Quelques circonstances singulières vinrent distraire Emilie de ses
chagrins, et excitèrent en elle autant de surprise que d'horreur. Peu de
jours après la mort de la signora Laurentini, le testament de cette dame
fut ouvert en présence des supérieures du couvent. On trouva que le
tiers de ses propriétés était légué au plus proche parent de la marquise
de Villeroi, et que ce legs regardait Emilie. L'abbesse depuis longtemps
connaissait le secret de sa famille; mais Saint-Aubert, qui s'était fait
connaître au religieux qui l'avait assisté, avait exigé que ce secret
fût à jamais dérobé à sa fille. Cependant les discours échappés à la
signora Laurentini, la confession étrange qu'elle fit à ses derniers
moments, firent juger nécessaire à l'abbesse d'entretenir sa jeune amie
sur un sujet qu'elle n'avait jamais entamé. Dans ce dessein, elle avait
demandé à la voir le lendemain du jour où elle avait visité la
religieuse. L'indisposition d'Emilie avait empêché celle-ci d'aller au
couvent: mais, après l'ouverture du testament elle fut mandée de
nouveau; et s'étant rendue à Sainte-Claire elle y apprit des détails qui
l'affectèrent beaucoup. Comme le récit que fit l'abbesse supprimait
plusieurs particularités qui peuvent intéresser le lecteur, et que
l'histoire de la religieuse est liée à celle de la marquise, nous
omettrons la conversation du parloir, et nous joindrons à notre relation
une histoire abrégée de la défunte soeur.