M. HAVIN.--Adressez-vous aux centres!

_M. le président_.--Il y a eu réclamation de toutes parts..... (_Non,

non! oui, oui!_)

_M. le président_.--Permettez. Je suis équitable et sévère envers tout

le monde; la première interruption (Mouvement à la gauche.) est partie

de là; je m'y suis opposé, et j'ai invité les interrupteurs à se calmer.

_Voix des centres_.--Ils ne l'ont pas fait.

_M. le président_.--S'ils ne l'ont pas fait, je n'y puis rien faire; je

ne puis que rappeler à l'exécution du règlement.

Ensuite, quand M. le ministre de l'instruction publique a dit: C'est

nous qui sommes dans la Charte, les trois quarts de la Chambre ont

répondu oui, un quart a répondu _non_, et tout le monde a parlé.

_Plusieurs voix_.--C'est vrai!

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je reprends les paroles que

vient de répéter votre honorable président, et je dis que c'est nous qui

sommes dans la Charte, que c'est nous qui venons ici la défendre, et

que, dans l'état auquel on travaille à la réduire depuis trois ans, si

nous n'apportions pas, si vous n'apportiez pas à l'appui de cette

Charte, une défense efficace, elle serait bientôt perdue. (_Marques

d'assentiment._)

On a adressé à nos lois, messieurs, de singulières accusations, des

accusations étrangement contradictoires.

J'ai entendu les mots de _ruse_ et de _subterfuge_. On nous a dit:

«Votre loi n'est pas franche; ce qu'elle ose faire, elle n'ose pas le

dire.»

Messieurs, c'est là un reproche nouveau pour nous, et auquel nous ne

sommes guère accoutumes. On ne nous reproche pas en général de ne pas

oser dire ce que nous faisons; ce n'est pas de ruse, c'est de violence,

c'est d'emportement, en général, qu'on nous accuse. Mais dans quelle

occasion, je vous le demande, a-t-on parlé plus sincèrement que nous ne

l'avons fait en présentant cette loi? Dans quelle occasion a-t-on plus

formellement exprimé l'intention qui avait présidé à la loi?

Quoi! nous sommes venus vous dire expressément: oui, il y a une presse

que nous regardons comme inconstitutionnelle, comme radicalement

illégitime, comme infailliblement fatale au pays et au gouvernement de

Juillet; nous voulons la supprimer: c'est la presse carliste, la presse

républicaine; voilà le but de la loi.

Nous sommes venus vous dire: les représentations théâtrales livrées à

elles-même, à toute leur licence, sont la honte et la mort morale du

pays; nous voulons arrêter ce mal; nous vous proposons de les soumettre

à l'autorisation préalable.

Je vous le demande, messieurs, est-il possible de parler plus

sincèrement, d'appeler plus crûment les choses par leur nom? Peut-on

trouver là quelque ruse, quelque subterfuge? Jamais, messieurs, jamais

loi ne s'est avouée plus franchement, jamais intention n'a été plus

hautement déclarée.

Je sais bien qu'on a employé les mots de ruse et de subterfuge, parce

qu'on n'a pas trouvé dans notre projet de loi, à côté de la conversion

de certains délits en attentats, l'énonciation formelle de la

juridiction devant laquelle nous avions dessein de les porter. Mais, en

vérité, on n'a pas pu croire, on n'a pas pu supposer que nous eussions

la pensée d'éluder cette question, d'éviter cette discussion.

Le subterfuge aurait été trop puéril, trop vain; on ne peut

raisonnablement l'attribuer un instant à des hommes sérieux; et je puis

le dire, il est peu digne d'hommes sérieux de le supposer. A l'instant

même où votre commission a jugé nécessaire ou seulement convenable

d'énoncer formellement dans la loi quelle était la juridiction devant

laquelle nous croyions que de telles accusations devaient être portées,

nous y avons adhéré; nous avons déclaré que c'était là notre pensée, et

que nous ne faisions pas le moindre obstacle à ce qu'elle fût écrite

dans la loi. Certes, il n'y a eu là ni ruse, ni subterfuge; nous

n'avions pas cru l'énonciation nécessaire, mais nous n'avons jamais

songé ni à éluder la question, ni à dissimuler sur ce point notre

véritable pensée.

On a dit encore... Je demande pardon à la Chambre, j'ai été appelé à la

tribune par cette accusation d'attenter à la Charte, qui est de toutes,

je le répète, celle qui nous tient le plus fortement à coeur.

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 109 / 119 题