Les Français de Genève, dont le chiffre, à l'heure actuelle, dépasse
35.000 et qui forment la plus nombreuse de nos colonies à l'étranger, se
sont émus de la triste situation de nos nationaux, vieillards et
incurables, fixés dans le canton, et ils ont eu, il y a deux ans, la
pensée de créer un asile destiné à recueillir ces pauvres gens.
Un bazar de charité fut organisé, en 1903, pour constituer un premier
capital. Grâce au concours de toutes les bonnes volontés, grâce à
l'empressement du public genevois, grâce à la présence de la musique de
la garde républicaine, venue rehausser l'éclat des fêtes, celles-ci
réussirent brillamment et l'on put réaliser, avec les dons de généreux
souscripteurs, une somme de 216.000 francs. Le gouvernement de la
République, de son côté, tint à manifester sa sympathie envers cette
oeuvre à la fois patriotique et humanitaire, et la commission du pari
mutuel, dans sa séance de janvier dernier, accorda une allocation de
100.000 francs.
Le capital ainsi réuni permit de faire l'acquisition du château de la
Fouillasse, situé aux portes de Genève et particulièrement propre à être
converti en hospice. Autour de l'immeuble s'étend un parc très vaste.
[Illustration: Le château de la Feuillasse, près de Genève, converti en
asile pour les Français indigents en Suisse.]
L'asile, qui sera prochainement ouvert, pourra abriter, au début, 18 à
20 vieillards; mais on espère que les souscriptions et les dons
permettront d'augmenter rapidement ce nombre. Un généreux compatriote,
dont l'esprit de bienfaisance s'exerce de la façon la plus libérale,
vient d'accorder une nouvelle somme de 30.000 francs pour solder les
travaux d'aménagement et de réparations. C'est là un bel exemple à
imiter, étant donné qu'il y a déjà actuellement plus de 200 demandes
inscrites et que la colonie formée principalement de modestes
travailleurs venus des départements limitrophes, est, dans son
ensemble, très peu fortunée.