Septembre 2, 1807.
Asile de ma jeunesse! toi dont les vieux arbres soupirent agités par la
brise qui rafraîchit ton ciel serein, tu me vois rêver solitaire, moi
qui souvent ai foulé ton doux et verdoyant gazon avec ceux que j'aimais,
avec ceux qui, dispersés au loin, déplorent peut-être comme moi les
heureuses scènes de leurs jours passés. En suivant de nouveau les
contours de la colline, mes yeux t'admirent, mon cœur t'adore encore,
toi, vieil ormeau, dont l'ombrage m'abrita tant de fois pendant ces
rêveries qui emportaient rapidement les heures du crépuscule. Je viens
encore reposer mes membres au même lieu; mais, hélas! mes pensées ne
sont plus les mêmes. Oh! comme tes branches, gémissant sous l'effort du
vent, invitent mon cœur à rappeler le passé, et semblent dire dans leur
aimable murmure: «Jouis, quand tu le peux encore, d'un long et dernier
adieu.»
Quand le sort, enfin, glacera ce sein brûlant de fièvre, et en calmera
pour jamais les soucis et les passions... Souvent j'ai pensé qu'il
serait doux à ma dernière heure (si quelque chose peut être doux à
l'instant où la vie résigne sa puissance) de savoir qu'une humble tombe,
une cellule étroite, renfermerait mon cœur là où il aima demeurer. Oui,
je le crois, il y aurait un charme à mourir dans ce rêve: ici battit mon
cœur; ici puisse-t-il reposer! Puissé-je dormir où naquirent toutes mes
espérances! dans ce lieu, théâtre de mon jeune âge, et asile de mon
éternel sommeil; puissé-je rester à jamais étendu sous ce dais de
feuillage, caché par le gazon sur lequel joua mon enfance, couvert par
le sol qui revêt un lieu bien aimé, confondu avec la terre que foulèrent
mes pas; béni par les voix qui charmèrent ma jeune oreille, pleuré du
petit nombre d'amis que mon ame reconnaissait ici, regretté par ceux qui
furent mes compagnons à l'aurore de mes jours, et oublié de tout le
reste du monde.
LA MORT DE CALMAR
ET D'ORLA,