VERS ADRESSÉS PAR LORD BYRON A SA FEMME,
QUELQUES MOIS AVANT LEUR SÉPARATION.
1. Il y a une mystérieuse destinée qui entrelace si tendrement avec le
fil de ma vie le fil d'une autre vue, que l'inflexible ciseau de la
Parque doit les couper _tous deux_ à la fois, ou n'en couper _aucun_.
2. Il y a une _forme_ sur laquelle mes yeux ont souvent fixé leur regard
avec une délicieuse extase: le jour, l'aspect de cette forme fait leur
joie; la nuit, les songes leur en reproduisent l'image.
3. Il y a une _voix_ dont les accens excitent dans mon sein une telle
fièvre de ravissement, que je refuserais d'entendre un chœur de
séraphins si cette voix ne devait point s'y joindre.
4. Il y a un _visage_ dont la joue en rougissant parle d'amour: mais
quand il pâlit lors d'un tendre adieu, il révèle plus de passion que les
mots n'en peuvent exprimer.
5. Il y a une _bouche_ qui a pressé la mienne, et que nulle autre
n'avait pressée auparavant: elle a juré de me combler de douces
félicités, et la mienne,--la mienne seule a juré de la presser encore
davantage.
6. Il y a un _sein_,--qui tout entier m'appartient,--où je reposai
souvent ma tête souffrante, une _lèvre_ qui ne sourit qu'à moi seul, un
_œil_ dont les larmes coulent avec les miennes.
7. Il y a deux _cœurs_ dont les battemens frappent de mesure avec un si
parfait accord; dont les pulsations se répondent si bien l'une à
l'autre, qu'ils doivent continuer ensemble leurs mouvemens,--ou cesser
tous deux de vivre.
8. Il y a deux _ames_, si semblables à deux fleuves dont les ondes
aimables et paisibles se confondent en un cours égal que, lorsqu'elles
se quitteront,--_se quitter_!--oh! non! c'est impossible:--ces _deux_
ames n'en font qu'une.