Pour faire comprendre l'arrivée si pleine d'à-propos du Marcheur et de
ses nouveaux amis, il nous faut faire quelques pas en arrière et
retourner à la hutte du trappeur.
--La Flèche-Noire ou le sorcier de sa tribu pourra seul vous renseigner,
avait dit le Marcheur à Raoul; je vous guiderai vers le village de mes
frètes les Indiens.
En effet, le lendemain de cette conversation, au point du jour, le
Marcheur secouant assez rudement ses hôtes:
--Holà! monsieur de Valvert! Holà! monsieur Thémistocle! debout et en
route!
Les préparatifs du départ furent bientôt faits, et une heure après les
trois amis marchaient dans la plaine en se dirigeant vers l'ouest.
--Martin, avait dit le trappeur à son ours avant de partir, Martin, je
m'en vais et ne sais combien durera mon absence. Garde bien ma maison
pendant ce temps-là, et, si tu as faim, fais briller tes talents de
chasseur! Je n'ai pas besoin de t'en dire davantage...
Et l'intelligent animal, comprenant sans doute l'importance de sa
mission, s'était assit gravement sur le seuil de la hutte, suivant d'un
oeil mélancolique son maître qui s'éloignait.
Les premières heures de marche furent silencieuses. Le Marcheur, se
souvenant de sa récente attaque, avait fait prendre à ses compagnons la
file indienne et inspectait minutieusement les environs. Chaque touffe
de hautes herbes, chaque roche, chaque arbre était exactement interrogé
par lui.
--Pardieu! dit tout à coup le marquis, si nous marchons ainsi nous
n'arriverons jamais. A quoi bon toutes ces lenteurs?
--A sauver peut-être notre vie et, à coup sûr, notre chevelure, dit le
trappeur. Quand on marche dans le désert, il ne faut jamais laisser rien
de suspect derrière soi.
Cependant, comme malgré la minutie de ses recherches il n'apercevait
rien de suspect, le trappeur finit par se relâcher un peu de sa
surveillance, et après la halte du déjeuner les trois hommes marchaient
de front, le fusil nous le bras et causant gaiement pour abréger la
longueur de la route.
--Vous croyez que les Indiens nous recevront amicalement? demanda Raoul.
--J'en suis sûr; sans cela, je n'irais pas moi-même, de gaieté de
coeur, vous jeter dans la gueule du loup.
--Cependant j'ai bien souvent entendu citer la haine invétérée que les
Indiens ont conservée pour les blancs, et les affreuses tortures qu'ils
savent infliger à ceux de notre race qui ont le malheur de tomber entre
leurs mains.
--Il y a du vrai là-dedans. Les Peaux-Rouges sont passés maîtres en fait
de supplices, et Us font de préférence briller leur talent sur les
blancs. Mais rien de semblable n'est à craindre. Les Yakangs connaissent
et pratiquent le dicton: "Les amis de nos amis." Or non-seulement je
suis leur ami, mais je suis encore frère d'adoption de leur grand chef,
la Flèche-Noire, qui est bien le plus brave guerrier que la terre ait
jamais porté.
--Par quel concours de circonstances les Indiens furent-ils amenés à
vous admettre dans leurs rangs?
--C'est toute une histoire, et si cela peut vous être agréable je vais
vous la conter pour charmer l'ennui de notre route.
--Parlez, mon ami! nous tommes tout oreilles.
--Il y a une dizaine d'années, commença le Marcheur, l'hiver dans ces
parages, était extrêmement rude: une neige profonde de cinq ou six pieds
s'étendait comme un immense suaire sur toute la prairie, qui présentait
l'aspect d'une vaste mer blanche, sans flots et sans ondulations. Par
suite de diverses circonstances dont l'explication n'aurait aucun
intérêt pour vous je me trouvais presque enfoui dans ma hutte, sans
provisions d'hiver. La position était critique. Sortir, c'était
s'exposer à sombrer dans cette mer de glace; rester, c'était la famine
et une mort inévitable. Après avoir mûrement réfléchi, entre deux
dangers, je choisis le moindre. M'équipant en guerre, chaudement
enveloppé dans deux fourrures d'ours et chargé de mes dernières
provisions, je me mis en route. J'étais muni de deux paires de
raquettes, sortes de grands patins en bois qui devaient me servir à
glisser sur la glace et m'empêcher d'enfoncer dans les endroits où la
neige était encore molle.
"Hélas! je me convainquis bientôt que, malgré ma bonne carabine et mon
expérience, je n'atteindrais aucun animal. Comment chasser au milieu
d'une plaine blanche, unie, à perte de vue, où le gibier vous aperçoit
et vous évente d'une lieue? De temps en temps je voyais l'élever hors de
portée de maigres coqs de bruyère ou passer comme un ouragan à l'horizon
un cerf, un daim, un élan, poursuivis par une bande de loups. Je les
contemplais tristement en me disant:
"--Voilà mon souper qui passe!"
"Je vécus ainsi les deux premiers jours, bivaquant au milieu de la glace
et économisant le plus possible les maigres provisions qui me restaient.
Mais le découragement me gagnait; le froid m'envahissait. Enfin dans la
matinée du troisième jour, les masses brunes de la forêt réapparurent à
l'horizon. Cette vue me ranima un peu.--Si la forêt ne me fournissait
pas de nourriture, au moins elle me fournirait du feu.
"Comme j'en approchais, j'entendis des hurlements prolongés et je vis
une bande de loups qui entraient sous bois.
"--Bon! me dis-je, ces animaux sont comme moi, ils ont faim, ils
chassent... S'ils étaient assez aimables pour m'inviter à dîner..."
"Un peu ragaillardi par ces pensées, j'entrai dans la forêt, guidé par
les hurlements. Mes pressentiments ne m'avait pas trompé. Toute la
bande des animaux affamés rôdait autour d'une _cour de cerfs wapitis_."
--Qu'appelez-vous une _cour de cerfs wapitis_?
--C'est juste, monsieur le marquis, j'oubliais que vous n'êtes encore
qu'un chasseur novice des prairies. Nous appliquons ici le mot de cour
non-seulement aux wapitis, mais aussi aux élans.
"Vous comprenez sans peine, et vous verrez encore mieux dans quelques
mois, que l'hiver dans ce pays est une triste saison non-seulement pour
l'homme, mais encore pour les animaux carnassiers de toutes espèces. A
cette époque maudite, la nourriture devient rare, la faim se fait
cruellement sentir; aussi voit-on d'immenses troupes de loups poursuivre
en tous sens à travers la prairie le daim, le cerf, l'élan, le boeuf
musqué et quelques bisons séparés du reste du troupeau.
"Tant que la neige gelée forme une croûte assez solide pour le
supporter, le wapiti n'a pas grand'chose à craindre de ses ennemis: la
légèreté de ses pieds suffit à lui sauver la vie, et d'ailleurs, acculé,
il sait fort bien se défendre avec ses bois redoutables Mais quand la
croûte de glace s'amincit la situation change. L'animal chassé ne peut
plus fuir, car, à chaque pas qu'il fait, la glace se brisant, il enfonce
dans la neige jusqu'au ventre; tandis que ses ennemis, d'un poids
beaucoup moindre, courent sans danger sur la croûte fragile.
"Nécessité est mère de l'industrie, dit on: le wapitis et les élans, qui
me font l'effet de raisonner tout aussi bien que vous et moi, n'ont pas
tardé h reconnaître la justesse de ce proverbe, et à le mettre en
action. C'est ainsi qu'ils ont réussi à se garer des atteintes des loups
d'une façon assez remarquable.
"Une troupe de wapitis ou d'élans choisit, dans le bois un peu clair, un
terrain convenable, de cinq à six milles de circonférence, et y piétine
la neige jusqu'au point de former une surface assez solide pour les
porter et leur fournir en même temps une retraite sûre. Tout l'espace
n'a pas été réduit à un niveau I uniforme; les animaux ont seulement
piétiné la neige en dessinant un réseau de sentiers qu'ils parcourent à
leur aise et autour desquels s'élève un véritable retranchement qui
monte aussi haut que leur tête. Il résulte de cet ensemble de travaux
une sorte de forteresse appelée cour, dans laquelle les loups n'osent
pas les attaquer. Le cerf s'y trouve tellement en sûreté que pour rien
au monde il ne se hasarderait à quitter la cour qu'il s'est construite
avec ses camarades.
"C'était au pied d'un emplacement semblable que les hurlements des loups
m'avaient conduit. Jugez de ma joie lorsque, montant sur un des plus
grands arbres comme sur un poste d'observation, j'aperçus devant moi
dans les mille sentiers de la cour une troupe d'une quinzaine de wapitis
regardant d'un oeil narquois les loups qui ne cessaient de rôder autour
d'eux.
"Ma bonne carabine entonna alors sa grande chanson et elle chanta juste,
car en moins d'une demi-heure quatre wapitis gisaient sans vie sur la
terre ensanglantée.
"Je cessai le feu,--j'ai toujours évité de tuer les bêtes du bon Dieu
sans nécessité,--et je descendis de l'arbre. Quelques nouveaux coups de
carabine me débarrassèrent des loups, qui s'éloignèrent à une distance
d'environ cinq cents pas.
"Je commençai par rassembla autour de moi les victimes que j'.avais
faites. Mais comment les rapporter à ma hutte? Au premier moment, le
problème me parut insoluble, mais une réflexion plus approfondie
m'indiqua un moyen, celui de construire avec des branches d'arbres une
sorte de traîneau à l'aide duquel je pourrais sans trop d'efforts
transporter mes nouvelles provisions. Le bois ne manquait pas autour de
moi; je me mis immédiatement à l'oeuvre.
"Ma besogne avançait rapidement; déjà j'entrevoyais le moment où
j'allais poser la dernière pièce, lorsque tout à coup un bruit lointain
attira mon attention.
"--Hein? pensai-je; qui vient là?"
"Collant mon oreille contre le sol, j'entendis distinctement! les pas de
plusieurs chevaux résonnant sur la terre gelée.
"Je vous ai déjà dit maintes fois que dans le désert l'approche d'un
homme vivant est toujours regardée d'un mauvais! oeil, car
quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent le nouvel arrivant est un ennemi.
_Homo homini lupus_ est une maxime profondément gravée dans l'esprit du
trappeur et du coureur des bois.
"Une minute après, je savais à quoi m'en tenir. Une bande d'une
quinzaine d'écumeurs du désert se disposait à entrer sous bois.
"L'arrivée de cette troupe de cavaliers me causa d'autant plus d'émotion
que plus d'une fois déjà j'avais eu affaire aux écumeurs du désert et
que j'avais de fortes raisons pour croire qu'ils ne me tenaient pas en
odeur de sainteté. Un instant je fus tenté de fuir avant d'être
découvert. Mais il m'aurait fallu abandonner mes wapitis, perdre mes
précieuses provisions d'hiver... Bref, je montai sur un pin blanc
gigantesque, et me glissai parmi ses branches chargées de flocons de
neige durcie, résolu à attendre les événements.
"J'étais à peine depuis dix minutes installé sur mon observatoire que
déjà les cavaliers apparaissaient à la lisière du bois, et que les
loups, auxquels je ne songeais plus, commençaient leur oeuvre de
destruction. Ces malignes bêtes, comprenant sans doute mon impuissance,
se jetèrent en furieuses sur mes cerfs, et là, sous mes yeux, les
dévorèrent à belles dents. Je tremblais de colère; mais que faire?
j'étais lié, condamné au silence et à l'immobilité la plus absolue; le
moindre signe de vie m'eût mis immédiatement au pouvoir de mes ennemis
mortels.
"Cependant la troupe avançait toujours, se dirigeant en droite ligne
vers l'endroit où je me trouvais. Bien que la nuit fût déjà tout à l'ait
venue, les rayons de la lune, réfléchis par la blancheur de la neige, me
permirent d'apercevoir un Indien, les mains liées derrière le dos, au
milieu de ses ennemis à cheval. Bientôt, la troupe se rapprochant, je
reconnus l'Indien. C'était la Flèche-Noire, grand chef de la tribu des
Yakangs.
"A cette époque déjà, la Flèche-Noire n'était pas un inconnu pour moi.
Maintes fois je l'avais rencontré dans le désert, mais sans cependant me
lier d'amitié avec lui; nous avions simplement échangé quelques rapports
de politesse; nous ne nous recherchions pas, nous ne nous fuyions pas;
en un mot, nous étions indifférents l'un à l'autre. Cependant, en le
voyant dans cette position et en songeant aux affreux supplices que ses
ennemis ne manqueraient pas de lui infliger, je me sentis ému de pitié,
et un instant je fus sur le point d'abandonner mon abri et d'essayer de
le défendre. Heureusement pour moi, et aussi pour lui, la prudence me
retint.
"La troupe, continuant toujours à s'avancer, se trouva bien tôt à une
trentaine de pas de mon arbre.
"--Halte! dit alors celui qui paraissait la commander; ce lieu me semble
propice pour établir notre camp."
"Les pirates obéirent. Les chevaux furent dessellés et entravés, un
grand feu fut allumé, auprès duquel, après le repas, les cavaliers se
couchèrent, les pieds à la flamme et roulés dans leurs manteaux.
"--Quant à toi, chien de Peau-Rouge, dit le chef en cinglant l'Indien
d'un coup de fouet, couche-toi là et dors. N'oublie pas qu'au moindre
mouvement je te brûle la cervelle!..."
"A cette insulte gratuite, je vis la Flèche-Noire tressaillir.
Cependant, refoulant dans son coeur les sentiments qui l'agitaient, il
obéit sans prononcer une parole.
"Livré à de profondes méditations, je restai pendant plus d'une heure
immobile sur mon perchoir. Puis, lorsque je me fus bien assuré que tous
les pirates dormaient, à l'exception de la sentinelle placée à quelques
pas du brasier, je me hasardai à descendre avec des précautions
infinies.
"J'avais formé mon plan. Le chef des Yakangs m'intéressait, et je
n'étais pas fâché de jouer un tour à mes ennemis les pirates.
"Une fois à terre, mon _bowie-knife_ entre les dents, je m'allongeai
sur la glace, et, m'aidant des mains et des genoux, je me mis à ramper
comme un reptile, dans la direction de l'Indien.
"J'étais déjà à cette époque un vieux routier des prairies et je
connaissais à fond toutes les précautions à prendre en pareil cas. Vous
en aurez une idée quand vous saurez qu'il me fallut plus d'une grande
demi-heure pour franchir les trente pas qui me séparaient du but. Je
réussis: nul bruit ne décela ma présence; l'Indien lui-même, dont les
sens sont si développés, n'entendit rien.
"--Que le chef écoute, dis-je d'une voix faible comme un souffle; un ami
est derrière lui.
"Malgré la surprise qu'il dut certainement éprouver, la Flèche-Noire ne
fit aucun mouvement.
"--Je couperai ses liens, continuai-je; le chef chaussera mes souliers
de neige et fuira."
"Passant mon couteau sous le corps de l'Indien, je coupai ses liens;
puis, faisant un détour et m'approchant de la sentinelle, je lui
assénai, au moment où elle s'y attendait le moins, un certain coup de
poing de ma façon entre les deux oreilles, qui l'étendit complètement
étourdie sur le sol.
"Déjà la Flèche-Noire était à mes cotés: d'une main il brandissait son
couteau à scalper, de l'autre une chevelure sanglante.
"--La Flèche-Noire est un guerrier, me dit-il à voix basse; il sait
venger ses injures!"
"Je compris que le chef des pirates venait de payer de la vie son
malencontreux coup de fouet.
"--Qui va là?" s'écria tout à coup l'un des bandits en se soulevant sur
le coude.
"Au lieu de répondre, la Flèche-Noire et moi primes notre course de
toute la vitesse de nos jambes.
"--Tout le monde debout! hurla le pirate. Le prisonnier s'est enfui!...
Il a tué notre capitaine!"
"En un clin d'oeil, la bande fut sur pied,--à l'exception toutefois de
son capitaine mort et de la sentinelle assommée,--et nous salua par une
décharge générale; heureusement la précipitation et l'obscurité firent
dévier les balles.
"--Vous êtes blessé, chef? dis-je en voyant l'Indien tressaillir.
"--Marchons!" fit la Flèche-Noire sans répondre directement.
"Alors, au milieu de cette plaine glacée, éclairée seulement par les
blafards rayons de la lune, commenta une course désordonnée que
l'imagination peut à peine retracer. Emportés par notre élan, nous
glissions comme des ombres fantastiques et avec une vitesse sans cesse
croissante, poursuivis par le galop sonore des chevaux de nos ennemis.
"Combien de temps dura cette course, je l'ignore. Mes oreilles
tintaient, la respiration me manquait, tout tourbillonnait devant moi:
j'étais comme un homme ivre, et cependant il me semblait que nous
gagnions de l'avance, car les pas des chevaux s'affaiblissaient derrière
nous.
"Tout à coup je vois l'Indien ralentir sa course, puis s'affaisser sur
le sol comme une masse inerte.
"Un cri de triomphe retentit. Ne pouvant rn'arrêter subitement, je
reviens sur mes pas en faisant un circuit, et je vois un pirate arriver
à bride abattue et prêt à faire subir à la Flèche-Noire la peine du
talion.
"Par bonheur, ma carabine était chargée, l'ar un effort surhumain, je
parviens à maîtriser le tremblement qui m'agite, et visant le cheval à
la tête, je presse la détente.
"Cheval et cavalier roulent sur la glace.
"--Etes-vous blessé, chef? dis-je alors à l'Indien.
"--Oui, répond faiblement la Flèche-Noire. Je suis atteint de deux
balles et je ne puis plus marcher. Que mon frère parte et me laisse
mourir; voici les pas de nos ennemis qui se rapprochent.
"--Vous laisser mourir, allons donc? Ces briqands n'auront pas encore
votre chevelure cette fois-ci. Laissez-moi faire!"
"Prenant la Flèche-Noire sur mon épaule, je continuai à fuir après avoir
rechargé ma carabine.
"--Nos ennemis sont loin, me dit le chef des Yakangs; ils ne peuvent
nous voir. Que mon frère change de route et qu'il se dirige vers
l'ouest: il se rapprochera de mon village et il fera perdre ses traces."
"Ce conseil fut immédiatement suivi par moi. J'entendis le galop des
chevaux passer à cinq cents pas vers la gauche, puis s'éteindre peu à
peu dans l'éloignement. Nos traces étaient perdues... nous étions
sauvés!
"Le lendemain, au point du jour, chargé de mon précieux fardeau,
j'arrivai au village de: Yakangs.
--Je ne vous décrirai pas la réception que ces braves gens me firent:
vous en aurez un échantillon dans quelques jours.
"Lorsque le chef eut raconté la manière dont je lui avais sauvé la vie,
tous déclarèrent que je surpassais en courage le: guerriers les plus
renommés. Ils m'adoptèrent dans une cérémonie solennelle et me donnèrent
le titre de second chef de la tribu après la Flèche-Noire. Quant à
celui-ci, il échangea avec moi son calumet de conseil, me fit don d'un
costume de guerre complet, m'embrassa sur les lèvres et déclara qu'à
l'avenir je serais son frère, et qu'il regarderait comme personnelle
toute injure qui me serait faite.
"Voilà comment je devins guerrier iroquois, position qui m'a déjà
procuré et me procure encore journellement des avantages immenses.
Chaque fois que je vais les visiter, ces braves gens me témoignent une
amitié et un respect vraiment touchants, et jamais ils ne prennent une
résolution importante sans m'envoyer un messager pour m'engager à
assister à leur conseil.
"Vous voyez donc, monsieur le marquis, que je ne crois pas trop
m'avancer en vous promettant l'appui des Yakangs".