Le printemps jeune et bénévole
Qui vêt le jardin de beauté
Élucide nos voix et nos paroles
Et les trempe dans sa limpidité.
La brise et les lèvres des feuilles
Babillent, et lentement effeuillent
En nous les syllabes de leur clarté.
Mais le meilleur de nous se gare
Et fuit les mots matériels;
Un simple et doux élan muet
Mieux que tout verbe amarre
Notre bonheur à son vrai ciel:
Celui de ton âme, à deux genoux,
Tout simplement, devant la mienne,
Et de mon âme, à deux genoux,
Très doucement, devant la tienne.
X
Viens lentement t'asseoir
Près du parterre dont le soir
Ferme les fleurs de tranquille lumière,
Laisse filtrer la grande nuit en toi:
Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi
trouble notre prière.
Là-haut, le pur cristal des étoiles s'éclaire:
Voici le firmament plus net et translucide
Qu'un étang bleu ou qu'un vitrail d'abside;
Et puis voici le ciel qui regarde à travers.
Les mille voix de l'énorme mystère
Parlent autour de toi,
Les mille lois de la nature entière
Bougent autour de toi,
Les arcs d'argent de l'invisible
Prennent ton âme et sa ferveur pour cible,
Mais tu n'as peur, oh! simple cœur,
Mais tu n'as peur, puisque ta foi
Est que toute la terre collabore
A cet amour que fit éclore
La vie et son mystère en toi.
Joins donc les mains tranquillement
Et doucement adore;
Un grand conseil de pureté
Flotte, comme une étrange aurore,
Sous les minuits du firmament.