LES ACCENTS DE LA LANGVE FRANCOYSE.

[En marge: L'usage des accents est double.]

Les gens doctes ont de coustume de faire seruir les accents en deux

sortes. L'une est en pronunciation, & expression de uoix: expression

dicte quantité de uoyelle. Laultre en imposition de marcque sur quelcque

diction.

Du premier usage nous ne parlerons icy aulcunement: car il n'en est

poinct de besoing. Et d'aduantage il a moins de lieu en la langue

Francoyse, qu'en toutes aultres: ueu que ses mesures sont fondées sur

syllabes, & non sur uoyelles: ce qui est tout au rebours en la langue

Grecque, & Latine.

Quant à l'imposition de marcque (qui est le second membre de l'accent)

i'en diray en ce traicté, ce qu'il en fault dire briefuement, &

[En marge: L'ostentation d'aulcuns sottelets.]

prifuément, sans aulcune ostentation de scauoir, & sans fricassée de

Grec, & Latin. I'appelle fricassée, une mixtion superflue de ces deux

langues, qui se faict par sottelets glorieux: & non par gens resolus, &

pleins de bon iugement. Venons à la matiere.

[En marge: Les letres, qui recoipuent principalement

accent en la langue Francoyse.]

En la langue Francoyse sur toutes letres il y en a deux, qui recoipuent

plus accent, que les aultres. C'est asscauoir, a, & e. De ces deux nous

parlerons par ordre.

[En marge: a

En Francoys est usurpé diuersement.]

La letre dicte, a, se trouue en trois sortes communement en nostre

langue Francoyse. Aulcunesfoys elle est ung article du datif: car le

datif Latin est exposé en Francoys par ledict article. Exemple. Dedi

Petro, quod ad me scripseras. I'ay baillé à Pierre ce, que tu m'auois

escript.

Aulcunesfoys est proposition seruant à l'accusatif cas: & uault aultant,

comme, ad, en Latin. Exemple. Rex ad Imperatorem scripsit, tutam ei uiam

in Flandriam per Galliam patêre. Le Roy a escript à l'Empereur, que le

passage luy estoit seur par France, pour aller en Flandre.

Aulcunesfoys aussi ceste particule, a, signifie aultant en Francoys,

que, habet, en Latin. Exemple. Habet omnia quæ in oratore perfecto esse

possunt. Il a toutes choses, qui peuuent estre en ung orateur parfaict.

Aultre exemple. Occîdit illum nefarié. Il l'a tué meschamment. Telle est

la langue Francoyse en aulcunes locutions: ou pour ung mot Latin il y en

a deux Francoys: comme, Respondit: Il a respondu. Cantauit: Il a chanté.

Scripsit: Il a escript. Fuit: il a esté. En ces locutions ce mot, a, est

prins diuersement. Car il est de signification possessiue, actiue, ou

temporelle. Exemple de la possessiue. Multas diuitias habet: Il a

plusieurs richesses. Exemple de l'actiue. Cantauit: Il a chanté. Exemple

de la temporelle. Fuit: Il a esté. Quant à la duplication de mots pour

ung seul Latin, cela se faict seulement en la signification actiue, &

temporelle de ceste diction, a. Exemple. Cantarunt: Ilz ont chanté.

Fuerunt: Ilz ont esté. Et par cela tu peulx congnoistre, que la langue

Latine comprent plus, que la Francoyse: ce qu'il n'aduient pas en toutes

choses.

[En marge: a

Quand il est uerbe.]

Note doncques, que, quand, a, est article, ou preposition, il le fault

signer d'ung accent graue, en ceste sorte, à. Et ainsi signent les

Latins leurs prepositions: c'est asscauoir, à, & è. Mais quand, a,

represente ce uerbe Latin, habet, il n'a poinct d'accent. Lors aulcuns

l'escripuent auec une aspiration, ha: ce qui me semble superflu:

toutesfois ie remects cela à la fantasie d'un chascun. Note aussi, que,

quand il est de signification actiue, ou temporelle (comme i'ay

demonstré) il ne recoipt poinct d'accent.

[En marge: e

En Francoys est de double prolation.]

La letre appellée, e, a double son, & prolation en Francoys. La premiere

est dicte masculine: & l'aultre feminine. La masculine est nommée ainsi,

pource que, é, masculin a le son plus uirile, plus robuste, & plus fort

[En marge: é

Masculin.]

sonnant. D'aduantage, il porte sur soy une uirgule ung peu inclinée à

main dextre, comme est l'accent appellé des Latins aigu, ainsi, é.

Exemple: Il est homme de grand' bonté, priuaulté, & familiarité: plus,

il dict tousiours uerité. Aultre exemple. Apres qu'il eut bien mangé,

bancqueté, & chanté, il uoulut estre emporté de la: & puis fut chouché

en ung bon lict: mais le lendemain matin apres estre desyuré, il se

trouua bien estonné, & fut frotté, & gallé de mesmes par ung tas de

rustres, qui ne l'aymoient guieres. Voila deux exemples de la

termination masculine.

[En marge: é

Masculin iamais ne uient en collision.]

Maintenant il te fault noter diligem^ment deux choses. C'est que ceste

letre, é, estant masculine iamais ne uient en collision: c'est a dire,

qu'estant deuant ung mot commencant par uoyelle, elle ne se perd poinct.

Exemple. Il a esté homme de bien toute sa uie: & n'a merité ung tel

oultrage.

En apres il fault entendre, que ceste letre, é, est aussi bien masculine

au plurier nombre, qu'au singulier. Et ce tant en noms, qu'en uerbes.

Exemple des noms. Les iniquités, & meschancetés, desquelles il estoit

rempli, l'ont conduict à ce malheur. Aultre exemple. Toutes uoluptés

contraires à uertu ne sont louables.

[En marge: L'orthographe de, é, masculin au plurier

nombre.]

Ie te ueulx aduertir en cest endroict d'une mienne opinion. Qui est, que

le, é, masculin en noms de plurier nombre ne doibt recepuoir ung, z,

mais une, s, & doibt estre marcqué de son accent, tout ainsi qu'au

singulier nombre.

Tu escriras doncq uoluptés, dignités, iniquités, uerités: & non pas

uoluptéz, dignitéz, iniquitéz, ueritéz. Ou sans é marcqué auec son

accent aigu tu n'escriras uoluptez, dignitez, iniquitez, ueritez. Car,

[En marge: z

Est le signe de, é, masculin au plurier nombre des uerbes.]

z, est le signe de, é, masculin au plurier nombre des uerbes de seconde

personne: & ce sans aulcun accent marcqué dessus. Exemple. Si uous aymez

uertu, iamais uous ne uous addonnerez à uice, & uous esbatterez

tousiours à quelcque exercice honneste. Aultre exemple. Si uous estiez

telz, que uous dictes, uous ne deschasseriez ainsi les uertueux. Sur ce

propos ie scay bien, que plusieurs non bien congnoissants la uirilité du

son de le, é, masculin trouueront estrange, que ie repudie le, z, en ces

mots uoluptés, dignités, & aultres semblables. Mais s'ilz le trouuent

estrange, il leur procedera d'ignorance, & mauluaise coustume d'escrire:

laquelle il conuient reformer peu à peu.

[En marge: é Masculin ne se mect seulement en fin de

diction.]

Oultre ce, qui est dict, saiche, que, é, de pronunciation masculine ne

se mect seulement en fin de diction, mais aussi deuant la fin. Exemple.

Iournée, renommée, meslée, assemblée, diffamée, affolée: & aultres mots,

qui se forment du masculin en feminin: comme est de despité, despitée:

de courroucé, courroucée: de suborné, subornée: & semblables dictions

tant au singulier nombre, qu'au plurier. Exemple. du plurier. Contrées,

iournées, assemblées, menées.

[En marge: e Feminin.]

L'aultre pronunciation de ceste lettre, e, est feminine: c'est adire de

peu de son, & sans uehemence. Estant feminine elle ne repcoit aulcun

accent. Exemple. Elle est notable femme, de bonne uie, de bonne

rencontre, & aultant prudente, & sage, que femme, qui se trouue en ceste

contrée.

Note aussi, que quand ceste lettre, e, est feminine, elle est de si peu

de force, que tousiours elle est mangée, s'il s'ensuict apres elle ung

[En marge: L'origine de synalelphe, & apostrophe en la

langue Francoyse.]

mot commencant par uoyelle. De la ont leur origine les figures

appellées Sinalelphe, & Apostrophe. Entre lesquelles figures il y a

aulcune difference, comme nous demonstrerons maintenant.

[En marge: Synalelphe.]

La figure, que nous appellons synalelphe, ou collision, oste & mange la

uoyelle en proferant seulement, & non en escripuant: car ladicte uoyelle

se doibt escrire. Exemple en prose. I'ay esperance en luy, & me fie en

la grande amour, & largesse extreme, de laquelle il use enuers touts

gens scauants. En ceste exemple, la derniere lettre d'esperance, fie,

grande, largesse, laquelle, use, se perd en proferant, a cause des

aultres mots ensuiuants, qui commencent pareillement par uoyelle. Mais

non obstant la collision, il fault escrire tout au long tant en prose,

qu'en uers. Exemple en rhythme:

Tu es tant belle, & de grace tant bonne,

Qu'a te seruir tout gentil cueur s'addonne.

Necessairement en ce mot, belle, le dernier, e, est mangé: ou aultrement

le uers seroit trop long. Et les Factistes, qui composent rhythmes en

[En marge: Couppe feminine.]

langage uulgaire, appellent cela couppe feminine: c'est adire abolition

de le, e, feminin, qui rencontre une aultre uoyelle, par laquelle il est

aboli apres la quatriesme syllabe du uers. De cecy ie parleray plus

amplement en l'art poëtique.

Ce dict, e, feminin est aulcunesfoys aultrement mangé par apostrophe.

[En marge: '

Apostrophe.]

Or l'apostrophe oste du tout la uoyelle finale de ce, qui precede la

uoyelle du mot ensuiuant: & faict, qu'elle ne s'escript, ne profere

aulcunement: & suffist, que seulement on la marcque au dessus par son

petit poinct. Deuant que de t'en bailler exemple, ie t'aduertis,

[En marge: Apostrophe eschet sur monosyllabes.]

qu'apostrophe eschet principalement sur ces monosyllabes, ce, se, si,

te, me, que, ne, ie, re, le, la, de. Et combien que les Francoys n'ayent

de coustume de signer ledict apostrophe, si en usent ilz naturellement:

principalement aux monosyllabes dessusdicts, quand le mot ensuiuant se

commence semblablement par uoyelle.

[En marge: h

N'empesche poinct l'apostrophe en quelcques dictions.]

Et si d'aduanture il se commence par, h, cela n'empesche poinct

quelcquefoys l'apostrophe: car nous disons, & escripuons sans uice,

l'honneur, l'homme, l'humilité: & non le honneur, le homme, la humilité.

Au contraire nous disons sans apostrophe le haren, la harendiere, la

haulteur, le houzeau, la housse, la hacquebute, le hacquebutier, la

hacquenée, le hazard, le hallecret, la hallebarde. Et si ces mots se

proferent sans grande aspiration, la faulte est enorme. De laquelle

[En marge: h

Mal pronuncée par aulcunes prouinces.]

faulte sont pleins les Auuergnats, les Prouuencaulx, les Gascons, &

toutes les prouinces de la langue d'oc. Car pour le haren il disent

l'aren: pour la harendiere, l'arendiere: pour la haulteur, l'aulteur:

pour le houzeau, l'ouzeau: pour la housse, l'ousse: pour la honte,

l'onte: pour la hacquebute, l'acquebute: pour la hacquenée, l'acquenée:

pour le hazard, l'azard: pour le hallecret, l'allecret: pour la

hallebarde, l'allebarde. Et non seulement (qui pis est) font ceste

faulte au singulier nombre de telles dictions, mais aussi au plurier.

Car pour des harens, il disent des arens: pour les hacquenées, les

acquenées, pour mes houzeaux, mes ouzeaux: pour il me fault, ou ie me

uois houzer, il me fault ouser. Or ie laisse le uice de ces nations, &

reuiens a ma matiere.

[En marge: ce

Auec apostrophe.]

Exemple de, ce. C'est grand' follie, de prendre pied à ses paroles. Sans

apostrophe il fauldroit dire: Ce est grand' follie. Entends toutesfois,

[En marge: cest

Sans apostrophe.]

que souuent ce mot, cest, n'a point d'apostrophe: comme quand nous

parlons ainsi. Cest oeuure est digne de louange. Cest homme n'est pas en

son bon sens. Cest Allemant est trop glorieux.

[En marge: se

Auec apostrophe.]

Exemple de, se. S'aduanturant de passer la riuiere à pied, il s'est

noyé. Pour, se aduenturant: & pour, il se est noyé. Note icy, que non

seulement ceste diction, se, repcoit apostrophe, mais aussi ces mots la

[En marge: son, mon, ton

Recoipuent apostrophe.]

recoipuent: c'est asscauoir, son, mon, ton. Et par cela nous disons

m'amye, pour mon amye: & m'amour, pour mon amour: & t'amour, pour ton

amour: & s'amour, pour son amour. Et usons de tel parler tant en prose,

qu'en rhythme: mais plus souuent en rhythme. Et aussi m'amye, & m'amour,

sont dictions plus usitées, que les deux aultres.

[En marge: si

Auec apostrophe.]

Exemple de, si. S'il estoit possible, ie uouldrois bien faire cela.

Pour, si il estoit possible. Toutesfoys tu ne uoirras guieres, qu'il

[En marge: Exception de cela.]

recoipue apostrophe auec aultre mot, que ce mot, il. Exemple de toutes

aultres uoyelles. De la uoyelle, a. Si audace estoit prisée, chascun

seroit audacieux. De la uoyelle, e. Si eloquence est en luy grande, ce

n'est de merueille: car il a ung esprit merueilleux: & puis il estudie

continuellement en Ciceron. De la uoyelle, i. Si ignorance uient a

regner, tout est perdu. De la uoyelle, o. Si orgueil est en ung homme,

ie ne le puis frequenter. De la uoyelle, u. Si ung homme diligent peult

paruenir à richesses, i'espere quelcque iour estre riche. En touts ces

exemples ie confesse, que l'apostrophe y peult escheoir: mais auec

apostrophe le parler sera plus rude, que sans apostrophe. Ce que peult

facilement iuger ung homme d'oreilles delicates. I'excepte tousiours les

licences poëtiques, & les laisse en leur entier. Car ung poëte pourra

dire (à cause de sa rhythme) s'audace, s'eloquence, s'ignorance,

s'orgueil, s'ung homme.

[En marge: si

Pour tant.]

D'aduantage il te conuient scauoir, que ceste particule, si, est

aulcunesfoys conditionnale, ou demonstratiue. Et lors elle peult

recepuoir apostrophe, comme tu as ueu aux exemples precedents.

Aulcunesfoys elle se mect pour tant, ou tant fort. Et lors elle ne

recoipt aulcune apostrophe. Exemple. Il est si ambitieux, si enuieux, si

iniurieux, si oultrageux, que personne ne le peult comporter. Aultre

exemple. Ce lieu est si umbrageux, que le fruict n'y peult meurir. C'est

adire, tant ambitieux, tant enuieux, tant iniurieux, tant oultrageux,

tant umbrageux. Allors garde toy de l'apostropher: car il n'y auroit

rien si aspre en prolation, que de dire s'ambitieux, s'enuieux,

s'iniurieux, s'oultrageux, s'umbrageux.

[En marge: ni

Ne recoipt pas souuent apostrophe.]

Tel est l'usage de ceste particule, ni. Car elle ne recoipt pas

bonnement apostrophe, si elle se rencontre deuant ung mot commencant par

uoyelle. Exemple. Ie ne ueis iamais ni Amboise, ni Enuers, ni Italie, ni

Orleans, ni umbrage en ce champ. En toutes ces locutions l'apostrophe

seroit indecente, & lourde.

[En marge: te

Auec apostrophe.]

Exemple de, te. Ie serois marry de t'auoir offensé. Il t'eust bien

recompensé, si tu eusses faict cela. Il t'interrogue. Il t'oultrage. Il

t'use ta robbe. Pour de te auoir: il te eust: il te interrogue: il te

oultrage: il te use.

[En marge: me

Auec apostrophe.]

Exemple de, me. Il m'assault. Il m'entend bien. Il m'irrite. Il

m'oultrage. Il m'use touts mes habillements. Pour, il me assault: il me

entend bien: il me irrite: il me oultrage: il me use.

[En marge: que

Auec apostrophe.]

Exemple de, que. C'est bonne chose, qu'argent en necessité. Qu'est ce

que richesse, sans santé? Il fault qu'il s'y trouue. Ô qu'orgueil est

desplaisant à Dieu! Il n'est scauoir, qu'usage ne surmonte. Pour, que

argent: que est ce: que il se y trouue: que orgueil: que usage.

[En marge: ne

Auec apostrophe.]

Exemple de, ne. Ie n'ay que ce uice. Il n'est rien si sot. Il n'ignore

cela. Cela n'orne poinct le parler. Ie n'use iamais de parfums. Pour, ie

ne ay: il ne est: il ne ignore: cela ne orne: ie ne use.

[En marge: ie

Auec apostrophe.]

Exemple de, ie. I'ay tousiours peur des calumniateurs. I'entends bien,

que tu demandes. I'interpreteray ce liure de Ciceron. Ie te donneray à

entendre, comme i'ouys cela de luy. I'use souuent de telles figures.

Pour, ie ay: ie entends bien: ie interpreteray: ie ouys: ie use.

[En marge: re

Auec apostrophe.]

Exemple de, re. Il fault r'assembler ces pieces. Ie te r'enuoye ton

seruiteur. Il seroit bon de r'imprimer ses Oeuures. Il fault r'ouurir ce

coffre. Il seroit bon de r'umbrager ce ply. Pour, re assembler: re

enuoye: re imprimer: re ouurir: re umbrager. Et note que, re, signifie

de rechef.

[En marge: le

Auec apostrophe.]

Exemple de, le. L'auoir n'est rien en ung homme, s'il n'a uertu.

L'entendement trop soubdain ne faict pas grand fruict. L'interpreteur de

cecy ment. L'orgueil de luy me desplaist. L'usage de tel art est faulx.

Pour, le auoir: le entendement: le interpreteur: le orgueil: le usage.

[En marge: la

Auec apostrophe.]

Exemple de, la. L'amour est bonne, quand elle est fondée en uertu.

L'enfance de luy a esté terrible. L'interpretation de ce lieu est

difficile. L'oultrecuidance est grande. L'usance est telle. Pour, la

amour: la enfance: la interpretation: la oultrecuidance: la usance.

[En marge: de

Auec apostrophe.]

Exemple de ce mot, de. C'est grand' charge d'auoir tant d'enfants. Par

faulte d'entendre le Grec, il a failli. Cela part d'inuention bien

subtile. Ceste responce est pleine d'orgueil, & oultrage. Par faulte

d'user de bon regime, il est retombé en fiebure. Pour, de auoir: de

entendre: de inuention: de orgueil: de user.

[En marge: '

Apocope.]

Ie ne parleray plus de l'apostrophe, & uiendray maintenant à declairer,

que signifie ung petit poinct semblable à celuy de l'apostrophe. Ce

petit poinct est signe d'une figure nommée des Grecs, & Latins Apocope.

Et ainsi la nomment aussi les Francoys par faulte d'aultre terme à eulx

propre. Ceste figure oste la uoyelle, ou syllabe de la fin d'ung mot

pour la necessité du uers: ou affin, que le mot soit plus rond, & myeulx

sonnant. Exemple. Pri', suppli', com', hom', quel', el', tel',

recommand', encor', auec'. Pour, prie, supplie, comme, homme, quelle,

elle, telle, recommande, encores, auecques. En prose l'exemple peult

estre, grand' chose: quelle quel' soit: pour grande chose: quelle,

quelle soit. Car ainsi la prolation est plus doulce, & plus ronde.

Au demeurant, il fault entendre, que les Francoys usent, oultre ce que

dessus, de deux sortes de characteres: lesquelz sont de telle figure.

^

¨

[En marge: ^

Signe de coniunction de uoyelles.]

Touts deux se signent sur uoyelles: mais au reste ilz sont bien

differents. Le premier est signe de coniunction: le second de diuision.

[En marge: ^

R'assemble en troys facons.]

Le premier r'assemble, r'unit, & conioinct les parties diuisées: & ce

en trois facons. La premiere, quand par une figure fort usitée nommée

[En marge: Syncope.]

Syncope, concision, ou couppure (car ainsi se peult dire en Francoys)

ung mot est syncopé, c'est à dire diuisé, & diminué au milieu, puis les

deux parties sont reioinctes ensemble: la diuision, & reünion d'ycelles

est signifiée par ledict charactere. Exemple. Lai^rra, pai^ra,

urai^ment, hardi^ment, don^ra. Pour, laissera, paiera, uraiement,

hardiement, donnera. Et ainsi font souuent les Latins, comme lon uoit

aux bonnes impressions, esquelles on treuue diu^um, du^um, uiru^m. Pour,

diuorum, duorum, uirorum. La seconde facon de ceste figure est, quand

deux mots (desquelz l'ung est detroncqué) sont r'assemblés en ung.

Exemple. Au^ous, pour auez uous: qu^auous, pour qu'auez uous: m^auous,

pour m'auez uous: n^auous, pour n'auez uous: n^auons, pour nous ne

auons. Tel est le commun usage de la langue Francoyse. La tierce facon

de ceste figure est, quand deux uoyelles sont r'accoursies, & proferées

en une: ce qui se faict souuent en rhythme principalement. Exemple.

[En marge: ées

Syllabe double reduicte en une.]

Pensées: ou les deux e^e se passent pour ung proferé par traict de

temps asses longuet, quasi comme si lon disoit pensés. Et note, que cecy

est general en toutes dictions feminines, qui sont formées des dictions

masculines ausquelles la derniere uoyelle est masculine: & ce seulement

au plurier nombre. Et si tu signes ceste figure sur les deux, e^e, il

n'y fault poinct d'accent aigu sur le penultime, e. Exemple. Courroucé,

courroucée, courrouce^es: irrité, irritée, irrite^es: suborné, subornée,

suborne^es. En telle sorte doibt on escrire en rhythme: mais en prose

auec ung accent aigu sur le, é, penultime, ainsi: courroucées, irritées,

subornées. Par ceste figure aussi on dict aise^ement, nomme^ement,

[En marge: Synerese.]

a^age ou e^age: en faisant de deux syllabes une par synerese, &

r'accoursissement.

[En marge: ¨

Dyerese signe de diuision de uoyelles.]

Le second charactere dessus mentionnè, qui est, ¨, noté sur les

uoyelles, est celuy, par lequel on faict au contraire de l'aultre,

duquel sortons de parler. Car il signifie diuision, & separation, & que

d'une syllabe en sont faictes deux. Exemple. Païs, poëte: pour pa^is,

po^ete.

Ce sont les preceptions, que tu garderas quant aux accents de la langue

Francoyse. Lesquelz aussi obserueront touts diligents Imprimeurs: car

telles choses enrichissent fort l'impression, & demonstrent, que ne

faisons rien par ignorance.

[En marge: ´

Accent enclitique.]

Quant à l'accent enclitique, il n'est point recepuable en la langue

Francoyse, combien qu'aulcuns soient d'aultre opinion. Lesquelz disent,

qu'il eschet en ces dictions, ie, tu, uous, nous, on, lon. La forme de

cest accent est telle, ´: par ainsi ilz uouldroient estre escript en la

sorte, qui sensuict. M'attenderai´ie à uous? fairas´tu cela? Quand

aurons´nous paix? Dict´on tel cas de moy? Voirra´lon iamais ces

meschantz puniz? De rechef ie t'aduise, que cela est superflu en la

langue Francoyse, & toutes aultres: car telz pronoms demeurent en leur

uigueur, encores qu'ilz soient postposés à leurs uerbes. Et qui plus

est, l'accent enclitique ne conuient qu'en dictions indeclinables, comme

sont en Latin, ne, ue, que, nam. Quainsi soict, on n'escript poinct en

Latin en ceste forme: Feram´ego id iniuriæ? Eris´tu semper tam nullius

consilii? Auersabimini´uos semper à uobis pauperes? Tiens doncques pour

seur, que tel accent n'est propre aulcunement à nostre langue. Qui sera

fin de ce petit Oeuure.

_AV LECTEVR Francoys Dixain de Saincte Marthe._

_Pourquoy es tu d'aultruy admirateur,

Vilipendant le tien propre langage?

Est ce (Francoys) que tu n'as instructeur,

Qui d'iceluy te remonstre l'usage?

Maintenant as en ce grand aduantage,

Si uers ta langue as quelcque affection:

Dolet t'y donne une introduction

Si bonne en tout, qu'il n'y a que redire,

Car il t'enseigne (ô noble inuention)

D'escrire bien, bien tourner, & bien dire._

La manière de bien traduire d'une langue en aultre · 第 4 / 5 题