Il y a tant de revues qui s’occupent des livres nouveaux qu’il était
temps, semble-t-il, qu’il y en eût au moins une qui s’occupât des livres
anciens et des problèmes de toute sorte qu’ils soulèvent. Il est
impossible de faire de sérieuses histoires littéraires, si l’on ne
connaît pas directement les vieux livres, même sans grande valeur, qui
sont comme le fond sur lequel se détachent de belles œuvres de la
littérature. Ceux que nous vénérons ne furent d’abord qu’un de ceux-là.
Les livres de Corneille, de Molière, de La Fontaine n’étaient pas, à
leur naissance, comme le croient les professeurs, marqués d’une auréole.
Ils étaient exposés au Palais, pêle-mêle, avec les oubliés, chez
Guillaume de Luyne, libraire-juré, dans la salle des Merciers, à la
Justice, ou chez Thomas Jolly, dans la petite salle, à la Palme et aux
armes de Hollande. Est-ce que les oubliés n’ont pas droit à quelque
considération en faveur de leur voisinage? C’est là que figura sans
doute _L’histoire d’Isménie et d’Agésilan_ dont M. Magne nous conte
l’histoire dans le premier fascicule de la _Revue des livres anciens_,
comme les dernières éditions de Ronsard avaient, quelque cinquante ans
auparavant, coudoyé dans les librairies à la mode les premières
«follâtreries» du seigneur de Cholières, dont M. Pierre Louys retrouve
le nom véritable et esquisse pour la première fois l’histoire encore
incertaine. C’était un avocat au parlement qui se fit chartreux et
écrivit en cette qualité nombre d’ouvrages de piété. Voilà une heureuse
découverte. Il y a toutes sortes de choses curieuses dans ce premier
numéro, jusqu’à la description d’un manuscrit inédit de Restif de la
Bretonne, _Les Revies_, et une profusion de notices sur des raretés
bibliographiques. On voit les livres dont il est question, car les
titres en sont presque toujours reproduits. Cela fera un recueil bien
séduisant et dont l’autorité sera grande. Les livres anciens ont trouvé
de vrais amis.