Newstead-Abbey, 30 octobre 1808.
La terre reçoit-elle en son sein la dépouille mortelle de quelque
orgueilleux fils des hommes, inconnu à la gloire, mais placé haut par sa
naissance? l'art du sculpteur épuise les pompes du deuil, et des urnes,
chargées d'inscriptions, disent qui gît sous cette tombe. Quand tout est
fini, on lit sur la tombe, non ce que l'homme fut, mais ce qu'il aurait
dû être. Mais le pauvre chien qui, tant qu'il vit, est le plus sûr ami
de son maître, le premier à l'accueillir, le plus prompt à le défendre,
qui lui dévoue, sans réserve, son cœur fidèle, qui travaille, combat,
vit, respire pour son maître seul,--le chien succombe sans honneurs
funéraires, frustré des éloges qu'ont mérités ses vertus, et par nous
déshérité là-haut de l'ame qu'il a eue sur la terre. Et cependant
l'homme, vain insecte, espère le pardon, et réclame pour lui seul un
ciel tout entier. O homme! faible et éphémère habitant de ce globe, être
dégradé par l'esclavage ou corrompu par le pouvoir! quiconque te connaît
bien doit te quitter avec dégoût, masse méprisable de poussière animée!
Ton amour n'est que luxure; ton amitié, imposture; tes sourires,
hypocrisie; tes paroles, mensonges! Vil par nature, tu n'es noble que de
nom: chacune de ces brutes, qui forment avec toi la grande famille des
animaux, pourrait te faire rougir de honte.--Passans qui, par hasard,
verrez cette urne modeste, poursuivez votre chemin:--ce monument
n'honore personne que vous désiriez pleurer. Ces pierres marquent la
place où gisent les restes d'un ami: je n'en connus jamais qu'un seul,
et il est ici.