VI.--LA POURSUITE NOCTURNE.

Pour faire comprendre l'arrivée si pleine d'à-propos du Marcheur et de

ses nouveaux amis, il nous faut faire quelques pas en arrière et

retourner à la hutte du trappeur.

--La Flèche-Noire ou le sorcier de sa tribu pourra seul vous renseigner,

avait dit le Marcheur à Raoul; je vous guiderai vers le village de mes

frètes les Indiens.

En effet, le lendemain de cette conversation, au point du jour, le

Marcheur secouant assez rudement ses hôtes:

--Holà! monsieur de Valvert! Holà! monsieur Thémistocle! debout et en

route!

Les préparatifs du départ furent bientôt faits, et une heure après les

trois amis marchaient dans la plaine en se dirigeant vers l'ouest.

--Martin, avait dit le trappeur à son ours avant de partir, Martin, je

m'en vais et ne sais combien durera mon absence. Garde bien ma maison

pendant ce temps-là, et, si tu as faim, fais briller tes talents de

chasseur! Je n'ai pas besoin de t'en dire davantage...

Et l'intelligent animal, comprenant sans doute l'importance de sa

mission, s'était assit gravement sur le seuil de la hutte, suivant d'un

oeil mélancolique son maître qui s'éloignait.

Les premières heures de marche furent silencieuses. Le Marcheur, se

souvenant de sa récente attaque, avait fait prendre à ses compagnons la

file indienne et inspectait minutieusement les environs. Chaque touffe

de hautes herbes, chaque roche, chaque arbre était exactement interrogé

par lui.

--Pardieu! dit tout à coup le marquis, si nous marchons ainsi nous

n'arriverons jamais. A quoi bon toutes ces lenteurs?

--A sauver peut-être notre vie et, à coup sûr, notre chevelure, dit le

trappeur. Quand on marche dans le désert, il ne faut jamais laisser rien

de suspect derrière soi.

Cependant, comme malgré la minutie de ses recherches il n'apercevait

rien de suspect, le trappeur finit par se relâcher un peu de sa

surveillance, et après la halte du déjeuner les trois hommes marchaient

de front, le fusil nous le bras et causant gaiement pour abréger la

longueur de la route.

--Vous croyez que les Indiens nous recevront amicalement? demanda Raoul.

--J'en suis sûr; sans cela, je n'irais pas moi-même, de gaieté de

coeur, vous jeter dans la gueule du loup.

--Cependant j'ai bien souvent entendu citer la haine invétérée que les

Indiens ont conservée pour les blancs, et les affreuses tortures qu'ils

savent infliger à ceux de notre race qui ont le malheur de tomber entre

leurs mains.

--Il y a du vrai là-dedans. Les Peaux-Rouges sont passés maîtres en fait

de supplices, et Us font de préférence briller leur talent sur les

blancs. Mais rien de semblable n'est à craindre. Les Yakangs connaissent

et pratiquent le dicton: "Les amis de nos amis." Or non-seulement je

suis leur ami, mais je suis encore frère d'adoption de leur grand chef,

la Flèche-Noire, qui est bien le plus brave guerrier que la terre ait

jamais porté.

--Par quel concours de circonstances les Indiens furent-ils amenés à

vous admettre dans leurs rangs?

--C'est toute une histoire, et si cela peut vous être agréable je vais

vous la conter pour charmer l'ennui de notre route.

--Parlez, mon ami! nous tommes tout oreilles.

--Il y a une dizaine d'années, commença le Marcheur, l'hiver dans ces

parages, était extrêmement rude: une neige profonde de cinq ou six pieds

s'étendait comme un immense suaire sur toute la prairie, qui présentait

l'aspect d'une vaste mer blanche, sans flots et sans ondulations. Par

suite de diverses circonstances dont l'explication n'aurait aucun

intérêt pour vous je me trouvais presque enfoui dans ma hutte, sans

provisions d'hiver. La position était critique. Sortir, c'était

s'exposer à sombrer dans cette mer de glace; rester, c'était la famine

et une mort inévitable. Après avoir mûrement réfléchi, entre deux

dangers, je choisis le moindre. M'équipant en guerre, chaudement

enveloppé dans deux fourrures d'ours et chargé de mes dernières

provisions, je me mis en route. J'étais muni de deux paires de

raquettes, sortes de grands patins en bois qui devaient me servir à

glisser sur la glace et m'empêcher d'enfoncer dans les endroits où la

neige était encore molle.

"Hélas! je me convainquis bientôt que, malgré ma bonne carabine et mon

expérience, je n'atteindrais aucun animal. Comment chasser au milieu

d'une plaine blanche, unie, à perte de vue, où le gibier vous aperçoit

et vous évente d'une lieue? De temps en temps je voyais l'élever hors de

portée de maigres coqs de bruyère ou passer comme un ouragan à l'horizon

un cerf, un daim, un élan, poursuivis par une bande de loups. Je les

contemplais tristement en me disant:

"--Voilà mon souper qui passe!"

"Je vécus ainsi les deux premiers jours, bivaquant au milieu de la glace

et économisant le plus possible les maigres provisions qui me restaient.

Mais le découragement me gagnait; le froid m'envahissait. Enfin dans la

matinée du troisième jour, les masses brunes de la forêt réapparurent à

l'horizon. Cette vue me ranima un peu.--Si la forêt ne me fournissait

pas de nourriture, au moins elle me fournirait du feu.

"Comme j'en approchais, j'entendis des hurlements prolongés et je vis

une bande de loups qui entraient sous bois.

"--Bon! me dis-je, ces animaux sont comme moi, ils ont faim, ils

chassent... S'ils étaient assez aimables pour m'inviter à dîner..."

"Un peu ragaillardi par ces pensées, j'entrai dans la forêt, guidé par

les hurlements. Mes pressentiments ne m'avait pas trompé. Toute la

bande des animaux affamés rôdait autour d'une _cour de cerfs wapitis_."

--Qu'appelez-vous une _cour de cerfs wapitis_?

--C'est juste, monsieur le marquis, j'oubliais que vous n'êtes encore

qu'un chasseur novice des prairies. Nous appliquons ici le mot de cour

non-seulement aux wapitis, mais aussi aux élans.

"Vous comprenez sans peine, et vous verrez encore mieux dans quelques

mois, que l'hiver dans ce pays est une triste saison non-seulement pour

l'homme, mais encore pour les animaux carnassiers de toutes espèces. A

cette époque maudite, la nourriture devient rare, la faim se fait

cruellement sentir; aussi voit-on d'immenses troupes de loups poursuivre

en tous sens à travers la prairie le daim, le cerf, l'élan, le boeuf

musqué et quelques bisons séparés du reste du troupeau.

"Tant que la neige gelée forme une croûte assez solide pour le

supporter, le wapiti n'a pas grand'chose à craindre de ses ennemis: la

légèreté de ses pieds suffit à lui sauver la vie, et d'ailleurs, acculé,

il sait fort bien se défendre avec ses bois redoutables Mais quand la

croûte de glace s'amincit la situation change. L'animal chassé ne peut

plus fuir, car, à chaque pas qu'il fait, la glace se brisant, il enfonce

dans la neige jusqu'au ventre; tandis que ses ennemis, d'un poids

beaucoup moindre, courent sans danger sur la croûte fragile.

"Nécessité est mère de l'industrie, dit on: le wapitis et les élans, qui

me font l'effet de raisonner tout aussi bien que vous et moi, n'ont pas

tardé h reconnaître la justesse de ce proverbe, et à le mettre en

action. C'est ainsi qu'ils ont réussi à se garer des atteintes des loups

d'une façon assez remarquable.

"Une troupe de wapitis ou d'élans choisit, dans le bois un peu clair, un

terrain convenable, de cinq à six milles de circonférence, et y piétine

la neige jusqu'au point de former une surface assez solide pour les

porter et leur fournir en même temps une retraite sûre. Tout l'espace

n'a pas été réduit à un niveau I uniforme; les animaux ont seulement

piétiné la neige en dessinant un réseau de sentiers qu'ils parcourent à

leur aise et autour desquels s'élève un véritable retranchement qui

monte aussi haut que leur tête. Il résulte de cet ensemble de travaux

une sorte de forteresse appelée cour, dans laquelle les loups n'osent

pas les attaquer. Le cerf s'y trouve tellement en sûreté que pour rien

au monde il ne se hasarderait à quitter la cour qu'il s'est construite

avec ses camarades.

"C'était au pied d'un emplacement semblable que les hurlements des loups

m'avaient conduit. Jugez de ma joie lorsque, montant sur un des plus

grands arbres comme sur un poste d'observation, j'aperçus devant moi

dans les mille sentiers de la cour une troupe d'une quinzaine de wapitis

regardant d'un oeil narquois les loups qui ne cessaient de rôder autour

d'eux.

"Ma bonne carabine entonna alors sa grande chanson et elle chanta juste,

car en moins d'une demi-heure quatre wapitis gisaient sans vie sur la

terre ensanglantée.

"Je cessai le feu,--j'ai toujours évité de tuer les bêtes du bon Dieu

sans nécessité,--et je descendis de l'arbre. Quelques nouveaux coups de

carabine me débarrassèrent des loups, qui s'éloignèrent à une distance

d'environ cinq cents pas.

"Je commençai par rassembla autour de moi les victimes que j'.avais

faites. Mais comment les rapporter à ma hutte? Au premier moment, le

problème me parut insoluble, mais une réflexion plus approfondie

m'indiqua un moyen, celui de construire avec des branches d'arbres une

sorte de traîneau à l'aide duquel je pourrais sans trop d'efforts

transporter mes nouvelles provisions. Le bois ne manquait pas autour de

moi; je me mis immédiatement à l'oeuvre.

"Ma besogne avançait rapidement; déjà j'entrevoyais le moment où

j'allais poser la dernière pièce, lorsque tout à coup un bruit lointain

attira mon attention.

"--Hein? pensai-je; qui vient là?"

"Collant mon oreille contre le sol, j'entendis distinctement! les pas de

plusieurs chevaux résonnant sur la terre gelée.

"Je vous ai déjà dit maintes fois que dans le désert l'approche d'un

homme vivant est toujours regardée d'un mauvais! oeil, car

quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent le nouvel arrivant est un ennemi.

_Homo homini lupus_ est une maxime profondément gravée dans l'esprit du

trappeur et du coureur des bois.

"Une minute après, je savais à quoi m'en tenir. Une bande d'une

quinzaine d'écumeurs du désert se disposait à entrer sous bois.

"L'arrivée de cette troupe de cavaliers me causa d'autant plus d'émotion

que plus d'une fois déjà j'avais eu affaire aux écumeurs du désert et

que j'avais de fortes raisons pour croire qu'ils ne me tenaient pas en

odeur de sainteté. Un instant je fus tenté de fuir avant d'être

découvert. Mais il m'aurait fallu abandonner mes wapitis, perdre mes

précieuses provisions d'hiver... Bref, je montai sur un pin blanc

gigantesque, et me glissai parmi ses branches chargées de flocons de

neige durcie, résolu à attendre les événements.

"J'étais à peine depuis dix minutes installé sur mon observatoire que

déjà les cavaliers apparaissaient à la lisière du bois, et que les

loups, auxquels je ne songeais plus, commençaient leur oeuvre de

destruction. Ces malignes bêtes, comprenant sans doute mon impuissance,

se jetèrent en furieuses sur mes cerfs, et là, sous mes yeux, les

dévorèrent à belles dents. Je tremblais de colère; mais que faire?

j'étais lié, condamné au silence et à l'immobilité la plus absolue; le

moindre signe de vie m'eût mis immédiatement au pouvoir de mes ennemis

mortels.

"Cependant la troupe avançait toujours, se dirigeant en droite ligne

vers l'endroit où je me trouvais. Bien que la nuit fût déjà tout à l'ait

venue, les rayons de la lune, réfléchis par la blancheur de la neige, me

permirent d'apercevoir un Indien, les mains liées derrière le dos, au

milieu de ses ennemis à cheval. Bientôt, la troupe se rapprochant, je

reconnus l'Indien. C'était la Flèche-Noire, grand chef de la tribu des

Yakangs.

"A cette époque déjà, la Flèche-Noire n'était pas un inconnu pour moi.

Maintes fois je l'avais rencontré dans le désert, mais sans cependant me

lier d'amitié avec lui; nous avions simplement échangé quelques rapports

de politesse; nous ne nous recherchions pas, nous ne nous fuyions pas;

en un mot, nous étions indifférents l'un à l'autre. Cependant, en le

voyant dans cette position et en songeant aux affreux supplices que ses

ennemis ne manqueraient pas de lui infliger, je me sentis ému de pitié,

et un instant je fus sur le point d'abandonner mon abri et d'essayer de

le défendre. Heureusement pour moi, et aussi pour lui, la prudence me

retint.

"La troupe, continuant toujours à s'avancer, se trouva bien tôt à une

trentaine de pas de mon arbre.

"--Halte! dit alors celui qui paraissait la commander; ce lieu me semble

propice pour établir notre camp."

"Les pirates obéirent. Les chevaux furent dessellés et entravés, un

grand feu fut allumé, auprès duquel, après le repas, les cavaliers se

couchèrent, les pieds à la flamme et roulés dans leurs manteaux.

"--Quant à toi, chien de Peau-Rouge, dit le chef en cinglant l'Indien

d'un coup de fouet, couche-toi là et dors. N'oublie pas qu'au moindre

mouvement je te brûle la cervelle!..."

"A cette insulte gratuite, je vis la Flèche-Noire tressaillir.

Cependant, refoulant dans son coeur les sentiments qui l'agitaient, il

obéit sans prononcer une parole.

"Livré à de profondes méditations, je restai pendant plus d'une heure

immobile sur mon perchoir. Puis, lorsque je me fus bien assuré que tous

les pirates dormaient, à l'exception de la sentinelle placée à quelques

pas du brasier, je me hasardai à descendre avec des précautions

infinies.

"J'avais formé mon plan. Le chef des Yakangs m'intéressait, et je

n'étais pas fâché de jouer un tour à mes ennemis les pirates.

"Une fois à terre, mon _bowie-knife_ entre les dents, je m'allongeai

sur la glace, et, m'aidant des mains et des genoux, je me mis à ramper

comme un reptile, dans la direction de l'Indien.

"J'étais déjà à cette époque un vieux routier des prairies et je

connaissais à fond toutes les précautions à prendre en pareil cas. Vous

en aurez une idée quand vous saurez qu'il me fallut plus d'une grande

demi-heure pour franchir les trente pas qui me séparaient du but. Je

réussis: nul bruit ne décela ma présence; l'Indien lui-même, dont les

sens sont si développés, n'entendit rien.

"--Que le chef écoute, dis-je d'une voix faible comme un souffle; un ami

est derrière lui.

"Malgré la surprise qu'il dut certainement éprouver, la Flèche-Noire ne

fit aucun mouvement.

"--Je couperai ses liens, continuai-je; le chef chaussera mes souliers

de neige et fuira."

"Passant mon couteau sous le corps de l'Indien, je coupai ses liens;

puis, faisant un détour et m'approchant de la sentinelle, je lui

assénai, au moment où elle s'y attendait le moins, un certain coup de

poing de ma façon entre les deux oreilles, qui l'étendit complètement

étourdie sur le sol.

"Déjà la Flèche-Noire était à mes cotés: d'une main il brandissait son

couteau à scalper, de l'autre une chevelure sanglante.

"--La Flèche-Noire est un guerrier, me dit-il à voix basse; il sait

venger ses injures!"

"Je compris que le chef des pirates venait de payer de la vie son

malencontreux coup de fouet.

"--Qui va là?" s'écria tout à coup l'un des bandits en se soulevant sur

le coude.

"Au lieu de répondre, la Flèche-Noire et moi primes notre course de

toute la vitesse de nos jambes.

"--Tout le monde debout! hurla le pirate. Le prisonnier s'est enfui!...

Il a tué notre capitaine!"

"En un clin d'oeil, la bande fut sur pied,--à l'exception toutefois de

son capitaine mort et de la sentinelle assommée,--et nous salua par une

décharge générale; heureusement la précipitation et l'obscurité firent

dévier les balles.

"--Vous êtes blessé, chef? dis-je en voyant l'Indien tressaillir.

"--Marchons!" fit la Flèche-Noire sans répondre directement.

"Alors, au milieu de cette plaine glacée, éclairée seulement par les

blafards rayons de la lune, commenta une course désordonnée que

l'imagination peut à peine retracer. Emportés par notre élan, nous

glissions comme des ombres fantastiques et avec une vitesse sans cesse

croissante, poursuivis par le galop sonore des chevaux de nos ennemis.

"Combien de temps dura cette course, je l'ignore. Mes oreilles

tintaient, la respiration me manquait, tout tourbillonnait devant moi:

j'étais comme un homme ivre, et cependant il me semblait que nous

gagnions de l'avance, car les pas des chevaux s'affaiblissaient derrière

nous.

"Tout à coup je vois l'Indien ralentir sa course, puis s'affaisser sur

le sol comme une masse inerte.

"Un cri de triomphe retentit. Ne pouvant rn'arrêter subitement, je

reviens sur mes pas en faisant un circuit, et je vois un pirate arriver

à bride abattue et prêt à faire subir à la Flèche-Noire la peine du

talion.

"Par bonheur, ma carabine était chargée, l'ar un effort surhumain, je

parviens à maîtriser le tremblement qui m'agite, et visant le cheval à

la tête, je presse la détente.

"Cheval et cavalier roulent sur la glace.

"--Etes-vous blessé, chef? dis-je alors à l'Indien.

"--Oui, répond faiblement la Flèche-Noire. Je suis atteint de deux

balles et je ne puis plus marcher. Que mon frère parte et me laisse

mourir; voici les pas de nos ennemis qui se rapprochent.

"--Vous laisser mourir, allons donc? Ces briqands n'auront pas encore

votre chevelure cette fois-ci. Laissez-moi faire!"

"Prenant la Flèche-Noire sur mon épaule, je continuai à fuir après avoir

rechargé ma carabine.

"--Nos ennemis sont loin, me dit le chef des Yakangs; ils ne peuvent

nous voir. Que mon frère change de route et qu'il se dirige vers

l'ouest: il se rapprochera de mon village et il fera perdre ses traces."

"Ce conseil fut immédiatement suivi par moi. J'entendis le galop des

chevaux passer à cinq cents pas vers la gauche, puis s'éteindre peu à

peu dans l'éloignement. Nos traces étaient perdues... nous étions

sauvés!

"Le lendemain, au point du jour, chargé de mon précieux fardeau,

j'arrivai au village de: Yakangs.

--Je ne vous décrirai pas la réception que ces braves gens me firent:

vous en aurez un échantillon dans quelques jours.

"Lorsque le chef eut raconté la manière dont je lui avais sauvé la vie,

tous déclarèrent que je surpassais en courage le: guerriers les plus

renommés. Ils m'adoptèrent dans une cérémonie solennelle et me donnèrent

le titre de second chef de la tribu après la Flèche-Noire. Quant à

celui-ci, il échangea avec moi son calumet de conseil, me fit don d'un

costume de guerre complet, m'embrassa sur les lèvres et déclara qu'à

l'avenir je serais son frère, et qu'il regarderait comme personnelle

toute injure qui me serait faite.

"Voilà comment je devins guerrier iroquois, position qui m'a déjà

procuré et me procure encore journellement des avantages immenses.

Chaque fois que je vais les visiter, ces braves gens me témoignent une

amitié et un respect vraiment touchants, et jamais ils ne prennent une

résolution importante sans m'envoyer un messager pour m'engager à

assister à leur conseil.

"Vous voyez donc, monsieur le marquis, que je ne crois pas trop

m'avancer en vous promettant l'appui des Yakangs".

Les derniers Peaux-Rouges: Le trésor de Montcalm · 第 10 / 21 题