PHILÉAS, _crispé_.--Tu mériterais...
SAGABADA.--Oui, maître à moi!
PHILÉAS, _tapant du pied_.--Laisse-moi parler! tu mériterais d'être...
SAGABADA.--Oui, maître à moi!...
PHILÉAS, _trépignant_.--Mais laisse-moi donc parler, saprelotte! tu
mériterais d'être assommé...
SAGABABA--Par vous, maître à moi?
PHILÉAS--Certes!
SAGABABA, _humblement._--Moi, prêt alors. Sagababa est à maître. Maître
faire sa volonté avec pauvre négrillon.
[Illustration 57.png]
PHILÉAS, _touché._--Petit drôle! il m'attendrit... Que dois-je faire,
Polyphème?
POLYPHÈME--Le garder, mon ami; ce pauvre enfant vous a dit être seul et
abandonné. Permettez-moi de me charger de son entretien et de le laisser
à votre service.
Philéas, _lui serrant la main_.--Merci, cher Tueur; je vous aime et
j'accepte. (Solennellement.) Sagababa, tu es à moi; remercie le ciel de
ce bonheur... que je ne crains pas d'appeler immense! (On rit.)
SAGABABA.--Vrai, bien vrai? maître à moi pardonne à Sagababa? le garde?
PHILÉAS, _avec dignité_.--Oui, mon enfant.
En entendant ces mots, la joie du petit nègre ne connut plus de bornes;
il dansa, rit, pleura, baisant les mains de Philéas et de Polyphème et
finit par exécuter une série de cabrioles plus extravagantes les unes
que les autres.
On remit en ordre tous les bagages et la fin du voyage sur mer se passa
tranquillement, égayée par les conversations de Philéas et de Polyphème
et par les lazzis de Sagababa; ce dernier ne perdait pas une occasion
de dire avec une emphase et une joie profonde: «Enfin, maître à moi est
bien à moi!»