LE VERGIER AMOUREUX.

Ce singulier ouvrage, qui n’a pas de titre imprimé dans le seul

exemplaire qu’on en connaît, pourrait bien avoir été publié sous le

nom de _la Forest des sept pechez mortels_, plutôt que sous celui du

_Vergier amoureux_. Ce dernier titre lui a été donné par l’ancien

possesseur, qui s’est mépris peut-être sur le véritable objet de cette

allégorie mystique. Au reste, l’exemplaire que possède la Bibliothèque

impériale publique de Saint-Pétersbourg, et qu’on dit unique, pourrait

bien ne pas être complet. En voici la description:

C’est un petit in-folio de 10 ff. non chiffrés, qui ont été remontés

avec soin et dont les signatures ne sont pas régulières. Ainsi, les

deux premiers feuillets ne portent aucune signature; le troisième est

signé _a. n._; le quatrième, _b. n._; le cinquième, _c. n._; le sixième

n’est pas signé; le septième et le huitième sont signés _e. n._ et _f.

ij_; les feuillets 9 et 10 n’ont pas de signature. Le texte se compose

de vers français, imprimés en gothique sur 2 colonnes, pour accompagner

les arbres généalogiques des Vices et des Vertus. Plusieurs pages

sont remplies par des gravures en bois, sans autre texte que les

inscriptions qui font partie de ces gravures; le dernier feuillet,

dont le recto est blanc, est imprimé à longues lignes, en partie, et

ne contient que de la prose; toutes les pages sont encadrées au moyen

d’une réunion plus ou moins ingénieuse de petites gravures en bois,

empruntées à diverses éditions du temps et surtout aux livres d’heures.

Le premier feuillet, dont l’encadrement est plus large et mieux orné

que celui des autres feuillets, commence par ces vers imprimés en tête

de la première colonne, au-dessus de la marque de l’imprimeur:

Gaspard Philippe m’a voulu imprimer

En apetant que vices soient repris:

Si vous supply ne veuillez deprimer

Ceste euvre cy, car povez extimer

Qu’il l’appete vendre à competent pris:

Bon marché faict, ainsi qu’il a apris:

Aussi l’Acteur faict protestacion

Qu’il se submet à la correction

De tous lecteurs et aux donnans escout,

Car on cognoist à sa condition,

Qu’il apete faire Raison par tout.

Il résulte de ces vers, que Gaspard Philippe est l’imprimeur du livre,

et que l’Acteur, qui ne se nomme pas, avait pour devise: _Raison

partout_. Cette devise est, comme on sait, celle de Mère Sotte ou de

Pierre Gringore.

La marque de Philippe Gaspard se compose de l’écusson de cet imprimeur,

avec son monogramme, suspendu à un arbre entre deux dauphins couronnés.

Le poëme débute ainsi:

Revisitez la forest, gens mondains,

Et en vueillez les branches bien eslire,

En redoubtant, craignant hazars soubdains:

Gardez de user de vos langaiges vains,

Lorsque viendres pour en ce vergier lire,

Et par ainsi vous eviteres l’ire

Du Createur: laissant vostre folie,

Que vostre esprit grosses branches deslie,

Qui empeschent par la forest passer:

Fuyez orgueil: temps est que on se humilie,

Car on ne scait quant on doit trespasser.

On voit que la seconde strophe avait fourni à l’ancien propriétaire du

livre (le comte de Suchtelen, bibliophile russe) le titre qu’il lui a

imposé; en voici le commencement:

C’est le vergier amoureux, delectable,

Forest de reconciliation,

A tous humains doctrine veritable,

Très utille, louable, prouffitable

A en faire la recordation...

Au verso du second feuillet, est représenté l’arbre généalogique

de l’Orgueil, avec cette légende: _Orgueil, racine de tous vices_;

en regard, au recto du second feuillet, l’arbre généalogique de

l’Humilité, avec cette légende: _Humilité, racine de toutes vertus_. Le

verso du second feuillet et le recto du troisième comprennent l’_arbre

d’Orgueil avecques sa sequelle_; le verso du troisième feuillet et le

recto du quatrième, l’_arbre d’Avarice avecques sa sequelle_, et ainsi

de suite pour les cinq autres péchés mortels. L’arbre, dont chaque

rameau offre une inscription morale en prose, a pour base un sujet,

où le péché mortel est mis en scène avec beaucoup d’originalité: à

droite et à gauche de l’arbre sont imprimés des quatrains moraux qui

renferment des conseils pour se préserver du péché en question.

Le huitième feuillet, signé F.ij, représente la _Tour de Sapience_,

fondée sur _Humilité, mère de toutes les vertus_. Cette tour,

précédée de quatre colonnes morales, savoir: _conseil_, _prudence_ et

_diligence_; _stabilité_, _force_ et _repos_; _miséricorde_, _justice_

et _vérité_; _moralité_, _tempérance_ et _mundicité_, est élevée

sur sept degrés, qui sont _oraison_, _compunction_, _confession_,

_pénitence_, _satisfaction_, _aulmosne_, _jeûne_. Cette fameuse tour

a quatre fenêtres, nommées: _discrétion_, _religion_, _dévotion_,

_contemplation_, et cinq guérites ou _guettes_, au-dessus des créneaux

ou _défenses_: ces guérites s’appellent: _Tutelle aux bons_, _Vengeance

aux mauvais_, _Jugement aux mauvais_, _Discipline aux fidelles_, et

_Increpation aux mauvais_.

Au verso du feuillet 8, est l’image de l’_angel Cherubin_ avec cette

légende, que nous reproduisons textuellement: _Cherubin a six elles

soit leu par le nombre assigné a chascune deux_: l’image de l’_angel

Seraph_ est au recto du feuillet 9, avec cette légende que nous copions

aussi textuellement: _Seraph a six elles soit leu par le nombre assigné

a ung chascun_.

Au verso de ce feuillet 9, une grande gravure en bois, d’un assez bon

style, représente Jésus-Christ dans sa gloire, entre sa mère et saint

Jean-Baptiste agenouillés, venant juger les vivants et les morts.

On lit, d’un côté du souverain juge: _Venes bieneurez possider mon

paradis_, et de l’autre: _Allez mauditz damnes au feu eternel_.

Le dernier feuillet, imprimé en rouge et en noir, commence par cet

intitulé: _S’ensuit la forme de soy confesser instructive pour adresser

les penitens ignorans à faire confection_ (sic) _entiere_. C’est un

tableau qui met en regard les différentes manières de pécher, par

_cogitacion_, par _locucion_, par _optacion_ et par _obmission_. Cette

page, destinée à faciliter un examen de conscience, se termine par une

prière.

Au-dessus, à l’angle droit du feuillet, dans un cadre ménagé entre

divers petits sujets, gravés en bois, on lit cette suscription,

imprimée en rouge, de haut en bas: _Imprimé à Paris, par Gaspard

Philippe_. A côté de cet encadrement, il y a un écusson, représentant

un arbre qui paraît être l’emblème de l’imprimeur; cet écusson,

surmonté de la tiare pontificale et des clefs de saint Pierre, se

trouve placé entre l’écusson de France et l’écusson de Bretagne

mi-parti de France.

Une devise latine: _Immoderata ruunt_, qu’on remarque au-dessus de

l’adresse de l’imprimeur, paraît être une allusion aux querelles de

Louis XII contre le pape Jules II.

Ce livre rare, qui n’a jamais été décrit, provient de la bibliothèque

du comte de Suchtelen, savant amateur russe, dont le blason gravé est

collé en dedans de la reliure en maroquin qu’il avait fait exécuter.

On a relié, dans le même volume, deux feuillets, imprimés en gothique,

à deux colonnes, avec quelques titres en rouge, et dont le verso est

blanc, ce qui fait supposer que ces impressions étaient destinées

à être collées sur des écriteaux dans les couvents. L’un porte cet

intitulé: _Prologus venerabilis Hugonis de Sancto Victore, de fructu

carnis et spiritus_; l’autre: _Frater Nicholaus de Pratis divi Victoris

cenobita devoto formule hujus exploratori gratias in presenti et

gloriam in futuro_. Cette lettre latine est suivie de vers latins

du même moine de l’abbaye de Saint-Victor: _De feliciore dogmatis

hujus exortu carmen_. Ces deux feuillets, qui ne portent pas de nom

d’imprimeur, sont encadrés avec des sujets et des ornements en bois.

On peut supposer, avec beaucoup de probabilité, qu’ils sont également

sortis des presses de Gaspard Philippe, qui fut reçu libraire-imprimeur

en 1502, et qui exerçait encore à Paris en 1512.

LA RÉCRÉATION

ET

PASSE-TEMPS DES TRISTES.

Les bibliographes et les biographes, qui se suivent et qui se

ressemblent trop par malheur, répètent avec la plus confiante unanimité

que Guillaume des Autels est l’auteur du recueil intitulé: _la

Récréation et passe-temps des Tristes_.

Il ne tenait qu’à nous de nous conformer humblement et aveuglément

à l’avis de nos devanciers sur cette question littéraire, qui n’a

pas encore été controversée ni discutée; mais, après avoir jeté les

yeux sur ce recueil, qui est fort rare et qui mériterait, à ce titre

seul, d’être réimprimé, s’il n’était pas d’ailleurs très-joyeux et

très-récréatif, nous nous sommes promis de prouver aux plus incrédules

que Guillaume des Autels était, soit comme auteur, soit comme éditeur,

bien étranger à cette publication facétieuse.

Guillaume des Autels, originaire de Charolles, en Bourgogne, où il

naquit vers 1529, a composé divers ouvrages en vers, entre autres:

_Amoureux Repos_ (1553), _Repos de plus grand travail_ (1550), etc.

Ces ouvrages n’ont aucun rapport de genre, de forme ni de style avec

la _Récréation et passe temps des Tristes_. La Monnoye, dans une note

sur son article dans la _Bibliothèque françoise_ de Du Verdier, l’a

très-bien jugé en disant de lui: «La fantaisie d’imiter Ronsard, et le

désir de paroître plus savant qu’il ne l’étoit, le rendirent obscur,

souvent inintelligible, dans la plupart de ses écrits, et l’éloignèrent

toujours du simple et du naturel.»

Au contraire, le recueil de poésies récréatives, qu’on lui attribue

si mal à propos, tient, et au delà, les promesses de son titre:

_Récréation et passe-temps des Tristes_. Ce sont des épigrammes ou

de petites pièces courtes et vives, sur des sujets libres, plaisants

ou galants, écrites la plupart dans la langue claire, précise et

animée, de l’école marotique. Un grand nombre de ces pièces, dignes

de l’Anthologie grecque ou de Martial, appartiennent en propre à

Clément Marot lui-même, ainsi qu’à Saint-Gelais et à leurs imitateurs:

Bonaventure des Periers, Victor Brodeau, Lyon Jamet, Saint-Romard,

Germain Colin, etc. Quant à Guillaume des Autels, il n’y brille que par

son absence.

Comment donc et pourquoi s’est-on avisé de mettre ce charmant recueil

sur le compte d’un poëte si lourd, si ennuyeux, si pédant et si

solennel?

La _Bibliothèque françoise_ de La Croix du Maine, aussi bien que

celle du sieur Du Verdier, ne font aucune mention de la _Récréation

des Tristes_, dans leurs articles sur Guillaume des Autels. Il faut

descendre jusqu’à la _Bibliothèque des Auteurs de Bourgogne_, par

l’abbé Papillon, c’est-à-dire en 1742, pour trouver cette mention

exprimée en termes amphibologiques; l’auteur comprend, dans la liste

des ouvrages de Guillaume des Autels, «_la Récréation des Tristes_,

recueil de pièces, imprimé in-16, à Lyon. On lui attribue, ajoute-t-il,

ce recueil, dans lequel il y a de l’esprit.» Aussitôt l’abbé Goujet,

qui préparait alors son édition du Grand Dictionnaire de Moréri, dans

laquelle sont fondus tous les suppléments publiés à part (1749, 10

vol. in-fol.), consacra un long article à Guillaume des Autels, qui

n’avait obtenu que huit lignes dans les éditions précédentes; on lit

dans cet article: «_Récréation des Tristes_, recueil de pièces en vers,

imprimé in-16, à Lyon. On lui attribue ce recueil, dans lequel il y a

de l’esprit.» L’abbé Goujet n’avait donc fait que répéter textuellement

la phrase de l’abbé Papillon, sans prendre la peine de recourir à plus

amples informations. Dans sa _Bibliothèque françoise_ (t. XII, publié

en 1748), qu’il faisait imprimer concurremment avec le Moréri, il avait

modifié légèrement la phrase que lui fournissait la _Bibliothèque des

Auteurs de Bourgogne_: «On attribue encore, dit-il (page 353 du t.

XII), à des Autels la _Récréation des Tristes_, recueil de pièces en

vers, dans lesquelles il y a quelque génie, et qui a été imprimé à

Lyon, in-16, sans date.»

L’abbé Goujet eût été bien embarrassé de produire cette édition, sans

date, imprimée à Lyon, qui n’a jamais existé, puisqu’elle n’est citée

dans aucun catalogue. Il n’y a réellement que deux éditions, l’une de

Paris, 1573, et l’autre de Rouen, 1595.

Nous hasarderons une conjecture au sujet du quiproquo qui a fait

attribuer à Guillaume des Autels un ouvrage qu’il est impossible de

lui laisser. On lui attribue, avec plus de probabilité, puisqu’on

peut s’appuyer à cet égard sur l’autorité de La Croix du Maine et de

Du Verdier, un petit livre facétieux en prose, intitulé: _Mitistoire

barragouyne de Fanfreluche et Gaudichon, trouuée depuis n’aguere

d’une exemplaire escrite à la main, à la valeur de dix atomes, pour

la recreation de tout bons franfreluchistes_ (Lyon, par Jean Dieppi,

1574, in-16). Quelqu’un aura extrait de ce titre la phrase suivante,

qui est devenue elle-même un titre séparé: _la Récréation de tous

bons franfreluchistes_; et quelque autre, renchérissant sur l’erreur

ou l’ignorance de son devancier, a vu naturellement dans ce titre

imaginaire, qu’il a supposé défiguré, la _Récréation des Tristes_.

Rien n’est plus fréquent que de pareilles métamorphoses de mots et de

titres, dans l’histoire de la bibliographie.

Au reste, on avait vu paraître, avant la _Récréation des Tristes_, un

recueil du même genre, intitulé: _Consolation des Tristes_ (Rouen,

Robert et Jean du Gort, 1554, in-16), que La Monnoye, dans une note sur

Du Verdier, conjecturait devoir être une réimpression du _Boute-hors

d’oisiveté_, publié en 1553, à Rouen, par les mêmes libraires. Le titre

de _Récréation et passe-temps des Tristes_ peut avoir été imaginé

aussi pour rappeler un recueil de poésie, qui avait eu du succès et qui

était encore estimé en librairie, sinon en littérature, quoique d’un

genre plus grave et moins divertissant: _le Passe-temps et songe du

Triste, composé en ryme françoise_ (Paris, Jehannot, sans date), in-8,

goth.

Quoi qu’il en soit, le recueil, dont M. Gay a publié une édition

nouvelle destinée aux vrais pantagruélistes _et non aultres_, est

une compilation mieux choisie et plus complète que divers recueils

analogues, imprimés, sous des titres variés, à Paris, à Lyon et à

Rouen, de 1530 jusqu’en 1573. Voici l’indication de ces recueils, tous

presque également rarissimes et curieux, qui se trouvent refondus dans

la _Récréation et passe-temps des Tristes_:

1. _Petit traicté contenant la fleur de toutes joyeusetez en

epistres, ballades et rondeaux fort recreatifz, joyeux et

nouveaulx._ Paris, par Antoine Bonnemere, pour Vincent Sertenas,

1535, in-16.--Réimprimé, avec des augmentations, sous le titre

suivant:

_Recueil de tout soulas et plaisir, pour resiouir et passer temps

aux amoureux, comme epistres, rondeaux, balades, epigrammes,

dixains, huictains, nouuellement composé._ Paris, Jean Bonfons,

1552, pet. in-8.

Et sous cet autre titre:

_Fleur de toute joyeuseté, contenant epistres, ballades et

rondeaux joyeulx et fort nouveaulx_, sans nom et sans date, in-8,

goth.

2. _Recueil de vraye poësie françoyse, prinse de plusieurs

poëtes les plus excellens de ce regne._ Paris, imp. de Denys

Janot, 1544, pet. in-8.--Réimprimé sous le titre suivant:

_Poësie facecieuse extraite des œuvres des plus fameux poëtes de

nostre siecle._ Lyon, par Benoist Rigaud, 1559, in-16.

3. _Le Paragon de joyeuses inventions de plusieurs poëtes de

nostre temps, ensemble la conviction de la chaste et fidelle

femme mariée._ Rouen, Robert Dugort, sans date, in-16.--Réimprimé

sous le titre suivant:

_Le Tresor des joyeuses inventions du Paragon de poësie,

contenant epistres, ballades, rondeaux, dizains, huictains,

epitaphes et plusieurs lettres amoureuses fort recreatives._

Paris, veuve Jean Bonfons, sans date, in-16.

4. _La Fleur de poësie françoyse, recueil joyeulx, contenant

plusieurs huictains, dixains, quatrains, chansons et aultres

dictez de diverses matieres, mis en notte musicalle par plusieurs

autheurs et reduictz en ce petit livre._ Paris, Alain Lotrian,

1543, pet. in-8.

5. _Traductions de latin en françois et inventions nouvelles,

tant de Clément Marot que des plus excellens poëtes de ce temps._

Paris, Étienne Grouleau, 1554, in-16.

Ces différents recueils, qui ne sont que des pots-pourris de petites

pièces facétieuses rassemblées sans ordre, ont été vraisemblablement

formés par les libraires eux-mêmes. En 1573, Guillaume des Autels était

sans doute à Paris depuis quatorze ou quinze ans, puisqu’il publiait

dans la capitale, chez André Wechel et Vincent Sertenas, des poésies

de circonstance, écrites dans le goût de Ronsard; mais il eût dédaigné

de descendre des hauteurs poétiques de la Pléiade, pour s’amuser à

ramasser des épigrammes en style marotique. Il faut avouer que les

_Passe-temps_ de Baïf, qui paraissaient alors aux applaudissements de

la cour de France, n’avaient pas trop d’analogie avec la _Récréation et

le passe-temps des Tristes_.

Voici la description des deux éditions connues de ce dernier recueil:

_La Recreation et passe-temps des Tristes, pour resjouyr les

melencoliques, lire choses plaisantes, traictans de l’art de

aymer, et apprendre le vray art de poësie._ Paris, Pierre

l’Huillier, rue Sainct-Jacques, à l’enseigne de l’Olivier, 1573,

in-16 de 96 ff., sign. A-Miiij, avec une figure sur le titre et

une autre en tête de la _Comparaison de l’amour à la chasse du

cerf_, folio 85.

_La Recreation et passe-temps des Tristes, traictant de choses

plaisantes et recreatives touchant l’amour et les dames, pour

resjouir toutes personnes melancholiques._ Rouen, Abraham

Cousturier, libraire, tenant sa boutique près la porte du Palais,

1595, in-16.

Cette édition ne diffère de la première que par l’addition d’une

innombrable quantité de fautes grossières, de non-sens, de vers faux

et altérés, et par la suppression d’une douzaine de pièces dirigées

contre les moines ou sentant l’hérésie[8].

[8] M. Gay, qui a fait réimprimer à cent exemplaires _la

Récréation et passe-temps des Tristes_, n’a eu connaissance

que tardivement de la première édition; il a pu toutefois en

reproduire le texte avec fidélité, mais il n’a pas remis à

leur place les pièces qui manquent dans l’édition de 1595;

il les a réunies à la fin de la réimpression, à partir de

l’épigramme de _Frère Lubin_, page 169; on a ainsi sous les

yeux ces épigrammes qui n’avaient pas trouvé grâce devant la

censure rouennaise.

Ces deux éditions, que la Bibliothèque impériale, nous assure-t-on,

ne possède pas, se trouvent à la Bibliothèque de l’Arsenal

(Belles-lettres, nos 18115 et 9310); la première provient de la

collection du marquis de Paulmy, et la seconde, de celle du duc de La

Vallière (nº 15429 du Catal. La Vallière-Nyon).

VASQUIN PHILIEUL

ET

SON POËME SUR LES ÉCHECS.

Ce petit livre est une des innombrables impressions du seizième

siècle, qui ont disparu, sans laisser d’autre trace qu’une simple

indication, souvent erronée et toujours incomplète, dans les ouvrages

de bibliographie.

Nous l’avons cherché inutilement dans les catalogues des plus riches

et des plus curieuses bibliothèques, car notre oracle, notre guide, le

_Manuel du libraire_, dans son avant-dernière édition, du moins, avait

passé sous silence le nom de Vasquin Philieul, qui est certainement

l’auteur de ce poëme rarissime sur le jeu des échecs.

Il paraît que les bibliographes du dix-huitième siècle, qui en font

mention, n’avaient pas même eu la chance de le voir, puisqu’ils ne

savaient pas bien si c’était ou non une traduction du poëme latin

de Vida, ainsi que le fameux poëme de Louis des Masures, Tournisien:

_Guerre cruelle entre le Roy blanc et le Roy maure_ (Paris, Vincent

Sertenas, 1556, in-4); car l’abbé Goujet le signale seulement, en ces

termes, dans sa _Bibliothèque françoise_ (t. VIII, p. 99):

«Du Verdier, dans sa _Bibliothèque_, dit que Vasquin Philieul, de

Carpentras, a traduit en vers le poëme des Échecs (de Vida) et que

cette traduction a été imprimée à Paris, in-4, mais sans marquer le

temps de l’impression. La Croix du Maine parle de ce poëme des Échecs,

_composé_ par Philieul et imprimé en caractères françois, l’an 1559, à

Paris, sans désigner si c’est ou non une traduction de Vida. N’ayant pu

trouver cet ouvrage, je ne puis vous le faire mieux connaître.»

L’annotateur de la _Bibliothèque françoise_ de La Croix du Maine,

Rigoley de Juvigny, n’était pas mieux instruit que l’abbé Goujet,

lorsqu’il disait, dans une note de son édition publiée en 1772: «La

Croix du Maine aurait dû nous apprendre de quel auteur Vasquin Philieul

a traduit le poëme du Jeu des Échecs, si c’est de Vida ou d’un autre.»

Rigoley de Juvigny n’avait pas remarqué que Du Verdier, en deux

endroits différents de sa _Bibliothèque françoise_ (à l’article de

VASQUIN PHILIEUL et à l’article de LOUIS DES MASURES), dit positivement

que le poëme du Jeu des Échecs est une traduction du poëme de Vida.

Cette traduction aurait paru d’abord à Paris, suivant Du Verdier, qui

cite une édition que nous ne connaissons pas: «Il a mis aussi en

rime françoise, dit-il, le Jeu des Échecs, décrit en vers latins par

Hiérôme Vida, Crémonnois, imprimé à Paris, in-4.» La seule édition dont

l’existence soit bien constatée, puisque la bibliothèque de l’Arsenal

en possède un exemplaire (nº 14637 du Catalogue La Vallière-Nyon), a

été indiquée par La Croix du Maine, qui dit à l’article de Vasquin

Philieul: «Il a écrit et composé en vers françois le Jeu des Échecs,

imprimé à Paris, chez Philippe Danfrie et Robert Breton, l’an 1559, de

caractères françois.»

Le nom de l’auteur n’est pas sur le titre de cette édition, qui serait

la seconde, si la note bibliographique de Du Verdier est exacte; mais

le _distichon_ de Jean Gryphe, jurisconsulte, en l’honneur de Vasquin,

ne nous laisse pas de doute à l’égard d’une attribution littéraire que

confirment amplement les témoignages de La Croix du Maine et de Du

Verdier. La dédicace à François d’Agoult (l’imprimé porte _de Gaout_,

ce qui doit être une faute d’impression), seigneur de Sault, ne nous

donne aucun détail sur l’auteur; mais nous y voyons que ce seigneur

avait _autrefois_ enseigné à Vida lui-même le jeu des échecs, que le

_grand Crémonnois_ a chanté pour rendre hommage à son maître.

Aucune biographie, excepté la _Biographie générale_ de MM. Didot,

n’ayant accordé à notre poëte amateur du jeu des échecs une notice de

quelques lignes, nous croyons devoir réparer cette omission le plus

succinctement possible.

Suivant La Croix du Maine, il se nommait Vasquin Phileul ou Philieul,

et il était docteur en droit; Du Verdier le fait, en outre, chanoine de

Notre-Dame des Doms. Son père, Romain Philieul, en latin _Filiolus_,

fut notaire à Carpentras et publia la première édition latine des

Statuts du Comtat Venaissin (_Statuta Comitatus Venayssini._ Avenio,

1511, in-4, goth.). Vasquin Philieul, quoique originaire de Carpentras,

a dû successivement résider à Avignon, à Paris, à Alais (Gard) et à

Lyon, de 1548 à 1565. «Il florissoit à Lyon l’an 1561, disait La Croix

du Maine en 1584: je ne sçay s’il est encore vivant.» Il mourut vers

1582, à Avignon, où il remplissait les fonctions de juge de la Cour

temporelle, suivant la _Biographie du Dauphiné_, par Barjavel.

Son premier ouvrage avait paru à Avignon, chez Barthélemy Bonhomme,

sous ce titre, que Du Verdier a recueilli, sans nous donner la date

de l’édition in-8: _Œuvres vulgaires de François Petrarque, contenant

quatre livres de madame Laure d’Avignon, sa maistresse, en sonnets et

chants, et les Triomphes d’Amour, de Chasteté, de Mort, de Renommée, du

Tems et de la Divinité_. Cette traduction en vers français des poésies

de Pétrarque fut réimprimée à Paris, par Jacques Gazeau, en 1548, sous

ce titre différent: _Laure d’Avignon, au nom et adveu de Catherine

de Medicis, royne de France, extraict du poëte florentin Françoys

Petrarque, et mis en françoys_, in-16 de 119 ff., caractères italiques.

La Croix du Maine suppose une troisième édition, imprimée à Lyon, en

1555, par Barthélemy Bonhomme.

Un sonnet de Jean Chartier[9], qui termine le volume, semble annoncer

que le recueil avait été publié par les soins de ce personnage, et

ses éloges protestent d’avance contre les critiques de Du Verdier,

qui déclare, en passant, que les vers de Philieul sont _rudes et mal

rendus_.

[9] Jean Chartier, natif d’Apt, avocat-général du roi au

parlement de Provence, a traduit différents ouvrages du

grec, du latin et de l’italien. Voyez son article dans la

_Bibliothèque françoise_ de Du Verdier.

L’abbé Goujet, dans sa _Bibliothèque françoise_ (t. VII, p. 330),

confirme le jugement rigoureux de Du Verdier: «Mais, ajoute-t-il, je

crois que l’affection de ce bibliothécaire pour Jérôme d’Avost, son

ami (qui a traduit également en vers les sonnets de Pétrarque), avoit

encore plus de part, dans cette décision, que l’amour de la vérité.»

Rigoley de Juvigny, dans ses notes sur La Croix du Maine, ne partage

pas l’opinion de l’abbé Goujet à l’égard de Philieul: «C’était moins

le talent que l’usage du monde qui lui manquoit, dit-il, car on trouve

quelques morceaux de sa traduction fort heureusement tournés.»

«Cet auteur, né à Carpentras, dit l’abbé Goujet (_Bibl. franc._, t.

VII, p. 329), avait toujours vécu loin du centre de la politesse et du

bon goût. Aussi ne se loue-t-il pas plus qu’il ne doit, lorsqu’il dit,

dans son épître dédicatoire à la reine Catherine de Médicis, à qui il

adresse sa traduction en vers des Sonnets, Chansons et Triomphes de

Pétrarque, qu’il n’avoit

Énigmes et découvertes bibliographiques · 第 29 / 82 题