? Ah!

que la paix est un grand mal! En vain l'on propose des prix pour exciter

le génie du cultivateur, en vain la chambre des communes vote son bill

patriotique, l'_intérêt foncier_,--(peut-être comprendrez-vous mieux la

phrase en supprimant l'épithète)[245]--l'intérêt frappe tous les échos

de ses gémissemens, dans la crainte que l'aisance ne descende jusqu'au

pauvre. Vite! vite! rentes foncières[246], hâtez-vous de hausser: sinon

le ministère perdra ses votes; le patriotisme, si délicat et si pur,

baissera ses pains au prix courant, car, hélas! _les pains et les

poissons_, naguère cotés si haut, aujourd'hui ne sont plus;--les fours

sont fermés, les pêcheries à sec, et après tant de millions dépensés, il

ne reste plus qu'à devenir modérés et contens. Ceux qui ne le sont pas

_ont eu_ leur tour,--et toujours tour à tour l'urne de la fortune verse

le bien et le mal. Qu'ils trouvent aujourd'hui leur récompense dans leur

vertu, et qu'ils partagent les heureuses destinées qu'eux-mêmes ont

préparées. Voyez donc cet essaim de Cincinnatus sans gloire, fermiers de

la guerre et dictateurs des fermes! _Leur_ soc fut le glaive remis entre

des mains mercenaires, _leurs_ champs s'engraissèrent du sang des autres

contrées. Sains et saufs dans leurs granges, ces laboureurs sabins

envoyèrent leurs frères aux combats,--et pourquoi? pour la rente[247]!

Chaque année ils votèrent par immenses budgets le sang, les sueurs, les

millions de la nation en larmes,--et pourquoi? pour la rente! Ils

beuglaient, dînaient, buvaient, et juraient qu'ils étaient prêts à

mourir pour l'Angleterre; pourquoi donc vivre? pour la rente! La paix a

produit le mécontentement général de ces patriotes à grand marché[248];

la guerre était pour eux la rente! Comment rétablir leur amour de la

patrie, rétablir les millions follement dépensés?--en rétablissant la

rente. Ne rendront-ils donc pas les trésors prêtés? non sans doute: il

faut tout sacrifier à la hausse de la rente. Leur bien, leur mal, leur

santé, leur richesse[249], leur joie ou leur chagrin, leur être, leur

fin, leur but, leur religion, c'est la rente! la rente! rien que la

rente! O Ésaü, tu vendis ton droit d'aînesse pour un plat de lentilles:

tu aurais dû gagner plus, ou manger moins; maintenant tu as avalé

goulument ton potage, tes réclamations sont vaines; Jacob dit que le

marché tient. Tel fut, seigneurs terriens[250], votre appétit pour la

guerre; et, gorgés de sang, vous grognez pour une blessure! Quoi donc?

voudrait-on étendre ce tremblement du sol jusqu'à la caisse publique,

et, quand la terre s'écroule, ébranler le papier consolidé? pourvu que

la rente foncière se relève, faire tomber la banque et la nation, et

fonder sur la bourse un _fundling_ hôpital? puis, tandis que la religion

se débat dans les convulsions de l'agonie, notre sainte mère l'église ne

pleure que sur ses dîmes, comme Niobé sur ses enfans: les prélats sont

condamnés au sort des saints, et l'orgueilleux _pluralist_[251] se voit

réduit à un seul bénéfice. L'église, l'état et la faction luttent au

milieu des ténèbres, dans l'arche commune où le déluge les ballotte.

Sans évêques, sans banques, sans dividendes, une autre Babel

s'élève,--mais la Bretagne finit. Et pourquoi? pour choyer les besoins

de l'égoïsme, et étayer le tertre de ces fourmis, maîtresses des champs.

_Regarde ces fourmis, paresseux, et sois sage_[252]: admire leur

patience dans chaque sacrifice, jusqu'à ce que tu aies appris à sentir

la leçon de leur orgueil, la valeur des taxes et de l'homicide; admire

leur justice qui renierait volontiers la dette des nations:--et pourtant

cette dette, répondez, je vous prie, _qui l'a faite si haute_?

[Note 242: Il reste dans la traduction une inévitable obscurité, parce

que Byron joue sur le double sens de _country_, patrie et campagne.

(_N. du Tr._)]

[Note 243: _Country patriots_.]

[Note 244: En anglais, _rent_ est une expression technique, spéciale

pour designer exclusivement le revenu d'une propriété terrienne.

(_N. du Tr._)]

[Note 245:

_The_ landed interest--(_you may understand

The phrase much better leaving out the land_).]

[Note 246: C'est ainsi que nous traduisons et devons traduire _rents_,

qui, dans le texte, n'est accompagné d'aucun adjectif.

(_N. du Tr._)]

[Note 247: Comme en français le mot _rente_ employé seul indique

spécialement le revenu de l'argent, et non pas le revenu des terres,

nous prévenons nos lecteurs qu'ici il faut l'entendre dans le sens

anglais (rente foncière): ce mot se répétant neuf fois, on sent pourquoi

nous avons préféré à un anglicisme une périphrase lourde.

(_N. du Tr._)]

[Note 248: _These high market patriots_.--Pour rendre cette expression

énergique et concise, nous avons employé une locution ancienne.

(_N. du Tr._)]

[Note 249: Il y a un jeu de mots: _Health, wealth_.

(_N. du Tr._)]

[Note 250: _Landlords_.

(_N. du Tr._)]

[Note 251: _And proud pluralities subside to one_.

Nous avons hasardé de franciser le mot _pluralist_, qui désigne

spécialement l'individu cumulant plusieurs bénéfices ecclésiastiques. Si

cela déplaît, qu'on mette à la place le mot _cumulard_, moins étrange,

mais plus général et plus vague.

(_N. du Tr._)]

[Note 252: Citation.]

15. [253]Ou bien guide tes voiles entre ces roches trompeuses, nouvelles

symplégades[254],--écueils féconds en naufrages, où Midas pourrait voir

de nouveau ses souhaits accomplis en papier réel ou en or imaginaire: ce

magique palais d'Alcine montre plus de richesses que la Bretagne n'en

eut jamais à perdre, fût-elle tout entière une mine pure d'atomes

étrangers, fussent tous ses cailloux sortis du Pactole.

[Note 253: La Bourse.]

[Note 254: Ce sont deux rochers, situés à l'embouchure du Bosphore, dans

le Pont-Euxin. Les poètes anciens en ont parlé comme de deux masses

mobiles qui s'entrechoquaient pour abîmer les navires engagés dans ce

passage.

(_N. du Tr._)]

Là s'ouvre le tripot de la fortune, tandis qu'une vaine rumeur tient

l'enjeu, et que le monde tremble de forcer les banquiers à la

banqueroute[255]. Combien la Bretagne est riche, non pas, il est vrai,

en mines, en paix, en aisance, en blé, en huile ni en vins. Ce n'est pas

une terre de Chanaan, pleine de lait et de miel, ni d'autre monnaie

courante que ses siclés de papier[256]. Mais ne refusons pas d'avouer la

vérité: jamais terre chrétienne fut-elle si riche en juifs? Le bon roi

Jean[257] ne leur laissa que les dents: mais aujourd'hui, ô rois, tous

tant que vous êtes, ce sont les juifs qui vous tirent poliment les

vôtres, ce sont eux qui régissent tous les états, tous les événemens,

tous les souverains, et qui font voyager un emprunt _de l'Indus jusqu'au

pôle_. Les trois frères[258],--le banquier, le _broker_[259],--et le

baron--se hâtent de porter secours à nos tyrans banqueroutiers,--et non

pas aux nôtres seulement; la Colombie voit aussi les heureuses

spéculations se succéder les unes aux autres, et les philanthropiques

enfans d'Israël daignent soutirer goutte à goutte leur gentil droit de

courtage aux veines épuisées de l'Espagne[260]. Sans l'aide d'Abraham,

la Russie ne peut marcher: c'est l'or, non pas l'acier, qui élève les

arcs de triomphe. Deux juifs, race choisie, peuvent trouver en tout

royaume leur _terre promise_: deux juifs humilient les Romains, et

haussent le Hun maudit, plus brutal que dans les anciens jours: deux

juifs,--vrais juifs, et non pas samaritains,--gouvernent le monde avec

tout l'esprit de leur secte. Que leur importe le bonheur de la terre? Un

congrès forme leur _nouvelle Jérusalem_, où les appellent les baronies

et les cordons.--O saint Abraham! vois-tu ce spectacle? tes sectateurs

se mêlent à ces royaux pourceaux[261], qui ne crachent pas sur leur

juive souquenille[262], mais qui les honorent comme personnages de

conséquence.--(Qu'est devenu, ô Pope, ton vigoureux jarret? ne

pourrait-il accorder à Juda la faveur de quelques coups de pied? ou bien

a-t-il donc cessé de _ruer contre l'aiguillon_[263]?) Vois dans le pays

de Shylock[264] les juifs prêts de nouveau à retrancher du cœur des

nations une livre de chair[265].

[Note 255: _And the world trembles to bid_ brokers break.

--_Broker_ indique plus particulièrement ce que nous entendons par

_agent de change_. Nous y avons substitué le mot _banquier_, pour

conserver la paronomase par dérivation.

(_N. du Tr._)]

[Note 256: _Paper shekels_.--Le sicle est une monnaie dont il est

question dans la Bible.

(_N. du Tr._)]

[Note 257: Jean-sans-Terre, sous le règne duquel les Juifs souffrirent

les plus cruelles exactions.

(N. du Tr.)]

[Note 258: Byron désigne les trois Rothschild, celui de Paris, celui de

Londres et celui de Vienne.

(_N. du Tr._)]

[Note 259: _Courtier, agent-de-change_ ne rendent qu'à peu près, et

d'une manière fausse, ce que les Anglais nomment _broker_.

(_N. du Tr._)]

[Note 260:

_And philanthropic Israel deign us to drain

Her mild_ per centage (littéralement: son _tant pour cent_)

_from exhausted Spain_.

(_N. du Tr._)]

[Note 261: _These royal_ swine.]

[Note 262: Citation: _On their jewish gabardine_.

(_N. du Tr._)]

[Note 263: Citation: _Kick against the pricks_.

(_N. du Tr._)]

[Note 264: Le Juif du _Marchand de Venise_.

(_N. du Tr._)]

[Note 265: Citation: _Pound of flesh_.

(N. du Tr.)]

16. Étrange spectacle! ce congrès fut destiné à unir ce qui ne peut être

uni, ce qui est incompatible. Je ne parle pas des souverains;--ils sont

tous semblables, monnaie commune, telle qu'elle fut toujours frappée.

Mais ceux qui régissent les marionnettes, qui en remuent les fils,

offrent plus de bigarrure que leurs lourds monarques: ce sont juifs,

auteurs, généraux, charlatans, qui s'assemblent, tandis que l'Europe

s'émerveille d'un si vaste dessein. Là, Metternich, premier parasite du

pouvoir, prodigue ses cajoleries: là, Wellington oublie de combattre;

là, Châteaubriand compose de nouveaux livres des _Martyrs_[266]; les

rusés Grecs intriguent pour les stupides Tartares; Montmorency, ennemi

juré des chartes, devient un diplomate de grand _éclat_[267] pour

fournir des articles aux _Débats_; pour lui, la guerre est chose

sûre,--et cependant pas aussi certaine que son congé signifié par le

_Moniteur_. Hélas! comment son cabinet put-il errer ainsi? la paix

vaut-elle un ministre-ultra? Il tombe, en vérité, mais peut-être pour se

relever _presque aussi vite qu'il a conquis l'Espagne_.

[Note 266: M. Châteaubriand, qui n'a pas oublié l'auteur dans le

ministre, reçut à Vérone un joli compliment d'un souverain lettré: «Ah!

monsieur C--; êtes-vous parent de ce Châteaubriand qui--qui--qui a

_écrit quelque chose_?» On dit que l'auteur d'_Atala_ se repentit pour

un instant d'être un _légitime lui-même_.]

[Note 267: En français dans le texte, pour rimer avec _Débats_, qui est

également en français.

(_N. du Tr._)]

17. Assez de cela!--un spectacle plus triste détourne et fixe les

regards de ma muse, qui s'en défend en vain. L'impériale archiduchesse,

l'impériale fiancée, l'impériale victime--sacrifiée à l'orgueil! cette

mère de l'enfant, espoir du héros, du jeune Astyanax de la moderne

Troie: cette femme, maintenant ombre pâle de la plus grande reine que la

terre ait encore à voir, ou ait jamais vue; elle s'éclipse parmi les

fantômes du moment! Objet de pitié, débris de puissance! oh! raillerie

cruelle! L'Autriche ne peut-elle donc épargner une fille? Qu'est-ce que

la veuve de la France a fait là? Sa véritable place était sur les

rivages de Sainte-Hélène; son seul trône, sur le tombeau de Napoléon.

Mais non:--elle doit encore conserver un petit royaume sous la garde

assidue de son formidable chambellan; martial argus qui, sans avoir

cinquante paires d'yeux, doit veiller sur elle au milieu de ces pompes

chétives. Elle ne partage plus l'empire qu'elle partagea en vain,

l'empire qui, surpassant celui de Charlemagne, s'étendit depuis Moscou

jusques aux mers du sud; mais elle gouverne encore le pastoral duché du

fromage[268], où Parme voit le voyageur accourir pour noter les

affiquets de cette cour de contrefaçon. Mais la voilà qui paraît, cette

femme! Elle se montre en spectacle à Vérone, mais privée de toute

splendeur: elle se montre,--tandis que les nations regardent et

demeurent en deuil,--avant même que les cendres de son époux aient eu le

tems de se glacer sous le ciel inhospitalier de l'exil: (si toutefois

ces cendres augustes peuvent jamais devenir froides;--mais non,--elles

cachent encore des feux qui s'échapperont de la terre.) La voilà qui

s'avance, la nouvelle Andromaque!--(non l'Andromaque de Racine ou

d'Homère.) Voyez, elle marche, appuyée sur le bras de Pyrrhus. Oui,

cette main, rouge encore du sang de Waterloo, cette main, qui trancha le

sceptre à demi brisé d'un premier époux, est offerte et acceptée!

L'impudeur d'une esclave serait-elle montée plus haut ou descendue plus

bas?--_Lui_, cependant, il gît dans sa tombe encore fraîche! Quant à

elle, ni ses yeux, ni ses joues ne trahissent aucune lutte intérieure,

et l'_ex_-impératrice devient aussi bien _ex_-épouse. Tant les ames

royales ont d'égard pour les nœuds humains! Pourquoi donc

respecteraient-elles les sentimens des hommes, quand les leurs ne sont

pour elles-mêmes qu'un jeu?

[Note 268: Tout le monde sait ce que c'est que le Parmesan.

(_N. du Tr._)]

18. Mais, fatigué des folies étrangères, je retourne dans ma patrie, et

j'esquisse le groupe,--le tableau encore à venir. Ma muse allait

pleurer, mais, avant de laisser couler ses larmes, elle surprit sir

William Curtis en jupon retroussé. Tandis que les chefs de tous les

clans highlandais accouraient en foule pour saluer leur frère, Vich Ian

Alderman!--tandis que l'hôtel-de-ville devient tout-à-fait gaélique, et

répète les rugissemens erses, tandis que le conseil s'écrie d'une

commune voix: «Claymore!»--à voir les tartans de la fière Calédonie

environner comme une ceinture le gros _sirloin_[269] d'une cité

celtique, ma muse éclata en rires si bruyans, que je m'éveillai, et ce

n'était plus un rêve!

Ici, lecteur, nous nous arrêterons:--s'il n'y a pas de mal dans ce

premier essai,--vous aurez peut-être un second _carmen_[270].

[Note 269: _Sirloin_, vieux mot qui signifie littéralement _seigneur

longe de veau_, et se dit des rois anglais faits chevaliers dans un

accès de bonne humeur.

(_N. du Tr._)]

[Note 270: Le mot est en latin dans le texte anglais.

(_N. du Tr._)]

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 241 / 250 题