M. MAUGUIN..--Je demanderai la parole pour répondre.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je suis obligé de faire

remarquer à la Chambre que je ne parle en aucune façon des souffrances

individuelles, que je ne parle que de l'état politique du pays, de sa

constitution comme nation indépendante et forte. Je dis que cette

indépendance, cette constitution forte, la Pologne ne l'avait pas avant

la dernière insurrection, qu'il n'est pas vrai qu'elle l'ait perdue et

que son état soit politiquement changé autant que l'honorable membre l'a

donné à entendre.

Je ne voulais tirer de tout cela aucune autre conclusion, sinon que

l'état matériel de l'Europe n'est pas changé contre nous, changé à notre

désavantage depuis 1830, comme l'honorable membre vous le disait tout à

l'heure. Il n'y a eu, je le répète, qu'un grand changement, la

destruction du royaume des Pays-Bas, et ce changement est à notre

profit.

Il y en a eu un second, si l'on veut, c'est la révolution qui s'est

faite dans l'intérieur de la Suisse... Eh bien! ce changement, c'est

encore à notre profit qu'il s'est fait; c'est encore par notre influence

et par l'affaiblissement de la Sainte-Alliance, qu'on vous présente

comme toujours en progrès et comme marchant toujours sur nous de l'est à

l'ouest.

Ainsi, sous le point de vue matériel, il n'y a eu d'autre changement en

Europe que la destruction des Pays-Bas et la révolution intérieure de la

Suisse.

Sous le point de vue moral, il est impossible de méconnaître que, depuis

1830, l'influence de la France, l'influence des idées constitutionnelles

en Europe a toujours été croissante.

J'ose dire que c'est choquer le bon sens public, le bon sens européen

que de dire que, depuis 1830, la Sainte-Alliance a gagné en force en

Europe.

Il est incontestable que moralement elle a perdu, beaucoup perdu; que

l'influence de la France, l'influence de nos idées, de nos institutions,

a toujours été croissante, et que, bien que l'organisation matérielle de

l'Europe ne soit pas changée, bien qu'elle soit restée à peu près la

même, sauf les deux ou trois faits que je viens de rappeler à la

Chambre, sous le point de vue moral l'état de l'Europe est complétement

changé.

A partir de 1815, c'était en effet la Sainte-Alliance, c'était le

système de réaction contre les idées constitutionnelles qui étaient en

progrès; depuis 1830, c'est au contraire le système des idées

constitutionnelles qui est en progrès; c'est à son profit que se font

les transactions; c'est le système qu'on redoute, et qui est aujourd'hui

la puissance prépondérante en Europe: si vous passez en revue tous les

faits qui s'accomplissent chaque jour, si vous observez le langage qui

se tient dans tous les États de l'Europe, vous verrez, sous la forme des

paroles de l'espérance, vous verrez l'influence toujours croissante des

idées constitutionnelles, des institutions françaises.

Voilà quels sont les véritables résultats de la révolution de Juillet et

de la politique qu'elle a adoptée depuis son origine.

Sans bouleverser l'Europe, sans nous engager dans cette guerre générale

qui aurait fait sans doute courir des risques aux gouvernements absolus,

mais qui nous en aurait fait courir aussi à nous, car les risques se

partagent dans une guerre, sans nous exposer aux chances de cette guerre

générale, la bonne politique a suffi à étendre de jour en jour

l'influence de la France, l'influence des idées et des institutions

constitutionnelles. Tous les changements faits, soit dans l'ordre

matériel, soit dans l'ordre moral, se sont faits au profit de la France,

de ses idées et de ses institutions. Je le répète, le véritable et le

seul résultat de la politique suivie depuis deux ans et demi, ce

résultat est contraire aux paroles que l'honorable membre vient de faire

entendre.

Je voudrais, je l'avoue, saisir avec plus de précision dans son discours

des faits auxquels je pusse répondre; mais je n'y vois que ces deux

faits sur lesquels j'appelle l'attention de la Chambre: tous les

changements survenus en Europe dans l'ordre matériel ont été à notre

profit; tous les changements survenus dans l'ordre moral, dans les États

absolus comme dans les États libres, ont été aussi à notre profit. Les

faits ont donc pleinement confirmé la politique suivie depuis deux ans

et demi. Quant à l'avenir, quant à la possibilité d'événements

lointains, quant à ces combinaisons si étendues dans lesquels l'esprit

de l'honorable membre s'est complu en se répandant au loin, tout cela me

paraît impossible à discuter. Si jamais de telles combinaisons se

réalisaient, si du nord ou de l'ouest de véritables dangers menaçaient

la France, la France serait là; elle y serait avec son gouvernement

(_Bruit aux extrémités_); elle y serait avec autant de fermeté et de

courage qu'elle a mis de prudence à ne pas aller au-devant des dangers

qui ne venaient pas la chercher. Que le danger vienne, la France et le

gouvernement de Juillet seront là; mais il est inutile d'aller se perdre

dans des combinaisons si générales qu'il est impossible de les saisir.

(_Marques d'approbation prolongées._)

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 38 / 119 题