Et beaucoup d’autres notices biographiques qui devaient figurer dans
le second volume de l’_Examen critique des Dictionnaires historiques_,
volume que l’auteur ne voulait publier qu’après l’achèvement de la
_Biographie universelle_ de Michaud.
IV. _Notices littéraires._ C’est encore de la bibliographie raisonnée
et critique de main de maître.
Dissertation sur soixante traductions françaises de l’Imitation
de Jésus-Christ. (_Paris_, Lefebvre, 1812, in-12.).--M. Louis
Barbier a vivement excité notre intérêt, en nous apprenant que
son père avait laissé un exemplaire de ce savant ouvrage tout
chargé de corrections et d’additions.
--Sur les Lettres manuscrites de P.-D. Huet. (_Mercure de
France_, t. XXVI, p. 289.)
--Sur les Contes et Nouvelles de Mirabeau. (_Ibid._, t. XXXIII,
p. 263.)
--Sur les Œuvres de Vauvenargues. (_Ibid._, t. XXXIV, p. 204.)
--Sur l’Introduction à l’Analyse infinitésimale, d’Euler.
(_Ibid._, t. XXXVI, p. 342.)
Examen de plusieurs assertions hasardées par la Harpe dans sa
Philosophie du XVIIIe siècle. (_Magasin encyclopédique_, 1805, t.
III, p. 5.)
--Sur le Recueil des Lettres de Mme de Sévigné. (_Mag. encycl._
1801, t. VI, p. 7.)
--Sur le poëme de la Conversation, du P. Janvier. (_Revue
philosophique_, 1807, 2e trimestre, p. 88.)
Rapport au Conseil du Conservatoire des objets de science
et d’art, sur le Recueil des Lettres de P.-D. Huet, évêque
d’Avranches, trouvé parmi les livres de l’ex-jésuite Querbœuf.
(_Journal des Savants_, an V, p. 334.)
Je m’arrête, car il faut savoir se borner, même en bibliographie; je
ne pousserai pas plus loin cette nomenclature qui, si variée qu’elle
soit, ne supplée pas aux articles eux-mêmes qui se recommandent tous
par une connaissance approfondie du sujet et par des observations
aussi savantes qu’ingénieuses. Ces articles ont été fort remarqués au
moment de leur apparition dans le _Magasin encyclopédique_, dans la
_Revue encyclopédique_, etc.; mais lorsqu’ils seront réunis et classés
systématiquement, ils offriront un intérêt de plus, en présentant sous
un nouveau jour le talent analytique et critique d’Antoine-Alexandre
Barbier. Ce volume de mélanges littéraires viendra se placer avec
honneur dans les bibliothèques, à côté de recueils du même genre qui
appartiennent à la même époque, et qui réunissent les articles et les
feuilletons de Dussault, Feletz, Maltebrun et Boissonade.
Mon cher collègue, M. Louis Barbier, ne me saura pas mauvais gré,
sans doute, d’avoir évoqué le souvenir bibliographique de son savant
et vénéré père: il approuvera certainement la publication que je lui
propose de faire de ces opuscules, qui ne demandent qu’à être réunis
et coordonnés pour acquérir toute leur importance littéraire; mais
il aura quelque prétexte plausible à faire valoir, pour s’excuser
de n’avoir pas encore publié la troisième édition du Dictionnaire
des Anonymes: il me dira que son manuscrit est prêt depuis dix ans,
depuis vingt ans même, ce que je me plais à reconnaître avec plaisir,
mais qu’un libraire lui a manqué pour entreprendre une édition aussi
coûteuse... Il y a dix ans, il y a vingt ans de cela; la bibliographie
n’était pas alors en bonne odeur auprès de la librairie marchande, et
le _Dictionnaire des Anonymes_, qu’on avait vu tomber à vil prix (10 à
15 fr. l’exemplaire), passait pour un livre _dur à la vente_; l’éditeur
Barrois se plaignait même d’avoir fait une triste affaire; mais tel
temps, telle mode; aujourd’hui le même _Dictionnaire des Anonymes_,
réimprimé avec les augmentations qu’il réclame, se vendra sur-le-champ
à 1,500 exemplaires, et le reste de l’édition ne moisira pas en
magasin. Vienne donc le plus tôt possible cette troisième édition,
revue, corrigée et augmentée par le fils de l’auteur: elle aura le
même succès que la cinquième édition du _Manuel du Libraire_, de ce
chef-d’œuvre incomparable de la science bibliographique, auquel le
vénérable M. Brunet met la dernière main à l’âge de quatre-vingt-deux
ans, M. Brunet, notre maître à tous et le glorieux chef de la
bibliographie française.
NOTA. M. Louis Barbier, à qui je reproche de nous faire attendre si
longtemps la réimpression du _Dictionnaire des Anonymes_, n’en a pas
moins dignement suivi les traces de son père, en faisant, de la
bibliothèque du Louvre, de cette bibliothèque que son père a créée,
une des plus belles, des plus riches, des plus curieuses bibliothèques
du monde. Une autre fois, je vous parlerai du bibliothécaire, à propos
de cette bibliothèque merveilleuse qui vient d’attirer à elle et
d’absorber la bibliothèque de mon ami Motteley. Dieu merci! les livres
de Motteley sont en bonnes mains et sous bonne garde.
EXTRAITS
D’UNE
CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.
I
La lettre suivante, datée de janvier 1858, renferme une curieuse
anecdote de l’histoire littéraire:
«En feuilletant un charmant petit volume: _Un Million de rimes
gauloises_, lequel aura pour lecteurs tout ce qui reste de
Gaulois en France, je remarque, à la page 256, une Épitaphe de
Désaugiers, _par lui-même_, que je vous demande la permission de
restituer à son véritable auteur, malgré le témoignage de Charles
Nodier, sur lequel se fonde l’éditeur du recueil, M. Alfred de
Bougy. Cette épitaphe, si mes souvenirs ne me trompent pas,
fut improvisée par M. Paul Lacroix, le jour même de la cruelle
opération que Désaugiers venait de subir et qui paraissait
avoir bien réussi. M. Paul Lacroix envoya ces vers dans une
lettre de félicitations adressée au pauvre malade, qui devait
succomber peu de jours après, et qui s’empressa de répondre par
quatre vers sur les mêmes rimes. Les deux pièces de vers furent
successivement imprimées alors dans deux numéros du _Figaro_,
rédigé par le Poitevin Saint-Alme, Maurice Alhoy, Étienne Arago,
Jules Janin, etc. On a, depuis, recueilli les vers de M. Paul
Lacroix, et on a oublié ceux de Désaugiers, qui ne méritent pas
cet oubli. Mais où trouver une collection complète du _Figaro_,
pour y chercher l’épitaphe que Désaugiers a faite sur son lit
de douleurs et qui aurait pu être gravée sur sa tombe, peu de
jours après? M. Alfred de Bougy nous donnera peut-être les
deux épitaphes dans la seconde édition du _Million de rimes
gauloises_? Ce sera donc pour le mois prochain.
«UN VIEUX RÉDACTEUR DU PREMIER FIGARO.»