CHANSON

Ζώη µοῦ, σὰς ἀγαπῶ

Athènes, 1810.

1. Vierge d'Athènes, avant mon départ, rends-moi, oh! rends-moi mon

cœur; ou bien, puisque ce cœur a quitté mon sein, garde-le maintenant et

prends le reste! Entends mon vœu avant que je parte, ζώη µοῦ, σὰς

ἀγαπῶ.[159]

[Note 159: _Zoë mou, sas agapo_, ou Ζώη µοῦ, σὰς ἀγαπῶ, est une

expression de tendresse en langue romaïque (grec moderne). Si je la

traduis, j'offenserai mes lecteurs, en paraissant supposer qu'ils sont

incapables de le faire; mais si je ne la traduis pas, j'offense

peut-être mes lectrices. De crainte que ces dernières ne donnent quelque

mauvais sens à la phrase, je la traduirai, en demandant pardon aux

savans. Cela signifie donc: «Ma vie, je vous aime!» paroles fort douces

dans tous les idiomes, et aujourd'hui aussi souvent prononcées en Grèce

que l'étaient autrefois, au dire de Juvénal, les deux premiers mots

parmi les dames romaines, dont toutes les expressions d'amour étaient

tirées du grec.]

2. J'en jure par ces tresses flottantes que caressent les brises de la

mer Égée; par ces paupières dont les franges de jais baisent les roses

de ta joue; par ces yeux aussi vifs que les yeux du chevreuil sauvage,

ζώη µοῦ, σὰς ἀγαπῶ.

3. Par cette lèvre que je brûle de savourer; par la ceinture qui entoure

ta jolie taille; par tous ces emblêmes de fleurs[160] qui expriment ce

que les paroles ne diraient jamais si bien; par les joies et les misères

que l'amour tour à tour amène, ζώη µοῦ, σὰς ἀγαπῶ.

[Note 160: Dans l'Orient (où l'on n'apprend pas aux dames à écrire, de

peur qu'elles ne fassent des billets-doux), les fleurs, la braise, les

cailloux, etc., servent aux amans à se communiquer leurs sentimens, et

cela par l'intermède du député cosmopolite de Mercure,--c'est-à-dire

d'une vieille femme. Un morceau de braise veut dire: «Je brûle pour

toi;» un bouquet de fleurs attaché avec des cheveux: «Enlève-moi et

fuis;» mais un caillou exprime ce qu'aucun autre emblème, ne peut dire.]

4. Vierge d'Athènes! je suis parti: pense à moi, douce amie! quand tu

seras seule. Quoique je fuie à Istamboul[161], Athènes renferme mon

cœur, et mon ame. Puis-je donc cesser de t'aimer? Non! ζώη µοῦ, σὰς

ἀγαπῶ.

[Note 161: Constantinople.]

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 177 / 250 题