GUIZOT.

--Séance du 29 avril 1833.--

Sur l'article 1er de projet de loi qui réglait ce que devait être

l'instruction primaire, M. le comte de Laborde, député de la Seine,

proposa que l'enseignement du dessin linéaire fût obligatoire dans

toutes les écoles primaires élémentaires. Je repoussai cet amendement.

M. GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Ce qui importe en

matière d'instruction primaire élémentaire, c'est qu'elle puisse exister

partout: il ne faut donc pas la rendre trop difficile. Je comprends

qu'on élargisse autant qu'on le peut la sphère de l'instruction primaire

supérieure, mais quand il s'agit de l'instruction primaire élémentaire,

rendez-en les conditions accessibles au plus grand nombre d'instituteurs

possible. Sans cela, vous ne parviendrez pas à la fonder partout.

Lorsqu'un instituteur, en prenant son brevet de capacité, voudra faire

constater qu'il est en état d'enseigner le dessin linéaire,

l'administration ne s'y refusera pas. Le paragraphe 4 donne la faculté

d'étendre l'instruction primaire élémentaire comme l'instruction

primaire supérieure, mais les conditions exigées doivent être aussi

restreintes que possible; autrement, vous seriez privés d'instituteurs

dans un grand nombre de communes.

M. le général Demarçay demanda qu'au lieu du dessin linéaire, les

éléments de géométrie devinssent, dans toutes les écoles primaires, un

enseignement obligatoire. Je repoussai aussi son amendement.

M. GUIZOT, ministre de l'instruction publique.--L'objection que j'ai

faite contre l'introduction du dessin linéaire est encore plus forte

contre l'introduction des éléments de géométrie. En effet, on trouvera

beaucoup moins d'instituteurs capables d'enseigner les éléments de

géométrie que d'instituteurs capables d'enseigner le dessin linéaire.

Je rappellerai à l'honorable préopinant qu'il ne s'agit pas d'exclure

les éléments de géométrie de l'instruction primaire élémentaire. Partout

où il sera possible de les introduire, on le fera. Il s'agit uniquement

de n'en pas faire une condition sine qua non de l'enseignement

élémentaire; ce qui rendrait, comme je l'ai dit, cet enseignement

très-difficile à établir dans un grand nombre de communes.

M. LE GÉNÉRAL DEMARÇAY.--Je propose de supprimer les mots de dessin

linéaire, parce que c'est une idée fausse, une application dénuée de

tout fondement, et je puis le dire, ridicule.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Les mots _dessin linéaire_

ne sont pas dans le deuxième paragraphe; c'est un amendement de M. de

Laborde.

Les deux amendements furent rejetés.

M. Eusèbe Salverte demanda que les premières notions des droits et des

devoirs politiques fissent partie de l'instruction primaire élémentaire.

M. GUIZOT, ministre de l'instruction publique.--Je prie la Chambre de

remarquer qu'il s'agit d'enfants de six à dix ans.

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 16 / 119 题