TRADUCTION
DE LA CHANSON ROMAIQUE.
Μπενω µες᾿ τὸ περιζολι,
Ὠραιοτάτη Χαηδή, κ.τ.λ.
La chanson que je traduis est en grande faveur parmi les jeunes
Athéniennes de toutes les classes. Elles la chantent en rond, chacune
entonnant tour à tour un vers, qui est répété en chœur par la troupe
entière. J'ai souvent entendu cela dans nos «χὀροι» durant l'hiver de
1810-11. L'air est plaintif et assez joli.
1. J'entre dans ton jardin de roses, Haïdée[163], belle adorée! Tous les
matins Flore y repose: c'est bien elle que je vois en toi. Oh! vierge
aimable! je t'implore à genoux: reçois mon hommage sincère, reçois-le
d'une bouche qui ne chante que pour t'adorer, et qui tremble pourtant de
ce qu'elle a chanté. Comme la branche, au gré de la nature, donne à
l'arbre, le parfum des fleurs et la richesse des fruits, ainsi brille
dans ses yeux, dans tous ses traits, l'ame de la jeune Haïdée.
[Note 163: La vraie prononciation de ce mot (Χαηδή) c'est _Ha-i-di_.
(_N. du Tr._)]
2. Mais le plus aimable jardin devient odieux, quand l'amour en
abandonne les bosquets; donnez-moi de la ciguë,--puisque ma flamme ne
peut plaire, cette herbe a plus de parfum que les fleurs. La liqueur
exprimée de ce calice empoisonné[164] rendra la coupe bien amère: mais
quand je boirai le breuvage mortel pour échapper à ta barbarie, mon ame
y trouvera saveur douce. O cruelle, en vain je t'implore pour sauver à
mon cœur ces horribles angoisses. Rien ne te rendra donc à mon sein? Hé
bien! ouvre-moi les portes du tombeau.
[Note 164: Cela n'est pas exact, scientifiquement parlant: c'est moins
de la fleur de la ciguë que de la plante tout entière que l'on retire un
suc vénéneux.
(_N. du Tr._)]
3. Comme le guerrier qui s'avance au combat avec le sûr espoir du
triomphe, ainsi toi, sans autres dards que tes yeux, as-tu percé mon
cœur d'une blessure profonde. Ah! dis-le moi, chère ame, dois-je
succomber aux souffrances qu'un sourire dissiperait? L'espérance que
jadis tu m'ordonnas de nourrir serait-elle une trop forte récompense de
mes tourmens? Sombre aujourd'hui est le jardin de roses, belle, mais
perfide Haïdée[165]! Flore y languit flétrie, et pleure avec moi sur ton
absence.
[Note 165: _Beloved but false Haïdee_! M.A.P. traduit: «_Tendre_, mais
trompeuse Haïdée.» Contre-sens,--et même _contre bon sens_: car un amant
ne dit pas que sa maîtresse est tendre, au moment même où elle est
inexorable.
(_N. du Tr._)]