--Tiens-toi bien, je vais essayer de te monter, moi.
Le gardien-chef était déjà vieux. Il était lourd et manquait de cette
élasticité de membres qui est le privilége de la jeunesse.
Il essaya de grimper après la corde, tandis que John Colden, qui s'était
relevé sur un genou, murmurait:
--Sauvez l'enfant, et tout ira bien!
Mais M. Bardel ne parvenait pas s'enlever de terre et la corde menaçait
de casser sous son poids.
Tout à coup une voix se fit entendre dans les airs au-dessus de sa tête:
--Lâchez tout! disait-elle.
M. Bardel, tenant toujours l'enfant, retomba sur ses pieds et leva les
yeux.
Un homme se laissa glisser en ce moment le long de la corde, et vint
dégringoler auprès de M. Bardel.
C'était l'homme gris.
Il vit M. Whip qui n'était plus qu'un cadavre, et il vit John Colden qui
perdait tout son sang; il devina ce qui s'était passé.
--J'ai entendu le bruit d'une lutte, dit-il, et je suis descendu. Où est
l'enfant?
--Le voilà, répondit M. Bardel.
--Où es-tu blessé? continua l'homme gris en se penchant sur John Colden.
--Là...
--Te sens-tu bien faible?
--Oh! oui... je crois que je vais mourir... mais qu'importe! sauvez
l'enfant, dit le courageux Irlandais.
L'homme gris avait tout son sang-froid.
--Il ne s'agit pas de perdre la tête, dit-il, mais il faut les sauver
tous les deux.
La corde était assez longue pour que l'homme gris pût l'enrouler autour
des reins de John Colden.
--Écoute bien, dit-il; je vais remonter, emportant l'enfant.
Quand j'aurai atteint la fenêtre et mis l'enfant en sûreté, Shoking et
moi nous tirerons la corde après nous et nous te hisserons à ton tour.
Puis s'adressant à M. Bardel:
--Quant à vous, faites ce qui est convenu; ce n'est pas cet homme qui
vous trahira, puisqu'il est mort.
Et il poussa du pied le cadavre de M. Whip.
--Retournez dans le corridor de la prison, acheva l'homme gris, prenez
une prise du tabac que je vous ai donné, et endormez-vous; on ne songera
pas à vous accuser.