_M. le ministre de l'instruction publique_.--L'honorable préopinant en
parle bien à son aise; il peut adresser à tout moment toutes les
interpellations qui lui conviennent; mais nous, nous ne pouvons pas, à
tout moment, y répondre d'une manière complète et satisfaisante pour
tout le monde. Tel jour, nous pouvons tout dire; à tel autre jour nous
ne pouvons vous donner que des indications vagues et insuffisantes. Or,
nous ne nous contentons pas plus que vous de ce qui est vague et
insuffisant. Le jour où nous pénétrerons dans le fond de cette
situation, le jour où nous donnerons des explications sur ce qui s'est
passé et sur notre conduite, nous voulons pouvoir tout dire; nous
voulons que nos explications répondent à toutes les pensées et à toutes
les difficultés. Nous ne le pourrions pas aujourd'hui.
Voilà pourquoi nous n'acceptons pas la situation fausse et embarrassante
qu'on nous fait en ce moment; nous n'aurions pas en ce moment tous nos
avantages: c'est la vérité qui est notre force; nous avons besoin de la
vérité tout entière. Ce n'est qu'en disant toute la vérité que nous
pouvons donner satisfaction au pays, à la Chambre, et dès que le moment
sera venu, nous dirons toute la vérité.
M......--Je demande la parole.
_M. le ministre de l'instruction publique_.--La vérité ainsi rétablie
sur les faits, je ne dirai qu'un mot sur les paroles d'accusation qui
ont retenti à cette tribune. Je suis tout prêt à les prendre au sérieux,
et autant au sérieux qu'il plaira à qui que ce soit dans cette Chambre.
Nous sommes prêts, mes collègues et moi, à répondre de toute la
politique suivie depuis quatre ans; nous sommes prêts à la prendre à
notre compte tout entière, quoiqu'elle n'ait pas été notre ouvrage à
nous seuls. (_Voix du centre_: C'est vrai!) Quoiqu'elle ait été la
politique du pays représenté par les électeurs et par les Chambres, nous
sommes prêts, dis-je, à nous en charger complètement. Nous nous en
tenons pour honorés, et nous croyons avoir rendu au pays quelques
services, je ne dirai pas par ce qui a été fait depuis quatre ans, car
nous ne l'avons pas fait à nous seuls, mais par notre concours à cette
politique, en nous y associant tous les jours, tantôt sur les bancs de
cette Chambre, tantôt à ce banc des ministres où nous sommes encore
aujourd'hui.
Nous avons, messieurs, traversé ces quatre années dans des situations
bien différentes: ministres ou non ministres, nous avons soutenu la même
politique, professé les mêmes principes, défendu les mêmes intérêts.
Nous sommes convaincus que ces principes, ces intérêts sont ceux de la
majorité des Chambres, qu'ils sont ceux de la majorité des électeurs,
qu'ils sont ceux de la France. Si donc on veut en rendre quelqu'un
responsable, si on veut faire peser ce qu'on appelle une accusation sur
la tête de quelqu'un, la nôtre est ici, nous sommes prêts, nous prenons
tout à notre compte. (_Sensation. Très-bien! très-bien!_)
Après ces mots d'accusation, on a parlé d'adresse. Messieurs, il ne
m'appartient pas d'exprimer à ce sujet aucune opinion, aucune intention;
la Chambre en comprendra, je n'en doute pas, les motifs. Mais toute
occasion que saisira cette Chambre, dans les formes constitutionnelles,
dans les limites constitutionnelles, pour manifester son opinion, pour
exercer son influence légitime sur les affaires du pays, je me hâte de
dire que nous nous en féliciterons, quel qu'en soit le résultat.
(_Très-bien!_)
M. MAUGUIN..--J'avais demandé à MM. les ministres de nous dire s'ils
sont encore ministres, et s'ils ne le sont plus, de nous dire pour quel
motif le cabinet est dissous.
Voila les questions que j'ai adressées; M. le ministre de l'instruction
publique vient de dire à cette tribune, que maintenant il ne pourrait
point développer la vérité tout entière, que leurs explications seraient
gênées, qu'elles ne pourront être franches et libres que lorsque les
positions seront nettes et fixes.
J'accepte cette réponse des ministres, parce que, si l'attaque est
libre, il faut que la défense le soit également. Il en résulte donc pour
nous la nécessité de reporter la discussion à un autre jour. Je
proposerai donc un nouvel ajournement à la Chambre.