VIRG.

(_N. du Tr._)]

[Note 82: M.A.P. traduit: «Le _sol_ ne combattra pas _seul_.»

(_N. du Tr._)]

Chant Troisième.

Que vois-je sortir de l'inépuisable océan du mal? pestes, princes,

étrangers et glaives, vases de colère ne se vidant que pour se remplir

et déborder de nouveau; je ne puis dire tout ce qui s'offre en foule à

mon œil prophétique: la terre et la mer ne fourniraient pas assez

d'espace pour écrire cette histoire, et pourtant elle s'accomplira; oui,

tout a été gravé, mais non par le burin de l'homme, là où prennent

naissance les soleils et les astres les plus lointains. Déployée comme

une bannière, à la porte des cieux, flotte la sanglante page de nos

mille années de misère; et l'écho de nos gémissemens se prolonge à

travers les sons du chant des archanges. Italie, nation martyre, la

vapeur de ton sang ne montera pas en vain jusqu'au trône éternel de la

toute-puissance et de la miséricorde: comme le vent frappe les cordes de

la harpe, ainsi le bruit de tes lamentations s'élèvera sur les voix des

séraphins, et ira toucher le Très-Haut. Pour moi, le plus humble de tes

enfans, limon terrestre éveillé par l'immortalité au sentiment et à la

souffrance; oui, quelles que puissent être les railleries des superbes,

et les menaces des tyrans, quoique de plus faibles victimes puissent se

courber devant l'orage dont le souffle est si rude; c'est à toi, ma

patrie, terre jadis aimée, encore aimée aujourd'hui, c'est à toi que je

dévoue ma lyre en deuil, et le triste privilége que j'ai de lire dans

l'avenir! Si ma verve n'est pas ce que tu la vis autrefois, pardonne! Je

ne peux que prédire tes destins--puis expirer! Ne crois pas que, après

un tel spectacle, je puisse vivre encore. L'esprit me force de voir et

de parler, et m'accorde pour récompense de ne pas y survivre: mon cœur

sera brisé et se fondra en larmes sur toi. Mais avant que je déroule de

nouveau le noir tissu de tes infortunes, je veux, parmi les éclairs qui

étincellent dans tes ténèbres, saisir un rayon de douce lumière; dans ta

nuit même brillent quelques astres et plusieurs météores; sur ta tombe

se penche une statue dont la beauté défie la mort; de tes cendres

s'élèvent maints esprits puissans qui feront ta gloire; et le charme du

monde; ton sol sera toujours fertile en hommes sages, gais, savans,

généreux ou braves: tu es leur patrie naturelle, comme tes cieux le sont

de l'été. Tes fils font des conquêtes sur les rivages étrangers et sur

les mers lointaines[83]; découvrent des mondes nouveaux qui prennent

leur nom[84]; c'est pour _toi_ seule que leur bras est impuissant; et

toute ta récompense est dans leur renommée, noble il est vrai pour eux,

mais non pour toi.--Ils seront donc illustres, et toi tu resteras la

même? Oh! bien plus grande que la leur sera la gloire du grand

homme--qui peut-être est déjà né;--du sauveur mortel qui te rendra

libre, qui replacera sur ton front ce diadème tant usé et déformé par

les modernes barbares; qui verra le soleil bienfaisant éclairer tout ton

horizon, ton horizon moral, trop long-tems obscurci par les nuages et

par ces infectes vapeurs de l'Averne, faites pour n'être respirées que

par ceux qui sont avilis par la servitude et qui ont leur ame en prison.

Cependant, au milieu de cette éclipse millénaire de ta prospérité,

quelques voix se feront entendre, et la terre prêtera l'oreille; maints

poètes me suivront dans la route que j'ouvre, et la rendront plus large;

ce même ciel dont l'éclat anime le chant des oiseaux, enflammera leur

verve, et leur inspirera des accens aussi naturels et aussi beaux;

harmonieux seront leurs vers: beaucoup chanteront l'amour; quelques-uns

la liberté; mais peu prendront l'essor de l'aigle, et jetteront un

regard d'aigle sur le soleil avec l'aisance et l'intrépidité du roi des

airs: leur vol sera plus près de la terre. Combien de phrases sublimes

seront prodiguées à quelque petit prince avec une profusion adulatrice!

Le langage, éloquemment faux, trahira l'avilissement du génie, qui,

comme la beauté, oublie trop souvent le respect qu'il se doit à

lui-même, et regarde la prostitution comme un devoir. _Celui qui entre

comme hôte dans le palais d'un tyran_[85], devient aussitôt un esclave;

ses pensées sont la proie d'autrui; _et le jour qui voit le captif

attaché à la chaîne_[86], _le voit soudain moitié moins homme_;--la

castration de l'ame éteint toute son ardeur: ainsi le barde, trop voisin

du trône, perd sa verve, obligée à _plaire_.--Quelle tâche servile, que

de ne travailler qu'à plaire! Polir ses vers pour les rendre agréables

aux heures d'aise et de loisir de son souverain; ne s'étendre trop

long-tems sur rien, sauf l'éloge du prince; trouver et saisir, par force

ou ruse[87], quelque sujet heureux! Ainsi entravé, ainsi condamné aux

accens de la flatterie, le poète fatigue, tremblant toujours de faillir:

comme il craint qu'une noble pensée, par une rébellion céleste, ne

s'élève dans son cerveau coupable de haute trahison, il chante, comme

parlait l'orateur athénien, avec des cailloux dans la bouche, afin que

la vérité ne puisse bégayer dans son style. Mais dans la longue file des

faiseurs de sonnets, il y en aura qui ne chanteront pas en vain: et l'un

d'eux[88], prince de la troupe, prendra rang parmi mes pairs; l'amour

sera son tourment, mais sa douleur produira une immortalité de larmes;

l'Italie le saluera comme le chef des poètes-amans, et le chant de

liberté, qu'un plus sublime enthousiasme lui aura inspiré, lui vaudra

encore une couronne de lauriers non moins verts. Mais plus tard

naîtront, sur les bords du Pô, deux hommes encore plus grands que lui:

le monde lui avait souri; mais eux, ils seront persécutés jusqu'à ce

qu'ils ne soient plus que poussière, et qu'ils soient venus reposer avec

moi. Le premier[89] créera une époque avec sa lyre, et remplira

l'univers des exploits de la chevalerie: son imagination ressemble à

l'arc-en-ciel; le feu de son génie est immortel comme celui du ciel; sa

pensée est emportée d'un vol infatigable; le plaisir, comme le papillon

qu'un enfant vient de saisir, agitera sur le poème ses charmantes ailes;

et l'art lui-même semblera devenir nature, tant le rêve brillant du

poète aura de transparence!--Le second[90], sur un ton plus tendre et

plus triste, épanchera son ame sur Jérusalem; lui aussi, il chantera les

armes, et le sang chrétien versé aux lieux où le Christ versa le sien

pour l'homme; sa harpe sublime renouvellera le chant de Sion près des

saules du Jourdain: combats opiniâtres, triomphe complet des guerriers

braves et pieux, efforts variés de l'enfer pour détourner ces héros de

leur grand dessein, bannières à croix rouge flottant enfin où la

première croix fut rouge du sang des veines de notre _sauveur_, voilà

l'argument sacré du poète. La perte de ses années, de sa faveur, de sa

liberté, même de sa gloire qu'on lui conteste quelque tems, lorsque le

langage poli des cours glisse sur son nom oublié, et nomme sa captivité

un bienfait qui le protège contre la folie ou la honte; voilà quel sera

son salaire, à lui qui fut envoyé pour être le poète-lauréat du

Christ!--Les hommes le récompensent bien! Florence ne me condamne qu'à

la mort ou au bannissement; Ferrare le condamne à la ration et au cachot

du criminel, sort plus dur et moins mérité; car, moi, j'ai attaqué les

factions que je m'efforçai de dompter: mais cet homme doux, qui

regardera la terre et le ciel avec l'œil d'un amant, qui daignera

immortaliser de sa céleste flatterie le plus pauvre être qui ait jamais

été mis au monde pour régner,--que fera-t-il pour mériter un tel sort?

Peut-être il aimera.--Quoi donc! aimer en vain, n'est-ce pas là une

torture suffisante? Faut-il donc encore être enseveli vivant dans une

tombe? Cependant telle est la loi du destin.--Lui, et son émule le barde

de la chevalerie, consumeront tous deux de nombreuses années dans la

pénurie et dans la peine; mourant dans le désespoir, ils légueront au

monde entier, qui leur accordera à peine une larme, un héritage fait

pour enrichir tous ceux qui vivent des trésors de l'ame d'un vrai

poète,--et à leur patrie une double couronne, sans égale dans le cours

des âges: non, la Grèce même ne peut, dans les annales de ses

olympiades, montrer deux noms tels que les leurs, quoiqu'un de ses

enfans soit puissant;--et c'est là toute la destinée de tels hommes

ici-bas! Les plus belles pensées, l'esprit le plus vif, le sang

électrique qui coule dans leurs artères, leur corps devenu lui-même une

ame par le sentiment profond de ce qui est, et par la conception de ce

qui devrait être, tout cela doit-il donc conduire à une telle

récompense? Leur brillant plumage sera-t-il jeté ça et là par l'orage

cruel? Oui, et il en doit être ainsi; formés d'une trop subtile matière,

ces oiseaux du paradis ne songent qu'à retourner à leur séjour natal;

ils trouvent bientôt que les brouillards de la terre ne conviennent pas

à leurs ailes si pures: ils meurent ou se dégradent, car l'esprit

succombe à une longue infection et au désespoir; mille passions ennemies

suivent de près leurs pas, comme des vautours qui attendent le moment

d'assaillir et de déchirer leurs victimes; et, lorsqu'enfin leur aile

fatiguée les laisse choir, c'est alors le triomphe de l'oiseau de proie;

c'est alors que les ravisseurs partagent la dépouille des malheureux

écrasés au premier choc de cette horrible attaque. Toutefois, quelques

esprits ont été hors d'atteinte; ce sont ceux qui apprirent à supporter

la vie, qu'aucune puissance ne put jamais abattre, qui purent résister à

eux-mêmes, tâche pénible et désespérée par-dessus toutes! Mais enfin,

quelques esprits ont eu ce privilége; et si mon nom était inscrit parmi

eux, il serait plus fier de cette destinée austère et néanmoins sereine

que d'une gloire plus éclatante, mais si funeste. Les Alpes ont leurs

cimes de neige plus voisines du ciel, que ne l'est le cratère du

redoutable volcan, dont la splendeur émane du noir abîme; la montagne

brûlée, dont le sein bouillant vomit avec effort une flamme éphémère, ne

luit que pour une nuit de terreur, puis renvoie ses torrens de feu à

l'enfer d'où ils sortirent, à l'enfer qui siége toujours dans ses

entrailles.

[Note 83: Alexandre de Parme, Spinola, Pescaire, Eugène de Savoie,

Montecuculli.]

[Note 84: Christophe Colomb, Améric Vespuce, Sébastien Cabot.]

[Note 85: Vers d'une tragédie grecque, que Pompée prononça en prenant

congé de Cornélie, lorsqu'il entrait dans la barque où il fut tué.]

[Note 86: Le vers et la pensée se trouvent dans Homère.]

[Note 87: Il y a dans le texte un jeu de mots, une _paronomase_

intraduisible: _or force, or forge_.

(_N. du Tr._)]

[Note 88: Pétrarque.]

[Note 89: L'Arioste.

(_N. du Tr._)]

[Note 90: Le Tasse.

(_N. du Tr._)]

Chant Quatrième.

Il est plusieurs poètes qui n'ont jamais tracé sur le papier leurs

inspirations, et peut-être sont-ce les meilleurs: ils sentirent, ils

aimèrent, ils moururent; mais ne voulurent pas communiquer leurs pensées

à des êtres inférieurs. Ils renfermèrent le dieu dans leur sein, et

rejoignirent l'empyrée sans avoir ceint leur front du terrestre laurier;

mais cent fois plus heureux que ceux qui, dégradés par le trouble des

passions et par les faiblesses attachées à la gloire, ne conquièrent une

haute renommée qu'au prix de mille cicatrices. Il est plusieurs poètes

qui n'en portent pas le nom; mais, où réside la poésie, sinon dans ce

génie créateur qui sent le bien et le mal plus vivement que le vulgaire;

qui tend à vivre par delà sa mort; qui, nouveau Prométhée d'une race

nouvelle, apporte le feu du ciel, et voit trop tard qu'un horrible

supplice est le salaire des plaisirs donnés aux hommes? Les vautours

dévorent les entrailles de celui qui a vainement rendu à la terre un

sublime bienfait, et qui gît enchaîné sur un roc solitaire sans cesse

battu par les flots. Ainsi soit le destin: nous saurons le

souffrir.--Donc, tous ceux dont l'intelligence est un pouvoir dominateur

qui se dégage des entraves de l'argile corporelle ou la transforme

presque en esprit, ceux-là, quelle que soit la forme que revêtent leurs

créations, sont tous de véritables bardes. Le buste de marbre que le

ciseau anima peut, sur son front éloquent, dévoiler autant de poésie que

toutes les pages d'Homère. Un noble coup de pinceau peut douer de la

vie, ou déifier cette toile qui brille d'une beauté tellement surhumaine

que ceux qui fléchissent le genou devant une idole si divine ne violent

pas le sacré commandement; car le ciel même est là transporté,

transfiguré. Les accens de poésie qui ne peuplent que l'air de notre

pensée et des êtres réfléchis par elle, ne peuvent rien faire de plus.

Laissons donc l'artiste partager la palme, il partage le péril, et,

consterné, se meurt sur son travail dédaigné.--Hélas! le désespoir et le

génie sont trop souvent liés ensemble. Durant les âges qui passent

devant moi, l'art ressaisira son sceptre, tout aussi glorieux que le lui

firent Apelle et le vieux Phidias dans les jours immortels de la Grèce.

Vous serez instruits par les ruines à ressusciter du moins les formes

grecques du sein de leur décadence; enfin, les ames des Romains

revivront dans des statues romaines taillées par les mains italiennes.

Des temples, plus élevés que les temples antiques, donneront de

nouvelles merveilles au monde, et tandis que l'austère Panthéon est

encore debout, un dôme[91], son image, s'élancera jusqu'aux cieux[92];

dôme dont la base est une église immense qui surpasse tout ce qui fut

auparavant, et où les vivans viendront en foule s'agenouiller. Jamais

pareil spectacle ne fut offert par un portique tel que celui-ci, où

toutes les nations viennent déposer et racheter leurs péchés comme à la

vaste entrée du ciel; et cet architecte hardi à qui sera confié le soin

téméraire d'élever ce monument, cet homme, que tous les arts

reconnaîtront comme leur maître, soit que du chaos de marbre où il

plongera son ciseau, renaisse cet Hébreu[93] dont la voix entraîne

Israël hors d'Égypte, et tient suspendus les flots de pierre, soit que

son pinceau étende sur les damnés les couleurs de l'enfer devant le

trône du suprême juge[94], et qu'il rende ce spectacle tel que je l'ai

vu, tel que tous le verront, soit enfin qu'il bâtisse des temples de

grandeur jusqu'alors inconnue, eh bien, cet homme aura pris de moi le

germe de ses grandes pensées, oui, de moi, le Gibelin[95], qui ai

traversé les trois royaumes de l'empire de l'éternité. Au milieu du

cliquetis des épées et du choc retentissant des heaumes, l'âge que je

prévois n'en sera pas moins l'âge des beaux arts; et, tandis que les

nations gémissent sous le faix du malheur, le génie de ma patrie

s'élèvera, tel qu'un cèdre sublime, au sein du désert, charme les yeux

par l'aspect de ses rameaux, et, reconnu de loin, répand dans les airs

son parfum non moins suave que son apparence est belle. Les souverains

s'arrêteront au milieu de leurs joutes guerrières, se sévreront de sang

une heure ou deux, pour tourner et fixer leur regard sur la toile ou sur

la pierre; et ceux qui gâtent tout ce que la terre a de beau, forcés à

l'éloge, sentiront le pouvoir de ce qu'ils détruisent. L'art, abusé dans

sa reconnaissance, élèvera des emblèmes et des monumens en l'honneur des

tyrans qui ne font de lui qu'un hochet, et prostituera ses charmes aux

pontifes orgueilleux[96] qui n'emploient l'homme de génie que comme la

plus vile brute condamnée à porter les fardeaux, et à servir nos

besoins: vendre ses travaux, c'est vendre aussi son ame. Celui qui

travaille pour les nations sera pauvre, peut-être, mais libre; celui qui

fatigue pour les monarques n'est rien de plus que le laquais doré qui,

habillé et nourri aux frais de son maître, garde, à sa porte, une

posture humble et servile. Oh! puissance suprême qui règles toute chose

et inspires tout esprit! comment se fait-il que ceux dont le pouvoir sur

la terre se manifeste de la manière la plus semblable au tien dans le

ciel, soient eux-mêmes si loin de tes divers attributs, foulent aux

pieds les têtes humiliées devant eux, et nous assurent ensuite que leurs

droits sont les tiens? Comment se fait-il que les enfans de la renommée,

ceux à qui l'inspiration semble luire d'en haut, ceux dont les peuples

répètent le nom, doivent passer leurs jours dans la pénurie ou dans la

peine, ou bien marcher à la grandeur par les chemins de la honte, porter

un stigmate plus profond, une chaîne plus fastueuse; ou bien, si leur

destinée les a fait naître loin de la classe pauvre, ou, en les y

laissant, leur a fait éprouver de vaines tentations, soutenir au fond de

leurs ames une plus rude épreuve, le combat intérieur de passions

profondes et intraitables? O Florence, quand ta sentence cruelle rasa ma

maison, je t'aimais! cependant la vengeresse colère de mes vers, et la

haine de tes injustices, grossie, d'année en année, par de nouvelles

malédictions, survivront à tout ce qui t'est le plus cher, à ton

orgueil, à tes richesses, à ta liberté, et même, au plus infernal de

tous les maux d'ici-bas, au despotisme des petits tyrans de l'état; car

le despotisme n'est pas exclusif aux rois: les démagogues ne le cèdent à

ceux-ci qu'en date; ils disparaissent plus tôt; d'ailleurs, dans tout ce

qui force les hommes à se haïr eux-mêmes ou les uns les autres, en

discorde, en couardise, en cruauté, dans toutes les horreurs nées de

l'incestueux commerce de la mort et du péché[97], dans l'art de

l'oppression sous sa plus rude forme, un chef de faction n'est que le

frère du sultan, et le singe, cent fois moins humain, du pire des

despotes. Florence! long-tems mon esprit solitaire a vainement soupiré,

comme le captif qui travaille à son évasion, pour te revoir en dépit de

tes outrages; je restai dans l'exil, la plus triste de toutes les

prisons; errer dans le monde entier comme dans un donjon sans issue! les

mers, les montagnes, ou plutôt, l'horizon pour barrière qui ferme à

l'homme le seul petit coin de terre dans lequel--quel que fût son

destin--il serait encore l'enfant de son pays, et pourrait mourir où il

naquit!--Florence, quand mon esprit solitaire retournera dans le monde

des esprits, tu sentiras alors ce que je valais, tu chercheras à

honorer, avec une urne vide, les cendres que tu n'obtiendras

jamais!--Hélas! «Que t'ai-je fait; mon peuple[98]?» Tous tes châtimens

sont sévères; mais ceci passe les limites communes de la malice humaine;

car tout ce qu'un citoyen peut être, je le fus: élevé par ta volonté,

tout à toi dans la paix comme dans la guerre, et c'est pour cela que tu

as dirigé tes armes contre moi.--C'en est fait, je ne puis franchir

l'éternelle barrière élevée entre nous; je mourrai seul, regardant, avec

l'œil sombre d'un prophète, ces jours de malheur révélés aux ames

privilégiées, et prédisant ces jours à des hommes qui n'entendront pas

plus que dans les anciens âges, jusqu'à ce que l'heure soit venue où la

vérité frappera leurs yeux couverts de larmes, et forcera leur bouche à

reconnaître le prophète dans sa tombe.

[Note 91: La coupole de Saint-Pierre.]

[Note 92: M.A.P. traduit: «Posé sur l'austère Panthéon, un dôme, son

image, s'élancera jusqu'au ciel.» C'est un contre-sens qui prête à Byron

une lourde erreur, celle de croire que l'église Saint-Pierre ait été

bâtie sur les restes du Panthéon.

(_N. du Tr._)]

[Note 93: La statue de Moïse sur le monument de Jules II.

SONNETTO

_di Giovanni Battista Zappi_.

_Chi è costui, che in dura pietra scolto,

Siede gigante; e le più illustre, e conte

Prove dell' arte avvanza, e ha vive, e pronte

Le labbia sì, che le parole ascolto?

Quest' è Mosè; ben me'l diceva il folto

Onor del mento, e' l doppio raggio in fronte,

Quest' è Mosè, quando scendea del monte,

E gran parte del Nume avea nel volto.

Tal era allor, che le sonanti, e vaste

Acque ei sospese a sè d'intorno, e tale

Quando il mar chiuse, e ne fè tomba altrui.

E voi, sue turbe, un rio vitello alzate?

Alzata aveste imago a questa eguale!

Ch' era men fallo l' adorar costui_.]

[Note 94: Le tableau du Jugement dernier, dans la chapelle Sixtine.]

[Note 95: J'ai lu quelque part (si je ne me trompe, car je ne puis me

rappeler où) que le Dante était l'auteur favori de Michel-Ange, à tel

point que celui-ci avait dessiné tous les sujets de la _Divine Comédie_;

mais que le volume contenant ces études se perdit dans la mer.]

[Note 96: On sait comment Michel-Ange fut traité par Jules II, et

combien il fut négligé par Léon X.]

[Note 97: Voir Milton, _Paradis perdu_, ch. II. Le péché, démon féminin,

sorti de la tête de Satan, comme Minerve de celle de Jupiter, fut

soudain aimé par Satan lui-même et en eut un fils, la Mort, qui,

aussitôt après sa naissance, viola sa mère.

(_Note de Lord Byron_.)

Les Anglais donnent à la mort (_death_) le sexe masculin, et au péché

(_sin_) le sexe féminin.

(_N. du Tr._)]

[Note 98: «_E scrisse più volte non solamente a particulari cittadin del

reggimento, ma ancora al popolo, e intra l' altre un epistola assai

lunga che conuncia_:--«_Popule mi, quid feci tibi_?»

(_Vita di Dante, scritta da Lionardo Aretino_.)]

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 68 / 250 题