Nous croyons devoir prévenir le public que, malgré le titre de
cet ouvrage et ce qu'en dit le rédacteur dans sa préface, nous ne
garantissons pas l'authenticité de ce recueil, et que nous avons même
de fortes raisons de penser que ce n'est qu'un roman.
Il nous semble de plus que l'auteur, qui paraît pourtant avoir cherché
la vraisemblance, l'a détruite lui-même, et bien maladroitement, par
l'époque où il a placé les événements qu'il publie. En effet, plusieurs
des personnages qu'il met en scène ont de si mauvaises mœurs qu'il est
impossible de supposer qu'ils aient vécu dans notre siècle; dans ce
siècle de philosophie, où les lumières, répandues de toutes parts, ont
rendu, comme chacun sait, tous les hommes si honnêtes et toutes les
femmes si modestes et si réservées.
Notre avis est donc que, si les aventures rapportées dans cet ouvrage
ont un fonds de vérité, elles n'ont pu arriver que dans d'autres lieux
ou dans d'autres temps, et nous blâmons beaucoup l'auteur qui, séduit
apparemment par l'espoir d'intéresser davantage en se rapprochant plus
de son siècle et de son pays, a osé faire paraître sous notre costume
et avec nos usages, des mœurs qui nous sont si étrangères.
Pour préserver au moins, autant qu'il est en nous, le lecteur trop
crédule de toute surprise à ce sujet, nous appuierons notre opinion
d'un raisonnement que nous lui proposons avec confiance, parce qu'il
nous paraît victorieux et sans réplique: c'est que sans doute les mêmes
causes ne manqueraient pas de produire les mêmes effets, que cependant
nous ne voyons point aujourd'hui de demoiselle, avec soixante mille
livres de rente, se faire religieuse, ni de présidente, jeune et jolie,
mourir de chagrin.