Ah! je vous prie, Monsieur l'Abbé, pour l'amour du nom Le Tellier,
à qui l'Etat est si redevable, ne lui ôtez pas le titre que la
Feuillade lui a donné du consentement même du Roi.
_L'abbé_ FURETIÈRE.
De grâce, entendons-nous. Je ne veux pas dire que l'Archevêque de
Rheims ne soit un Franc Cheval de Carosse; son naturel fanfaron
et brutal paroît assez partout où il affecte de paroître[298],
pour ne pouvoir pas lui contester le titre dont la Feuillade l'a
mis en possession: car, soit qu'il parle de Théologie, soit qu'il
s'entretienne avec les Dames, soit qu'il mette le nez dans les
affaires de l'Etat, soit qu'il joue à la bassette, soit qu'il
mange, soit qu'il boive, il est cheval _per omnes Casus_. On ne vit
jamais animal mieux formé[299], on ne vit jamais un prelat mieux
intentionné; il est constant qu'il veut toujours plaire, mais il est
si malheureux qu'il ne peut jamais faire ce qu'il veut. C'est donc un
franc cheval de carosse à cet égard; mais à un autre égard, quand il
est question des Ministres d'amour, c'est un _Cochon Mitré_.
[Note 298: Le portrait que fait de lui Saint-Simon
(_Mémoires_, 1re édit., t. 2, p. 85) nous le représente
bien plutôt comme un colonel de dragons que comme un
prélat.]
[Note 299: C'est ce qu'on dit dans un couplet qui fut fait
lorsque Louvois se chargea de l'administration des haras:
Louvois n'aura pas d'embarras
A faire valoir ses haras,
S'il prend pour etalon son frère:
Lère là, lère lan lère.
(_Recueil Maurepas_, t. 6, p. 443.)]