M. ODILON BARROT.--Vous avez raison!

_M. le ministre de l'instruction publique._--....Car il n'est personne

qui ait, plus que le gouvernement, plus que nous en particulier, le

ferme dessein d'adhérer fortement à la Charte, le parti pris de la

défendre, le parti pris d'en faire la loi réelle, la loi puissante, et

non pas la loi vaine de la France. (_Aux centres_: Très-bien!

très-bien!)

On nous dit encore, puisque la Chambre me permet de passer en revue les

reproches qui nous ont été ainsi adressés, on nous dit encore que nous

nous méfions du pays. Certes, messieurs, ce n'est pas là notre pratique

depuis cinq ans: quel a été, depuis cinq ans, le principe de notre

politique? D'avoir foi dans le pays, foi dans sa sagesse, foi dans sa

fermeté.

Quand nous avons entrepris l'oeuvre difficile à laquelle nous nous

sommes voués, l'oeuvre de consommer une révolution en l'arrêtant, en la

contenant, sur quoi avons-nous compté? Quand nous n'avons eu recours ni

aux mesures violentes, ni aux lois d'exception, ni à la suspension des

libertés publiques, sur quoi avons-nous compté? Sur la sagesse du pays,

sur sa fermeté. Nous en avons appelé constamment au pays, aux électeurs,

aux gardes nationaux, et je ne doute pas que le pays, que les bons

citoyens, que tous les amis de l'ordre ne trouvent que, depuis cinq ans,

nous les avons appelés à un métier difficile, à une tâche laborieuse,

que nous leur avons demandé beaucoup d'efforts, beaucoup de sacrifices.

Il est vrai, nous leur en avons demandé beaucoup, et nous leur en

demanderons encore, parce que nous avons foi dans la bonté de notre

cause (_Très-bien! très-bien!_) Mais notre foi, messieurs, n'est pas une

foi inerte, une foi de spectateur et d'amateur; nous pensons, nous, que

la foi qui n'agit point n'est pas une foi efficace, car c'est celle dont

le pays a besoin, c'est la nôtre; c'est aussi celle que nous demandons

au pays; et le jour où, comme on l'a vu souvent en France depuis

quarante ans, le jour où les amis de l'ordre, où les bons citoyens se

contenteraient de la foi qui attend et regarde passer le mal, dans

l'espérance qu'il passera en effet, le jour où cette foi impuissante

serait celle du pays, ce ne serait pas nous qui en accepterions la

responsabilité. (_Très-bien! très-bien!_)

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 110 / 119 题