VIVISECTION

Il y a une revue qui a pour titre «L’Antivivisection». On m’en a envoyé

un fascicule, peut-être pour me faire réfléchir sur ces questions,

peut-être au petit bonheur, en espérant trouver un adhérent aux idées

représentées par la ligue du même nom et la revue qui semble la

représenter. On a réussi dans la première hypothèse, mais moins je lis

de bulletins de ce genre, plus je suis disposé à la sympathie pour leur

idée totale. J’aime les animaux, je sympathise peut-être plus avec leurs

yeux qu’avec les yeux humains; ils sont plus limpides, plus doux et

quelquefois plus intelligents. Je ne me représente pas sans angoisse un

chien ou un chat que l’on torture et je n’aime pas à m’arrêter à une

telle pensée. Mais si j’ai de la sensibilité, je me crois doué d’assez

de raison et je rougirais vraiment de m’indigner de ce que le docteur

Carrel a sacrifié quelques animaux à ses expériences de greffe animale.

Et ces pauvres singes auxquels on a inoculé la syphilis? Et ces petits

cobayes aux yeux roses auxquels on a fait toutes sortes de misères?

N’a-t-on pas eu la barbarie d’implanter le cancer sur de jolies petites

souris? Si on pouvait trouver à ce prix-là la guérison du cancer de

l’homme, celui qui s’opposerait à de telles expériences ne serait-il pas

un ennemi de l’humanité? C’est grâce aux vivisections de Claude Bernard,

quoi qu’en dise la revue, qu’on sait ce que c’est que le diabète et

qu’on peut le soigner efficacement. Tout ce que l’on doit demander aux

opérateurs, c’est de ne pas faire souffrir inutilement, bêtement les

animaux qu’ils soumettent à leurs expériences, et je déteste, autant que

les rédacteurs même de la revue, les amateurs imbéciles qui ouvrent un

animal vivant pour voir ce qu’il y a dedans. Mais je crois aussi que la

plupart des vivisecteurs de profession sont des gens qui obéissent à la

nécessité de leur métier et qui ne sont curieux qu’au nom de la science

et de l’humanité. Les abus, non la pratique de la vivisection, sont

condamnables. Il y en a certainement, mais je ne croirai jamais que

l’Institut Pasteur coupe des bêtes en morceaux pour rien, pour le

plaisir. On voit que je ne touche même pas à la grande question: les

animaux ont-ils conscience de leur douleur? Elle est insoluble. Il faut

accepter les apparences.

La fin de l'art · 第 52 / 71 题