CINÉMA

Le hasard m’a mené hier dans un cinéma. Je m’étais pourtant bien promis

de ne pas m’y laisser reprendre. En peu d’années, ce spectacle est

devenu d’une telle platitude, d’une telle bêtise, qu’on se sent vraiment

humilié de faire partie, même pour un temps très court, du troupeau qui

s’y délecte. Il y a certains films fabriqués en Italie, où se déroule,

dans l’anecdote la plus inane, la sentimentalité la plus basse, qui

semblent conçus pour récréer un peuple d’acéphales. On me dit que nous

sommes mal tombés, que c’est une série choisie pour les enfants,

qu’ordinairement il y a certains tableaux attachants ou curieux. J’en

doute. Le cinéma, de plus en plus, est envahi par la mauvaise pantomime,

le quiproquo facile, le truc vulgaire. Quelle déchéance! Les premiers

spectacles cinématographiques m’avaient plu et même enchanté, mais alors

l’élément théâtre y faisait encore presque défaut. On donnait des vues

de la nature, des grandes industries, des mœurs lointaines. Maintenant,

c’est l’anecdote, une anecdote de morale en action, imaginée par des

imbéciles et traduite par des acteurs sans talent ou d’un talent tout

mécanique. Parmi toutes ces histoires turpides, on avait glissé tout de

même la vue d’un paysage de Normandie, mais les feuilles des arbres

remuaient tellement vite que c’en était absurde. De plus, cela se

déroulait sur des airs de quadrille grivois, car il est convenu pour le

peuple que la Normandie est un pays où on trépigne en buvant du cidre

qui mousse. Ce qui est parfaitement idiot, car la danse y est quasi

inconnue. Évidemment, je suis de mauvaise humeur et le cinéma n’est

peut-être pas tombé partout aussi bas que je viens de le voir. Pourtant,

je le crois sur une mauvaise pente.

La fin de l'art · 第 15 / 71 题