SECTION I.

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HENRI POINCARÉ

PRINCIPAUX OUVRAGES DE M. ERNEST LEBON.

Chez M. Gauthier-Villars, Quai des Grands-Augustins, 55, Paris.

+Histoire abrégée de l'Astronomie.+ Petit in-8, en caractères

elzévirs, titre en deux couleurs, avec 16 portraits et 1 Carte

du Ciel; 1899 (_Ouvrage couronné par l'Académie Française_). 8 fr.

+Théorie et Application des Sections homothétiques de deux

quadriques.+ Grand in-8, avec 9 figures; 1884 2 fr.

SAVANTS DU JOUR: _Biographie, Bibliographie analytique des

Écrits._ Grand in-8 (28-19), papier de Hollande, avec un

portrait en héliogravure (_Collection honorée d'une

Souscription de l'Académie des Sciences, des Ministères

de l'Instruction publique de France et de Roumanie_):

+Henri Poincaré+, 1 vol. de IV-112 p., 2e éd., 25 mai 1912 7 fr.

+Gaston Darboux+, 1 vol. de VIII-72 p., 10 Janvier 1910 7 fr.

+Émile Picard+, 1 vol. de VIII-80 p., 1er Juin 1910 7 fr.

+Paul Appell+, 1 vol. de VIII-71 p., 10 Novembre 1910 7 fr.

+Gabriel Lippmann+, 1 vol. de VIII-70 p., 15 Juillet 1911 7 fr.

Chez MM. Delalain Frères, Boulevard Saint-Germain, 115, Paris.

+Traité de Géométrie Descriptive+ (comprenant la +Géométrie

Cotée+). 2 vol. grand in-8.

Ier VOLUME. _Classe de Mathématiques_, 286 épures dans le

texte; 3e éd., 1901 5 fr.

IIe VOLUME. _Classe de Mathématiques spéciales_, 199 épures

dans le texte, 1 Atlas in-8 de 14 planches in-4 gravées;

1882 12 fr.

+Table de Caractéristiques relatives à la base 2310 des

Facteurs Premiers d'un nombre inférieur à 30030.+

Gr. in-8, 12 pages de texte, 20 Tableaux; 1906 (_Ouvrage

honoré d'une Subvention de L'Association Française pour

l'Avancement des Sciences_) 1 fr. 50

[Illustration: Portrait de Henri Poincaré

Cliché Manuel Imp. Ch. Wittmann]

SAVANTS DU JOUR

HENRI POINCARÉ

BIOGRAPHIE,

BIBLIOGRAPHIE ANALYTIQUE DES ÉCRITS

PAR

Ernest LEBON,

Agrégé de l'Université,

Lauréat de l'Institut (Ac. Fr. et Ac. des Sc.),

Correspondant des Académies de Lisbonne et de Metz,

de la Société royale des Sciences de Liège.

SECONDE ÉDITION

ENTIÈREMENT REFONDUE.

PARIS,

GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE

DU BUREAU DES LONGITUDES, DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE.

Quai des Grands-Augustins, 55

25 MAI 1912

(Tous droits réservés.)

HENRI POINCARÉ

SECTION I.

BIOGRAPHIE.

_EXTRAIT DE LA_ RÉPONSE DE M. FRÉDÉRIC MASSON, DIRECTEUR DE

L'ACADÉMIE FRANÇAISE, AU DISCOURS DE M. HENRI POINCARÉ, PRONONCÉ

DANS LA SÉANCE DU 28 JANVIER 1909.

MONSIEUR,

Lorsque vous avez sollicité d'être admis dans notre Compagnie, vous

faisiez déjà partie de trente-cinq Académies. Elles vous avaient

spontanément recherché ou elles vous avaient accueilli avec un

empressement marqué. Où que vous alliez dans le monde, vous êtes assuré

de trouver des confrères qui s'honorent d'autant plus de célébrer votre

venue qu'ils en reçoivent l'apparence d'avoir compris vos travaux. En

France, vous êtes «le Maître» pour quiconque participe aux études

mathématiques; vous présentez dans notre pays l'unique exemple d'une

supériorité unanimement reconnue, et votre réputation, formée dès vos

débuts par vos camarades de l'École Polytechnique, soutenue par vos

collègues de la Sorbonne, répandue par vos confrères de l'Académie des

Sciences, proclamée plébiscitairement par les savants de l'Europe

entière, s'est établie comme un axiome;--celui-là, Monsieur, vous ne le

contesterez pas.

Ainsi porté par les suffrages de tous ceux qui étaient dignes de vous

entendre, vous vous êtes présenté à nous. L'Académie n'a sur une oeuvre

telle que la vôtre aucune juridiction; mais par une tradition plus que

trois fois séculaire, à chaque fois que, dans l'Académie des Sciences sa

soeur cadette et son émule, elle a vu s'élever un homme d'un mérite

exceptionnel, qui fût en quelque sorte désigné par le suffrage de ses

pairs, elle a désiré se l'adjoindre, non seulement parce qu'elle tient à

honneur de rester ouverte à toutes les illustrations nationales, mais

parce qu'il lui importe de s'assurer l'active collaboration de savants

prêts à l'éclairer sur la signification et l'usage des mots que les

sciences naturelles, physiques et mathématiques fournissent à la langue.

L'évolution que cette langue subit depuis trois quarts de siècle pour

acquérir des mots correspondant à des connaissances nouvelles lui rend

l'accession d'hommes de science plus désirable qu'elle ne fut jamais.

Toujours pourtant ils y figurèrent en nombre respectable. Vous en avez

cité trois: vous eussiez pu être plus généreux envers vos devanciers.

Même en négligeant Bureau de la Chambre et l'abbé Galloys, vous eussiez

pu remonter à Fontenelle et, entre des hommes tels que Terrasson,

Mairan, Maupertuis, Buffon, d'Alembert, La Condamine, Condorcet, Bailly,

Vicq d'Azir, distinguer ceux dont vous vous recommandez comme

d'ancêtres. N'y a-t-il vraiment que d'Alembert? De même, parmi les

membres de l'Académie renouvelée, vous avez nommé seulement Bertrand et

Pasteur: Laplace, Cuvier, Fourier, Flourens, Biot, Claude Bernard,

Jean-Baptiste Dumas ne paraissaient pas moins dignes de louange et vous

m'avez laissé--ce dont je vous remercie--le très grand honneur de

commémorer le dernier parti, celui dont vous occuperez parmi nous la

place, sinon le fauteuil, et auquel vous succédez en réalité, Marcelin

Berthelot....

Naturalistes, physiciens, chimistes, astronomes, mathématiciens s'y sont

ainsi succédé sans qu'on tînt compte des matières spéciales qu'ils

avaient étudiées. Ils représentaient les sciences, donc la Science.

C'est cette lignée que vous continuerez; c'est celle que vous êtes

appelé à perpétuer; mais, si les travaux de vos devanciers ont été, dans

une mesure au moins, accessibles à notre admiration, si nous sommes

certains des progrès que plusieurs d'entre eux ont fait réaliser à

l'humanité dans l'art de vivre, si l'effort littéraire auquel d'autres

se sont livrés ont rendu leurs découvertes spéculatives sensibles même à

ces «gens du monde» pour qui vous avez peu d'indulgence, je me

trouve--et je l'avoue franchement--singulièrement embarrassé à votre

égard.

Dans un de vos livres récents, vous vous êtes demandé avec un étonnement

que vous ne dissimulez point: «Comment se fait-il qu'il y ait des gens

qui ne comprennent pas les mathématiques?» Or, c'est à moi, qui suis

dans ce cas très fâcheux, et le seul sans doute de mes confrères, que

nos règlements assignent le devoir et l'honneur de vous souhaiter la

bienvenue.

Certes mon infirmité me peine; mais, à des degrés différents, presque

tous mes semblables en paraissent affligés, et vous reconnaissez

vous-même qu'au-dessus d'un certain niveau il doit en être ainsi. Qu'un

jeune homme reste rebelle aux démonstrations prévues par les programmes

de l'Enseignement secondaire, cela vous paraît «surprenant»; s'il s'agit

de l'Enseignement supérieur, vous trouvez des excuses et, quant aux

hautes spéculations, comme vous n'y êtes suivi que par trois ou quatre

de vos émules,--faut-il dire quatre?--vous témoignez qu'il faut être

indulgent au restant de l'humanité. Cette faiblesse qui ne devrait pas

atteindre «les esprits bien faits» a donc ses degrés et en quelque façon

sa hiérarchie: d'étage en étage, on s'élève vers des régions qui sont de

moins en moins abordables; sur les pentes de la montagne, les

ascensionnistes s'espacent las et découragés; certains, dont je suis,

sont restés en bas; ils ne vous suivent même plus des yeux dans votre

course olympique, mais ils ne vous acclament pas moins avec une

enthousiaste admiration, lorsque parvenu, par l'effort de votre génie,

au sommet du pic qu'on déclarait inaccessible, vous gravez un nom

français.

L'Académie vous a prouvé par ses suffrages l'estime où elle vous tient;

aussi bien, pour plaider votre cause un de ses membres s'était présenté

qu'entoure la respectueuse déférence de ses confrères et qui, à la

compétence scientifique joint une lucidité d'exposition et une justesse

d'expression qui font de lui un des orateurs les plus remarqués de notre

temps. Puis-je faire mieux qu'enregistrer ses paroles: «M. Poincaré,

a-t-il dit, est un esprit très vaste.... Il est tout à fait remarquable

par la diversité et la profondeur de ses connaissances. Il est non

seulement géomètre, mais physicien et astronome, non à la manière des

savants qui se livrent à des observations et à des expériences, mais,

par l'application qu'il a faite à ces sciences des méthodes analytiques;

en d'autres termes, il a cultivé et poussé fort loin la physique

mathématique et la mécanique céleste.

«Comme géomètre, ses travaux ayant trait à la théorie des nombres, au

calcul intégral, à la théorie générale des fonctions se trouvent

répandus dans plus de cent cinquante notes publiées aux _Comptes rendus

de l'Académie des Sciences_ et dans au moins autant d'articles ou de

mémoires insérés dans les journaux mathématiques de France et de

l'Étranger.

«Professeur de physique mathématique à l'Université de Paris, il a

publié quatorze volumes de leçons sur la lumière, l'électricité, la

thermodynamique, la propagation de la chaleur, insistant surtout sur les

rapports de la lumière et de l'électricité et vulgarisant en France, en

les perfectionnant, les théories de l'Anglais Maxwell, expérimentées peu

après et mises hors de doute par le grand physicien allemand Hertz. Par

là, il n'est point demeuré étranger à la découverte de la télégraphie

sans fil, application des ondes hertziennes.

«Dans la partie astronomique, a ajouté notre éminent confrère, M.

Poincaré a montré beaucoup d'originalité; ainsi, ses études sur la forme

que va prendre une masse fluide en rotation et soumise à la pesanteur

universelle l'ont amené à des théories très intéressantes sur la

disjonction de la Terre et de la Lune et sur la formation des diverses

étoiles variables; ses travaux sur la stabilité du système solaire l'ont

conduit, par la révision des calculs de Laplace et par une approximation

poussée plus loin, à la preuve que la théorie, telle qu'elle fut

formulée dès 1784, est absolument justifiée. Les trois volumes qu'il a

publiés sur les nouvelles méthodes de la mécanique céleste font autorité

parmi les astronomes.»

Voilà bien des titres. Géomètre, physicien, astronome, vous étiez déjà,

comme on nous le disait, «une des personnalités les plus qualifiées de

l'Académie des Sciences pour entrer à l'Académie française»; mais, de

plus, vous êtes philosophe; vous l'êtes par le tour habituel de votre

esprit et par la direction donnée à vos travaux scientifiques; vous

l'êtes par l'étude directe à laquelle vous vous êtes livré des grandes

questions qui font l'objet de la philosophie: les notions d'espace, de

nombre, de continuité, le rôle de l'hypothèse et sa nécessité pour le

progrès de la Science.

Les deux volumes où vous avez réuni certaines préfaces de vos livres

scientifiques et divers articles publiés dans des revues, ont attiré un

public peu sollicité d'ordinaire par de tels ouvrages; alors qu'ils ne

semblaient accessibles qu'à des hommes ayant reçu une instruction

spéciale et ayant, par un exercice journalier, contracté des habitudes

d'esprit auxquelles se dérobaient les générations autrement cultivées,

ils ont emporté un succès qu'on eût cru réservé aux romans scandaleux.

Puisqu'il se trouve, pour prendre intérêt à des problèmes tels que vous

les débattez en les illustrant d'exemples et de raisonnements

mathématiques, un tel auditoire, il faut croire qu'une évolution

intellectuelle, et peut-être sociale, s'est accomplie, à laquelle vous

auriez singulièrement contribué. Par les seize mille exemplaires vendus

de _La Science et l'Hypothèse_, vous avez atteint un personnel au moins

décuple, et, à présent, par votre collaboration à certains journaux,

vous vous proposez sans doute d'initier aux mystères de la haute

philosophie scientifique la nation entière. Cela est un grand dessein.

Qu'ajouterait mon incompétence? Pour me prouver que je suis moins

capable de vous entendre que les huit cent mille lecteurs que vous

improvisez vos élèves, tenterai-je de lire tout ce que vous avez écrit?

Hélas! la bibliographie que de diligents disciples ont établie de vos

oeuvres est là pour me prouver mon impuissance. Les titres mêmes ne me

disent rien que je comprenne et j'y suis submergé. En 1886, lorsque vous

vous présentâtes à l'Académie des Sciences, cette bibliographie allait à

cent trois numéros; depuis vingt-deux ans, elle a crû de près d'un

millier. On ne sait plus.--Le savez-vous vous-même? Dans trente

recueils français, suédois, anglais, allemands, américains, vous avez

répandu des notes, des mémoires et des articles; chez un éditeur, trois

volumes; chez un autre, cinq; chez un troisième, vingt--et, comme Ruy

Gomez, _j'en passe_. Votre production a été colossale et, de la façon

dont régulièrement elle s'accroît, l'on dirait que c'est sans

effort;--ce n'est point dire, sans travail.

Ce travail a fait votre vie: elle y tient toute. Lorsque, de cette

place, M. Villemain en 1827, M. Guizot en 1857 accueillaient vos

illustres devanciers Fourier et Biot, ils avaient à retracer leurs

existences pleines d'incidents, de traverses et de périls, à évoquer

l'expédition d'Égypte à laquelle tous deux avaient pris part, et leur

carrière s'illuminait de l'éblouissante lumière qu'avait dispensée aux

hommes de son temps l'Homme des Ages. Vous, Monsieur, votre vie n'a

point connu d'autre gloire que la vôtre; le cours de vos ans s'est

développé sans secousses et sans participation dont je veuille parler à

la politique; vous n'avez point eu jusqu'ici d'autre histoire que votre

bibliographie. Vous êtes né, vous avez vécu, vous vivrez, vous mourrez

mathématicien; la fonction vitale de votre cerveau est d'inventer et de

résoudre des cas en mathématiques; tout chez vous s'y rapporte. Lors

même que vous paraissez délaisser les mathématiques pour la

métaphysique, elles vous fournissent les exemples, les raisonnements,

parfois les paradoxes. Elles sont en vous, elles vous possèdent, vous

accaparent et vous obsèdent; dans le repos, votre cerveau poursuit

mécaniquement son travail, sans que vous ayez à en prendre conscience;

le fruit se forme, grossit, mûrit, se détache et vous nous avez dit

votre étonnement à le trouver sous votre main si parfaitement à point.

Vous réalisez un exemplaire admirable du type mathématicien. Depuis

Archimède, il est classique, mais légendaire. Rarement historien aura

trouvé une aussi propice occasion d'en noter sur le vif les caractères

externes, et, à défaut de rendre compte de vos oeuvres, n'est-ce point le

cas de rechercher comme se manifeste le génie mathématique, s'il résulte

de l'atavisme, s'il est le produit d'une culture spéciale, à quel moment

et dans quelles conditions il se fait jour, à quelle époque de la vie il

est le plus actif et le plus éclatant.

Ne m'en veuillez pas si je me suis enquis de vous près de vos proches,

de vos camarades et de vos disciples; si, ayant obtenu d'eux tous des

confidences qui témoignent de quelle tendresse, de quel intérêt et de

quelle admiration vous êtes entouré, je m'efforce de les rendre dans

leur sincérité et de tracer de vous un portrait qui, en l'absence d'une

biographie exacte, aura du moins l'avantage de la priorité. L'histoire,

par d'autres voies et pour d'autres buts, tend comme la science à la

vérité. Nourrie elle aussi d'hypothèses, dès qu'elle essaie de pénétrer

l'intime des êtres, elle doit, lorsqu'elle rencontre un homme tel que

vous qui lui appartient et lorsqu'elle peut l'étudier vivant et sur

nature, le regarder sans complaisance, tracer d'après lui le croquis le

plus serré, ne serait-ce que pour fournir des matériaux au peintre qui

tracera le portrait définitif.

Vous êtes né, il n'y a guère plus d'un demi-siècle, dans cette chère et

glorieuse Lorraine qui a fourni à notre Compagnie tant d'hommes

remarquables en des genres si divers: au lendemain des jours où elle fut

cruellement éprouvée par la mort de Theuriet, de Gebhart et du cardinal

Mathieu, vous arrivez attestant par l'exercice d'un génie différent

l'inépuisable fécondité de votre terre natale.

Vous sortez d'une race ancienne longtemps établie à Neufchâteau et

depuis un siècle à Nancy. De votre nom--Pontcaré, plutôt que Poincaré,

car avez-vous dit, on imagine un pont carré, mais non un point--il y eut

des magistrats, des savants, des avocats, des soldats, comme ce

commandant Poincaré, votre grand-oncle, dont M. Chuquet a narré les

tendresses maritales et la lugubre aventure, comme cet autre Poincaré,

aussi commandant, mort en l'an IX au service de la République, dont le

Premier Consul recommandait lui-même au ministre de la Guerre, pour une

place dans ses bureaux, le fils, brigadier au 7e hussards, «ayant perdu

une jambe et une cuisse dans une des dernières batailles qui ont

illustré la dernière campagne du Rhin».

Votre grand-père était pharmacien; c'est à Nancy, dans sa maison, en

face du Palais ducal, que vous êtes venu au monde; et cette maison,

solide, massive et sans ornement, est accostée d'un portail presque

monumental dont les montants à bossages vermiculés supportent un fronton

entrecoupé où brûle un pot de feu. D'aucuns y trouveraient un présage:

le portail est la poésie; la maison est la prose; elle donne une

impression de simplicité bourgeoise et de vie assise qui, non plus,

n'est pas négligeable. Votre père, médecin, fut un savant consciencieux,

un praticien distingué, et la Faculté de Nancy où il fit toute sa

carrière le considérait comme un maître dont elle était justement fière,

en même temps que la population laborieuse saluait en lui son

bienfaiteur. Il fut de ces hommes qui, s'étant, par une noble curiosité,

voués à l'art le plus passionnant et le moins sûr, l'exercent avec un

désintéressement admirable et se trouvent assez récompensés s'ils ont eu

le bonheur de sauver des vies humaines. Pour l'honneur de notre nation,

ils sont beaucoup de cette espèce en France, mais bien peu ont su, comme

le docteur Poincaré, suffire à une profession aussi absorbante, au

travail du laboratoire, à l'assiduité de l'enseignement, sans priver

leur curiosité de voyages éperdus à travers l'Europe.

Votre mère était de ces femmes alertes, vives, constamment remuantes et

toujours occupées, dont l'esprit d'ordre, d'organisation et de

commandement régit la maisonnée. Elle aussi était Lorraine, d'une

vieille famille meusienne, aux goûts terriens, attachée et rivée au

sol; les garçons, si brillamment qu'ils eussent débuté dans une

carrière, n'avaient point de cesse qu'ils ne fussent revenus au bercail

pour y vivre, chassant sur leurs terres ou en surveillant la culture;

deux de vos grands-oncles joignaient à ces goûts ruraux celui de la

géométrie; ils en faisaient leurs délices et s'extasiaient au tableau

noir. Votre mère n'y perdait point son temps, ayant assez à faire de

suffire à toutes les besognes qui sont les devoirs et qui, comprises

ainsi, deviennent des joies. Ah! quelles admirables productrices

d'énergie vitale ces femmes de France, droites et sagaces, économes et

avisées, souveraines en leur royaume et dédaigneuses d'autres conquêtes,

par qui se reforme constamment la richesse nationale et se transmet aux

descendants le sens de la patrie. Mais de nos Lorraines, celles d'au

delà toutes pareilles, Dieu merci, à celles d'en deçà, un de nos

confrères qui les connaît de race vient de parler avec tant de charme

attendri et de pieuse sérénité, que je ne saurais m'y hasarder après

lui.

Dans la maison familiale vous trouviez un oncle tout frais sorti de

l'École Polytechnique--et dans les Ponts! De quel prestige ils sont

entourés ces jeunes hommes qui, par un effort quelquefois excessif de

leur cerveau, arrivent entre les meilleurs de leur génération à se

classer les premiers et de combien de vocations décevantes leur exemple

fut l'occasion! Mais, chez vous, Monsieur, la vocation n'avait que faire

de l'exemple: vous étiez prédestiné aux mathématiques. L'aptitude, dans

votre famille paternelle et maternelle, s'en transmet en ligne

collatérale comme le trône dans la maison d'Osman, et, doublement

héritier des dons avunculaires, vous auriez, me dit-on, désigné un de

vos neveux pour cette précieuse succession.

Vous n'avez guère attendu pour révéler votre vocation et l'on vous

citera justement comme le plus précoce des enfants prodiges. Vous aviez

neuf mois, lorsque, pour la première fois, la nuit venant, vos yeux se

portèrent sur le ciel. Vous y avez vu s'allumer une étoile. A votre

mère, qui était aussi votre nourrice, vous avez montré avec obstination

ce point qui brillait. Vous en avez découvert un deuxième, et ce fut le

même étonnement et ce cri de votre raison: _Enco lo là-bas!_ Au

troisième, au quatrième, pareil cri de joie et pareil enthousiasme; il

fallut vous coucher, tant vous vous excitiez à chercher des étoiles. Ce

soir-là, vous aviez pris votre premier contact avec l'infini et vous

aviez inauguré vos cours d'astronomie: on ne saurait professer plus

jeune.

On m'a dit que vous aviez été un enfant tendre, éveillé, charmant et un

enfant choyé et adoré; une terrible maladie que vous fîtes à l'âge de

cinq ans et qui donna à craindre que jamais plus vous ne pussiez parler,

vous laissa, en même temps que plus doux, craintif et un peu gauche, en

sorte que vous redoutiez les jeux bruyants des garçons et que vous vous

plaisiez de préférence dans la société de votre petite soeur. Je

n'imagine point que les sports violents aient dû jamais vous tenter, ni

que vous y fussiez devenu habile. Néanmoins, vous donnâtes des chasses à

la très grosse bête. Dès que vous aviez su lire, votre curiosité s'était

éveillée à ces livres de vulgarisation scientifique qui, dans

l'éducation réaliste, ont remplacé les contes de fées. Vous y aviez pris

un plaisir extrême et vous trouviez une grandiose horreur à assister aux

bouleversements cosmiques et à combattre les animaux antédiluviens.

Jadis, on courait sur les traces des Princes charmants pour éveiller les

Belles au Bois-dormant. A présent, l'enfance ne doit plus connaître ces

personnages falots; elle doit se contenter de ceux dont on a découvert

les squelettes. Laissez-moi vous le demander: des êtres qui ont

effectivement vécu et dont nous ne savons ni ne saurons jamais rien,

sinon qu'ils vécurent, et des êtres qui n'ont vécu que dans les rêves de

l'humanité, mais que celle-ci, au cours des âges, a gratifiés de tant de

beauté, d'agrément et de poésie, lesquels sont les plus réels, lesquels

apportent le plus de lumière, de consolation et de joie?--Mais vous

n'étiez point pour vous asseoir au fauteuil de Charles Perrault.

Ce fut à la maison paternelle que vous reçûtes d'un instituteur émérite,

l'ami de votre famille, une première teinture des choses; il ne vous

demandait point des devoirs écrits; il conversait avec vous, vous

parlant de tout pêle-mêle; cet enseignement encyclopédique était si bien

approprié à votre nature que, à votre entrée au collège, vous prîtes

d'emblée la première place; mais ce jeu serait dangereux avec des

enfants différemment doués. Vous, votre mémoire était et elle est encore

auditive plus que visuelle. Les mots prononcés s'y gravent. Au retour

d'un voyage, si long soit-il, vous dites les noms de toutes les stations

traversées,--pourvu qu'on les ait criés devant votre wagon. Il y a

mieux; un signe se présente à votre souvenir comme un son. Le soir vous

pouvez réciter les numéros de tous les fiacres que vous avez croisés

dans la journée, mais vous entendez, vous ne voyez pas les chiffres. Ce

n'est pas là une des moindres originalités de votre cerveau et, pour que

je m'enhardisse à la noter, il ne faut rien moins que le témoignage

concordant de ceux qui vous connaissent le plus intimement.

Au lycée de Nancy, vous étiez supérieur à vos condisciples dans toutes

les facultés et vous paraissiez si bien doué pour les Lettres, qu'un de

vos professeurs, qui est un de nos meilleurs historiens, eût souhaité

vous attirer vers nos études; mais lorsque, en quatrième, vous ouvrîtes

un traité de géométrie, c'en fut fait. Votre maître émerveillé courut

chez votre mère et lui dit: «Madame, votre fils sera mathématicien».

Elle ne fut point très effrayée.

Les Mathématiques, dès que vous en eûtes fait la connaissance, vous

prirent et vous tinrent. Elles sont des maîtresses tenaces et qui ont

ceci de particulier qu'elles impriment à leurs amants des allures

sensiblement pareilles: le mathématicien est un marcheur. La marche

semble lui être nécessaire pour activer sa pensée et, dans son

ambulation, certains gestes machinaux par lesquels il occupe ses doigts,

paraissent les indispensables auxiliaires d'un travail intellectuel qui

le rend indifférent et même étranger au monde extérieur. Un jour, à la

promenade, vous vous aperçûtes soudain que vous portiez à la main une

cage en osier. Vous fûtes prodigieusement surpris. Où, quand, comment,

votre main avait-elle cueilli cette cage qui était neuve et heureusement

vide? Vous n'en aviez aucunement conscience et, retournant sur vos pas,

vous allâtes jusqu'à ce que vous eussiez retrouvé sur un trottoir

l'étalage du vannier que vous aviez innocemment dépouillé. De telles

distractions vous sont familières; elles deviendront, si elles ne le

sont déjà, célèbres autant que celles qu'on attribue à Lagrange, à Kant,

à Ampère. Il est pire compagnie.

Vous étiez pourtant, à vos heures, un enfant aimant la joie et disposé à

se divertir, mais c'était à des jeux que vous inventiez. Vous jouiez au

chemin de fer ou à la diligence, la carte ou l'indicateur à portée, et

vous appreniez ainsi la géographie. Vous mettiez l'histoire en drames ou

en comédies: à treize ans, vous avez rimé une tragédie en cinq actes et

vous ne seriez point Lorrain, si l'héroïne n'en eût été Jeanne d'Arc.

Les charades même eurent pour vous des attraits. Ne sont-ce pas des

problèmes?

La guerre interrompit ces jeux. Vous aviez seize ans; votre âge ni votre

santé ne vous permettaient de vous mêler aux combattants, mais vous avez

cherché à vous rendre utile; chaque jour, vous accompagniez votre père à

l'ambulance et vous lui serviez de secrétaire; vous vous attachiez à

savoir les nouvelles avec une telle ardeur que, pour les lire dans les

seuls journaux que vous puissiez vous procurer, vous apprîtes

l'allemand. La guerre a dû vous mûrir; elle a certainement tracé sur

vous; elle n'a point tranché dans votre vie. Aux hommes des générations

précédant la vôtre, elle a imposé par un retour sur eux-mêmes une

conversion définitive. Vous avez lu les vers que Sully Prudhomme a

intitulés: _Repentir._ Il y a confessé l'erreur où l'avait conduit la

générosité de son coeur et où l'avaient entretenu les fallacieux discours

des rhéteurs; pour des desseins minables ou honteux, ceux-ci s'efforcent

à bercer de mots sonores la mollesse d'un peuple qui s'éveille roulant à

l'abîme, s'écrie alors qu'il fut trahi, mais ne sait point distinguer

quels furent les traîtres. Ainsi Sully Prudhomme avait détesté la guerre

et quelque peu dédaigné les soldats. Il apprit par sa propre expérience

que n'est point soldat qui veut, qu'autre chose est tenir des discours

philosophiques et asservir journellement son être, physique et moral,

aux insipides corvées et à la totale oblation; il apprit--et cette leçon

coûta cher--que pour posséder le droit de penser, il faut avoir conquis

le droit de vivre; que c'est une niaiserie qui ferait rire, si elle ne

préparait tant de désespoirs, de professer l'humanitarisme dans une

Europe tout en armes; et que, pour inélégante que la solution paraisse,

il n'en est qu'une, dès qu'un peuple entend maintenir sa nationalité,

garder son indépendance, continuer sa race, posséder sa terre, parler sa

langue, c'est qu'il se rende assez fort pour les défendre.

Vous avez vécu la vie, Monsieur, sous le joug de l'étranger victorieux.

C'est dans une ville occupée par l'ennemi que vous avez repris et

poursuivi vos études. Vous y avez obtenu tous les succès, mais, ce qui

pour vous en a doublé la joie, leur proclamation publique a coïncidé

avec l'évacuation de Nancy; comme l'a raconté notre cher et regretté

confrère Émile Gebhart, ce fut dans une salle qu'emplissait l'allégresse

de la délivrance que vous reçûtes vos dernières couronnes scolaires.

Vous étiez le lauréat champion, natif du lieu et dix fois nommé. Vous

l'emportiez en mathématiques sur tous vos concurrents de Paris et des

départements; il ne tenait qu'à vous d'entrer, le deuxième de la

promotion, à l'École forestière, autre gloire de Nancy; vous résistâtes,

n'ayant voulu qu'y mettre une carte de visite: vous vous méfiiez des

fallacieuses dryades qui se plaisent à égarer les gens distraits.

L'année suivante, vous vous présentiez en même temps à l'École

Polytechnique et à l'École Normale: ici vous fûtes reçu le cinquième, là

le premier. Pour laquelle des deux grandes écoles opteriez-vous? Ce qui

vous détermina, plus même que les souvenirs familiaux, que la tentation

de l'uniforme et l'éclat des galons de sergent-major, ne fut-ce pas,

dites, la voix gémissante de la patrie mutilée qu'on entendait alors et

qu'on écoutait? Vous n'êtes pourtant pas allé jusqu'à suivre la carrière

militaire. Votre vocation scientifique s'était affirmée à l'École d'une

si brillante façon que l'on en pouvait attendre une autre forme de

gloire; votre séjour et votre _majorat_ sont légendaires et les

promotions s'en transmettent pieusement les histoires. On raconte que

vous avez suivi vos cours, au moins de mathématiques, sans prendre une

note, sans regarder, ni même recueillir les feuilles autographiées qui

reproduisent l'exposé du professeur. Votre méthode consistait à classer

les résultats établis, à en étudier l'enchaînement, sans vous préoccuper

autrement des démonstrations, sûr que vous étiez d'en trouver d'autres,

si vous aviez oublié celles qu'on enseignait: lors de votre examen

d'entrée, à la planche même, n'aviez-vous pas imaginé une solution

inédite au problème qui vous était posé? Pour travailler, vous ne

restiez pas dans le casernement, vous promeniez votre cerveau par les

corridors et, au lieu d'une plume, d'un crayon ou d'un bâton de craie,

votre main pétrissait un trousseau de clefs--vos forceps à idées.

La supériorité que vous aviez prise en mathématiques était telle que,

malgré votre inaptitude à toute pratique: manipulations, dessin

linéaire, dessin d'imitation, vous fûtes, à l'examen de sortie classé le

second et vous entrâtes à l'École des Mines. Vous deviez y trouver des

agréments de plus d'un genre. D'abord, au quartier latin, vous fîtes

ménage avec un de vos cousins qui préparait sa licence ès lettres et sa

licence en droit: destiné dans des carrières différentes de la vôtre à

conquérir un rang distingué, également remarqué pour la lucidité de son

esprit et pour l'élégance de sa parole, doué d'une activité de travail

et d'un sens pratique qui lui permettent de rechercher et de proposer

des solutions opportunes aux questions les plus diverses, ouvrant des

vues sur quantité de sujets, écrivant avec le même agrément qu'il parle,

sympathique, séduisant et plein de ressources, il fut pour vos communs

loisirs l'interlocuteur rêvé. Avec lui, dans la pratique du

Péripatétisme--qui fut peut-être moins une école philosophique qu'un

état physique d'être philosophe et mathématicien--vous menâtes ces

randonnées studieuses où vous discutiez de théories philosophiques

associées déjà indissolublement dans votre esprit, comme dans celui des

antiques, aux théories mathématiques.

Puis, ayant hérité de votre père un goût passionné pour les voyages, vos

missions d'élève ingénieur en Autriche et en Suède vous parurent un

temps béni. Ce n'est point que, connaissant vos distractions, votre mère

vous vît partir sans inquiétude. Pour vous rappeler que vous aviez un

portefeuille et, s'il tombait, pour qu'il éveillât votre attention, elle

y avait cousu des petits grelots. Cela réussit à souhait, et, au retour,

outre le portefeuille, vous rapportiez dans votre valise un drap de lit

autrichien que, un matin, croyant prendre votre chemise, vous aviez

soigneusement plié et enfermé. Ce sont les joies de l'arrivée. Vous n'en

êtes pas moins un excellent voyageur qui voit tout ce qui mérite d'être

vu et qui retient jusqu'aux plus insignifiants détails. Lorsque par la

suite vous avez parcouru l'Europe entière, partie de l'Afrique et des

Amériques, vos compagnons ont remarqué comme vous étiez à la fois

renseigné sur tout ce qui était de l'histoire et de la statistique et

curieux des moeurs, des habitudes et des êtres. Ils assistaient pourtant

à des promenades où vous sembliez occupé de tout autre chose, et que

vous n'interrompiez que pour tracer rapidement des signes sur des

papiers. Par une surprenante faculté de dédoublement, en même temps que

vous agitez de hautes spéculations mathématiques, vous êtes apte à

recevoir des impressions extérieures qui pénètrent et s'incrustent dans

votre mémoire; seulement votre esprit, qui suffit à ces deux opérations,

paraît renoncer à s'exercer encore sur le matériel de la vie.

Lorsque vous fûtes nommé ingénieur des Mines à Vesoul, vous ne manquâtes

point de remplir vos fonctions avec zèle et assiduité; une explosion de

grisou ayant fait seize victimes, vous ne regardâtes pas au danger et

vous descendîtes dans la mine; on annonça même que vous y aviez péri;

mais l'Administration n'était pas votre affaire: vous retournâtes, et

tout le monde s'en trouva bien, à votre objet, la science pure. Docteur

en 1879, vous fûtes, la même année, mis en service détaché et chargé de

cours à la Faculté des Sciences de Caen.

En 1880, l'Académie des Sciences avait mis au concours, comme sujet du

grand prix de mathématiques, la théorie des équations différentielles.

Lorsque l'illustre M. Hermite présenta son Rapport, il mentionna un

mémoire portant pour devise: _Non inultus premor_, dont il invita

l'auteur anonyme à persévérer dans une voie qui paraissait féconde. La

devise était celle de Nancy; l'auteur c'était vous; mais votre mémoire

n'était qu'une ébauche; vous pressentiez seulement à ce moment les

résultats que vous alliez tantôt obtenir et qui, au mois de février

1881, éclatèrent--c'est le seul mot exact, dit un de vos

admirateurs--dans les _Comptes rendus de l'Académie des Sciences_. De

semaine en semaine, avec les notes qui se succédaient, votre découverte

prenait plus de précision et d'ampleur, et cela dura près de deux

années. Ce que vous apportiez: «c'était le couronnement de l'oeuvre de

Cauchy et de Riemann, c'était la représentation des coordonnées de toute

courbe algébrique par des fonctions uniformes, l'intégration des

équations différentielles linéaires à coefficients algébriques, c'était

une perspective nouvelle et immense ouverte en Analyse».

Cette découverte a constitué pour la Science française une victoire

véritable. Depuis quelques années, les géomètres allemands tournaient

autour de la maison sans en trouver la porte. Vous l'aviez déterminée et

au même moment ouverte. C'est un «rapt», a-t-on dit, que vous avez fait

à l'Allemagne, et le commentaire qu'on donne à ce mot explique votre

rôle et en caractérise l'importance.

Les mathématiciens d'outre-Rhin, élevés et grandis dans l'habituelle

société de maîtres souvent éminents, développent leur culture par la

communauté des conversations et des réflexions et s'efforcent

solidairement, sous l'oeil bienveillant du professeur dont ils forment en

quelque façon la famille; de là, le nombre et la qualité des géomètres

du deuxième et du troisième ordre; mais, pour ceux du premier, le

séminaire ne sert de rien: les hommes de génie, en mathématiques comme

ailleurs, se forment seuls; c'est ainsi que vous ne procédiez de

personne, que vous n'apparteniez à aucune école--et vous n'aviez pas

trente ans.

Cela, paraît-il, n'est point pour étonner. Au don natif, la jeunesse

semble ajouter une faculté de vigoureuse abstraction, un pouvoir de

creuser la pensée qui diminue plutôt avec l'âge. Tous les grands

géomètres ont été précoces: Gauss, Abel, Jacobi, Cauchy, Riemann avaient

accompli la partie maîtresse de leur oeuvre ou fait connaître leurs

idées fondamentales avant qu'ils eussent trente ans. Vous étiez dans la

bonne moyenne: vous en aviez vingt-sept.

De là, je n'ai point à vous suivre dans la carrière que vous avez

parcourue; professeur à l'Université de Paris et à l'École

Polytechnique, vous avez donné à vos leçons un éclat incomparable et si,

parmi vos auditeurs, beaucoup ne parvenaient point à vous suivre, tous

s'accordaient à proclamer votre étonnante supériorité; vous avez été, à

trente-deux ans, élu par l'Académie des Sciences; vous avez été agrégé à

la plupart des Sociétés scientifiques des deux Mondes; vous avez reçu

tous les honneurs que pouvait souhaiter votre légitime ambition. Votre

nom, sortant du cercle restreint où l'on peut apprécier vos travaux, est

devenu illustre devant la nation qui s'en glorifie--et cette

illustration, vous ne la devez qu'à vous, vous ne relevez de personne,

vous n'avez suivi aucun maître, vous n'êtes d'aucune école, vous êtes

vous--et c'est assez.

Pareillement, lorsque vous entreprenez la critique de la Science même,

vous en faites votre personnelle affaire, et, sans adopter aucune

tradition, sans vous plier à aucune formule, vous marchez dans votre

indépendance et parce qu'il plaît ainsi à votre esprit. Vous le laissez

même courir, et si vite, et par de tels bonds, qu'il faut pour le suivre

combler les vides et remplir les intervalles; mais vous êtes ainsi.

Original en mathématiques, vous le restez en cette branche de la

philosophie; vous y appliquez, en même temps, un goût développé pour la

psychologie, une aptitude rare à observer sur vous-même les phénomènes

physiologiques, et cette habitude du travail mathématique qui organise

la précision et, en décuplant la subtilité, relie les arguments par des

chaînes qui semblent imbrisables. N'étant arrêté par rien que vous

acceptiez de confiance et _a priori_, vous élevez votre doute en face de

cette science officielle et vous en sondez le néant. Ainsi votre oeuvre

est double: par les mathématiques, vous dressez à la vérité scientifique

un temple accessible seulement à quelques rares initiés, et, par vos

engins philosophiques, vous faites sauter les chapelles autour

desquelles s'attroupent, pour célébrer les mystères d'une prétendue

religion de la science, des foules rationalistes et libérées qui, par un

certificat d'études primaires, ont acquis le droit de ne croire à rien

qui ne leur ait été démontré. Ah! Monsieur, quel massacre vous faites

dans ces démonstrations! Rien n'échapperait à la rudesse des coups que

vous portez, si, de temps à autre, vous ne vous arrêtiez pour vous

gausser de vos victimes ou si, pris d'une sorte de remords, vous ne vous

amusiez à paraître recoller les membres que vous avez brisés. Les

axiomes que la sagesse des âges semblait avoir posés ne sont plus, où

vous avez passé, que des définitions; les lois, que des hypothèses, et

de ces hypothèses, en même temps que le rôle essentiel, vous prouvez la

médiocre durée, comme, de ces définitions, en même temps que la

commodité, la fragilité. Que reste-t-il? Rien ou si peu que rien, et les

plus précieuses idoles de la religion primaire s'en vont, dans des cieux

dépeuplés, rejoindre les astres éteints.

Est-ce à dire, Monsieur, que vous doutiez plus de la Science que de la

Vérité? Ni de l'une ni de l'autre: mais celle-ci s'éloigne constamment

devant celle-là et, à proportion que l'homme franchit une étape, les

espaces qu'il devra parcourir reculent devant lui; par delà le steppe

dont son regard embrasse l'étendue, d'autres l'attendent, et toujours

d'autres, car celui-là seul est assuré d'arriver à son but qui en est

resté au rudiment--et qui l'a appris par coeur....

_Institut._ 1909.-3, F.-D., in-4, p. 38.

RÉPONSE DE M. GASTON DARBOUX AU DISCOURS PRONONCÉ PAR M. HENRI

POINCARÉ AU JUBILÉ DE M. GASTON DARBOUX.

MON CHER POINCARÉ,

Les éloges que vous donnez à mes travaux portent la marque de votre

bienveillance naturelle; ils me comblent de joie comme venant de celui

que je considère comme le plus grand géomètre vivant. Je me souviendrai

toujours des charmantes relations que j'ai eues avec vous en qualité de

doyen. On vous trouvait toujours disposé à rendre service à un collègue,

à accomplir ponctuellement les tâches, quelquefois ingrates, qu'on vous

confiait. Avec des hommes tels que vous, la Faculté allait toute seule.

Il y a plus, lorsque la considération du bien du service m'a déterminé à

vous demander de changer d'enseignement, vous l'avez fait sans

hésitation, une première fois pour prendre la chaire de Physique

mathématique, une seconde fois pour passer à celle de Mécanique Céleste.

Et ainsi, j'ai aujourd'hui la joie et l'orgueil de penser que j'ai pu

avancer le moment où, en même temps que grand géomètre, vous avez été

proclamé par tous grand physicien et grand astronome. Pourquoi la

Faculté ne possède-t-elle pas aussi une chaire de philosophie

scientifique? j'aurais pu vous demander aussi de l'occuper.

G D, 21 janv. 1912, p. 480-481.

R I E, v. 59, 15 fév. 1912, p. 120.

GRADES. FONCTIONS. TITRES HONORIFIQUES.

PRIX. DÉCORATIONS.

JULES-HENRI POINCARÉ,

Né à Nancy, le 29 avril 1854.

Élève au Lycée de Nancy, octobre 1862-août 1873.

Élève à l'École Polytechnique, _admis le premier_ le 14 octobre

1873.

Élève Ingénieur à l'École nationale supérieure des Mines, _nommé_ le

19 octobre 1875.

Bachelier ès Lettres, _reçu_ le 5 août 1871.

Bachelier ès Sciences, _reçu_ le 7 novembre 1871.

Licencié ès Sciences, _reçu_ le 2 août 1876.

Docteur ès Sciences mathématiques de l'Université de Paris, _reçu_

le 1er août 1879.

Ingénieur ordinaire des Mines, _nommé_ le 26 mars 1879, pour prendre

rang à dater du 1er avril 1879.

_Chargé_ du Service du sous-arrondissement minéralogique de Vesoul,

et _attaché_, en outre, au Service du contrôle de l'exploitation des

chemins de fer de l'Est, du 3 avril 1879 au 1er décembre 1879.

_Attaché_ au Service du contrôle de l'exploitation des chemins de

fer du Nord, du 24 mars 1882 au 17 novembre 1884.

Ingénieur en chef des Mines, _nommé_ le 22 juillet 1893, pour

prendre rang à dater du 1er juillet 1893.

Inspecteur général des Mines, _nommé_ le 16 juin 1910.

_Mis_ par le Ministre des Travaux publics à la disposition du

Ministre de l'Instruction publique pour être Chargé de Cours à la

Faculté des Sciences de Caen, le 1er décembre 1879.

Chargé du Cours d'Analyse à la Faculté des Sciences de Caen, _nommé_

le 1er décembre 1879.

_Autorisé_ par le Ministre des Travaux publics à accepter une chaire

de Maître de Conférences à la Faculté des Sciences de l'Université

de Paris, le 21 octobre 1881.

Maître de Conférences d'Analyse à la Faculté des Sciences de

l'Université de Paris, _nommé_ le 29 octobre 1881.

Chargé du Cours de Mécanique physique et expérimentale à la Faculté

des Sciences de l'Université de Paris, _nommé_ le 16 mars 1885.

Professeur de Physique mathématique et de Calcul des Probabilités à

la Faculté des Sciences de l'Université de Paris, _nommé_ le 22 août

1886.

Professeur d'Astronomie mathématique et de Mécanique céleste à la

Faculté des Sciences de l'Université de Paris, _nommé_ le 5 novembre

1896.

Répétiteur d'Analyse à l'École Polytechnique, _nommé_ le 6 novembre

1883.--Démissionnaire le 1er mars 1897.

Professeur d'Astronomie générale à l'École Polytechnique, _nommé_ le

1er octobre 1904.

Professeur honoraire à l'École Polytechnique, _nommé_ le 3 avril

1908.

Professeur d'Électricité théorique à l'École professionnelle

supérieure des Postes et des Télégraphes, à Paris, _nommé_ le 4

juillet 1902.

Sur la demande des Curateurs de la Fondation WOLFSKEHL, _a consenti_

à faire six Conférences sur diverses questions de Mathématiques, du

22 au 28 avril 1909.

Membre du Comité d'admission à l'Exposition universelle

internationale de 1900, à Paris, pour la Classe 3 (Enseignement

supérieur), _nommé_ par le Ministre du Commerce et de l'Industrie le

7 octobre 1897.

Membre de la Commission de patronage de l'École pratique des

Hautes-Études, à Paris, _nommé_ le 9 décembre 1897.

Membre du Conseil de l'Observatoire national de Paris, _depuis_ le 8

novembre 1900; Vice-Président de ce Conseil, _depuis_ le 27 mars

1908.

Membre du Conseil de perfectionnement de l'École Polytechnique,

_depuis_ le 14 octobre 1901.

Membre du Conseil de l'Observatoire national d'Astronomie physique

de Meudon, _nommé_ le 2 mars 1907.

Membre du Conseil de perfectionnement de l'École professionnelle

supérieure des Postes et des Télégraphes, à Paris, _nommé_ le 5 mai

1902.

Membre du Comité de l'Exploitation technique des Chemins de fer,

_nommé_ le 27 mai 1911.

Membre de la Commission supérieure d'Enseignement technique et

professionnel des Postes et Télégraphes, _nommé_ le 11 juillet 1911.

Membre de l'Académie des Sciences (Institut National de France), à

Paris, _élu_, dans la Section de Géométrie, le 31 janvier 1887.

Président de l'Académie des Sciences en 1906; Vice-Président en

1905.

Membre de l'Académie Française (Institut National de France), à

Paris, _élu_ le 5 mars 1908, _reçu_ le 28 janvier 1909.

Directeur de l'Académie Française, du 1er janvier au 1er avril 1912.

Membre du Bureau des Longitudes, à Paris, _nommé_ le 4 janvier 1893.

Président du Bureau des Longitudes en 1899, 1909 et 1910.

Membre étranger de la Société Royale des Sciences de Göttingue,

_élu_ le 26 novembre 1892; _élu_ membre correspondant le 3 mai 1884.

Membre étranger ordinaire de la Société Royale des Sciences d'Upsal,

_élu_ le 27 mai 1885.

Membre étranger de l'Académie Royale des Lincei, à Rome, _élu_ le 7

septembre 1888.

Membre correspondant de l'Académie Royale des Sciences de l'Institut

de Bologne, _élu_ le 21 décembre 1890.

Membre étranger de la Société Royale de Londres, _élu_ le 26 avril

1894.

Membre honoraire étranger de la Société Royale d'Édimbourg, _élu_ le

6 mai 1895.

Membre correspondant de l'Académie impériale des Sciences de

Saint-Pétersbourg, _élu_ le 29 décembre 1895 (v. s.).

Membre correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Prusse, à

Berlin, _élu_ le 30 janvier 1896.

Membre correspondant de l'Académie Royale des Sciences d'Amsterdam,

_élu_ le 11 mai 1897.

Membre étranger de l'Académie Royale des Sciences physiques et

mathématiques de Naples, _élu_ le 20 novembre 1897.

Membre correspondant de l'Institut Royal Vénitien des Sciences,

Lettres et Arts, à Venise, _élu_ le 27 février 1898.

Membre associé étranger de l'Académie Nationale des Sciences de

Washington, _élu_ le 22 avril 1898.

Membre étranger de la Société Royale des Sciences de Danemark, à

Copenhague, _élu_ le 21 avril 1899.

Membre étranger de l'Académie Royale des Sciences de Suède, à

Stockholm, _élu_ le 6 juin 1900.

Membre correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Bavière, à

Munich, _élu_ le 18 juillet 1900.

Membre associé de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des

Beaux-Arts de Belgique, à Bruxelles, _élu_ le 15 décembre 1902.

Membre étranger de l'Académie Royale des Sciences de Turin, _élu_ le

14 juin 1903.

Membre honoraire de l'Académie Royale des Sciences de Vienne, _élu_

le 7 août 1908, _élu_ Membre correspondant le 3 août 1903.

Membre étranger de l'Académie Royale des Sciences de Hongrie, à

Budapest, _élu_ le 23 mars 1906.

Membre honoraire de l'Académie Royale d'Irlande, à Dublin, _élu_ le

16 mars 1907.

Membre d'honneur étranger de l'Académie Nationale de Roumanie, à

Bucarest, _élu_ le 11 juin 1909.

Membre correspondant de l'Académie des Sciences, des Arts et des

Belles-Lettres de Caen, _élu_ le 24 juin 1881.

Membre associé lorrain de l'Académie de Stanislas, à Nancy, _élu_

le 17 février 1893.

Président du Congrès des Mathématiciens tenu à Paris du 6 au 12 août

1900.

Vice-Président du Bureau et Secrétaire général du Congrès de

Physique tenu à Paris du 6 au 12 août 1900.

Président de la 36e Assemblée générale de la Société amicale de

secours des anciens Élèves de l'École Polytechnique, le 25 janvier

1903.

Président de la Commission des finances de l'Association Géodésique

internationale, _élu_ à la Conférence générale tenue à Budapest du

26 au 28 septembre 1906; _élu_ Membre de cette Commission à la

Conférence générale tenue à Copenhague du 4 au 13 août 1903.

Président de la Société mathématique de France, en 1886 et en 1900.

Président de la Société astronomique de France, en 1901-1902 et en

1902-1903.

Président de la Société Française de Physique, en 1902.

Docteur honoraire de l'Université de Cambridge, _élu_ le 12 juin

1900.

Docteur _honoris causa_ en Mathématiques de l'Université Royale

Frédéricienne de Christiania, _élu_ le 6 septembre 1902.

Docteur honoraire en Philosophie de l'Université de Kolozsvár

(Hongrie), _élu_ le 8 janvier 1903.

Docteur honoraire en Sciences de l'Université d'Oxford, _élu_ le 24

juin 1903.

Docteur honoraire en Loi de l'Université de Glascow, _élu_ le 23 avril

1907.

Docteur _honoris causa_ de l'Université libre de Bruxelles, _nommé_

le 19 novembre 1909.

Docteur _honoris causa_ en Philosophie de l'Université de Stockholm,

_nommé_ le 7 décembre 1909.

Docteur _honoris causa_ en Médecine et en Chirurgie de l'Université

de Berlin, _nommé_ le 12 octobre 1910.

Membre honoraire de la Société philosophique de Cambridge, _élu_ le

24 novembre 1890.

Membre du Conseil directeur du Cercle mathématique de Palerme, _élu_

le 18 janvier 1891.

Membre honoraire de la Société mathématique de Londres, _élu_ le 14

avril 1892.

Membre honoraire de la Société de Littérature et de Philosophie de

Manchester, _élu_ le 26 avril 1892.

Membre étranger de la Société Hollandaise des Sciences de Harlem,

_élu_ le 21 mai 1892.

Membre associé de la Société Royale astronomique de Londres, _élu_

le 9 novembre 1894.

Membre de la Société philosophique Américaine, à Philadelphie, _élu_

le 19 mai 1899.

Membre étranger de la Société Italienne des Sciences (_dite_ des

Quarante), à Rome, _élu_ le 2 janvier 1900.

Membre honoraire de la Société des Sciences de Finlande (_Societatis

Scientiarum Fennicæ_), à Helsingfors, _élu_ le 15 avril 1903.

Membre honoraire de la Société mathématique de Kharkow, _élu_ le 12

octobre 1903 (v. s.).

Membre honoraire de la Société physico-mathématique de Kasan, _élu_

le 14 février 1904 (v. s.).

Membre honoraire de la Société des Sciences physiques et médicales

d'Erlangen, _élu_ le 27 juin 1908.

Membre du Comité d'organisation du Congrès international de

Bibliographie des Sciences mathématiques (Exposition universelle

internationale de 1889), _nommé_ par le Ministre du Commerce et de

l'Industrie le 9 novembre 1888.

Président du Bureau du Comité d'organisation du Congrès

international de Bibliographie, _élu_ le 16 novembre 1888.

Président du Congrès international de Bibliographie, _élu_ le 16

Juillet 1889.

Président du Bureau de la Commission permanente internationale du

_Répertoire bibliographique des Sciences mathématiques_, _élu_ le 19

juillet 1889.

Président du Comité de rédaction du _Bulletin Astronomique_ publié

par l'Observatoire de Paris, _nommé_ le 4 janvier 1897.

Pour la publication de l'_International Catalogue of Scientific

Literature_: Membre du Conseil international, _élu_ le 12 juin 1900;

Membre du Comité exécutif, _élu_ le 12 décembre 1900.

Rapporteur de la Commission du IIIe Concours du Prix LOBATSCHEWSKIJ

_décerné_ le 14 février 1904 (v. s.).

Membre de la Commission de la Médaille GUCCIA, _décernée_ en 1908.

Membre du Comité d'honneur de la Ligue pour la Culture Française,

fondée par M. JEAN RICHEPIN le 3 juin 1911.

Prix d'honneur au Concours général en Mathématiques élémentaires

(Lycée de Nancy), le 12 août 1872.

Prix d'honneur au Concours général en Mathématiques spéciales (Lycée

de Nancy), le 4 août 1873.

Mention très honorable de l'Académie des Sciences, dans le Concours

pour le Grand Prix des Sciences mathématiques, le 14 mars 1881.

Prix PONCELET de l'Académie des Sciences de Paris, pour l'ensemble

de ses Travaux mathématiques, _décerné_ le 21 décembre 1885.

Prix JEAN REYNAUD de l'Académie des Sciences de Paris, _décerné_ le

21 décembre 1896.

Médaille d'Or de l'Association Française pour l'Avancement des

Sciences, _votée_ le 1er avril 1909, _décernée_ le 2 août 1909.

Prix fondé par S. M. le Roi de Suède et de Norvège OSCAR II, à

l'occasion de son 60e anniversaire, _décerné_ le 21 janvier 1889.

Médaille d'Or de la Société Royale astronomique de Londres,

_décernée_ le 9 février 1900.

Médaille SYLVESTER de la Société Royale de Londres, _décernée_ le 30

novembre 1901.

Prix BOLYAI de l'Académie Hongroise des Sciences, à Budapest, _voté_

le 13 octobre 1901, _décerné_ le 18 avril 1905.

Médaille d'Or LOBATSCHEWSKIJ de la Société physico-mathématique de

Kasan, DÉCERNÉE le 14 février 1904 (v. s.).

Officier d'Académie, _nommé_ le 23 avril 1881.

Officier de l'Instruction publique, _nommé_ le 13 juillet 1889.

Chevalier de la Légion d'honneur, _nommé_ le 4 mars 1889.

Officier de la Légion d'honneur, _promu_ le 16 mai 1894.

Commandeur de la Légion d'honneur, _promu_ le 14 janvier 1903.

Chevalier de l'Étoile Polaire de Suède, _nommé_ le 14 novembre 1883.

Commandeur de première classe de l'Étoile Polaire de Suède, _promu_

le 15 juin 1905.

QUELQUES-UNS DES ÉCRITS SUR M. HENRI POINCARÉ, PUBLIÉS APRÈS SON

ÉLECTION COMME MEMBRE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE.

Par GUSTAVE LE BON:

_L'Opinion_, Paris, 1er a., 7 mars 1908, in-4, p. 13-14.

Par CHARLES LAHM:

_Illustrirte Zeitung_, Leipzig, in-4, 130 Bd., Nr. 3376, 12. März

1908, S. 442.--134 Bd., Nr. 3484, 7. Apr. 1910, S. 2.

Par le Vicomte ROBERT D'ADHÉMAR:

_La Revue hebdomadaire_, Paris, 17e a., 21 mars 1908, in-16, p.

366-373.

Par JEHAN SOUDAN:

_La Revue illustrée_, Paris, 23e a., 5 avril 1908, in-4, p. 241-246.

Par MARCEL PRÉVOST:

_Le Figaro_, Paris, 55e a., 3e s., 24 janvier 1909, in-fol., p. 1.

Par JULES SAGERET:

R I, 6e a., 15 juin 1909, gr. in-8, p. 485-505.

_Les Hommes et les Idées_: HENRI POINCARÉ. Paris, Mercure de France,

1911, in-16, avec portrait et autographe, 80 p.

Par JACQUES LUX:

R B, 47e a., 2e sem., 9 octobre 1909, p. 480.

Par ÉMILE BOREL:

_La méthode de M._ POINCARÉ. R M, t. 7, 10 mars 1909, p. 360-362.

Par le Dr TOULOUSE:

_Enquête médico-psychologique sur la supériorité intellectuelle_:

HENRI POINCARÉ. Paris, E. F., avril 1910, avec portrait et

autographe, in-18 jésus, v-204 p.

Par JULES TANNERY:

B S M, 2e s., t. 34, 1e p., août 1910, p. 204-205.

Par EDWIN E. SLOSSON:

_Twelve Major Prophets of Today_--III: HENRI POINCARÉ. _The

Independent_, New York, v. 71, October 5, 1911, in-8, avec 2

portraits, p. 729-741.

Henri Poincaré: Biographie, Bibliographie Analytique des Écrits · 第 1 / 7 章