LOUIS VEUILLOT

On vient de célébrer assez discrètement le centenaire de Louis Veuillot.

Les centenaires nous fixent sur la date de naissance des hommes

momentanément célèbres ou qui le furent. J’ai donc appris avec plaisir

que celui-ci était né en 1813. On parlait encore beaucoup de lui au

temps de ma jeunesse. Ce fut même son grand moment d’autorité politique,

car les catholiques étaient au pouvoir et il triomphait, quoique avec

mauvaise humeur, car ce n’était pas un homme amène. Cependant, dès cette

époque, son heure littéraire était passée: elle s’écoula sous le second

Empire. Il essaya de la fixer en recueillant ses plus pittoresques

chroniques parisiennes sous le titre des _Odeurs de Paris_. Ce livre,

qui m’avait amusé quand je le découvris, a bien vieilli, mais beaucoup

moins que tant d’autres de la même époque et du même genre. On peut

encore le relire, mais qui oserait relire Roqueplan ou Aurélien Scholl?

Ce qui a conféré une certaine durée à la verve journalistique de

Veuillot, c’est son âpreté. Cet homme ne sourit jamais, il ricane. Sans

doute, il est plaisant de le voir dépiauter ces mauvais écrivains qui

pullulaient déjà, mais on souffre un peu de le voir confondre avec la

tourbe les Heine et les Renan. Les confond-il? Oui et non: mais jamais

il n’a reconnu qu’on pouvait être à la fois un penseur et un

libre-penseur, un sceptique et un sage. Pour lui, l’écrivain qui ne va

pas à la messe n’est pas loin d’être un misérable, et quand on raille la

religion, on est bon pour l’échafaud. On ne peut pas dire qu’il est de

mauvaise foi. Il est ainsi fait. Il est catholique et tout ce qui n’est

pas catholique lui semble digne de mépris. Cet état d’esprit ne me

déplaît pas et même j’en aime la rudesse. Avec les Veuillot on sait à

quoi s’en tenir. Tant d’autres sont de déplorables amphibies!

La fin de l'art · 第 37 / 71 题