M.DC.XXII[94].

[Note 94: Tout ce qui, dans cette pièce, a rapport aux

finances en général, et par conséquent la première partie

tout entière, n'est, sauf quelques légères différences,

que la reproduction d'une autre du même genre ayant ce

titre: _Traité du revenu et despense de France_, de l'année

1607. Cette dernière pièce a été publiée dans la _Revue

rétrospective_, 1re série, t. 4, p. 159-186, d'après une

copie manuscrite conservée à la Bibliothèque impériale,

collection du Puy, vol. 89, fol. 243. Le texte en est bien

préférable à celui de la pièce que nous donnons. Nous en

tirerons parti pour des corrections, que nous ferons toutes

avec le plus grand soin, mais sans pourtant prendre la

peine de les indiquer l'une après l'autre.--Quoique cette

pièce porte la date de 1622, c'est le budget de 1620 qui

s'y trouve détaillé, comme on le verra plus loin.]

Les finances s'appellent communement le nerf de la guerre et

l'ornement de la paix. Autres tiennent que cela se doit plustost

dire de la valeur et de la justice. Mais il me semble qu'elles

se doivent comparer au sang, sans lequel les nerfs perdent leurs

forces et les esprits leur vie; si bien qu'estant une des parties

plus nobles de l'estat, il est aisé de se persuader combien la

cognoissance en est utile et necessaire, surtout à ceux que la vertu

et le merite appellent aux charges publiques.

Des autres estats nous n'en parlerons point; mais au nostre, le nom

mesmes des _finances_, qui est originaire, monstre combien elles y

ont esté estimées: car il vient d'un vieux mot françois qui signifie

mettre quelque chose à fin[95], comme si ce moyen en estoit plus

capable que nul autre.

[Note 95: C'est le verbe _finer_, dont on trouve un exemple

avec ce sens dans un rondeau de Victor Brodeau:

Au bon vieux temps que l'amour par bouquets

Se demenoit, et par joyeux caquets,

La femme estoit trop sotte ou trop peu fine;

Le Temps depuis, qui tout _fine_ et affine,

Lui a montré à faire ses acquets.

_Finer_ se prit aussi pour _fournir_, selon le P. Labbe

dans ses _Etymologies des mots françois_, au mot _Fin_, et

enfin dans le sens de _payer_, _financer_, exemple ces vers

du 49e psaume de Théodore de Bèze:

Car le rachat de leur ame est trop cher

Pour en _finer_.....

La Mothe Le Vayer, dans son _Traité de l'institution du

prince_, est aussi d'avis que _finance_ est un dérivé du

verbe finer, pris dans le sens de finir, terminer. «De là

vient, dit-il, que finance est la même chose que le vieux

mot _chevance_, parce qu'avec l'argent on finit et on

_achève_ les choses les plus difficiles.»]

L'autre nom equivalent est _deniers_, qui se prennent ordinairement

l'un pour l'autre, de sorte que la division des finances se fait en

mesmes termes de deniers ordinaires et extraordinaires.

Anciennement les deniers ordinaires s'appellent seulement ceux du

domaine, qui se subdivise en muable et immuable.

L'immuable consiste en cens, rentes et autres choses payables en

argent, qui ne peut changer.

Le muable est celuy qui provient des bleds, vins, volailles et autres

choses dont le prix peut augmenter ou diminuer.

Les deniers extraordinaires s'appelloient tout ce qui se levoit outre

le domaine, c'est-à-dire à temps, et ont receu de grandes diversitez,

selon les despenses et les necessitez des affaires.

On tient que la première imposition, qui dure encores de present,

fut le huitiesme du vin, soubs le règne de Chilperic, environ l'an

580[96]; l'equivallent suit après, qui est l'equipollent du sol

pour livre sur toutes denrées et marchandises, qui se leva, environ

l'an mil trois cens soixante, pour tirer d'Angleterre le roy Jean,

qui y estoit prisonnier[97]. Des autres natures de deniers nous en

parlerons puis après.

[Note 96: Ce prélèvement du huitième, toujours en vigueur,

n'avoit pas empêché un second impôt de dix sols sur chaque

muid de vin, que la ville avoit établi en 1601 pour la

réparation des fontaines de Paris, et que Henri IV maintint

pour en employer les fonds à l'achèvement du Pont-Neuf,

et ensuite à la réparation des quais. V. Félibien, _Hist.

de Paris_, t. 5, p. 483, et notre édition des _Caquets

de l'Accouchée_, p. 24, note.--En 1607, d'après la pièce

donnée par la _Revue rétrospective_, cet impôt _pour le

pont de Paris_, ainsi qu'il y est désigné, grevoit la

généralité de Paris de 15,500 livres.]

[Note 97: Jean déclara que, dans les pays de langue d'oïl,

une aide de douze deniers pour livre seroit levée et perçue

sur toutes les marchandises vendues, du cinquième sur le

sel et du treizième sur le vin et autres breuvages, jusqu'à

la _perfection et entérinement de la paix_, ce qui veut

dire jusqu'à l'entier paiement de sa rançon. (Secousse,

_Recueil des ordonn. des rois de France_, t. 3, p. XCI, et

433, 441.)--V. aussi, dans les _Mélanges de littérature

et d'histoire de la Société des bibliophiles françois_,

Paris, 1850, in-8, p. 145-191, le savant travail de M. L.

Dessales, _Rançon du roi Jean_.]

Mais, le domaine ayant esté alliené depuis ces guerres civilles,

comme chacun sçait, et ne s'en tirant aucune chose en la pluspart des

generalitez, des autres peu, nous laisserons ceste partie, encores

que ce soit le fondement des autres, et dirons qu'il se fait une

division des finances en mesmes termes de deniers ordinaires et

extraordinaires.

Les deniers ordinaires sont ceux dont le roy fait estat comme de son

domaine, s'il y en a, de ce huictiesme, et autres impositions sur

le vin, qui s'appellent aydes, de ces equivalens, tailles, taillon,

fermes et autres deniers employez en recepte ès estats de Sa Majesté.

Les deniers extraordinaires sont ceux des quels il n'est point fait

estat, qui se sont plus autrefois estenduz qu'à present, et qui sont

presque reduicts aux nouvelles creations d'offices.

De sorte que, cette seconde espèce estant peu de chose, cazuelle, et

par consequent sans règle, nous parlerons seulement de la première,

qui se subdivise en deux parties à peu près esgales, l'une en ce qui

se tire du peuple, l'autre en ce qui revient des fermes, qui semblent

être ce que les Romains appelloient _tributa_ et _vectigalia_: le

premier desquels se levoit par les officiers, et les autres par

les fermiers. Nous parlerons premièrement de la partie première,

secondement de la partie seconde, et finalement de la despence qui se

fait de l'une et de l'autre.

Mais, pour en avoir plus facile intelligence, il semble à propos

de dire que, comme la France se divise par provinces pour les

gouvernemens, et par parlemens pour la justice[98], aussi fait-elle

pour les finances et generalitez, qui sont au nombre de vingt et une;

et, bien que Blois se nomme aussi generalité, toutes fois, à cause

que c'est seulement pour ce qui regarde le domaine du comte de Bloys,

ainsi qu'il se manioit soubs Louys XII, nous ne le mettrons pas en ce

nombre de vingt et un, qui sont:

Paris, Soissons, Orleans, Amyens, Chaallons, Tours, Poictiers,

Lymoges, Bourges, Moulins, Ryom, Lyon, Rouen, Caën, Bourdeaux,

Nantes, Thoulouze, Montpellier, Dijon, Aix, Grenoble.

[Note 98: Cette phrase manque dans la pièce donnée par la

_Revue rétrospective_.]

Soubs les quelles quinze premières generalitez il y a sept

vingt-neuf eslections[99], et soubs les quelles eslections,

vingt-trois mil sept cens quatre-vingt-dix-sept parroisses[100],

sçavoir:

Soubs Paris, vingt eslections et dix-neuf cens soixante et dix

parroisses.

Soubs Soissons, six eslections et douze cens soixante parroisses.

Soubs Amiens, six eslections et quatorze cens soixante parroisses.

Soubs Chaallons, neuf eslections et deux mil deux cens sept

parroisses.

Soubs Orleans, douze eslections et douze cens trente-huict parroisses.

Soubs Tours, quatorze eslections et quinze cens soixante et trois

parroisses.

Soubs Poictiers, neuf eslections et seize cens parroisses.

Soubs Lymoges, neuf eslections et six cens parroisses.

Soubs Bourges, neuf eslections et huict cens trente-deux parroisses.

Soubs Moulins, huict eslections et quatorze cens quatre-vingt

parroisses.

Soubs Ryon, quatre eslections et huict parroisses.

Soubs Lyon, trois eslections et sept cens vingt parroisses.

Soubs Rouën, vingt-neuf eslections et deux mil huict cens soixante et

seize parroisses.

Soubs Caën, neuf eslections et quatorze cens vingt-six parroisses.

Soubs Bourdeaux, quinze eslections et trois mil cinq cens huict

parroisses.

[Note 99: C'est-à-dire 149. La pièce de 1607 donne le même

chiffre. En additionnant toutefois les nombres qui suivent,

on trouve un total de 162 élections au lieu de 149; mais

c'est bien ce dernier chiffre qui est le véritable. On

l'obtient en rétablissant, d'après l'_état_ de 1607, trois

des nombres qui sont fautifs ici, en marquant pour la

généralité de Bourges 5 élections au lieu de 9, pour celle

de Moulins 7 au lieu de 8, et enfin 21 pour celle de Rouen

au lieu de 29.]

[Note 100: Ce total est encore fautif. L'addition, mieux

faite, donne seulement 23,159 paroisses. Dans la pièce

de 1607, où le calcul n'est pas meilleur, on en trouve

23,140. Le _Pouillé général_ compte 30,419 cures; ajoutez,

toujours d'après son évaluation, 18,537 chapelles, 1500

abbayes, 2812 prieurés, 931 maladreries, 80 chapitres ayant

église, et vous arrivez à un total de 44,279 clochers,

ce qui est bien loin des _dix-sept cent mille_ dont il

est parlé dans le _Calcul et dénombrement de la valeur

et du royaume de France_, par Jacques Coeur (Collection

universelle des mémoires particuliers relatifs à l'histoire

de France, 1785, in-8, t. 9). De ce nombre «il rescindoit,

y est-il dit, pour pays gastés ou autrement, _sept cent

mille_, et par ainsi demeuroit ung million de clochiers,

et à prendre sur chacun clochier, le fort portant le

feuble, vingt livres tournois par an pour toutes aides,

tailles, impositions et huitième, se monte en somme par

chacun an vingt millions, qui satisferont à ce qui s'en

suit, etc ...» Dans un article de l'_Esprit des journaux_

(août 1786, p. 106, note) l'on a fait voir tout ce qu'il

y a d'exagération dans ces chiffres, auxquels M. de

Chateaubriand (_Analyse raisonnée de l'hist. de France_,

édit. Didot, in-12, p. 134), et après lui beaucoup

d'autres, se sont pourtant laissé prendre. «Il est bien

évident, lisons-nous donc dans l'_Esprit des journaux_, que

l'argentier de Charles VII se trompe ici ... Mais l'erreur

ne doit pas lui être attribuée: le copistes doivent avoir

supprimé ou ajouté des zéros aux chiffres. Ainsi, en

supposant qu'il n'y avoit, de son temps, que dix-sept

mille clochers en France, comme il est clair qu'il l'avoit

calculé, en en _rescindant sept mille gastés par les

guerres_, et en mettant deux mille livres tournois au lieu

de vingt, ses calculs sont justes.»]

Si les generalitez, les eslections ou parroisses, estoient

semblables, il seroit beaucoup plus aisé d'éviter les grandes

inegalitez qui se treuvent lors qu'il est question d'en parler

generalement: car il s'en treuve où la plus grande estendue et le

plus grand nombre portent le moins, à cause des infertilitez du pays,

de la pauvreté du peuple et d'autres occasions qui se verront en

suitte.

Pour la generalité de Bretagne; elle est composée de dix-sept

receptes particulières, qui sont la pluspart eveschez, et s'appellent

receptes de fouages, à cause que les impositions se font par feu;

il y a, en outre, une ferme ordinaire qui s'appelle imposts et

billots[101].

[Note 101: Ou _bîllos_. Ce sont les droits et impositions

du vingtième, onzième ou quatrième sur le vin, qui étoient

levés dans cette province par le roi, par les seigneurs ou

par les villes.]

Pour celle de Bourgogne, elle n'a autres receptes particulières que

celles de Bresse. Bugey et Vivonnay, du marquisat de Saluës, ont esté

donnez à la couronne par ledit marquisat de Sallus[102].

[Note 102: Cette phrase, tout à fait incompréhensible, doit

être ainsi rétablie, d'après la pièce de 1607: «Pour celle

de Bourgogne, elle n'a aucune recette particulière que

celle de Bresse, Bugey et Vivonnay, qui ont été annexées

depuis neuf ans par l'échange du marquisat de Saluces.»]

Pour celles de Thoulouze et Montpellier, elles ont chacune unze

receptes particulières, qui s'appellent la pluspart diocèzes.

Celle de Provence n'a aucunes receptes particulières.

Celle de Dauphiné a huict baillages, qui portent le revenu du domaine

à la recepte generale.

Ces cinq dernières s'appellent _petites generalitez_, non, comme

j'ay dit, pour avoir moins d'estendüe que les autres, et la raison

est, pour celles du Dauphiné et Provence, qu'elles ont esté donnez

par leurs seigneurs à la couronne, et que celles de Languedoc et

Bourgogne s'y sont soubmises chacunes soubs certaines conditions

ausquelles la consideration qu'elles sont frontières par terre semble

les oster, autant maintenues qu'autre chose, et c'est pourquoy elles

se gouvernent aussi par estats et deputez; comme aussi fait la

Bretagne, qui est la dernière joincte à la couronne[103].

[Note 103: A la suite de cette phrase se trouve celle-ci,

dans le _Traité du revenu et despense de_ 1607: «La

Normandie a aussi une forme d'estats; mais c'est, à parler

proprement, une forme, ou plutôt une ombre, au prix des dix

autres.»]

Or, bien qu'en chacune des dites generalitez, qui sont vingt et un,

il y ait dix thresoriers de France (excepté en celles d'Amiens,

Rouen et Montpellier, où il y en a unze en chacune, en celle de

Nantes seulement deux, en celle d'Aix sept, en celle de Grenoble

cinq, qui est en tout le nombre de neuf vingt dix-sept thresoriers

de France[104]), toutesfois, il n'y a des esleus[105] qu'en celles

où il y a des eslections, qui sont les quinze premières generalitez

cy-devant nommées, en la pluspart des quelles eslections il y a dix

esleus, et, pour en conter le nombre au vray, l'on peut les estimer à

neuf l'une portant l'autre, faisant à ceste raison le nombre de neuf

cens trente-six esleus[106].

[Note 104: «Qui est en tout, lit-on dans la pièce de 1607,

cent quatre-vingt-dix-sept trésoriers de France», ce qui

fait par conséquent le même nombre.]

[Note 105: «Ces officiers, dit P. Bonfons en ses

_Antiquitez de Paris_ (Paris, 1608, p. 342), feurent

appelez _esleuz_, parce que, de fait, ils estoient esleuz

et choisis en chacun diocèse et evesché pour faire des

levées et receptes des deniers des aydes, ou bien pour

autant qu'ils estoyent esleuz et deputez des trois estats

pour garder les ditz deniers.» Mais dès le temps de Louis

XI ce nom d'_élu_ n'avait plus de sens, car ces magistrats

étoient toujours les mêmes et des mêmes familles.

D'électives ces charges étoient devenues héréditaires.

(Michelet, _Hist. de France_, t. 6, p. 66.--V. aussi une

note de notre édit. du _Roman bourgeois_, p. 262.)]

[Note 106: L'évaluation du nombre des élus, porté à

1300 dans l'Etat de 1607, se rapproche davantage de la

vérité. En mettant, en effet, 9 élus pour chacune des 149

élections, on arrive au chiffre de 1341.]

Pour le regard des receptes et controlles qui s'exercent

triennalement, sinon en celles où le triennal est vague, aux anciens

et alternatifs, ou bien a esté remboursé, tout ainsi qu'en chacune

des dites generalitez, ils s'appellent receveurs et controlleurs

generaux des finances, ainsi qu'en chacune des dites receptes

particulières, tant en celles où il y a des eslections qu'aux autres,

ils s'appellent receveurs et controlleurs des tailles.

Il y a aussi aux dites vingt et une generalitez des receveurs et

controlleurs generaux du taillon qui ont des receveurs particuliers

soubs eux, les quels receveurs generaux mettent les deniers entre les

mains des thresoriers de l'ordinaire des guerres pour le payement des

compagnies d'ordonnances.

Voilà succinctement le nombre des generalitez, des eslections et de

la pluspart des parroisses et des officiers, par le moyen des quels

ce qui porte generalement le nom de tailles se lève, car les natures

de deniers sont diverses, comme nous dirons en son lieu; toutes

fois, pour ce qui porte l'un porte l'autre, c'est-à-dire qui porte

la taille porte le tallion et autres impositions, elles s'entendent

toutes soubs appellation commune de tailles, et s'en fait de trois

sortes: l'une appellée réelle, comme en Provence et Languedoc,

où le roy mesme paye la taille s'il y a quelques terres; l'autre

personnelle, d'autant qu'elle regarde de plus près les personnes et

leurs biens, en quelque lieu qu'ils soient scituez et assis[107].

[Note 107: Dans la pièce de 1607, il est parlé d'une

troisième espèce de tailles: «L'autre _mixte_, comme la

plupart, pour ce qu'elle s'impose selon les personnes et

leurs biens, en quelque part qu'ils soient assis.»]

Voyons maintenant l'ordre qui se tient en l'imposition et levée

desdits deniers, et, affin que ce soit plus clairement, prenons

l'une des huict années dernières, qui ont esté à bien près toutes

semblables, non seulement en ceste première partie, qui regarde les

tailles, et en la seconde, qui regarde les fermes, mais aussi en la

despence des deniers provenant de l'un et de l'autre[108].

[Note 108: «Cette année sera 1607», lit-on dans la pièce

reproduite par la _Revue rétrospective_; mais on comprend

que celle-ci, qui donne le budget de 1622, ne pouvoit

répéter la même phrase. Ici, du reste, les deux pièces, qui

jusqu'à présent n'avoient été que la reproduction l'une

de l'autre, cessent de se suivre et deviennent presque

complétement différentes.]

Le roy, au commencement de l'advenement à sa couronne, prevoyant la

despence qui luy convenoit faire tous les ans pour la conservation

de son estat et entretenement de sa maison, en fait un abregé

qui s'appelle project, lequel se signe de la main du roy et d'un

secretaire d'estat.

La somme totale arrestée, qui est estimée chacune des dites huict

années à près de dix-sept millions, Sa Majesté règle là-dessus le

creu extraordinaire, qui monte à quatre millions quatre cens mil

livres[109]; mais elles se lèvent sur quatorze des dites quinze

premières generalitez, celle d'Amiens estant exempte.

[Note 109: On trouve quelques détails de plus dans la pièce

de 1607: «Mais, y est-il dit, comme Sa Majesté voit que, du

premier de ces deux moyens (les tailles), les charges qui

se paient premièrement aux élections, puis aux généralités,

déduites, il ne lui en revient pas la moitié, ainsi

seulement quelque quatre millions cinq cent tant de mille

livres, et comme des unes et des autres formes, qui montent

à près de quatre millions d'écus, les charges déduites, il

ne revient guère plus de huit millions de livres, elle a

toujours été contrainte de lever une crue extraordinaire,

qui s'appelle grande crue, ou autrement crue des garnisons,

laquelle fut diminuée à la naissance de Monseigneur le

dauphin (1601) d'environ quinze mille livres.»]

_Grande taille._

Paris, trois cents soixante et dix milles livres.

Soissons, quatre cens quatre vingt mil livres.

Amyens, six cens vingt mil livres.

Orléans, trois cens trois mil livres.

Chaallons, quatre cens mille livres.

Tours, huict cens dix mil livres.

Poictiers, sept cens vingt-deux mil livres.

Limoges, trois cens quarante mil livres.

Bourges, six cens trente mil livres.

Moulins, huict cens quarante mil livres.

Rion, quatre cens quinze mil livres.

Lyon, six cens quarante mil livres.

Rouën, un million quatre cens douze mil livres.

Caen, six cens quarante-cinq mil livres.

Bourdeaux, quatre cens quarante cinq mil livres.

Pour celle de Bretagne, il s'expedie aussi commission pour les

fouages ordinaires à raison de sept deniers pour feu, non compris

les douze deniers pour livre pour la creue des prevosts des

marchands[110], douze mil soixante livres pour partie des postes,

revenant le tout, avec le taillon, qui est de cinquante six mil

quatre cens livres, à quatre-vingt mil quatre cens soixante livres.

[Note 110: Dans la généralité de Paris, d'après l'Etat de

1607, on percevoit pour la crue du prévôt des marchands

61,000 livres, pour les postes près de 5,000, pour le

taillon de la gendarmerie 166,000, ce qui, avec quelques

autres contributions dont j'omets le détail, élevoit pour

cette généralité le taux de la taille ordinaire à 922,000

livres.]

Pour Thoulouze et Montpellier, il ne s'expedie qu'une commission aux

estats de Languedoc, qui s'assemblent par chacune année, portant

pour tout la somme de six cens cinquante et un mil cinq cens

quarante-deux livres.

Dijon porte pour l'octroy des prevots des marchands la somme de huict

vingt dix-sept mil six cens quarante livres.

Aix, pour Provence, porte pour l'octroy et pour le taillon la somme

de quatre-vingt-sept mil quatre cens soixante et douze livres.

Grenoble, pour Dauphiné, pour l'octroy et pour le taillon, dix mil

soixante livres; pour les officiers du pays, trente mil livres; pour

le taillon, vingt-sept mil cinq cens livres. Cy soixante et dix mil

livres.

Somme des dites generalitez, un million trois cens soixante et

quatorze mil cent quatre-vingt-neuf livres.

Somme toute des sommes contenues au dit brevet qui se lèvent aus

dites generalitez en vertu des commissions des tailles, unze millions

quatre-vingt-neuf mil livres.

Le dit brevet arrêté, il s'en envoye un à chacune des dites

generalitez avec une lettre au cachet du roy, et une autre du

superintendant des finances, adressante aux tresoriers generaux de

France, par les quelles leur est mandé d'en faire le departement par

les eslections de leur generalité, et c'est lors qu'ils doivent avoir

fait leurs chevauchées par les dites eslections, pour sçavoir celles

qui se sont enrichies ou appauvries, afin d'augmenter les uns et de

soulager les autres, tout ainsi que les esleus font peu après par

les parroisses de leurs eslections pour y garder l'esgallité, comme

Sa Majesté leur a recommandé sur toute chose, et qui est aussi d'une

extresme importance, comme il se peut facilement imaginer.

Les thresoriers generaux de France ayant envoyé à Sa Majesté,

c'est-à-dire au superintendant, le departement qu'ils ont fait par

les eslections de la somme que doit porter leur generalité, et avec

cela donner avis de l'incommodité que chacun a receu, Sa Majesté

règle là-dessus la creue extraordinaire, autrement dit grand'creue

des garnisons, dont l'estat, compris quelques autres creues, monte

pour la dite année à quatre millions quatre cens mil livres[111],

dont chacune des dites generalitez portent,

[Note 111: En 1607, cet _état_ s'étoit élevé à 4,534,000

livres.]

_A sçavoir_:

Paris, quatre cens cinquante-sept mil livres.

Soissons, cent seize mil livres.

Amyens, neant.

Chaallons, trois cens quatre-vingt-dix mil livres.

Orleans, quatre cens soixante et treize mil livres.

Tours, deux cens quatre-vingt-dix-sept mil livres.

Poictiers, quatre cens quarante mil livres.

Limoges, cent neuf mil neuf cens livres.

Bourges, quatre-vingt-dix-sept mil cent trente-neuf livres.

Moulins, cent neuf mil quatre cens quarante livres.

Rion, sept vingt-six mil livres.

Lyon, neuf vingt douze mil livres.

Rouen, neuf cens vingt-cinq mil livres.

Caen, quatre cens soixante et dix mil livres.

Bourdeaux, quatre cens soixante et dix-huict mil livres.

Somme toute, quatre millions sept cens quatre mil livres[112].

[Note 112: Ce total n'est pas encore exact; il faut lire

4,711,020 liv.]

Il y a ceste difference en l'imposition de ces deux natures de

deniers que, pour la première, c'est à sçavoir l'ordinaire, il

s'expedie aux esleus de chacune eslection une commission particulière

de Sa Majesté, signée d'un secretaire d'Estat; et pour ce qui est

de la grande creue, il s'expedie seulement une commission aux

thresoriers generaux de France en chacune generalité, lesquels

tresoriers generaux en font le departement par les eslections et en

envoyent leurs commissions, celle des tailles aux esleus, ce qui se

fait au commencement du mois de novembre.

Si tost que les esleus les ont receus, ils font le departement des

finances y contenues par les paroisses, adjoustans ou diminuans à

l'année precedente[113], suivant la commodité ou l'incommodité qu'ils

ont recognues par leurs chevauchées.

[Note 113: Dans la pièce de 1607, on lit seulement «ils

font le département des sommes y contenues par les

paroisses, ajoutant ordinairement à l'année précédente»,

ce qui est plus naturel, car, en matière d'impôt, rien de

plus commun qu'une augmentation, rien de plus rare qu'une

diminution.]

Leurs departemens faits, ils envoyent leurs commissions à chacune

parroisse, laquelle crée aussitost des consuls et des collecteurs

qui dressent avec ceux de l'année précédente le roolle de la taxe et

cotte de chacun particulier, et, iceluy fait, le porte aux esleus

pour sçavoir s'ils n'ont pas outrepassé leurs commissions, et, ce

fait, les dits esleus l'arrestent et le signent.

En ce mesme temps les thresoriers generaux de France dressent un

estat de la valeur des finances dans le quel sont comprises toutes

les charges estans tant sur les receptes particulières que sur

la generale, les quels ils envoyent au conseil, c'est-à-dire au

superintendant des finances.

Sur le dit estat l'on fait celuy du roy, qu'on appelle estat des

finances; mais ils se reiglent plus tost sur l'autre de Sa Majesté de

l'année precedente que sur celuy des thresoriers generaux, et s'en

envoye un aus dits thresoriers de France et un au receveur general

des finances estant en exercice, avec commission sur l'un et sur

l'autre pour le suivre de poinct en poinct selon la forme et teneur.

Dans l'un et l'autre des dits estats sont compris par le menu et

par les eslections toutes les natures des deniers dont nous avons

cy-devant parlé, ensemble les charges qui sont dessus et ce qui

en revient de net à Sa Majesté, la quelle se paye tousjours par

preferance, attendu que c'est là-dessus, ainsi que nous avons dit

cy-devant, que sont fondées les despenses de son estat et de sa

maison. Voyons donc ce que Sa Majesté fait estat de retirer ladite

année 1620, et de chacune des susdites vingt et une generalitez, tant

pour l'ordinaire que pour l'extraordinaire, qu'on appelle,

_A sçavoir_:

Premièrement.--Recette de l'espargne.

De Paris, toutes charges desduictes, six cens quinze mil soixante et

treize livres tant de den[114].

[Note 114: C'est, sauf cent francs, la somme portée

aussi sur l'état de 1607. Toutes les autres diffèrent

plus ou moins, si ce n'est pour ce qui se percevoit dans

les généralités de Limoges, de Bourges, de Moulins, de

Bordeaux, de Dijon, où la _recette de l'épargne_ ne varie

pas.]

De Soissons, cent six mil huict cens livres.

D'Amiens, quatre-vingt-trois mil quatre cens quarante livres.

De Chaallons, neuf vingt dix-neuf mil quatre cens deux livres.

D'Orleans, six vingt-trois mil quatre cens treize livres.

De Tours, sept cens dix mil six cens trente-huict livres.

De Poictiers, huict cens soixante mil livres.

De Limoges, sept cens soixante et quatre mil huict cens vingt-quatre

livres.

De Bourges, trois cens dix mil trois cens soixante et deux livres.

De Moulins, trois vingt et un mil six cens soixante et une livre.

De Ryon, cinq cens cinquante mil sept cens quatre livres.

De Lyon, un million cent vingt-deux mil livres.

De Rouen, un million quatre-vingt-un mil quatre cens dix-huict livres.

De Caën, sept cens sept mil trois cens cinquante-deux livres.

De Bourdeaux, sept cens dix-neuf mil deux cens soixante et treize

livres.

De Nantes, sept vingt-un mil neuf cens sept livres.

De Tholouze, quatre-vingt-un mil six cens livres.

De Montpellier, six vingt-un mil six cens livres.

De Dijon, sept vingt-trois mil quatre cens vingt-trois livres.

D'Aix, huict vingt cinq mil trois cens dix livres.

De Grenoble, neant, pour ce que le tout se consume sur le lieu.

Somme, sept millions deux cens quatre-vingt mil quatre cens

vingt-cinq livres[115].

[Note 115: Total fautif encore. L'addition exacte des

sommes qui précèdent donne 9,590,800.]

Seconde recepte de l'espargne.

L'estat de ces deniers s'appelle première recette de l'espargne; la

seconde est celle des finances, dont nous avons secondement promis

de parler; mais ce sera beaucoup plus succinctement que de l'autre,

attendu qu'il n'y a autre ceremonie que de les bailler, comme elles

sont au conseil, au plus offrant et dernier encherisseur, pour 2, 3,

4, 5, 6, 7 ou autre nombre d'années, et, après cela, les fermiers

sont tenus la plus part d'apporter immediatement les deniers entre

les mains du thresorier de l'espargne, ou d'acquitter de quartier

en quartier les assignations qui se lèvent sur eux, tout ainsi que

les receveurs generaux, les quels à ceste occasion contraignent les

receveurs particuliers et les particuliers les collecteurs[116],

chacun en divers temps qui se mesurent à chacun des dits quatre

quartiers. Voyons donc ceste seconde recepte:

[Note 116: «Et les collecteurs le peuple», est-il fort

justement ajouté dans la pièce de 1607.]

Des parties casuelles sur les quelles n'y a aucune charge, dix-huit

cens mil livres.

Des receptes des bois, quatre-vingt-dix mil livres.

Des aydes et allienations, les charges montent par estimation à

quinze cens mil livres, et en revient sept cens dix mil livres[117].

[Note 117: Le premier bail général des aides avoit été fait

en 1604 pour 500,000 livres seulement. En 1607, comme on

le voit par l'_Etat_ souvent cité, et en 1622, comme on en

a la preuve ici, les sommes perçues à ce titre montoient

déjà à 1,500,000 livres; en 1649, d'après l'_Etat général

du revenu_, elles atteignoient 3,549,712 livres, et la

proportion alloit toujours croissant. «Le bail a si bien

haussé, lisons-nous dans le _Détail de la France_, pièce de

la fin du XVIIe siècle, que les aides sont à 19 millions ou

environ aujourd'hui.» (_Archives curieuses_, 2e série, t.

12, p. 193.)]

Des gabelles de France, les charges montent deux millions deux cens

vingt-six mil cinq cens dix-sept livres, outre trois sols neuf

deniers qui se lèvent en plusieurs greniers pour le payement des

gages de la commission des aydes, et en revient deux millions quatre

vingt quatorze mil cinq cens livres.

Des gabelles de Lyonnois, les charges montent à vingt-huict mil cent

vingt-huict livres, et en revient la somme de sept cens mil livres.

Des gabelles de Languedoc, les charges montent six vingt-huict

mil neuf cens soixante-sept livres, et en revient deux cens

quatre-vingt-treize mil deux cens quatre-vingt-quatre livres.

Des gabelles de Dauphiné, affermées deux cens soixante-dix-sept mil

livres, attendu qu'il s'employe par chacun an cent cinquante mil

livres au rachapt du domaine dauphinal, et six vingt-six mil livres

au payement de quelques debtes, celle-cy à neant.

De la ferme du convoy de Bourdeaux[118], les charges payées, deux

cens quatre-vingt-dix mil livres.

[Note 118: Droits perçus sur les vaisseaux marchands du

port de Bordeaux à qui l'on donnoit pour sauvegarde un

convoi de vaisseaux de guerre. En 1649, d'après l'_Etat

général du revenu_ pour cette année-là, la ferme du convoi

de Bordeaux rapportoit deux millions trois cent mille

livres.]

De la ferme de la comptabilité de Bourdeaux, trois cens soixante mil

livres.

Des traictes foraines d'Anjou[119], deux cens quatre-vingt mil livres.

[Note 119: La _traite foraine_, l'une des cinq grosses

fermes, étoit un droit levé sur toutes les marchandises

qui entroient dans le royaume ou qui en sortoient.

L'établissement de la _traite d'Anjou_, dont il est parlé

ici, des bureaux d'Ingrandes, Montluçon et autres lieux qui

ne sont pas sur les frontières, étoit alors une chose toute

nouvelle.]

Des peages de Loire, quatre cens mil livres.

De la subvention des villes franches, et l'escu pour thonneau de vin,

six cens cinquante mil livres.

De l'escu pour muid de sel passant à Rouën, cent cinquante mil livres.

De l'escu pour muid de sel passant par Ingrande, soixante-dix mil

livres.

Des sept deniers pour minot de sel entrant en Bourgongne, trente mil

livres.

Du vin de Picardie, cinquante mil livres.

Des trente sols pour muid de sel qui se prend en Brouage, soixante

mil livres.

De l'escu du thonneau de vin entrant à Rouën, cent cinquante mil

livres.

De la ferme des cartes et tarotz, celle-cy à neant[120].

[Note 120: «De la ferme des cartes et tarotz, lit-on dans

l'_Etat_ de 1607, à savoir 15 deniers par jeu de cartes

qui se consomment au royaume, n'y a aucunes charges, 3,000

livres.» C'étoit surtout à Rouen un grand commerce, qui

s'augmenta beaucoup encore pendant tout le XVIIe siècle. En

1695, Rouen fournissoit de cartes à jouer toute l'Europe,

et même les colonies espagnoles d'Amérique. (_Archives

curieuses_, 2e série, t. 12, p. 230.)]

De l'escu pour muid de vin qui se vend en Bretagne, cent

trente-quatre mil livres.

Des quatre cens mil livres dont le pays de Languedoc fait present au

roy de quatre ans en quatre ans, quatre cens mil livres.

De trente sols pour muid de sildre entrant à Rouën, soixante mil

livres.

L'entrée des drogues et espiceries, soixante-dix mil livres.

Des droicts qui se prennent le long de la rivière de Charente,

cinquante mil livres.

Des droicts qui se prennent le long de la rivière de Loire, cent mil

livres.

Des quatre mil livres du sel à Langres, celle-cy à neant.

Somme totale de la despence cy-dessus, dix-neuf millions cent

trente-six mil trois cens trente-cinq livres.

Laquelle somme arrestée, y compris les charges tant sur les

generalitez que sur les fermes, le tout revient à trente-six

millions neuf cens vingt-six mil cinq cens trente-huict livres, qui

se lèvent annuellement en France[121].

[Note 121: Sous Henri III, le revenu étoit de 32 millions;

sous Henri IV, de 35; Richelieu le doubla, et il alla

croissant jusqu'en 1660, puis baissa. (_Le détail de la

France_, Archiv. cur., 2e série.)]

Cy trente-six millions neuf cens vingt-six mil six cens trente-huict

livres.

_Chapitre de despence._

La chambre aux deniers, c'est à sçavoir ce qu'il faut pour la bouche

de Sa Majesté et des officiers de sa maison, trois cens trente mil

livres.

Les gages des officiers domestiques, trois cens mil livres[122].

[Note 122: Ils ne se montoient qu'à 270,000 en 1607.]

L'ecurie, neuf vingt-six mil livres.

L'argenterie, quatre-vingt-dix-huict mil quatre cens livres.

Les menus plaisirs du roy, six vingt-neuf mil livres.

Les offrandes et aumosnes, huict mil quatre cens livres.

La venerie, douze mil livres[123].

[Note 123: Sous Henri IV, d'après l'état de 1607, la

dépense de la vénerie montoit à 51,000 fr. Malgré le goût

de Louis XIII pour les oiseaux de chasse, la somme qu'il y

employoit en 1620 ne dépasse pas celle qui se trouve, pour

le même objet, portée au budget de son père.]

Les chevaux et oyseaux, dix-huict mil livres.

Les gentils-hommes de sa maison, deux cens mil livres[124].

[Note 124: On ne trouve en 1597 que 21,000 fr. pour les

cent gentilshommes. C'est qu'alors Sully veilloit à ce

qu'on ne vît pas renaître les dilapidations du règne

précédent, et «cette effrenée quantité d'officiers qui

detruisoient tous les revenus du roi». (_Oeconom. royales_,

coll. Petitot, t. 3, p. 17.)]

Les Suisses, vingt-deux mil livres.

Les gardes du corps, tant François que Suisses, deux cens mil livres.

Le prevost de l'autel, cinquante-deux mil deux cens livres.

Les bastimens, compris Fontaine-bleau, quatre cens quatre-vingt mil

livres.

Maison de la royne, trois cens mil livres.

Maison de monsieur le duc d'Anjou[125], frère du roy, sept vingt-deux

mil livres.

[Note 125: C'est Gaston, qui ne fut fait que plus tard duc

d'Orléans. Il avoit porté le titre qu'on lui donne ici dès

sa naissance, en 1610. La rue d'Anjou-Dauphine, dont la

construction est de la même date, lui doit son nom.]

Les garnisons, quinze cens mil livres.

Les autres gens de guerre, treize cens mil livres.

Artilleries, outre les sommes employées dans l'estat des finances,

deux cens quatre-vingt mil livres.

Fortifications et reparations, quatre cens soixante-dix-sept mil neuf

cent soixante livres.

Marines de Ponant, dix-huict mil livres.

Marines de Levant, deux cens soixante-dix-sept mil neuf cens soixante

livres.

Les voyages, deux cens deux mil livres.

Les deniers, deux cens mil livres.

Les menus dons, deux cens mil livres.

Les grosses estrennes du roy, cent cinquante mil livres.

Comptant ez mains du roy, sept vingt mil livres.

Les gouverneurs des provinces, quatre-vingt-neuf mil livres.

Les ambassadeurs, neuf vingt quatorze mil neuf cens quatre-vingt-unze

livres.

Les pensions, pour six millions quatre cens mil livres[126].

[Note 126: Elles n'étoient portées que pour 2,063,729

sur l'état de 1607. L'augmentation qu'on trouve ici, et

bien mieux encore le détail qu'on trouvera plus loin,

expliquent les plaintes contenues dans maint pasquil du

temps, notamment dans la pièce que nous avons donnée avant

celle-ci, _Turlupin le souffreteux_. On y trouve aussi

la preuve de ce qu'a dit Richelieu sur les dilapidations

commencées avec la régence de Marie de Médicis, et

forcément continuées même après la mort du marquis d'Ancre:

«Les présents que la reine fit aux grands au commencement

de sa régence étourdirent bien la grosse faim de leur

avarice et de leur ambition, mais elle ne fut pas pour cela

éteinte. Il falloit toujours faire de même si l'on vouloit

les contenter. De continuer à leur faire des gratifications

semblables à celles qu'ils avoient reçues, c'étoit chose

impossible. L'épargne et les coffres de la Bastille avoient

été épuisés, et quand on l'eût pu faire, encore n'eût-il

pas été suffisant.» (_Mémoires de Richelieu_, liv. 5.)]

L'Angleterre et Pays-Bas, un million neuf cens cinquante mil

livres[127].

[Note 127: Ce subside, dont je ne connois ni l'origine ni

l'objet, avoit été diminué d'un million depuis 1607.]

Les deniers en acquit, six cens quatre-vingt dix mil livres.

Les seigneurs de ligues des Suisses, douze cens mil livres.

Le grand duc, pour debtes, cent mil livres.

Le duc de Lorraine, pour debtes, cent mil livres.

Le duc de Guyse, pour debtes[128].

[Note 128: La somme manque ici, mais on sait par l'état de

1607 qu'elle étoit de 100,000 livres.]

Le cardinal de Joyeux, de Hombert, Bassompierre et Incarville, au

lieu du domaine dont ils ont été depossedez, cent mil livres.

Le duc de Vendosme et madame de Mercure[129], pour debte, cent

cinquante mil livres.

[Note 129: De Mercoeur.]

Le duc de Nemours, pour debte, quatre-vingt-dix mil livres[130].

[Note 130: Cette dette n'est pas sur l'état de 1607, où les

autres figurent.]

Le duc de Mantoue, pour debte, quarante-cinq mil livres.

Jamect et Gondy, pour debte, quatre-vingt dix mil livres.

Debtes de Languedoc, soixante-quinze mil livres.

Fermes, demandes de dedommagemens, deux cens mil livres.

Rentes à Rouen, soixante-douze mil livres.

Interests d'advances, trois cens mil livres.

Parties inopinées et non values, cy deux millions cent sept mil cinq

cens livres sept sols six deniers.

Somme toute de la despence cy-dessus, dix-neuf millions six cens

trente-six mil trois cens trente cinq livres.

Voilà donc à quoy revient ces despens, ce grand amas de finances

ausquels nous pouvons observer cet ordre de la nature, que, tout

ainsi que des fontaines naissent des ruisseaux, les rivières qui

tirent quelques fois leur origine de lacs dont les sources sont en

eux-mesmes et se desgorgent toutes dans la mer, de mesme se peut-il

voir des finances, en ce qu'après estre entrées en l'espargne, elles

en sortent, comme nous avons monstré cy-devant, et, se jettans par

les plus grosses veines, se respendent jusques aux plus moindres

partyes, qui sont les laboureurs et artizans, ausquels il faut

necessairement que la plus part s'en aille; et que si, pour conserver

le repos du royaume, il en sort quelque partie, aussi en entre-il

d'ailleurs par le moyen de ces quatre sources inexpirables: le bled,

le vin, les toilles et le pastel[131], dont la paye entretient

l'abondance et fait que le peuple se peut facilement acquitter de ce

qui luy est imposé sur luy, vivre paisiblement et d'esperer encore

mieux à l'advenir; car Sa Majesté veillant, comme elle a fait depuis

la paix, par les yeux de ceux qu'elle a commis et dignement choisis

en toutes les charges de son Estat, et recouvrant comme elle a fait

le douaire de sa sacrée couronne, sçavoir est le domaine dont il

y a party fait dès l'année mil six cens et douze[132], pour prest

de trente millions de livres, c'est le moyen le plus asseuré pour

l'enrichir, comme aussi le public, et en faire autant pour son peuple

comme pour Sa Majesté mesme.

[Note 131: Sur ce produit, l'une des principales richesses

de nos provinces méridionales, V. notre t. 3, p. 110-111.]

[Note 132: «Dès l'année 1608», lit-on dans l'_Etat_ de

1607, dont, sauf cette variante, tout ce paragraphe est la

reproduction.]

_Pensions de nosseigneurs et dames de la cour._

A monsieur le Prince, pour sa pension de la présente année 1621, cent

mil livres[133].

[Note 133: Un _état_ manuscrit des dépenses particulières

de Louis XIII pour 1641, pièce fort intéressante, que

M. Vallet de Viriville a publiée presque entièrement

dans le _Cabinet de lecture_ (10 juillet 1837), d'après

la copie possédée par la bibliothèque Sainte-Geneviève,

dans le recueil coté Z, 378, in-4, contient aussi l'_état

général des gages, appoinctemens et pensions que le roy

veult et ordonne estre payées par le tresorier de son

espargne aux princes, princesses, dames, officiers de la

couronne, seigneurs du conseil, gouverneurs des provinces,

gentilshommes et aultres_ ... On y trouve M. le Prince,

comme ici, en première ligne, mais pour une pension plus

forte: cent cinquante mille livres. De plus, son fils, le

duc d'Anguien (_sic_), en a une de 100 mille.]

A monsieur le comte de Soissons, soixante-dix mil livres.

A monsieur de Guyse, cent mil livres.

A monsieur le duc de Nevers, cent mil livres.

A monsieur de Longueville, quatre-vingt mil livres[134].

[Note 134: En 1641, il n'a plus que 26,000 livres, y

compris ses appointements de gouverneur de Normandie.]

A monsieur de Vandosme, cinquante mil livres.

A monsieur le duc d'Elbeuf, trente mil livres.

A monsieur le prince de Joinville, trente mil livres[135].

[Note 135: Frère du duc de Guise. On avoit acheté sa

fidélité à la cause du roi par cette pension et d'autres

avantages. V. _Lettres de Richelieu_ (documents inédits),

t. 1, p. 462, 475.]

A monsieur le duc d'Epernon, soixante-dix mil livres.

A monsieur le duc de Bouillon, quatre-vingt mil livres[136].

[Note 136: En 1641, Richelieu ayant fait en sorte qu'il

fût moins à craindre qu'en 1622, on ne lui donnoit plus

que 3,000 livres de pension, plus 10,000 «à cause de la

protection de Sedan».]

A monsieur de la Trimouille, cinquante mil livres[137].

[Note 137: En 1641, il n'a plus que 8,000 livres.]

A monsieur le chevalier de Vandosme, trente mil livres.

A monsieur l'admiral, quarante mil livres[138].

[Note 138: C'est le duc de Montmorency qui avoit alors

la charge d'amiral. Richelieu la supprima en 1627; il la

remplaça par celle de grand maître de la navigation, qu'il

prit pour lui.]

A monsieur le duc de Redz[139], vingt mil livres.

[Note 139: Celui dont la déroute au Pont-de-Cé est si

fameuse. Leclerc, (_Hist. de Richelieu_, 1694, in-8, p.

63.)]

A monsieur le comte de Laval, trente mil livres[140].

[Note 140: Urbain de Laval, maréchal de France, mort en

1629.]

A monsieur le comte de Chombert, trente mil livres[141].

[Note 141: Henri de Schomberg, alors superintendant des

finances.]

A monsieur d'Esdiguières[142], soixante mil livres.

[Note 142: Le duc de Lesdiguières.]

A monsieur de Montbazon, quarante mil livres[143].

[Note 143: Grand veneur de France. En 1641, il ne touche

plus que 10,000 livres. V. sur lui notre t. 5, p. 291.]

A monsieur le Connestable, soixante et dix mil livres[144].

[Note 144: Le duc de Luynes, alors connétable en effet.]

A monsieur de Brante, trente mil livres.

A monsieur de Cadenet, vingt mil livres[145].

[Note 145: Les deux frères de Luynes. V. sur eux les

_Caquets de l'Accouchée_, passim.]

A monsieur de Bassompierre, trente mil livres.

A monsieur le duc de Rouennois[146].

[Note 146: Le duc de Roannez.]

A monsieur le comte de S.-Aignan[147], trente mil livres.

[Note 147: Celui qui eut une si belle part à la déroute du

duc de Retz au Pont-de-Cé. V. le _Baron de Fæneste_, liv.

4, chap. 2.]

A monsieur le Grand[148], cinquante mil livres.

[Note 148: Le duc de Bellegarde, _grand_ écuyer de France.

En 1641, il n'a plus que 10,000 livres, et encore est-ce

comme conseiller d'Etat. Richelieu, on le voit, avoit

réduit tous les favoris, et Bellegarde l'avoit été plus

qu'aucun, à la portion congrue.]

A monsieur le mareschal de Souvray, quarante mil livres.

A monsieur le Premier[149], quarante mil livres.

[Note 149: On appeloit M. _le Grand_ le maître de la grande

écurie du roi, et M. _le Premier_ celui qui commandoit à la

petite.]

A monsieur le comte de la Roche-Foucault[150], vingt mil livres.

[Note 150: François de La Rochefoucauld, père de l'auteur

des _Maximes_, fait en 1612 maître de la garde-robe par le

maréchal d'Ancre, et duc et pair en 1622 par Louis XIII.]

A monsieur de Termes[151], quinze mil livres.

[Note 151: Le baron de Termes, frère du duc de Bellegarde.

Il mourut cette même année, 1621, le 22 juillet, d'une

blessure qu'il avoit reçue au siége de Clérac.]

A monsieur de la Roche Guyon, dix mil livres.

A monsieur le vicomte de Pardaillan, dix mil livres.

A monsieur de Rauquelaure[152], trente mil livres.

[Note 152: Antoine de Roquelaure, maréchal de France, mort

en 1626.]

A monsieur le vicomte de Sardigny[153], soixante mil livres.

[Note 153: Scipion Sardini, financier anobli. V. sur lui et

sur sa maison le t. 5, p. 221.]

A monsieur de Suilly, quarante mil livres[154].

[Note 154: Le duc de Sully. Ce grand ennemi des pensions

ne laissoit pas, comme on voit, que d'en toucher une assez

bonne, sans préjudice de celle dont étoit gratifié son

fils, le marquis de Rosny, qui suit ici la sienne.]

A monsieur le marquis de Rosny, vingt mil livres.

A monsieur le marquis de Nesles, vingt mil livres.

A monsieur le marquis de Coeuvre[155], dix mil livres.

[Note 155: François Annibal d'Estrées, marquis de Coeuvres,

se rendit fameux dans les ambassades. Il étoit frère de

Gabrielle. V. les _Caquets de l'Accouchée_, p. 149.]

A monsieur de Vantadour, vingt mil livres.

A monsieur le comte de Fiesques[156], vingt mil livres.

[Note 156: Charles-Louis, comte de Fiesque, qui joua un

rôle dans la Fronde parmi les conseillers de Gaston. Sa

femme, Gilone d'Harcourt, figure dans l'_Histoire amoureuse

des Gaules_.]

A monsieur le vidasme du Mans, vingt mil livres.

A monsieur le vidame de Chartres, vingt mil livres.

A monsieur de Mortemar, dix mil livres[157].

[Note 157: En 1641, il est l'un des trois premiers

gentilshommes de la chambre du roi, et reçoit en cette

qualité 6,000 livres. Son marquisat devint duché-pairie en

1650. On l'appeloit le beau Mortemart. V. t. 5, p. 154.]

A monsieur de Biron, vingt mil livres[158].

[Note 158: En 1641, il n'a plus que 2,000 livres de

pension, et nous le trouvons perdu parmi les 400

pensionnaires environ que la pièce du recueil de la

Bibliothèque Sainte-Geneviève comprend sous le titre de

_Cour_.]

A monsieur d'Antragues[159], dix mil livres.

[Note 159: Balzac d'Entraigues ou d'Antragues, ancien

gouverneur d'Orléans, père de la marquise de Verneuil. Il

vivoit retiré dans sa terre de Malesherbes, où Henri IV

l'avoit exilé après la découverte de sa conspiration avec

l'Espagne. Il est étrange que Louis XIII pensionne un tel

homme.]

A monsieur le comte de Chiverny[160], dix mil livres.

[Note 160: Fils du chancelier de France sous Henri III et

sous Henri IV, auteur des _Mémoires_ si célèbres.]

A monsieur le comte de Sanxerre, dix mil livres.

A monsieur de la Curée, six mil livres.

A monsieur Daigremont, dix mil livres.

A monsieur de Crequy, douze mil livres[161].

[Note 161: Maréchal de France, gendre de M. de

Lesdiguières.]

A monsieur de Praslin, dix mil livres.

A monsieur le marquis de Ragny, huict mil livres.

A monsieur le marquis de Mosny[162], huict mil livres.

[Note 162: Nous ne le trouvons nommé que dans les

_Contreveritez de la cour_. V. notre t. 4, p. 342. C'étoit,

à ce qu'il paroît, un grand fou.]

A monsieur de Villepreux, dix mil livres[163].

[Note 163: Le même qui plus tard accompagna le duc de Guise

dans son expédition de Naples, et fut l'un de ceux qui le

servirent le mieux. V. Collect. Petitot, 2e série, t. 56,

p. 181.]

A monsieur de Sainct-Gerant[164], huict mil livres.

[Note 164: Il ne nous est connu que comme agent de Sully

pour une mission qu'il lui donna à Moulins. V. _Oeconom.

royales_, édit. Petitot, t. 7, p. 407.]

A monsieur de Courtenvaux[165], dix mil livres.

[Note 165: Gille de Souvray, marquis de Courtanvaulx,

maréchal de France, gouverneur de Louis XIII. Il fut tué

dans une affaire près d'Arras. V. Mém. de Monglat, Coll.

Petitot, 2e série, t. 49, p. 276.]

A monsieur le chevalier de Souvray[166], dix mil livres.

[Note 166: Il étoit en 1641 premier gentilhomme de la

chambre et recevoit 6,000 livres.]

A monsieur Dallincourt[167], vingt mil livres.

[Note 167: Fils de Villeroy, l'un de ceux qui travaillèrent

le plus à faire chasser Sully du ministère.]

A monsieur Daumont[168], dix mil livres.

[Note 168: Antoine d'Aumont, fort jeune alors. Il devint

maréchal de France sous Louis XIV.]

A monsieur de Salcedde, dix mil livres.

A monsieur le vicomte de Bourgueil, dix mil livres.

A monsieur le comte de S.-Paul[169], trente mil livres.

[Note 169: Gouverneur d'Orléans. Sa femme recevoit encore

en 1641 une pension de 6,000 livres.]

A monsieur de Nangy[170], vingt mil livres.

[Note 170: Très brave officier, qui servoit comme mestre de

camp au siége de Gravelines, en 1652, et y fut tué.]

A monsieur de Montespan, dix mil livres.

A monsieur d'Argouges, dix mil livres.

A monsieur d'Aubigny, huict mil livres.

A monsieur de Razilly[171], huict mil livres.

[Note 171: M. de Razilly étoit un voyageur revenu depuis

1613 des îles d'Amérique, d'où il avoit ramené toute une

famille de sauvages, dont il est longuement parlé dans les

lettres de Malherbe à Peiresc. V. p. 258, etc.]

A monsieur du Plessy-Mornay, trente-six mil livres.

A monsieur Benjamin[172], dix mil livres.

[Note 172: Le même que Saint-Amant appelle

Des bons escuyers la source.

Il tenoit à Paris une académie d'équitation. L'abbé

Arnauld, qui travailloit à son académie en 1634, fait

de lui les plus grands éloges. Cinq-Mars prit aussi de

ses leçons, ainsi que le duc d'Enghien, «et, dit l'abbé,

c'est, je crois, la plus forte preuve qu'on puisse donner

de l'estime dans laquelle estoit cet excellent maistre».

(_Mém._ de l'abbé Arnauld, Collect. Petitot, 2e série, t.

34, p. 130, 134, 135.)]

A monsieur de Vignolles[173], dix mil livres.

[Note 173: Il avoit été maréchal de camp sous Henri IV.

C'est lui qui, lors de la panique de 1636, conseilla

d'attaquer Corbie, jurant de le reprendre en quinze jours.

On se trouva bien d'avoir suivi son conseil.]

A monsieur le marquis de Conaquin, dix mil livres.

A monsieur de Riberpré[174], douze mil livres.

[Note 174: On le récompensoit là sans doute d'avoir été

l'un des ennemis du maréchal d'Ancre et d'avoir failli être

tué par ses _bravi_. V. Collect. Petitot, t. 21 _bis_, p.

236.]

A monsieur le marquis de Nouailles, dix mil livres.

A monsieur de Mout[175], douze mil livres.

[Note 175: Le voyageur de Mout, qui découvrit pour nous,

avec Champlain, les côtes de l'Acadie. V. sur lui t. 3, p.

165, note.]

A monsieur d'Estisac[176], dix mil livres.

[Note 176: Le marquis d'Estissac, dont il est parlé dans

les _Mémoires_ de Mme de Motteville à propos de sa prise

de possession de La Rochelle, où il demeura fidèle au roi.

C'est aussi lui qui chassa de Marennes les gens du comte de

Dognon. V. _Mém._ de Monglat, Collect. Petitot, 2e série,

t. 50, p. 395.]

A monsieur de Pouille, huict mil livres,

A monsieur de Rohan, trente-six mil livres.

A monsieur de Bellangreuille, cinquante mil livres.

A monsieur de Cangey, huict mil livres.

A monsieur de Sauveterre[177], huict mil livres.

[Note 177: Il fut quelque temps l'un des premiers valets

de chambre de la garde-robe; mais, étant accusé de vouloir

mettre de la mésintelligence entre le roi et sa mère, il

fut contraint à se retirer.]

A monsieur le comte d'Auvergne, quarante mil livres.

A monsieur de Pommereuze, dix mil livres.

A monsieur de Moncanisy, dix-huict mil livres.

A monsieur de Matignon, dix mil livres.

A monsieur de Vaubecourt, douze mil livres.

A monsieur de la Pardis, douze mil livres.

A monsieur le marquis de Marrigny, dix mil livres.

A monsieur de Fourneaux, douze mil livres.

A monsieur de Baigneux, dix mil livres.

A monsieur de Grandmond, huict mil livres[178].

[Note 178: En 1641, le sieur de Grammont, «fils naturel de

M. le prince de Conti», n'est porté que pour 2,000 livres.]

A monsieur de Martainville, six mil livres.

A monsieur Ribère, medecin[179], huict mil livres.

[Note 179: Sur l'état de 1641 le médecin Ribère ne se

trouve plus, mais il y en a _six_ autres à sa place:

Bonnard, _premier medecin du roy_, pour 12,000 livres de

gages; Seguin, _premier medecin de la reyne_, pour 6,000;

Guillemeau, _medecin ordinaire du roy_, pour 2,400; Citoye,

_medecin du roy_ (il étoit aussi, comme on sait, celui du

cardinal de Richelieu), touchoit 2,000 livrés «pour sa

pention», et non pour ses gages; enfin Le Teillier, médecin

du roy, touchoit 1,200 livres.--Ce qui nous étonne, c'est

de ne pas voir ici le nom d'Hérouard, qui devoit être

pourtant, en 1621, attaché à la personne du roi, d'après ce

que dit Tallemant (édit. in-12, t. 3, p. 62): «J'oubliois

que son médecin Hérouard a fait plusieurs volumes de tout

ce que le roi a fait, qui commencent depuis l'heure de

sa naissance jusqu'au siége de La Rochelle, où vous ne

voyez rien, sinon à quelle heure il se réveilla, déjeuna,

cracha, pissa, etc.» Ce singulier manuscrit a été indiqué

par le P. Lelong dans sa _Bibliothèque de la France_, t.

2, nº 21,448. Il porte ce titre: _La Ludovicotrophie_, ou

_Journal de toutes les actions et de la santé de Louis,

dauphin de France, qui fut ensuite le roi Louis XIII,

depuis le moment de sa naissance jusqu'au 29 janvier

1628_, par Jehan Hérouard, premier médecin du prince. Il

paraîtroit qu'Amelot de la Houssaye avoit eu connoissance

de ce journal, quand il écrivit, ne se trompant que sur

le nom du médecin: «Bouvard, médecin de Louis XIII, lui

fit prendre en un an 215 médecines et 212 lavements, et le

fit saigner 47 fois.» (_Mémoires historiques_, t. 2, p.

193-194.) Ce _Journal_ est aujourd'hui parmi les manuscrits

de la bibliothèque de l'Arsenal, in-4, nº 184.]

A monsieur de Blammesnil, six mil livres.

A monsieur du Bois-Chastellier[180], huict mil livres.

[Note 180: Ne seroit-ce pas Dubois, l'un des premiers

valets de chambre du roi, de qui l'on a le _Mémoire fidèle

des choses qui se sont passées à la mort de Louis XIII_,

etc., publié d'abord à Amsterdam (_Curiosités historiques_,

1759, t. 2, p. 44), puis par MM. Michaud et Poujoulat,

qui ne rappellent pas sa première publication dans leur

nouvelle collection de _Mémoires_, 1re série, t. 11, p.

523.]

A monsieur de Lormeroux, dix mil livres.

A monsieur de Conflans, huict mil livres.

A monsieur de Beaugrand, escrivain du roy, trois mil livres.

A monsieur Gentil, joueur de paulme de Sa Majesté, deux mil livres.

Au sieur Hierosnime, espadacin du roy, trois mil livres[181].

[Note 181: Dans l'état de 1641, l'on ne retrouve plus ces

trois derniers emplois, qui indiquent qu'en 1621 Louis

XIII, qui n'avoit que 20 ans, apprenoit encore l'écriture,

la paulme et les armes. On y trouve en revanche: Jacques Le

Vasseur, _trompette du roy_, porté pour 400 livres; Jacques

Abraham, _oiseleur et siffleur de linottes_, pour 200; le

_petit fourbisseur_, pour 600; Boccan, _maître à danser

de la reyne_, pour 800, et le sieur Dupré, _saulteur_,

pour la même somme. En 1659, d'après l'_Estat général des

officiers, domesticques et commensaux de Sa Majesté_ ...,

tiré des Mémoires de M. de Saintot, par le sieur de La

Marinière, Paris, 1660, in-8, l'on apprend que le maître à

danser du jeune roi (Louis XIV) recevoit 2,000 livres, son

maître de dessin 1,500, tandis que celui qui lui montroit

l'écriture n'en avoit que 300.]

_Capitaines des gardes._

A monsieur de Saincte-Collombe, trois mil livres.

A monsieur de Fourrilles[182], deux mil livres.

[Note 182: Il fut plus tard lieutenant-colonel du régiment

des gardes et grand maréchal des logis. En 1641 il avoit

cette dernière charge et recevoit 2,000 livres, plus 4,000

auxquelles il avoit droit «pour la pention qu'avoient ses

prédécesseurs et qu'il avoit acheptée avec sa charge.»

Le premier, selon Mme de Nemours, il démêla les bonnes

qualités de Louis XIV. (Collect. Petitot, 2e série, t. 34,

p. 305.)]

A monsieur de Campaignolles, deux mil livres.

A monsieur de Formagères, deux mil livres.

A monsieur Tilladet, deux mil livres.

A monsieur de Meux, deux mil livres.

A monsieur de Bourdet, deux mil livres.

A monsieur de la Salle, deux mil livres.

A monsieur de Bourg, deux mil livres.

A monsieur de Nangy, deux mil livres.

A monsieur de Goaas[183], deux mil livres.

[Note 183: C'est lui qui, au siége de Montpellier, en 1622,

eut une querelle avec M. de Marillac pour une sentinelle de

sa compagnie que celui-ci avoit frappée. V., à cette date,

les _Mémoires de Puységur_.]

A monsieur de Grandpré, deux mil livres.

A monsieur de Castellier, deux mil livres.

A monsieur de Grandpré, deux mil livres.

A monsieur de Livroux, deux mil livres.

_Pairs de France, Clergé._

A monsieur l'evesque de Noyon, douze mil livres.

A monsieur l'evesque de Chaallons, dix mil livres.

A monsieur l'evesque de Laon, dix mil livres.

A monsieur l'archevesque de Rheims, douze mil livres.

A monsieur l'evesque de Langres, dix mil livres.

A monsieur l'archevesque de Sens, quinze mil livres.

A monsieur l'archevesque de Lyon, douze mil livres.

A monsieur l'evesque de Paris, douze mil livres.

A monsieur l'evesque de Senlis, huict mil livres.

A monsieur l'archevesque d'Anbrun, huict mil livres.

A monsieur l'evesque de Chartres, huict mil livres.

A monsieur l'archevesque de Bourges, dix mil livres.

A monsieur l'evesque de Lisieux, dix mil livres.

A monsieur l'archevesque de Roüen, huict mil livres.

A monsieur l'archevesque de Tours, six mil livres.

A monsieur l'archevesque d'Arles, huict mil livres.

A monsieur l'evesque de Rennes, huict mil livres.

A monsieur l'evesque de Nantes, six mil livres.

A monsieur l'archevesque de Bourdeaux, huict mil livres.

A monsieur l'archevesque d'Aix, dix mil livres.

A monsieur l'evesque de Montpellier, dix mil livres.

A monsieur l'archevesque de Thoulouze, huict mil livres.

_Conseillers d'Estat._

A monsieur le chancellier[184], soixante mil livres.

[Note 184: Personne alors n'occupoit cette haute charge:

Luynes se l'étoit réservée. C'est lui qui tenoit les sceaux

et qui, par conséquent, touchoit aussi les appointements.

Après sa mort, le président du Vair, dont le nom suit, fut

fait chancelier, mais mourut lui-même après un très court

exercice.]

A monsieur le president du Vair, quatre-vingt mil livres.

A monsieur le premier president, douze mil livres[185].

[Note 185: C'étoit Nicolas de Verdun. V. sur lui _les

Caquets de l'Accouchée_, p. 143-144.]

A monsieur le president Jeannin, dix mil livres.

A monsieur le president de Hacqueville, dix mil livres[186].

[Note 186: Jérôme de Hacqueville. Il fut premier président

en 1627, après la mort de M. de Verdun, et mourut lui-même

l'année suivante.]

A monsieur de Villemontée, huict mil livres.

A monsieur de Roissy, dix mil livres.

A monsieur de Villotreys[187], douze mil livres.

[Note 187: Le sieur de Villautrais, que sa fortune de

partisan avoit porté au Conseil d'Etat. V. _les Caquets de

l'Accouchée_, p. 365.]

A monsieur de Vicq, dix mil livres[188].

[Note 188: Meri de Vic, sieur d'Ermenonville, qui fut

chancelier de France après du Vair, et mourut l'année qui

suivit son entrée en charge.]

A monsieur de Belesbat, douze mil livres.

A monsieur le president Crespin, dix mil livres.

A monsieur de Bullon[189], douze mil livres.

[Note 189: Claude de Bullion, qui mourut en 1640

surintendant des finances.]

A monsieur le president de l'Escaloppier[190], dix mil livres.

[Note 190: Celui dont la femme fit tant parler et pour

laquelle on composa la fameuse chanson des Feuillantines.]

A monsieur de Revol, dix mil livres.

A monsieur de Hacqueville, dix mil livres.

A monsieur de Harlay[191], douze mil livres.

[Note 191: Fils de l'ancien premier président. Il devint

lui-même procureur général, et mourut en 1671.]

A monsieur le Chevallier[192], douze mil livres.

[Note 192: Le président Chevalier, dont il est parlé dans

_les Caquets de l'Accouchée_, p. 27.]

A monsieur le president Gabellin, quatre mil livres.

A monsieur le president Hannequin, six mil livres.

A monsieur de Beaumont, huict mil livres.

A monsieur Durier[193], six mil livres.

[Note 193: Au lieu de Durier, ne faut-il pas lire Duret,

sieur de Chevry? Il avoit été secrétaire de Sully et étoit

devenu président de la chambre des comptes. V. t. 4, p.

156.]

A monsieur Ollier[194], dix mil livres.

[Note 194: Il n'étoit que conseiller au Parlement sous

Henri IV. L'on a de lui de très curieux _Mémoires_ mss. qui

se trouvent à la Bibliothèque impériale, nº 9821-3.]

A monsieur de Pont-Chartrain, douze mil livres.

A monsieur Puget[195], quatre mil livres.

[Note 195: Fameux trésorier de l'épargne. V. Tallemant,

édit. in-12, t. 8, p. 116, et notre édit. des _Caquets de

l'Accouchée_, p. 39, note.]

A monsieur Phlippeaux[196], quatre mil livres.

[Note 196: Paul Phelypeaux de Pontchartrain. Il mourut

cette même année 1621.]

A monsieur de Moram, quatre mil livres.

A monsieur D'Herbault[197], quatre mil livres.

[Note 197: Remi Phelypeaux d'Herbault, mort en 1629.]

A monsieur de Vausclans, douze mil livres.

A monsieur de Sancy, trente mil livres.

_Gens du roy._

A monsieur le procureur general, huict mil livres[198].

[Note 198: C'étoit alors Nicolas de Bellièvre, qui mourut

en 1650.]

A monsieur Servin[199], advocat general, six mil livres.

[Note 199: Louis Servin, mort en 1626.]

A monsieur le Bret[200], advocat general, six mil livres.

[Note 200: Cardin le Bret, mort en 1654.]

_Secretaires d'Estat._

A monsieur de Seaux[201], vingt mil livres.

[Note 201: Le comte de Sault. Il figure en 1641 parmi les

premiers gentilshommes de la chambre, et reçoit en cette

qualité 6,000 livres.]

A monsieur de Pont-Chartrain, vingt mil livres.

A monsieur de Lermenye[202], vingt mil livres.

[Note 202: Lisez Antoine de Loménie, qui fut en effet

secrétaire d'Etat jusqu'en 1638, année de sa mort.]

A monsieur Phlipeaux, vingt mil livres.

A monsieur de Flexelles, greffier du conseil, deux mil livres.

Aux cinq huissiers du conseil, six mil livres.

_Dames._

A madame la Princesse, trente mil livres.

A madame la princesse de Conty, vingt mil livres.

A madame de Guyse, la douairière[203], vingt mil livres.

[Note 203: Elle faisoit beaucoup parler d'elle alors à

cause de son commerce avec M. de Bellegarde. V. t. 5, p.

155.]

A madame d'Elbeuf, la mère, dix mil livres[204].

[Note 204: C'est la même qui, en 1631, prit parti avec la

princesse de Conti et le duc d'Orléans contre le cardinal

et fut exilée.]

A madame de la Trimouille, dix mil livres.

A madame de Rohan, douze mil livres.

A madame de Longueville la mère, douze mil livres.

A madame la marquise de Verneuil[205], dix mil livres.

[Note 205: Henriette d'Entragues, dont les amours avec

Henri IV sont si connus. Elle mourut en 1633. Il est

curieux de voir ici le fils pensionner la maîtresse de son

père.]

A madame la comtesse de Mouret[206], dix mil livres.

[Note 206: Encore une maîtresse de Henri IV pensionnée par

son fils. C'est Jacqueline de Beuil, comtesse de Moret, qui

eut du roi, en 1607, ce comte de Moret tué à la bataille de

Castelnaudary, en 1632.]

A madame des Essars[207], douze mil livres.

[Note 207: Charlotte des Essars, comtesse de Romorantin.

C'est encore une des maîtresses de Henri IV, qui en

eut deux filles, l'abbesse de Fontevrault et l'abbesse

de Chelles. Elle mourut en 1651, femme du maréchal de

l'Hospital. Nous ne la trouvons pas sur l'_Etat_ de 1641,

mais nous y trouvons sa fille, l'abbesse de Fontevrault,

pour 3,600.]

Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 14 / 118 题