LETTRE XIX

_CÉCILE VOLANGES au Chevalier DANCENY._

Vous étiez si triste, hier, monsieur, et cela me faisait tant de peine,

que je me suis laissée aller à vous promettre de répondre à la lettre

que vous m'avez écrite. Je n'en sens pas moins aujourd'hui que je ne

le dois pas; pourtant, comme je l'ai promis, je ne veux pas manquer à

ma parole, et cela doit bien vous prouver l'amitié que j'ai pour vous.

A présent que vous le savez, j'espère que vous ne me demanderez pas de

vous écrire davantage. J'espère aussi que vous ne direz à personne que

je vous ai écrit; parce que sûrement on m'en blâmerait, et que cela

pourrait me causer bien du chagrin. J'espère surtout que vous-même

n'en prendrez pas mauvaise idée de moi, ce qui me ferait plus de peine

que tout. Je peux bien vous assurer que je n'aurais pas eu cette

complaisance-là pour tout autre que vous. Je voudrais bien que vous

eussiez celle de ne plus être triste comme vous étiez, ce qui m'ôte

tout le plaisir que j'ai à vous voir. Vous voyez, monsieur, que je vous

parle bien sincèrement. Je ne demande pas mieux que notre amitié dure

toujours, mais, je vous en prie, ne m'écrivez plus.

J'ai l'honneur d'être,

Cécile VOLANGES.

_De..., ce 20 août 17**._

Les liaisons dangereuses Lettres recueillies dans une Société et publiées pour l'instruction de quelques autres · 第 37 / 207 题