CHRISTOPHE COLOMB

On a découvert successivement que l’inventeur de l’Amérique était

italien, espagnol. Le voilà maintenant corse, comme Napoléon, et, par la

plus étonnante des prestidigitations historiques, français, toujours

comme Napoléon. Colomb serait né à Calvi. Or, la ville de Calvi se

donna, en 1459, au «Sérénissime Seigneur le Roi de France»: donc, quand

il découvrit l’Amérique, il était sujet français. Est-ce la vraie

raison? Admettons que Colomb soit né à Calvi et faisons abstraction de

cette donation à la France, qui n’eut pas grande conséquence, il n’en

serait pas moins français, puisque la Corse est devenue dans la suite

des temps un département français. C’est là le vrai raisonnement, et il

me plaît. Grâce à lui, on peut démontrer qu’Homère et Jésus furent des

célébrités turques et Bouddha une personnalité anglaise. Au moins c’est

amusant. Que ces questions de nationalités sont donc mal comprises! Cela

n’a vraiment de valeur qu’au point de vue de l’impôt et de la

judicature. Ce qui importe, c’est la race, qu’un transfert de propriété

ne saurait changer. Si l’histoire était une chose sérieuse et

scientifiquement comprise, on dirait que Napoléon était corse, et on ne

dirait jamais qu’il était français, car la race corse a complètement

évolué en dehors de la race française. Il ne serait pas plus légitime de

l’appeler italien, car la Corse a de même évolué tout à fait séparément

des diverses républiques ou principautés italiennes. Il est certain que

cette conception des races, opposée à la conception des nationalités,

mettrait beaucoup de trouble dans les esprits et dans les manuels

historiques... Mais je m’aperçois que, résumée en trente ou quarante

lignes, la question est difficile à faire comprendre. Moins peut-être

que «l’origine française» d’un homme né en Corse au XVIe siècle.

La fin de l'art · 第 59 / 71 题