15 mars.

_Nous sommes de nouveau dans la folie. Le Polonais assiste aux

séances, un pistolet dans sa poche. Hier, on dit qu’il a tiré sur

Jean. Je suis sûr que Lucia prépare ces comédies. Il ne faut pas que

cela tourne au drame. Passy commence à se douter de la crise..._

_Le dénouement._

(_Lettre de Georges à la Princesse._)

_Madame,_

_Ma dignité m’oblige à me retirer. Vous avez méconnu, j’en ai peur,

un artiste pour qui_ vous étiez tant, qu’il ne saurait choisir un mot

pour vous qualifier. _J’ai de vieux parents à qui je me dois et dont

votre charme m’éloigna. J’ai, pour vous, supporté toutes les brimades

de vos fidèles. La balle du pistolet m’a frôlé et, dans un grand éclat

de rire, vous avez dit:_ raté! _Le portrait l’est aussi. Je ne serai

pas plus longtemps ridicule. L’Art m’appelle ailleurs._

_Je vous prie d’agréer mes plus respectueux hommages, mes regrets

profonds, mon adieu._

Georges AYMERIS.

P.-S.—_Vous devez, madame, le prix de votre abonnement à 10

exemplaires de la_ Revue Mauve _de mon ami Darius. Trois mille francs!_

(_Le même soir._)

_Ma lettre à la Princesse est complètement grotesque. J’y fais

allusion à «mes vieux parents», et j’invoque l’_Art _comme Brédius

la_ Morale. _Complètement ridicule. Je deviens plus ridicule encore à

partir de ce soir. Et Darius m’a fait mettre un post-scriptum honteux.

Quel goût! ô éducation! Voyons, réfléchissons: le modelé du visage

était «endêvant», comme disait Nou-Miette; plus rien à sa place, ça

dégringole. Pour la peinture, il est trop tard! Mais, pour une autre

fin...? Ah! je devenais un vrai «pourceau». Je crois que je vais

me marier. Mais je ne veux pas être_ choisi _par les parents d’une

personne..._

Georges sentit la menace d’une crise semblable à la précédente; il

s’en confessa, et Maillac l’obligea à rompre, par pitié pour M. et Mme

Aymeris. Le professeur Blondel, qui n’avait plus jamais fait allusion

à la Princesse, écrivit ce simple mot à Georges:

«Bibi, tu t’es mal conduit avec Mme Peglioso. Prends garde, ne va pas

dans le monde. Tu y es mal jugé, les «Monstres» te revaudront cela.

Il faudra que j’en dise un mot à ta mère, qui n’a cessé, depuis trois

ans, sans que tu le saches, de me demander où tu en étais avec la

Princesse. Tâche de comprendre que ce n’est pas ainsi que se conduit

un gentleman. Tu es en train de te fermer tous les salons de Paris.

Ton vieil ami,

BLONDEL.»

Les événements se sont précipités; la courte reprise des relations de

Georges avec la Princesse Peglioso aurait-elle suffi pour entraîner

l’amoureux et l’artiste hors de leur route? Qu’est-ce qui allait être

le plus fort, de l’Art ou de la Femme?

Maintenant, il devra choisir, briser des chaînes, par un effort plus

énergique qu’au temps où il quitta son atelier de débutant, à Passy.

Et Mme Aymeris, à un âge où autour d’elle on s’étonnait qu’elle fût

parvenue, semblait, une contre tous, porter un défi aux calculs des

plus optimistes. Elle voulait vivre, il fallait qu’elle vécût encore,

car Georges n’était pas «arrivé». La bonne dame raillait le mot de

Degas: «De mon temps, Monsieur, on n’arrivait pas».

Si les mères rêvent de ne pas partir sans avoir marié leurs enfants,

la mère de mon ami ne songeait qu’à la gloire de l’artiste, et elle

le détourna d’un mariage «raisonnable» que Georges fut à deux pas de

conclure.

Mme Aymeris ne supporterait pas une rivale, cette bru que la sagesse

lui eût conseillé d’élire. Elle répétait avec fureur:

—Le mariage de Georges serait un décret de mort!

3.

Aymeris · 第 27 / 42 题