RONSARD ET COLLETET.

Le poëte élégant qui a publié, _con amore_, non-seulement les Œuvres

inédites ou non recueillies de Pierre de Ronsard, mais encore une

édition des Œuvres complètes de l’illustre chef de la Pléiade, ne

pouvait manquer de s’intéresser à la recherche de la maison que Ronsard

possédait à l’entrée du faubourg Saint-Marcel, et que les deux Colletet

avaient occupée après lui. Où était située cette maison? M. Prosper

Blanchemain la demandait en vain aux échos du vieux Paris.

Il avait pourtant, pour se guider dans sa recherche, un passage de la

_Vie de Ronsard_, écrite par Guillaume Colletet, laquelle fait partie

des _Vies des Poëtes françois_, dont la Bibliothèque du Louvre conserve

le manuscrit autographe; ce passage est ainsi conçu:

«Dans la maturité de son aage, il (Ronsard) aimoit le séjour de

l’entrée du faux-bourg Saint-Marcel, à cause de la pureté de

l’air, et de cette agréable montagne que j’appelle son Parnasse

et le mien. Et certes je marqueray toujours d’un éternel crayon

ce jour bienheureux, que la faveur du ministre de nos roys me

donna le moyen d’achepter une des maisons qu’il aimoit autrefois

habiter, en ce mesme faux-bourg, et sans doute, après celle

de Baïf, qu’il aima le plus. Et, aussy, fut-ce sur ce sujet,

que je composay, il y a quelques années, un sonnet que je ne

feindray point d’insérer icy, par marque du respect inviolable

que je porte à la mémoire de ce divin homme, et de la joye que

je ressens d’habiter les sacrés lieux, que ses muses habitèrent

autrefois avec tant de gloire.

Je ne voy rien icy qui ne flatte mes yeux:

Ceste cour du Ballustre est gaye et magnifique;

Ces superbes lyons qui gardent le portique

Adoucissent pour moy leurs regards furieux.

Ce feuillage, animé d’un vent délicieux,

Joint au chant des oiseaux sa tremblante musique.

Ce parterre de fleurs, par un secret magique,

Semble avoir derobé les estoiles des cieux.

L’aimable promenoir de ces doubles allées,

Qui de prophanes pas n’ont point esté foulées;

Garde encore, ô Ronsard, les vestiges des tiens...

Mais, ô noble desir d’une gloire infinie!

Je trouve bien icy mes pas avec les siens,

Et mon pas dans mes vers sa force et son génie.»

Les notes railleuses que Tallemant des Réaux avait ajoutées à ce

sonnet, en le citant dans ses _Historiettes_, d’après le recueil des

_Épigrammes_ du sieur Colletet (Paris, L. Chamhoudry, 1653, in-12, p.

47), devaient suffire pour fixer exactement la situation de la maison

de Ronsard. M. Prosper Blanchemain eut le tort de se laisser égarer par

les termes amphibologiques d’un sonnet inédit, qu’il découvrit parmi

les papiers de Guillaume Colletet, et qui avait été adressé à ce poëte

par son ami Jean Leblanc, auteur de la _Néoptémachie poétique_ et des

_Odes pindariques_.

Énigmes et découvertes bibliographiques · 第 18 / 82 题