LES MOMIES

On vient de découvrir que la plupart des momies étaient fausses. Cela

n’est pas très nouveau. Déjà au XVIIIe siècle toutes les momies venaient

d’Alger où elles étaient fabriquées par d’astucieux médecins musulmans.

En ce temps-là, la pharmacopée en faisait une grande consommation et il

n’était pas un apothicaire qui n’eût un de ses bocaux étiqueté «poudre

de momie». Pauvres malades! Je ne sais plus pour quel mal on leur

administrait cette drogue infâme, mais il est certain que nos ancêtres

l’absorbaient volontiers. Il n’y a pas très longtemps qu’elle a disparu

du formulaire où figurent un tas de choses singulières, mais non

répugnantes, telles que la corne de cerf. La momie servait aussi à

fabriquer pour les peintres un beau noir qui, paraît-il, n’aurait pas

été remplacé, ce qui n’a plus d’importance, toute la peinture étant

désormais couleur jus d’herbe et sirop de groseille. Les Algériens

fabriquaient donc force momies en imprégnant les cadavres d’asphalte, en

les roulant dans des bandelettes trempées dans l’asphalte. Tout cela est

raconté dans un petit livre intitulé _L’heureux Esclave_, qui est le

récit d’un séjour aux côtes Barbaresques par un sieur de la Martinière,

qui avait été pris par les corsaires de Salé. On peut y voir le détail

de ces préparations. Les momies étaient ensuite transportées en Italie,

de là passaient en France. Il paraît qu’on en fit aussi à Lyon, grand

centre médical et où le besoin de cette pourriture asphaltée se faisait

souvent sentir (avec ou sans jeu de mots). Les marchands d’Égypte qui

continuent ce commerce, non plus pour les malades, mais pour les

antiquaires, n’ont eu qu’à le perfectionner légèrement pour le mettre au

goût du jour et au goût américain, car c’est l’Amérique maintenant qui

absorbe le plus de fausses momies. Cela ne veut pas dire qu’elle les

mange. Ce n’est plus l’usage.

La fin de l'art · 第 16 / 71 题