Plus de quatre-vingts ans ont passé sur ma tête, et la terre dans
quelques heures va recouvrir cette masse de boue et de misère qui
devrait y être enfouie depuis mon enfance. On ne souffre pas dans le
fond du cercueil après la mort; mais devrais-je sentir chacun des
vers qui doivent dévorer mon cadavre, dussent-ils m'occasionner les
souffrances les plus atroces, je remercierais Dieu de m'infliger des
peines aussi légères; car quelques grandes qu'elles fussent, elles ne
pourraient vous donner une idée des épouvantables tortures que les
remords ont fait endurer à ma conscience depuis de longues bien longues
années.
Dieu est juste, ajouta-t-il, d'un ton pénétré. Il m'a fait entendre sa
grande voix dans tous les objets de la nature; oui je l'ai entendue,
glacé de terreur depuis au delà de quinze ans dans le frizelis des
feuilles comme dans les roulements terribles du tonnerre, je l'ai
entendue dans le souffle léger de la brise comme dans les hurlements
épouvantables de la tempête; et depuis le brin d'herbe jusqu'au grand
chêne des bois; je l'ai vu dans la goutte d'eau dont je me désaltérais
jusqu'au fruit savoureux que je voulais goûter. Je l'entendais, je le
voyais, je le sentais en moi-même, ce vengeur inexorable des crimes que
nous commettons et des souffrances que nous faisons endurer à nos frères
de même que je l'ai éprouvé plus tard, sous le fouet du maître et dans
les chaînes de l'esclavage.
En prononçant ces paroles, bien que les membres du vieillard fussent
glacés par le froid de la mort, nous voyions cependant un frémissement
qui lui parcourait tout le corps. Sans doute qu'il remarqua notre
surprise de l'entendre s'exprimer aussi bien, car il ajouta en
continuant: Ne soyez pas surpris si je parle un français qui peut vous
paraître bien pur pour un habitant des bois, mais j'appartiens à votre
race, et c'est à une vengeance diabolique que je dois le triste état
dans lequel vous me voyez aujourd'hui.
Dans mon enfance et ma jeunesse, j'ai vu moi aussi de beaux jours. Si
vous saviez comme j'étais heureux lorsque je revenais chaque année dans
ma famille pour y passer mes vacances. Nous étions plusieurs compagnons
de collège de la même paroisse. Oh! que nous nous en promettions des
parties de pêche et de chasse et comme alors nous avions le coeur léger,
l'âme pure et tranquille. Il me semble encore voir ma vieille mère, mon
père et mes soeurs accourir au-devant de moi, me presser tour à tour
dans leurs bras et m'arroser la figure de leurs larmes lorsque je venais
déposer A leurs pieds les prix nombreux que j'avais obtenu pour mes
succès classiques. Puis le bon vieux curé que nous ne manquions jamais
d'aller voir, il nous avait baptisés, fait faire notre première
communion; de plus, il nous avait initiés aux premières notions de
la langue latine. Il nous considérait donc comme ses enfants et nous
recevait avec le plus grand plaisirs et la plus touchante affection. Son
presbytère et sa table étaient toujours à notre disposition. Il était
aussi fier de nos succès que si nous lui eussions appartenus.
Nos jours de vacance se passaient en des parties de pêche et de chasse;
mes bons parents refusant que je prisse part à leurs travaux crainte que
je ne me fatiguasse. Le soir amenait les joyeuses veillées. Nous nous
réunissions tantôt dans une maison, tantôt dans l'autre. Au son du
violon nous dansions quelques rondes au milieu des rires de la plus
folle gaîté; puis, dix heures sonnant, la voix de l'aïeule se faisait
entendre, nous tombions à genoux et récitions en commun la prière du
soir, et noua noua séparions en nous promettant bien de recommencer le
lendemain.
La voix du moribond à ces souvenirs se remplit d'émotion puis il ajouta
comme se parlant à lui-même. Chers souvenirs des beaux jours du ma
jeunesse, combien de fois avec celui des larmes de plaisir de mes bons
parents n'êtes vous pas venus tomber sur mon coeur désespéré comme la
rosée bienfaisante sur la fleur desséchée? Ah! pourquoi ai-je à jamais
abandonné le sentier béni de la vertu avec ses joies si pures et si
naïves pour céder à mon exécrable passion? Pourquoi ai-je perdu le
touchant exemple de cette vie de calme, d'amour et de religion que
me donnaient ma famille et tous ceux qui m'entouraient!... A ces
réminiscences de son passé si fortuné, Hélika ferma les yeux comme pour
savourer une dernière fois les délices des beaux jours de son enfance.
Il parut se recueillir et garda le silence pendant quelque temps.
Monsieur Fameux s'approcha de lui et voulut le dissuader de continuer
son récit. "Non monsieur, répondit-il, je dois aller jusqu'au bout
de mes forces, c'est un devoir que ma conscience m'impose, et je
l'accomplis avec plaisir; ma résolution est inébranlable." Puis il
demanda quelque chose pour se rafraîchir. Cette demande fut sans doute
entendue de l'autre côté, car la même indienne dont nous avons déjà
parlée, apporta une tisane d'une couleur verdâtre. Il but quelques
gouttes de ce breuvage qui parut le ranimer. "Éloigne Adala, dit-il à la
vieille, qu'elle n'entende pas ce qui me reste à dire."
C'est peut-être mal, ajouta-t-il, en se tournant vers monsieur Fameux,
mais je voudrais conserver l'estime et l'amour de mon enfant jusqu'au
dernier soupir, puis il reprit:
Vers l'année 17... nous touchions aux vacances qui devaient commencer
vers la mi-juillet, mais je ne sais comment me l'expliquer aujourd'hui,
était-ce un pressentiment qu'avec elles allaient s'éteindre pour
toujours les joies de ma vie? Hélas! elles devaient être les dernières,
car je terminais mon cours d'étude. Je me sentais triste et abattu. Il
y a toujours quelque chose de solennel dans ce suprême adieu que nous
faisons à nos belles années de collège. Le succès avait couronné mon
travail au delà de mes espérances. Je remportai presque tous les
premiers prix de ma classe. L'accueil que je reçus à la maison
paternelle fut encore plus chaleureux, plus affectueux, s'il était
possible qu'il ne l'avait été les années précédentes.
Mon père, ma mère et mes soeurs me reçurent avec les mêmes
démonstrations de joie, j'étais le seul fils. Or sans être bien riche,
ma famille jouissait d'une honnête aisance comme cultivateur. Après les
premiers embrassements. "Il va falloir, me dit mon vieux père, bien te
reposer mon enfant. Je t'ai acheté un beau fusil, un beau cheval est à
l'écurie, j'ai quelques épargnes, amuses-toi, promènes-toi et surtout
laisses là tes livres pour jouir de la vie dont tu ne connais pas encore
les plaisirs".
Puis ma mère et mes soeurs me conduisirent dans la plus belle chambre
qui avait été préparée avec tous les soins, la tendresse et l'affection
qu'elles me portaient. Je remarquai plein d'attendrissement, avec quelle
ingénieuse sollicitude on y avait déposé tous les objets qui pouvaient
flatter mon goût et me procurer le plus grand confort.
Tu vas faire ta toilette maintenant, me dit ma mère en m'embrassant,
nous avons invité les voisins à souper, et j'espère que tu vas t'amuser
dans la soirée puisque tous tes anciens compagnons d'enfance avec leur
soeurs sont de la partie.
En effet personne n'avait manqué à l'invitation. Les bons voisins avec
leurs enfants étaient venus se réunir à cette fête, et je rougissais
d'orgueil et de plaisir, lorsque je voyais ces braves gens venir me
presser la main avec une considération qui tenait presque du respect; et
me prodiguer des éloges sur mes succès, en présence des jeunes filles et
de leurs frères.
Le souper fut bien joyeux, les langues déliées par quelques verres de
bon vieux rhum, débitaient mille et mille plaisanteries qui étaient
saluées par des tonnerres d'éclats de rire. Les chants ensuite
succédèrent aux bons mots, enfin la gaîté était au diapason, lorsque
nous nous levâmes de table. Ma mère, par une délicate attention, m'avait
fait placer auprès d'une jeune fille plus jolie, plus instruite et plus
distinguée que ses compagnes. Cette jeune fille n'était pas précisément
belle, elle n'était peut-être pas même jolie, tel qu'on l'entend dans
l'acception du mot, mais sa figure était si sympathique, sa voix et son
regard si caressants et si doux, qu'elle répandait autour d'elle un
charme et un bonheur auxquels il était difficile de résister. Sa
conversation était entraînante, et se ressentait de son caractère aimant
et contemplatif, elle avait une teinte de mélancolie lorsque le sujet
s'y prêtait, qui donnait à sa figure et à ses paroles quelque chose
d'enivrant. Pendant le souper nous parlâmes de différentes choses, mais
le sujet sur lequel je me surpris à l'écouter avec un indicible plaisir,
ce fut lorsqu'elle m'entretint des beautés de la nature. Ce n'était
certes pas dans les livres qu'elle les avait étudiés, ce n'était pas non
plus dans les ébouriffantes dissertations des romanciers; mais dans le
grand livre de la nature, où chacun y puise les connaissances et la foi
en celui qui a créé toutes ces merveilles. Elle en parlait avec chaleur
et émotion, et, suspendue ses lèvres, j'écoutais les descriptions
qu'elle me faisait. Elles débordaient, pittoresques et animées, comme
une cascade de diamants.
Bref, ai-je besoin de le dire, j'avais alors vingt ans, l'enivrement de
la fête, le sentiment supposé de ma supériorité, les vins qui avaient
été versés à profusion, les éloges qu'on m'avait prodigués, tout enfin
avait contribué à exalter mon cerveau. Mais lorsque je me levai de
table, je sentis dans mon coeur quelque chose que je n'avais pas encore
éprouvé.
Le bal s'ouvrit ensuite, je dansai plusieurs fois avec cette jeune fille
que je nommerai Marguerite, et quand la veillée fut finie, qu'elle
fut partie avec ses parents, j'éprouvai un vide mêlé de charme et un
sentiment de vague inquiétude indéfinissable. Il fallut m'avouer, que de
l'avoir vue au bras d'un beau et loyal jeune homme, et échanger ensemble
des paroles d'intimité en était la cause. Quelques regards que j'avais
surpris produisirent dans mon être un bouleversement jusqu'alors
inconnu. Ce jeune homme s'appelait Octave, il avait été mon condisciple
de collège et jusqu'à ce temps mon ami. Il avait terminé ses études
depuis deux ans, et était revenu prendre les travaux des champs sur
la ferme de son père. Ça fut en vain cette nuit-li que je cherchai le
sommeil, je la passai à me rouler sur mon lit, et, lorsque plus calme
le lendemain matin, je voulus descendre dans les replis de mon âme,
je sentis que j'aimais éperdument Marguerite, et que le démon de la
jalousie allait prendre possession de moi.
Je formai donc la résolution du ne plus la revoir. Effectivement, bien
des jours se passèrent, oui quinze longs jours s'écoulèrent avant que je
la revisse, et cependant pas une heure, pas un instant au jour ou de
la nuit sans que je pensasse, que je rêvasse à elle. Tout le monde me
faisait des reproches sur mon air morne et abattu, j'avais perdu le
sommeil et l'appétit. Mes parents étaient inquiets, ma bonne mère ne
manquait pas de l'attribuer au travail excessif de mes études.
Cependant il fallut céder aux obsessions et retourner aux soirées du
village. Je croyais être assez fort pour pouvoir affronter le danger.
J'y rencontrais fréquemment Marguerite et Octave et m'en revenais chaque
soir de plus on plus éperdument amoureux et jaloux. Son nom m'arrivait
sur les lèvres à chaque jeune fille dont j'apercevais dans le lointain
la robe onduler sous les caresses de la brise. Je partais pour la chasse
sans munitions, ni carnassière et allais m'asseoir sur le bord de la
mer, et là, des journées entières je pensais à elle. La plainte de
la vague gui venait tristement déferler sur la plage convenait à ma
tristesse.
Ainsi se passa ma première année chez mes parents. La demeure de
Marguerite était presque voisine de la nôtre, nous nous visitions
réciproquement et la voyais très fréquemment, Il était impossible
qu'elle ne s'aperçut pas du feu qui me dévorait. Cependant sa conduite
envers moi et ses paroles étaient toujours affectueuses et amicales,
mais qu'étaient-elles ces marques d'amitié pour moi qui sentais au
dedans de mon coeur un brasier dévorant? De ma fenêtre je voyais sa
demeure, ses allées et venues et avec frémissement j'apercevais sa
silhouette dans le lointain. Lorsqu'elle se rendait à l'église, je la
suivais de loin et aurais été heureux de baiser les traces de ses pas
dans la poussière du chemin.
Vous pouvez juger de ce que j'éprouvais avec cet amour immense, quand je
la voyais au bras d'Octave et avec quelle rage j'appris un jour qu'ils
étaient fiancés. Elle devint désespoir, le jour ou je la rencontrai
rougissante de bonheur et de plaisir, elle était amoureusement inclinée
vers Octave et le main dans la sienne, ils se souriaient l'un à l'autre,
Pendant que je passais ainsi toutes mes journées en folles rêveries
amoureuses, Octave par son travail et avec l'aide de l'argent que son
père lui avait donné s'était acquis une belle propriété, et moi je ne
faisais rien. Ma famille était très occupée de voir la tournure que
prenait mon esprit, car je devenais de plus en plus morose et taciturne.
Ma mère un jour à la suggestion de mon père m'en fit la remarque
d'une manière douce et maternelle. Je lui répondis d'un ton bourru et
grossier. La sainte femme m'écouta avec étonnement d'abord, comme si
elle n'en pouvait croire ses oreilles ou comme si elle se fut éveillée
d'un mauvais rêve, puis tout à coup elle fondit en larmes et m'entourant
de ses bras elle me dit en m'embrassant: "Pauvre enfant, tu souffres
donc bien." Elle ne put ajouter un seul mot, les sanglots la
suffoquèrent. Ces larmes de ma mère furent les premières qu'elle versa
de chagrin, mais elles ne furent pas, hélas! les dernières que virent
couler ses cheveux blancs et dont seul je fus la cause par mon
ingratitude et ma méchanceté.
Enfin le jour décisif arrivait, il me fallait sortir de cet affreux
état.
Un dimanche matin, Octave était absent, je revenais de l'église
accompagnant Marguerite. Je résolus de profiter de l'occasion pour
tenter un dernier effort. Je lui rappelai d'une voix émue les joies, les
plaisirs de notre enfance, combien alors les journées étaient longues et
ennuyeuses quand nous ne pouvions nous rencontrer pour partager nos
jeux et nos promenades. Je remontai ainsi jusqu'au temps présent. Elle
m'écouta d'abord avec plaisir, ne sachant où je voulais en venir. Mais
bientôt mes paroles devinrent plus significatives et plus pressantes.
Lorsque je lui exprimai en termes brûlants combien je l'aimais, quels
étaient mes rêves, le bonheur que j'avais fondés sur son amour et son
union avec moi, elle rougit, puis pâlit au point que je crus qu'elle
allait défaillir. Je lui fis ensuite le tableau de mes souffrances
passées et de mon désespoir si elle refusait de se rendre à mes voeux.
Alors des larmes abondantes glissèrent sur ses joues, mais elle ne me
répondit pas. Je redoublai d'instances, tout mon coeur, toute mon âme,
tout mon amour passèrent dans mes paroles, elles devaient tomber sur son
coeur de glace comme des gouttes de feu. Insensé, j'espérai un instant
qu'elle aurait pitié de moi et se laisserait fléchir, mais ce ne fut
qu'un éclair.
Jugez de ce que je devins, lorsque me prenant les deux mains et
m'enveloppant de son regard si doux et si caressant elle me dit en
pleurant: "Le ciel m'est à témoin que je donnerais la plus grande part
du bonheur qu'il me destine pour vous savoir heureux. Mais pour vous
appartenir je manquerais au serment que j'ai fait à un autre devant
Dieu, je manquerais de plus aux cris de ma conscience et à la voix de
mon coeur; car je ne vous cacherai pas je suis fiancée à Octave et que
dans peu de jours nous serons irrévocablement unis." Je ne sais quelle
transformation se fit dans ma figure, si elle eut peur de l'expression
des mes traits ou de l'effet de ses paroles; mais en levant les yeux sur
moi elle recula de quelques pas.
"Pourquoi ajouta-t-elle tristement, faut-il que je vous cause du
chagrin? une autre vous comprendra mieux que je ne le puis faire, car
elle sera plus que moi à la hauteur de votre intelligence et vous serez
heureux avec elle. Octave et moi vous avons désigné une place au coin
du feu où vous viendrez vous asseoir bien souvent, nous causerons, nous
nous amuserons et nous nous occuperons de vous trouver une épouse digne
de vous".
Tels furent les dernier mots qu'elle m'adressa en me pressant
affectueusement la main. Elle était toute émue et tremblante, je la
voyais pleurer et j'avais l'enfer dans le coeur; c'est ainsi que nous
nous quittâmes.
Je passai le peu de jours qui suivirent cet entretien et précédèrent
leur union dans des transports de rage et de jalousie inexprimables. Mes
parents crurent véritablement que je devenais fou furieux.
Cependant, ainsi qu'elle me l'avait dit, huit jours après, la tête
brûlante, la figure affreusement contractée, j'entendis à l'abri d'un
pilier de la petite église de notre paroisse le serment qu'Octave et
Marguerite se firent de s'appartenir l'un à l'autre. J'aurais voulu voir
le temple s'écrouler sur eux et les mettre en poussière. C'en était fait
de moi, j'avais au fond du coeur tous les esprits du mal et tout ce
que le coeur humain peut avoir de haine contre son semblable, je
le ressentis pour eux. De tous les pores de ma peau sortait le cri
vengeance, vengeance! Si elle m'eut aperçu lorsque sa robe vint me
frôler au sortir de l'église, elle eut reculé, épouvantée comme à
l'aspect d'un serpent.
Fou, insensé, j'avais espéré jusqu'au moment solennel. Oui j'espérais
qu'elle comprendrait toute l'immensité de mon amour et combien j'aurais
travaillé à la rendre heureuse. Le dimanche même, malgré la publication
des bancs, cet espoir m'enivrait encore.
Vous êtes peut-être surpris qu'après tant d'années et en ce de moment
solennel où il ne me reste que peu de temps à vivre, je vous parle avec
autant de chaleur du passé; mais sur son lit de mort, le vieillard
sent quelquefois son sang se réchauffer aux brûlants souvenirs de sa
jeunesse: c'est la dernière lueur du flambeau qui va s'éteindre.
Je laissai le cortège nuptial s'éloigner et m'élançai hors du temple. Je
courus à la maison, fis un paquet de quelques hardes, me munis d'un bon
sac de provisions et d'amples munitions, sifflai mon chien et répondant
à peine aux douces paroles de ma mère qui pleurait en m'embrassant, je
pris le chemin du bois.
Mes bons parents je ne les ai jamais revus depuis; mais j'ai appris par
d'autres que mes deux soeurs avaient embrassé la vie religieuse dans un
couvent des Soeurs de Charité; que mon père et ma mère joignaient leurs
prières aux leurs pour celui qu'ils croyaient mort depuis longtemps.
Hélas! leur fils dénaturé n'a pas été essuyer les pleurs de leurs vieux
ans et leur fermer les yeux.