CHAPITRE PREMIER

Au lecteur.

L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été

harmonisée, mais quelques erreurs clairement introduites

par le typographe ont été corrigées. La liste de ces

corrections se trouve à la fin du texte.

La ponctuation a été tacitement corrigée à quelques endroits.

LA

SOCIÉTÉ BORDELAISE

SOUS LOUIS XV

Bordeaux.--Imp. G. GOUNOUILHOU, rue Guiraude, 11.

[Illustration:

Mme DUPLESSY

1702-1782]

_A. GRELLET-DUMAZEAU_

LA

SOCIÉTÉ BORDELAISE

SOUS LOUIS XV

ET LE

SALON DE MME DUPLESSY

_Portrait et Index_

_BORDEAUX_ | _PARIS_

|

FERET ET FILS, ÉDITEURS | LIBRAIRES ASSOCIÉS, ÉDITEURS

15, cours de l’Intendance | Rue de Buci, 13

1897

[Bandeau]

_INTRODUCTION_

_Dans une scène des Précieuses, la fille du seigneur Gorgibus exalte,

en un jargon inoubliable, la supériorité de Paris sur la province:

Paris, le bureau des merveilles, le refuge des manières galantes,

l’académie du vrai mérite, le temple du bel esprit... Sur quoi,

chiffonnant la dentelle de ses canons, le marquis de Mascarille laisse

tomber cette parole qui a l’allure tranchante d’un arrêt: Hors de

Paris, point de salut pour les honnêtes gens!_

_Cette sentence paraît excessive. On a peine à croire, avec Cathos et

Madelon, que la culture intellectuelle, l’art de la conversation et

le respect des bienséances furent, en un temps quelconque, l’apanage

d’une coterie ou d’une ville, et que les pays d’outre-Seine--qui virent

naître Montaigne, Pascal et Montesquieu--méritent d’être tenus pour

chose négligeable._

_Sans doute, dans l’œuvre de restitution à outrance que ce siècle

expirant prend plaisir à édifier, Paris, dédaigneux et exclusif, s’est

taillé la part du lion. Les monographies abondent sur les salons,

ruelles, boudoirs, coulisses, cabarets, officines de tous genres qui,

de Mme de Montespan à la Dubarry, donnèrent le ton à la capitale,

régentèrent la mode et façonnèrent l’opinion. Chaque réunion éclose

dans le rayon de Notre-Dame a trouvé ses historiens, chaque souper ses

chroniqueurs, chaque mauvais lieu ses thuriféraires. Des équipes de

chercheurs, poussant l’amour du document jusqu’aux limites extrêmes,

ont su, à travers des nuages de poussière, exhumer la série des grandes

dames et des bourgeoises, des courtisans et des laquais, des premiers

rôles du théâtre et de la finance, des extravagants, des gens d’esprit

et des sots, qui--ne fût-ce qu’une heure--éveillèrent la curiosité._

_En dépit du dédain professé à son égard, la province ne s’est point

émue. Moins tapageuse, mais aussi active, elle a, de son côté,

bouleversé bibliothèques et rayons, démontrant, par de décisives

publications, qu’en notre terre de France, après comme avant l’hôtel de

Rambouillet, la politesse, le goût, le savoir-vivre constituèrent--avec

la bravoure et la gaieté--un patrimoine commun, et que fût-on, à

l’aide d’artifices, parvenu à emprisonner ces qualités nationales dans

l’enceinte de Philippe-Auguste, elles eussent vite forcé bastilles et

murailles pour s’épandre en liberté aux quatre vents du royaume._

_Dans cette résurrection d’un passé qui appartient à tous, Bordeaux

mérite une mention spéciale. Des initiatives individuelles, opérant

sous l’égide de sociétés savantes, affirment chaque jour les gloires

de la Guyenne, font revivre ses morts illustres, reconstituent ses

monuments détruits, ses usages oubliés, ses institutions disparues. Les

temps anciens, l’époque de la domination anglaise, le XVIe siècle, ont

subi la main-mise de fureteurs sagaces. Le XVIIe et le XVIIIe, sans

doute parce qu’ils sont plus près de nous, ont été moins explorés..._

_Et pourtant, quelles périodes attachantes! Du mouvement littéraire,

politique et social qui en marqua le cours, Bordeaux n’eut garde de

se désintéresser. Nulle part la vie ne fut plus intense, le choc des

passions plus dramatique, le labeur plus fécond. Oh! le généreux pays.

Ajoutons: l’aimable pays. Sur ce sol privilégié, le mérite coudoie

l’élégance, la science fait bon ménage avec l’esprit gaulois, et les

vers qu’on y improvise ne déparent point les recueils qui commencent à

circuler._

_Toutes proportions gardées, Bordeaux n’a rien à envier à Paris. Comme

Paris, il eut ses ruelles galantes, ses cabarets où l’on soupait «à

tant par teste», ses salons, ses friands de la lame, ses abbés, ses

amazones. Les gens d’esprit surtout y abondèrent. Comment s’en étonner?

La Gascogne, «cet arrière-coin de la France» dont Étienne Pasquier

admirait les plumes vaillantes, n’est-elle point par excellence

le pays du langage prime-sautier et pittoresque? Combien, si l’on

prenait la peine de chercher, n’y trouverait-on pas de personnages

supportant la comparaison avec les beaux diseurs de la place Royale!

A ceux-ci on opposerait sans désavantage le premier président de

Pontac, neveu de l’évêque de Bazas, un lettré délicat;--Louis Machon,

l’auteur de l’_Apologie de Machiavel[1];_--l’avocat Martin Despois,

dont un érudit de marque a révélé l’existence encore enveloppée de

mystère[2];--Thibaud de Lavie, le tribun-diplomate;--le vieil avocat

général Dusault, à la fois orateur, poète et soldat;--toute la pléiade

des polémistes et des capitaines d’aventures dont l’épée et les satires

firent merveilles contre le Mazarin;--Élie de Bétoulaud, un original

non dépourvu de talent;--le président de Salomon-Virelade, le plus

éclairé des critiques, dont la maison, organisée en académie, servit de

rendez-vous littéraire à toute une génération[3]..._

[1] Voir, sur Louis Machon, sa vie et ses œuvres, les travaux

de M. Raymond Céleste.

[2] _Publication des Bibliophiles de Guyenne_, II: Étude de M.

Reinhold Dezeimeris.

[3] Ce fut, suivant toutes vraisemblances, l’origine de

l’Académie fondée en 1712.

_Les femmes n’occupent pas une place moins distinguée... Que

de jolies bouches--depuis Mme de Lestonnac, sœur de Michel de

Montaigne--lancèrent le trait, sur les bords de la Garonne, avec

une verve qu’envieraient les rives de la Seine! Que de physionomies

originales, de nature à retenir l’attention au même titre que Mme

Cornuel, Angélique Paulet et la présidente Tambonneau! Citons-en

quelques-unes:--Mlle Dupin, dont la causticité, devenue proverbiale,

piqua au vif deux voyageurs célèbres, Chapelle et Bachaumont[4];--la

première présidente de Pontac, qui tenait au monde savant par les deux

Dupuy; à la cour par Mlle de Montpensier, sa cousine; à Port-Royal par

les Arnauld, ses alliés; aux faiseurs de concetti par M. de Segrais,

qui lui dédia sa_ Relation de l’Isle imaginaire_;--Mmes Duval, de

Gascq, de Volusan, d’Aulède, d’Espagnet,... tout un escadron de

précieuses évoluant suivant les règles du bon ton, initiées à la gamme

des soupirs, et, comme les caudataires de Julie d’Angennes, «poussant

le doux, le tendre, le passionné»[5]..._

[4] ... Cette agréable Du Pin,

Qui, dans sa manière, est unique,

A l’esprit méchant et bien fin.

Et si jamais Gascon s’en pique,

Gascon fera mauvaise fin.

[5] _Les Précieuses ridicules_, scène V.

_La période du XVIIIe siècle ne comprend pas moins de personnalités

marquantes. Le milieu où elles se meuvent n’a rien perdu de son

originalité, bien que l’effort des esprits tende à un autre but. La

femme, désormais, cherche autant à s’instruire qu’à plaire. L’homme,

sous une apparente frivolité, s’est formé une idée plus haute du

devoir. L’inconnu l’attire; les sciences exactes, jadis dédaignées,

ne le laissent plus indifférent. Tandis que jansénistes et disciples

de Molina se disputent la direction des âmes, l’économie politique

jette ses premières racines, embrassant les spéculations financières,

commerciales, agricoles, les rapports des contribuables avec le

fisc, les réformes nécessaires au soulagement du peuple. Partout

s’organisent des collections. L’Académie bordelaise, qui vient de se

fonder, accroît sans cesse le nombre de ses prosélytes. Les travaux

qu’on lui adresse se multiplient chaque année: astronomie, médecine,

météorologie, physique, histoire naturelle, on remue tout... C’est

l’heure où Montesquieu étudie les contractions péristaltiques des

batraciens, la circulation du suc, l’origine du gui, la transparence

des corps, la cause des échos..._

_Dans l’ordre littéraire, le mouvement n’est pas moins accentué. L’art

si éminemment français de la conversation brille d’un éclat sans

précédent. On cause, on disserte, on argumente à chaque tournant de

rue, à la Bourse, au théâtre, au palais de l’Ombrière--rendez-vous

quotidien des fines langues et des nouvellistes. C’est, dans tous

les lieux fréquentés par le public, un chassé-croisé de saillies,

d’anecdotes, d’épigrammes, de critiques assaisonnées de sel gascon.

Partout, enfin, s’engagent des discussions passionnées sur la puissance

nouvelle avec qui trônes et rois devront bientôt compter_: l’esprit

philosophique. _Oh! le jeune dieu en est encore à ses premiers pas. Sa

marche est incertaine, indécise sa parole, lointain et voilé le but

qu’il poursuit. Quoique d’apparence débile, il n’en respire pas moins à

pleins poumons, joyeux de vivre, prenant le vent et guettant l’avenir,

honoré dans les meilleures compagnies, bienvenu des boudoirs comme des

cabinets d’étude, caressé par des princes, choyé par des duchesses et

bercé sur de nobles genoux._

_La partie de nos annales qui correspond à cette époque--le règne

de Louis XV--attend encore un historien jaloux de s’inspirer aux

sources. A cette œuvre de demain, dont il est permis de prédire le

succès, nous apportons, en manière de tribut, quelques notes sur la_

Société bordelaise _et le_ Salon de Mme Duplessy... _Superficielle

comme la plupart des publications de ce genre, dépourvue d’ailleurs de

prétention, cette étude n’a pas l’ambition de tout dire. A creuser les

sujets multiples qu’elle effleure, il faudrait, avec des travaux de

longue haleine, un contingent de plusieurs volumes. La tâche accomplie

par nous est plus modeste. Des figures rencontrées au cours de nos

investigations, nous offrons, non des portraits, mais des ébauches. De

même, des faits qui servent à expliquer ces figures, nous rappelons

sommairement les grandes lignes. Faits et figures nous ont semblé

intéressants: puissent des érudits en possession de loisirs plus

complets les produire en pleine lumière!_

_Un reproche nous sera peut-être adressé: celui d’attribuer à la note

intime une part prépondérante... Nous confessons n’avoir qu’un goût

restreint pour les généralités de commande, les éloges d’apparat, les

discours officiels, les articles nécrologiques. Un écrivain moderne,

dans une préface bien connue, déclare que la peinture vraie des

mœurs et des caractères, assortie d’un choix d’anecdotes, constitue

la partie attachante de l’histoire. Il ajoute qu’il donnerait

volontiers Thucydide pour des mémoires authentiques d’Aspasie ou d’un

esclave de Périclès[6]. Sur nous aussi, le document privé exerce une

attraction particulière: nous n’hésitons pas à croire qu’un_ Journal

_de Mme Duplessy--dont on ne possède malheureusement qu’un paquet de

lettres--en apprendrait autrement long sur la société bordelaise, ses

tendances, son esprit, ses individualités marquantes, que le monceau de

pièces de tous formats emmagasinées dans nos dépôts publics._

[6] _Chronique de Charles IX_, par Prosper Mérimée.

_Nous ne saurions clore ces lignes sans adresser l’expression de notre

gratitude à l’éminent conservateur de la Bibliothèque municipale,

M. Raymond Céleste. C’est son érudition aussi sûre que judicieuse,

aussi désintéressée que bienveillante, qui nous a guidé dans nos

investigations. Nul ne possède mieux que lui les arcanes du vieux

Bordeaux: bon nombre de manuscrits ayant trait à cette région

n’occupent une place dans nos archives que grâce à son activité

enthousiaste de fureteur. Il estime, en effet, au rebours du seigneur

de Montaigne, que_ des choses de peu _il y a moyen_ de faire des

histoires... _Si, par aventure, ce livre obtenait quelque estime, c’est

beaucoup à M. Céleste qu’il en faudrait reporter l’honneur._

_Nous avons aussi une dette à acquitter vis-à-vis de M. Dast de

Boisville, dont les précieuses découvertes ont, de longue date, retenu

l’attention du monde savant. Ce chercheur infatigable, qui dressa

la nomenclature jusque-là inconnue des officiers du Parlement, n’a

point dédaigné de soumettre à un contrôle minutieux l’orthographe des

noms propres contenus dans ce volume: œuvre ardue et délicate dont

l’importance n’échappera à aucun de ceux qui, dans la restitution

du passé, apportent le souci de l’exactitude... Nous prions M. de

Boisville de recevoir le témoignage de notre reconnaissance--avec

nos excuses pour les erreurs peu graves, nous en avons l’espoir, qui

pourraient se produire au cours de l’impression._

_G.-D._

[Bandeau]

LA

SOCIÉTÉ BORDELAISE

SOUS LOUIS XV

CHAPITRE PREMIER

M. de Chazot et la famille Duplessy.--Mariage de Mlle de

Chazot: débuts de son salon.--L’hôtel du Jardin-Public: ses

collections, sa bibliothèque.--Réception de Mme Duplessy à

l’Académie des Arcades.--Élisabeth Duplessy.--Dom Galéas, l’ami

_Patience_.--État des esprits.

Dans une lettre intime du 3 septembre 1742, Montesquieu écrit au

président Barbot: «Mandez-moi à l’oreille si je pourrois vous envoyer

un _Temple de Gnide_, bien relié en maroquin vert, pour en faire un

hommage à Mme Duplessy...» Le châtelain de La Brède venait de publier

une édition nouvelle--corrigée et augmentée--de son œuvre badine, une

édition de luxe avec sept vignettes gravées par Watelet et Cochin. La

personne à laquelle il destinait l’exemplaire annoncé était une jeune

veuve comme se plut, avec un art exquis, à en former le XVIIIe siècle:

aimable, pleine de charme, agréablement teintée de belles-lettres,

d’une érudition peu commune et tenant bureau d’esprit... Elle

s’appelait Jeanne-Marie-Françoise de Chazot.

Son père, Claude de Chazot, sieur d’Albuzy, se parait volontiers du

titre de gentilhomme de la vénerie du roi. Mais sa principale, son

unique occupation, était celle de receveur général des fermes--emploi

dans lequel l’avait précédé le fastueux Montauron que le grand

Corneille, dans une heure d’oubli, eut la faiblesse de comparer à

l’empereur Auguste[7].

[7] Montauron, à qui Tallemant des Réaux a consacré une de ses

plus piquantes historiettes, avait reçu le surnom d’_Éminence

gasconne_. Il joua un rôle considérable en Guyenne à l’occasion

des poursuites, pour fabrication de fausse monnaie, dirigées de

1638 à 1644 contre un grand nombre de gentilshommes et trois

parlementaires.

M. de Chazot ne chercha point à jouer les Mécènes. Sa fortune s’élevait

à cent mille écus: une misère! En revanche, la médiocrité dans laquelle

il eut la sagesse de se maintenir le marqua d’une note aussi rare que

flatteuse: il eut l’honneur de ne pas figurer parmi le millier de

traitants qui, à l’avènement de Louis XV, placés entre la vie et la

bourse[8], furent tenus de rendre gorge. Arrivé au terme de sa

carrière, il put, en toute sécurité de conscience, goûter le calme de

la retraite au fond de sa terre de Puypéroux-Boisredon, située aux

confins de la Saintonge.

[8] _Lettres persanes_: XCIXe lettre.

Avant de faire ses adieux au monde, il prit le soin de marier sa

fille à un officier de robe, messire Claude Duplessy, d’une famille

originaire de Lorraine[9]. L’aïeul, Pierre Duplessy, était venu à

Blaye, appelé par un frère de sa mère, le capitaine Michel, qui y

commandait, sous les ordres du premier duc de Saint-Simon, un bâtiment

attaché au port de cette place. Nommé architecte-ingénieur du roi

au département de Guyenne, Pierre Duplessy ne tarda pas à attirer

l’attention. Héritier de son oncle, dont il joignit le nom au

sien, il se fixa à Bordeaux, y acquit droit de cité, et mourut

durant la construction de la chapelle des Dominicains--aujourd’hui

Notre-Dame--qu’on édifia sur ses plans.

[9] «L’an 1724 et le 16e du mois de juin, après la célébration

des fiançailles, faites le 3e de ce mois entre messire Claude

Duplessy-Michel, conseiller au Parlement de Bordeaux, fils de

feu messire Pierre Duplessy-Michel, conseiller audit Parlement,

et de dame Jeanne Giron, de la paroisse de Saint-Projet, d’une

part;

»Et demoiselle Jeanne-Marie-Françoise Chazot, fille de messire

Claude Chazot, écuyer, sieur d’Albuzy, gentilhomme de la grande

vénerie et receveur général des fermes de la province de

Guienne, et dame Élisabeth François, de cette paroisse, d’autre

part;

»Après la publication d’un ban fait dans ces deux paroisses,

sans opposition ni empêchement, la dispense des deux autres

accordée par MM. les vicaires généraux, en date de ce jour,

et les autres formalités prescrites exactement observées, je

soussigné, prêtre, ay reçu leur mutuel consentement et leur

ay imparti la bénédiction nuptiale du consentement de M. le

curé de Saint-Rémy, en présence des soussignés qui, informés

des peines portées par les déclarations du Roy contre ceux

qui attestent faux sur les faits de mariage, ont déclaré

connaître les époux pour être anciens catholiques, libres à

contracter mariage, et habitants des dites paroisses.» Suivent

les signatures.--_Extrait des registres de mariage de l’église

Saint-Rémy._

L’existence laborieuse qu’il mena lui ayant permis d’accroître sa

fortune, son fils acheta une charge de conseiller au Parlement--le

rêve de tout bourgeois pourvu de rentes[10]. Ces offices, en effet,

conféraient la noblesse et donnaient accès dans le meilleur monde.

La haute juridiction--à la fois judiciaire, politique, financière et

administrative--à laquelle ils ressortissaient, prenait une part active

à la marche des affaires publiques: d’attachantes occupations pour les

hommes voués à l’étude du droit, de la jurisprudence, des réformes

législatives et des intérêts sociaux...

[10] En 1692. Il portait également le prénom de Pierre.

A Toulouse, à Rouen, à Paris, l’emploi était enviable. A Bordeaux où,

depuis longtemps, la noblesse d’épée n’existait guère qu’à l’état de

souvenir, il jouissait d’un relief exceptionnel. D’autant mieux que,

par leur train de vie, les officiers de justice s’ingéniaient à

rehausser encore la dignité dont ils étaient revêtus. La maison d’un

président comprenait une nuée de clients et de serviteurs[11]. Les

conseillers, quoique d’allures plus modestes, entretenaient aussi un

domestique nombreux--sans compter le carrosse traditionnel qui, au dire

des chroniques, révélait les hôtes du palais de l’Ombrière au même

titre que la robe rouge et le bonnet carré[12].

[11] Voici quel était, en 1715, le personnel du premier

président: un secrétaire, un maître d’hôtel, une demoiselle

suivante, un sommelier, deux valets de chambre, un cuisinier,

un garçon de cuisine, un portier, deux cochers, deux servantes,

un postillon, six laquais. L’état des autres présidents

ne différait pas sensiblement de celui-ci.--_Archives

départementales_, C. 2697.

[12] _Chronique de Gaufreteau_, I, p. 291.

Au XVIIIe siècle, tout parlementaire était doublé, sinon d’un lettré et

d’un savant, au moins d’un curieux et d’un chercheur. Pierre Duplessy

fut, à la fois, un chercheur, un savant et un lettré. L’admirable

bibliothèque du premier président de Pontac ayant été mise en vente,

il s’empressa de l’acquérir. Non seulement il la garda intacte; mais,

procédant avec un soin religieux, il l’augmenta des meilleurs livres

publiés sous le règne de Louis XIV[13].

[13] M. Duplessy s’en rendit acquéreur, le 15 septembre 1707,

de M. le marquis de La Tresne. Plus tard, elle passa entre les

mains d’un sieur Bergeret qui la revendit en détail.

Les fils de cet érudit, qui parlait couramment plusieurs langues,

devaient, comme leur père, porter la robe. Tous deux furent

pourvus d’offices de conseiller. Le cadet, qu’on nommait M. de

Pauferrat, jurisconsulte de mérite en même temps que rimeur disert,

prenait volontiers la parole aux assemblées des chambres[14].

L’aîné, Claude--l’heureux époux de Mlle de Chazot--passionné pour

les recherches historiques, les spéculations de la science, les

manifestations de l’art sous ses formes diverses, était appelé à

briller d’un vif éclat. Une maladie lente l’emporta, en 1736, à la

fleur de l’âge... Déjà, sa demeure servait de rendez-vous aux gens

distingués de la province que son urbanité et les grâces de sa jeune

femme savaient attirer et retenir.

[14] Parfois même il la prenait avec une véhémence qui n’était

pas du goût de ses confrères. Les _Registres secrets du

Parlement_ (_Bibliothèque municipale_, 369 _bis_, fº 215) le

représentent, à la date du 21 décembre 1740, «assis au bas-bout

du bureau,» et censuré pour quelques écarts de langage.

Devenue veuve, Mme Duplessy n’eut garde de négliger l’œuvre commencée

sous ces heureux auspices. Sa maîtrise, au contraire, s’affirma avec

une autorité croissante; bientôt, il ne s’établit plus de renommée

littéraire qui ne portât l’estampille de son salon, et Montesquieu

lui-même accepta l’honneur de figurer au nombre de ses amis.

Le portrait annexé à ce volume date de cette époque[15]. A coup

sûr, il n’est point vulgaire. La virtuose dont il reproduit l’image

ne pouvait, nulle part, passer inaperçue: elle s’imposait à tous les

yeux par la noblesse de sa démarche, l’élégance de ses manières, la

distinction de sa physionomie. Un Bordelais qui plaida contre elle--dès

lors non suspect de flatterie--assure qu’elle réunissait tout pour

plaire... A ces avantages physiques, il faut joindre un esprit cultivé,

sagace, d’une profonde sûreté de jugement et de goût. L’affectation

lui est odieuse, et l’on est sûr de ne trouver chez elle ni précieuses

ni raffinés... Mme Duplessy résume, dans un harmonieux ensemble, les

qualités sérieuses du grand siècle et les grâces moins sévères du

siècle nouveau--sans ce dualisme choquant observé chez la marquise de

Lambert, laquelle, «dogmatisant le matin,» prêchait le soir la plus

accommodante des morales[16].

[15] L’original appartient à M. Fauraytier qui, avec beaucoup

de bonne grâce, en a autorisé la reproduction.

[16] _Mémoires du président Hénault._ Dentu, 1855, p. 102.

Bien que ne répudiant pas cette pointe de galanterie qui constituait le

fond de la politesse française, la maison était honnête. En dépit de la

fantaisie du peintre, qui se plut à la représenter tenant à la main

un amour battant de l’aile, la jeune veuve ne subit pas le joug du

dieu malin. Le souci de sa dignité, une façon virile de comprendre

ses devoirs, les occupations multiples qui absorbaient sa vie, la

préservèrent de ces entraînements pour lesquels nos pères professaient

tant d’indulgence.

Ce fut une de ces studieuses qui ne trouvent jamais de journée trop

longue. A l’avidité de tout connaître, elle joignait la faculté de

tout embrasser. Mais la pente de son esprit l’entraînait vers les

sciences exactes. L’histoire naturelle surtout la captivait: son

cabinet, le premier qu’on vit à Bordeaux, passait pour l’un des plus

beaux de l’Europe... Poussons la porte du «sanctuaire», et, à la suite

d’un contemporain qui veut bien nous servir de guide, visitons-en les

curiosités...

Deux vastes pièces, ordonnées avec méthode, sont affectées aux

collections. La première, garnie d’armoires, de tablettes, de vitrines,

contient toutes les richesses de la conchyliologie[17]. La

seconde rappelle les boutiques d’antiquaires, telles que certains

romans se plaisent à les dépeindre, avec un appareil de réchauds,

de cornues, d’instruments mystérieux, et toute une série d’animaux

suspendus aux solives: chiens de mer, poissons volants, crocodiles,

chauves-souris aux ailes déployées... Spectacle troublant pour les

âmes délicates! Heureusement le regard ne tarde pas à se porter vers

les parois de la muraille où apparaissent, rangés avec symétrie, les

plumages multicolores des oiseaux des îles: un chatoiement de couleurs

gaies allant du jaune de chrome au bleu d’azur, en passant par toutes

les nuances de l’arc-en-ciel...

[17] «Elle renferme les lithophytes, éventails, madrépores,

coraux, coralloïdes, mousses marines, éponges, fossiles de

différents lieux, marbres, pierres de Florence, géodes,

congellations, etc... Le coquillier est placé vis-à-vis de la

cheminée. C’est une armoire de six pieds de haut, compartie en

tiroirs divisés en des cartons peints en jaune, où reposent

les coquilles, parmi lesquelles on remarque de beaux nautillés

papiracés, des limaçons de toute espèce, le fuseau, la tiare,

la mitre, les spectres, les draps d’or, les porphyres,

les araignées, la musique, le bois veiné, des casques de

différentes formes, des bécasses épineuses, l’Argus, la carte

géographique, la mère-perle exacte dans ses deux vulves,

la feuille, la pelure d’oignon, la crête de coq, quelques

épineuses, l’écritoire chinoise, la vieille ridée, la _concha

Veneris_, la moule de Magellan, l’arche de Noé, la Thuillière,

le chou et le _bucardium spinosum_, le manteau ducal, les

oursins de la mer Rouge, etc.» (_Conchyliologie_, de Dézallier

d’Argenville, édition de 1757, I, p. 138.)

Du temple de l’ornithologie on accède à la bibliothèque, dont les

mathématiques, la physique, l’astronomie se disputent les hauts rayons.

L’histoire y occupe également une place importante. Au rebours de Mme

du Châtelet qui regardait Tacite «comme une bégueule colportant les

commérages de son quartier», Mme Duplessy a le culte des anciens. Chez

elle, Tacite est traité avec autant d’égards qu’Agrippa d’Aubigné et

l’honnête de Thou. L’éclectisme est, d’ailleurs, sa règle de conduite.

Dans ce milieu épris de tolérance, Rome fait bon ménage avec les

philosophes, et le chef-d’œuvre de Pascal avec les _Maximes_ de saint

Ignace. Droit, jurisprudence, poésie, rien n’est oublié. Quant à l’art,

il est représenté par soixante in-folio d’estampes, une multitude

d’eaux-fortes et des antiques de prix: cornalines gravées en creux,

vermeilles, hyacinthes, jaspes, améthystes.

Nous voici à l’entrée des salons: Bordeaux n’en possède pas de plus

brillants. Ce ne sont, partout, que tapisseries de haute lisse,

fauteuils à larges dossiers, canapés, _caquetoires_, girandoles,

glaces, laques et vernis..... Aux murs, des scènes de Téniers, des

paysages de Berghem, des chasses de Wouvermans et quelques toiles que,

de ses doigts légers, brossa la fée du logis. A droite, un pupitre

chargé de musique; à gauche, un clavecin à ravalement; plus loin, un

cabinet «d’Allemaigne» enrichi de cuivres dorés...

L’hôtel qui abrite ces merveilles est situé aux portes de la ville,

dans un immense enclos compris entre le Jardin-Public[18]--avec lequel

il communique au moyen d’une grille--et les rues Fondaudège et

Saint-Laurent. Des plantes rares, une charmille admirable, des arbres

séculaires constituent l’ornement du parc, où un réservoir, alimenté

par des sources vives, entretient une exquise fraîcheur[19]. On ne

trouverait pas en Guyenne un jardin plus vert; il n’en est pas non plus

qui possède une plus riche variété de fleurs... Les fleurs! la passion

de Mme Duplessy. Ce ne sont pas seulement les senteurs de l’œillet et

l’épanouissement d’une touffe de roses qui la délectent. Elle éprouve

une admiration sans bornes pour la nature: non cette petite-maîtresse

pomponnée, frisée, enrubannée, que bientôt, à Trianon, on célébrera

en vers alanguis, mais la mère féconde dont l’enfantement mystérieux

soulève tant de problèmes. Admiration à la fois discrète et curieuse,

où l’intuition poétique de Jean-Jacques s’allie aux données positives

du parfait jardinier.

[18] Alors le Jardin-Royal.

[19] Ce réservoir se trouvait sur l’emplacement de la rue qui

porte ce nom.

Des plantes aux animaux, il n’y a qu’un pas: Mme Duplessy aime toutes

les bêtes. Elle les choie, les caresse et daigne les admettre à

l’honneur de son intimité. Chats et chiens lui servent de cortège. Elle

en parle en termes délicats où se glisse une note attendrie. «Vous

avez bien fait, écrit-elle, de m’envoyer le nom de la petite chienne.

Nous ne savions comment l’appeler et elle étoit tout étonnée. Elle est

charmante. C’est la plus belle tête qu’on puisse voir... Quoiqu’elle

soit encore triste, elle a un air mignard qui prévient en sa faveur. Le

premier meuble qu’on lui a offert est un beau coussin garni d’étoffe

de soie sur lequel elle ira se reposer lorsqu’elle sera lasse d’être

caressée sur les genoux; et, comme elle laisse un peu traîner la queue,

on lui donnera un laquais pour la porter.»--La marquise de Sévigné dans

ses bons jours, n’eût pas trouvé de formule plus heureuse.

La femme d’esprit, l’artiste, la collectionneuse qu’était Mme Duplessy,

reçut bientôt une distinction qui couronnait sa supériorité. La

Société des Arcades--une académie qui, bien qu’ayant son siège à

Rome, se délectait des bergeries de d’Urfé--lui faisait l’honneur de

l’admettre dans ses rangs. Par décret, daté du bois sacré de Parrhase,

au pays des Arcadiens, la nouvelle dignitaire était agréée en qualité

de pastourelle, sous le vocable de _Bérénice_, et recevait, à titre

d’apanage, la province d’Argolide[20].

[20] La ceinture frangée d’or que, dans son portrait, Mme

Duplessy porte autour de la taille, était la marque distinctive

des membres de l’académie des Arcades.

Saluée, par delà les monts, du nom d’une reine déguisée en bergère,

l’aimable veuve subissait, à Bordeaux, une nouvelle métamorphose. Les

poètes du cru l’élevaient à la dignité de muse. Elle devint _Uranie_,

celle des neuf déesses qui, préposée au département des sciences

astronomiques, siège au sommet du Parnasse, vêtue d’azur, couronnée

d’étoiles, portant, en guise de sceptre, le globe du monde.

Elle ne tardait pas, d’ailleurs, à partager sa gloire avec l’aînée de

ses deux filles, Mlle Élisabeth. Celle-ci était une élégante personne,

façonnée aux bonnes manières, de nature vaporeuse comme Mme d’Épinay,

éprise de littérature, grande dévoreuse de livres, aimant la musique

«à la folie», touchant du clavecin[21], peignant à ses heures, et ne

résistant pas au désir de risquer quelques rimes... Elle aussi sera, un

jour, gratifiée du diadème: on la représentera--la main droite tendue

pour imposer silence--sous les traits de _Polymnie_, muse de la poésie

lyrique.

[21] Elle eut pour maître le sieur Giraud, organiste d’abord à

Saint-Seurin, et plus tard à Saint-André.

Ces deux figures--mère et fille--semblent n’en former qu’une, tant

est profonde la communauté de sentiments qui les unit... Mais voilà,

attachée à leur ombre, une apparition fantastique qui, drapée dans

les plis de la robe monacale, s’avance, majestueuse, la tête rejetée

en arrière, agitant des bras d’une longueur invraisemblable, tantôt

inclinés vers la terre, tantôt se dressant vers le ciel avec des

attitudes inspirées... L’apparition n’est autre qu’une façon de

Bénédictin répondant au nom de Dom Galéas: la grande utilité de la

maison. Dom Galéas est le secrétaire, le factotum, le confident de ces

dames. Il possède une cursive merveilleuse, copie avec intelligence la

musique, fait le quatrième au whist et entretient un commerce suivi

avec saint Médard--ce qui n’est point à dédaigner lorsque la sécheresse

se fait sentir. A-t-on besoin d’une cuisinière? Nul ne s’entend

comme lui à découvrir les cordons bleus... D’un aumônier? C’est

son affaire... D’un ouvrage prohibé? Il a des ressources infinies.

Toujours prêt à rendre service, il apparaît au moment du dîner, où sa

fourchette demeure rarement inactive. Il s’emploie aux commissions,

promène les étrangers, leur sert de cicerone, et circule avec une

liberté qui déroute les idées actuelles: la discipline monastique ne

semble pas l’atteindre... Peut-être a-t-il ses coudées franches comme

placeur des vins du couvent. Son ordre, en effet, est propriétaire,

dans les Graves, de vignes dont les produits sont recherchés--les bons

religieux ne se livrant «à aucune des supercheries qu’en cette matière

presque tout le monde se permet[22]...» Pour charmer ses loisirs,

le Révérend élève des serins, apprivoise des angoras et dresse des

barbets qu’il proclame supérieurs aux chiens du Bengale de l’infant

Don Philippe[23]. Au demeurant, le meilleur compagnon du monde: on

l’appelle l’_ami Patience_, un ami dont on abuse quelquefois, mais pour

lequel, à l’occasion, on ne marchanderait ni peines ni sacrifices.

[22] _Archives municipales_: lettre du président de Lalanne.

[23] L’élevage de ces animaux était-il passé, dans certains

couvents, à l’état d’habitude? On serait tenté de le croire, si

l’on en juge par de nombreuses indications. On verra plus loin

que le supérieur des Bénédictins fournissait de chiens courants

le président de Lalanne. (_Archives municipales_: Lettres

missives.)

Ne croyez pas que le froc abrite en lui un de ces «moines ignares»

que Voltaire s’ingénie à tourner en ridicule. Dom Galéas est pourvu

de connaissances variées et parle congrûment en chaire. Sarrasin, qui

occupait un emploi identique à l’hôtel de Rambouillet, avait, sans

doute, plus de souplesse dans le talent. On lui disait: Sarrasin,

prêchez comme un Carme!... Sarrasin, prêchez comme un Cordelier!...

Sarrasin prêchait comme un Cordelier ou comme un Carme. On lui eût

prescrit de prêcher comme Bourdaloue--si Bourdaloue eût prêché de son

temps--qu’il eût prêché comme Bourdaloue[24]... Dom Galéas n’abdiquait

point ainsi sa personnalité. Il restait toujours Dom Galéas et, quand

il transportait l’auditoire par l’éloquence de ses périodes, personne

ne se fût avisé de prétendre qu’il empruntait la langue de Bossuet ou

celle de Mascaron.

[24] _Œuvres de Segrais._ Édition de 1755, II, p. 78.

Pourquoi faut-il qu’un travers--et quel travers!--accompagne tant de

qualités! Le traître ne marche que les poches bourrées de sonnets,

d’odes, de pièces fugitives. Malheur à l’imprudent qui se risque à

lui donner audience. A l’heure néfaste où le manuscrit est exhumé des

profondeurs de sa robe de bure, il se produit dans ce cœur candide

d’étranges révolutions. Cet agneau a des acharnements de tigre: il

assassine son monde à coups d’interminables déclamations... La Guyenne

ne compte plus ses victimes.

Tels sont les hôtes; telle est la maison.--C’est sous ces frais

ombrages où expirent les bruits de la ville, dans ces salons dont

chacun ambitionne l’accès, au fond de cette bibliothèque ouverte à

toutes les investigations, que l’Académie, au sortir de ses séances,

vient chercher un délassement.

Aux plus distingués de ses membres se joignent les autres célébrités

locales, savants, artistes, femmes d’esprit: toute une phalange de

personnes instruites, à la parole judicieuse et alerte, à la bonne

humeur franche et communicative. Délivrées de l’oppression terrible

de Louis XIV, dont les dragons, «violant, volant, tuant, incendiant,»

firent, à Bordeaux, «onze cents maisons désertes»[25]; jalouses de

proclamer l’autonomie littéraire de la province; en possession de cette

autorité qui s’attache aux ardeurs convaincues--les langues se délient

et effleurent les sujets les plus divers: réformes à l’ordre du jour,

découvertes scientifiques, ouvrages en cours de publication, échos

mondains, nouvelles de Versailles, jusqu’à ces riens, insaisissables et

délicieux, qui défrayèrent le XVIIIe siècle.

[25] _Histoire de Bordeaux_, par Camille Jullian, p. 506.

A l’heure où commence cette étude, la Régence a achevé sa dernière

folie. Le duc de Bourbon, premier ministre, vient lui-même d’abandonner

son portefeuille. C’est le sage Fleury qui gouverne l’État, inaugurant

une manière de trêve durant laquelle, comme le reste du royaume, la

Guyenne a l’heureuse fortune de n’avoir pas d’histoire... Profitons du

calme dont elle jouit pour lier commerce avec cette société bordelaise

si peu connue et si digne de l’être, examinons les œuvres accomplies

par elle, et jetons un coup d’œil rapide sur ses personnalités

marquantes, en débutant par les intimes de l’hôtel Duplessy.

[Bandeau]

La société bordelaise sous Louis XV et le salon de Mme Duplessy · 第 1 / 46 题