On se rappelle dans quelles circonstances le gouvernement décida
d'envoyer M. de Brazza en mission au Congo. Des faits d'une nature
révoltante, abus de pouvoir, sévices, meurtres accompagnés de tortures,
dont de nombreux indigènes auraient été les victimes, avaient provoqué
des poursuites judiciaires contre certains fonctionnaires coloniaux. Il
semble bien, toutefois, que les faits signalés aient été quelque peu
dénaturés, exagérés tout au moins, et l'instruction ouverte à leur sujet
a permis de les réduire à des proportions plus exactes. Quoi qu'il en
soit, le gouvernement français a sagement fait d'envoyer procéder à une
enquête sur place. Depuis de longues années déjà, notre colonie s'anémie
dans un marasme anarchique qui menace de lui être funeste. M. de Brazza,
l'éminent explorateur qui donna ces vastes territoires à la France,
trouvera certainement les remèdes indispensables pour les lui conserver.
[Illustration: M. Clémentel, min. des Colonies.
M. Guillain ancien ministre.
M. Bea, chef de cabinet.
Dybowski, dir. du Jardin colonial.
M. Harpet, dép. du Sénégal.
M. Cireron, sén. de la Guadeloupe.
M. Godin, sén. de l'Inde.
M. Clémentel et les représentants des colonies dans le jardin de
l'Exposition coloniale de Nogent-sur-Marne.]
Partout sur le passage de la mission, à Libreville, le long de l'Ogôoué,
à N'Djolé, à Brazzaville enfin, les chefs indigènes sont venus au-devant
de M. de Brazza et lui ont prodigué toutes les marques de la vénération
et de la confiance.
Notre photographie représente une palabre de chefs bétékés et bellalis,
présidée par le chef de la mission, assisté de Mme de Brazza. Une
palabre, c'est une discussion, une contestation sur un droit. M. et Mme
de Brazza sont assis au seuil de l'hôtel de M. Gentil, notre commissaire
général au Congo. Devant eux, les chefs noirs, assis sur le sol en
demi-cercle, discutent l'impôt--_l'amende_, comme ils disent--auquel ils
sont astreints. Ils demandent des facilités de payement et M. de Brazza
vient de leur causer une grande satisfaction en les autorisant à
s'acquitter désormais, à leur gré, soit en espèces, soit en nature,
c'est-à-dire en boules de caoutchouc.