ALEXANDRE ET BERNADOTTE.

Impassibilité d'Alexandre pendant nos premières marches.--Nos ennemis

craignent de sa part une défaillance.--Ils désirent un secours.--Arrivée

à Pétersbourg d'un envoyé extraordinaire de Suède.--Bernadotte veut se

faire l'artisan de la rupture définitive et le promoteur d'une dernière

coalition.--Son plan d'opérations diplomatiques et militaires; son

arrière-pensée.--Le comte de Loewenhielm.--Demande de la

Norvège.--Scrupules passagers d'Alexandre: sa conscience

capitule.--Envoi de Suchtelen en Suède.--Négociation en partie

double.--Défiance réciproque.--La politique de l'Empereur; la politique

du chancelier.--Arrivée du message de l'Élysée.--Agitation mondaine:

lutte des partis.--Alexandre demeure inébranlable, mais il se sert des

propositions françaises auprès de Loewenhielm pour l'amener à réduire

ses exigences.--Bernadotte joue pareillement auprès de Suchtelen des

offres transmises par la princesse royale.--Bizarre incident.--Les deux

traités.--Duel de générosité.--L'accord conclu.--Alexandre fait sa

réponse aux propositions françaises et signifie ses

exigences.--Ultimatum du 8 avril.--Sommation d'évacuer la Prusse et les

pays situés au delà de l'Elbe avant tout accord sur le fond du litige:

ce qu'offre la Russie en échange.--Conciliation impossible.--Efforts de

nos ennemis pour se débarrasser de Spéranski.--Causes profondes et

motifs déterminants de sa disgrâce.--La soirée et la nuit du 17 mars;

l'exil.--Alexandre se livre complètement à l'émigration

européenne.--Ardeur furieuse de nos adversaires.--Toujours

Armfeldt.--Opérations de Bernadotte.--Les soirées au palais royal de

Stockholm.--Bernadotte presse Alexandre d'entamer les

hostilités.--Départ d'Alexandre pour Wilna; sa dernière entrevue avec

Lauriston.--Il incline encore une fois à pousser ses troupes en avant;

incident fortuit qui le ramène et le fixe au système de l'absolue

défensive.--La fatalité pèse déjà sur l'Empereur.

I

«Il ne faut pas se tromper soi-même, disait Alexandre en apprenant la

marche de nos troupes en Allemagne: je serai probablement dans un mois

ou six semaines en guerre ouverte avec la France[427].» Et sans

forfanterie ni violence de langage, il attendait le choc, sérieux,

triste parfois, mais impassible et calme, doucement intraitable. Malgré

cette attitude, nos adversaires, qui l'entouraient et le surveillaient à

toute heure, redoutaient l'instant où les préparatifs militaires de la

France apparaîtraient dans leur monstrueux développement; que se

passerait-il alors dans l'âme d'Alexandre? À l'aspect de tant d'armées

et de peuples unis contre lui, au bruit de l'Europe en marche, venant

contre ses frontières, ne céderait-il pas à un accès de découragement

pareil à celui qui l'avait jeté une première fois dans les bras de

Bonaparte? N'allait-il pas s'humilier, capituler, renouveler le scandale

de Tilsit, dont le souvenir hantait nos ennemis? Ce qui ajoutait à leurs

craintes, c'était de retrouver auprès d'Alexandre un représentant

autorisé des idées de paix et de conciliation. Roumiantsof était

toujours là, se refusant à désespérer d'un rapprochement. Dans les

milieux aristocratiques et mondains, l'opinion ne s'était pas

définitivement affermie et se cherchait un guide. Chez beaucoup de

Russes, la haine qu'inspirait Napoléon s'était transformée en une sorte

de superstitieux effroi et d'horreur sacrée: ils se demandaient si cet

être «apocalyptique» n'était point de ceux contre lesquels il est

interdit à l'homme de lutter. Puis, le système inauguré en 1807, quelque

opposé qu'il fût au sentiment public, n'avait pu subsister plusieurs

années sans se rattacher des intérêts, des ambitions, des espérances; un

groupe de ralliés, très lent à se constituer, s'était formé pourtant

autour de notre ambassade et suivait ses impulsions. Les partisans de la

guerre ne se jugeaient pas entièrement maîtres du terrain et désiraient

un secours.

[Note 427: Dépêche du comte de Loewenhielm, 21 février 1812.

Archives de Stockholm.]

Ce renfort arriva sous la forme de l'envoyé suédois dont le départ avait

été signalé en France. Le 18 février, l'aide de camp général comte de

Loewenhielm se présentait à Pétersbourg, apportant des lettres écrites à

l'empereur par le roi Charles XIII[428] et le prince royal de Suède.

Bernadotte, levant hardiment le drapeau de la révolte contre

l'omnipotence napoléonienne, venait au Tsar; il voulait être sa force et

son secours, son principal lieutenant, son conseiller, et lui soumettait

un vaste plan d'opérations diplomatiques et guerrières.

[Note 428: Charles XIII avait repris pour la forme l'exercice de la

souveraineté.]

Avant tout, il demandait qu'un envoyé russe partît sur-le-champ pour

Stockholm, avec mission de signer un pacte offensif et défensif. Offrant

ainsi au Tsar l'alliance de la Suède, il se faisait fort de lui en

amener d'autres, de partager l'Europe, de ravir au conquérant une partie

de ses auxiliaires présumés et d'égaliser tout au moins les chances de

la lutte. Le traité russo-suédois servirait de point de départ à une

ligue destinée à tenir en échec celle que Napoléon était en train de

former, à une contre-coalition. D'abord, Bernadotte se disait prêt à

servir de trait d'union entre la Russie et l'Angleterre. En même temps,

sa diplomatie se mettrait en campagne à Constantinople. Depuis le siècle

dernier, les Turcs reconnaissaient entre leur empire et la Suède un

parallélisme d'intérêts qui les rendait spécialement accessibles aux

conseils de cette puissance. Profitant de cet avantage, le représentant

suédois auprès de la Porte s'emploierait à ménager la paix et même une

alliance entre Ottomans et Russes. Par cet accord, on enserrerait toute

la partie sud-orientale de la monarchie autrichienne, dont les liaisons

avec Napoléon étaient encore inconnues: on tiendrait et on briderait

l'Autriche, en la menaçant d'une diversion sur ses frontières

méridionales. Tandis que le sud-est du continent se trouverait ainsi

retourné contre nous ou au moins immobilisé, tandis que dans le Nord les

troupes du Tsar soutiendraient l'attaque des Français et même la

devanceraient, évitant toutefois une action générale et se bornant à

user l'ennemi, Bernadotte se chargerait de fondre en Allemagne sur nos

lignes de communication, de prendre la Grande Armée à revers et de

dégager la Russie. Il lui suffirait de quatre-vingt à cent vingt mille

soldats aguerris pour opérer cette descente. En Allemagne, les peuples

du littoral semblaient particulièrement las de souffrir: plus loin, la

Prusse n'attendait qu'une main secourable pour briser sa chaîne: à la

vue de Bernadotte, tous les opprimés viendraient à lui et imiteraient

sa défection: «Le Roi, disait l'instruction remise à Loewenhielm, espère

que cet honorable exemple donné au monde réveillera enfin tant de

courages qui sont assoupis et qui n'attendent que le moment du réveil

pour développer l'énergie dont ils sont capables[429].»

[Note 429: Instruction secrète et particulière pour le comte de

Loewenhielm, 4 février 1812. Archives de Stockholm.]

L'exécution de ce plan demeurait subordonnée toutefois à une condition

essentielle, sur laquelle Bernadotte ne pouvait fléchir ni transiger,

car elle renfermait le secret et l'espoir invariable de sa politique; il

fallait que le Tsar garantît préalablement aux Suédois l'acquisition de

la Norvège. Même, ce ne serait pas assez que les Suédois reçussent

licence expresse de s'approprier cette province; il était indispensable

qu'Alexandre les aidât matériellement à s'en emparer, qu'il leur prêtât

main-forte. Bernadotte reliait habilement ce concours à la diversion

projetée en Allemagne. Voici, d'après lui, comment on devait procéder.

Dès que Français et Russes seraient aux prises, Alexandre détacherait de

ses troupes quinze à vingt-cinq mille hommes et les ferait passer en

Suède; là, ils se réuniraient à trente-cinq ou quarante mille Suédois, à

un contingent britannique. Subitement, cette masse tomberait de tout son

poids sur le Danemark, envahirait l'île de Seeland, bloquerait

Copenhague. Par la menace et au besoin par la violence, le roi Frédéric

VI serait contraint de livrer la Norvège; il serait du même coup détaché

de l'alliance napoléonienne, enrôlé de force dans la ligue

antifrançaise, et c'est en prenant ses États pour point de départ que

Bernadotte se porterait à volonté vers l'Elbe ou l'Oder, déboucherait

sur les derrières de la Grande Armée[430].

[Note 430: Instruction secrète et particulière du comte de

Loewenhielm.]

Au fond, était-il intimement résolu à exécuter cette dernière partie de

son plan? Nanti de la Norvège, irait-il risquer une pointe aventureuse

en Allemagne, entamer contre Napoléon une lutte directe et se rendre

tout retour impossible? On peut croire, d'après certains indices, qu'il

entendait se servir des Russes plutôt que les servir sans réserve. Dans

l'acquisition de la Norvège, il voyait moins un moyen de se mêler dès le

début et matériellement à la guerre que de s'en désintéresser tout

d'abord et de n'y intervenir qu'à coup sûr. Réfugiée désormais et

fortement établie dans la péninsule Scandinave, sans autre point de

contact avec l'Europe continentale que les déserts de Laponie, la Suède

se trouverait à peu près hors d'atteinte: protégée par les flottes de

l'Angleterre, elle participerait à son invulnérabilité: elle pourrait

attendre commodément le résultat du duel franco-russe et se faire

respecter du vainqueur, quel qu'il fût. Seulement, pour que l'empereur

Alexandre se prêtât à ce dessein, il ne fallait rien moins que de lui

faire espérer un ensemble de mirifiques avantages. Ces promesses

auraient en outre pour effet de le disposer plus sûrement à la guerre,

de le rendre sourd aux derniers appels de Napoléon; elles

précipiteraient le désordre général dont Bernadotte avait besoin pour

pêcher en eau trouble et saisir sa proie. La rupture définitive entre la

France et la Russie était indispensable au succès de son plan, et c'est

pourquoi il comptait s'en faire l'artisan le plus actif. Sur cette

intention perturbatrice, certaines paroles du chancelier de cour

Wetterstedt, son confident, ne laissent aucun doute: «Dans l'état actuel

des choses, disait Wetterstedt au conseil des ministres, le plus grand

malheur qui pût frapper la Suède ne serait pas de voir éclater la

guerre, mais de trouver chez nos voisins une obéissance continue aux

ordres de la France. Je répète encore une fois que, quelle que soit la

résolution qu'on ait à prendre, on ne doit compter sur la coopération de

la Russie qu'après que la guerre aura éclaté entre cette puissance et la

France[431].» Le comte de Loewenhielm, d'après ses instructions écrites

et verbales, définissait ainsi le double objet de sa mission en Russie:

«l'acquisition de la Norvège et l'éloignement d'un rapprochement

inattendu avec la France[432].»

[Note 431: _Souvenirs du comte Gustave de Wetterstedt_, publiés par

M. H.-L. FORSELL, dans le _Recueil des actes de l'Académie de Stockholm_,

1886.]

[Note 432: Dépêche du 23 mars 1812. La _Correspondance de

Loewenhielm_, conservée à Stockholm, est un des documents les plus

curieux de cette époque: nous en avons dû la communication à M. Odhner,

le savant directeur des archives du royaume, grâce à l'obligeante

entremise de M. R. Millet, alors ministre de France en Suède.]

Il se mit immédiatement à l'oeuvre. C'était un habile homme, souple à la

fois et résolu, sachant, suivant les cas, affecter une franchise et une

rondeur toutes militaires ou aller à son but par de sinueux détours. Une

absence totale de scrupules le rendait particulièrement apte à la

mission de haute immoralité qu'il avait à remplir, puisqu'il devait

décider Alexandre à dépouiller un État faible, inoffensif, ami et client

traditionnel de sa maison. Loewenhielm se doutait bien qu'il aurait à

combattre quelques résistances, à triompher de certaines pudeurs; mais

sa pratique des cours lui avait appris que la conscience des souverains

résiste rarement à qui sait l'acheter d'un bon prix: d'ailleurs, un

maître en fait de corruption et d'intrigues, Armfeldt, lui avait préparé

les voies[433].

[Note 433: Dépêche de Loewenhielm, 22 février 1812.]

Admis en présence du monarque, Loewenhielm crut devoir user d'abord de

quelques formules préparatoires, de quelques circonlocutions; il

expliqua comment la Suède avait besoin de se refaire une existence

stable par une augmentation de forces et de territoire. Alexandre le

voyait venir et voulut brusquer ses aveux: il lui dit d'un ton

engageant: «Parlez-moi avec franchise. Mes sentiments doivent vous être

connus.--Sire, répondit l'agent suédois, un soldat sait mal s'entendre

aux détours de la diplomatie. Je n'ai que ma franchise et mon zèle pour

le bien de ma patrie, qui désormais marchera de pair avec les intérêts

de votre empire.--Eh bien, tranchez le mot.--Sire, c'est donc la Norvège

qui fait l'objet des vues dont le Roi ne peut se départir sans oublier

le premier devoir de tout gouvernement, celui d'assurer l'indépendance

et la sûreté de l'État[434]...»

[Note 434: Dépêche du 21 février 1812.]

«--Je verrai toujours avec plaisir ce qui fait le bonheur de la Suède»,

dit l'Empereur, se bornant pour le moment à cette vague approbation.

Même, lorsqu'on lui parla de porter ses armes contre le Danemark, il fit

des réserves; son esprit paraissait dans le trouble, sa conscience à la

torture: son agitation se trahissait par «des allées et venues[435]».

Sans trop insister pour cette fois, Loewenhielm détailla tous les

avantages d'une coopération de la Suède contre la France, et ce qui lui

fit plaisir, ce fut de constater que l'idée de la guerre semblait ancrée

à fond dans l'esprit de son interlocuteur. En cette disposition

belliqueuse, Alexandre devait mieux sentir le prix de l'alliance avec

Bernadotte et finirait par en subir les conditions.

[Note 435: Dépêche du 21 février 1812.]

En effet, les jours suivants, Loewenhielm reconnut, à divers indices,

que ses paroles tentatrices avaient porté. Il sut que l'Empereur s'était

exprimé sur son compte dans les termes les plus gracieux; les familiers

du palais lui témoignaient un empressement sans bornes, et nul présage

n'était plus encourageant que «la politesse et les prévenances de ces

messieurs, qui sont autant de thermomètres ambulants de la faveur[436]».

Le 23 février, Loewenhielm fut averti officiellement que Sa Majesté

adhérait en principe aux conditions posées: l'ancien ministre de Russie

en Suède, le général baron de Suchtelen, allait se rendre incessamment à

Stockholm, pour négocier et signer le traité.

[Note 436: _Id._]

Cette marche, quoique conforme aux désirs primitivement exprimés par la

cour de Suède, ne répondait guère à ceux de Loewenhielm. Ayant si

heureusement amorcé la négociation, il tenait à en accaparer l'honneur

jusqu'au bout et à la terminer de sa main. Puis, il craignait la lenteur

de Suchtelen, son manque d'entrain; c'était un vieillard d'allures

pesantes, timide en affaires, nullement expéditif, un savant et un

«antiquaire» égaré dans la politique: entre ses mains, la conclusion ne

pouvait que languir[437]. Or, Loewenhielm sentait le besoin de battre le

fer pendant qu'il était chaud et de ne pas laisser se refroidir les

dispositions d'Alexandre. Il prit sur lui de rester à Pétersbourg, se

fit envoyer des pouvoirs et offrit aux Russes d'ajuster avec eux les

termes de l'arrangement, sans préjudice des efforts que se donnerait

Suchtelen pour arriver aux mêmes fins. Le Tsar agréa cette négociation

en partie double; ce fut alors entre les deux plénipotentiaires, dont

l'un agissait à Pétersbourg, l'autre à Stockholm, une lutte de vitesse:

mais Loewenhielm avait pris l'avance et entendait la garder.

[Note 437: Dépêches des 24 et 25 février.]

Il se heurtait pourtant à certaines difficultés. La plus sérieuse

provenait d'une suspicion mutuelle chez les deux contractants. C'est le

châtiment des complices qui s'associent pour une oeuvre douteuse que de

ne pouvoir s'accorder une pleine confiance, fortifiée d'estime:

s'entendant pour molester autrui, ils craignent toujours d'être

eux-mêmes dupes de leur partenaire. En apparence, il n'était témoignage

d'attachement et de tendre amitié que ne se rendissent Alexandre et

Bernadotte. Lorsqu'ils parlaient l'un de l'autre devant leurs envoyés

respectifs, les épithètes de «noble, généreux, magnanime», revenaient à

tout propos dans leur bouche. Charles-Jean vantait la belle loyauté de

l'empereur russe, sa franchise chevaleresque, les mâles résolutions qui

allaient faire de lui le sauveur de l'Europe; que ne donnerait-il pour

voir de près l'objet de sa vénération? Une entrevue comblerait ses

voeux. Sans s'engager prématurément à cette rencontre, Alexandre

s'attendrissait devant un portrait de Bernadotte que lui avait remis

Loewenhielm et le fixait avec ravissement, en attendant qu'il pût

contempler l'original[438]. Cependant, au travers de leurs effusions,

tous deux s'observaient en dessous et du coin de l'oeil avec une secrète

appréhension. Alexandre craignait toujours que l'ancien maréchal ne se

laissât ramener à Napoléon par un rappel de patriotisme et d'honneur ou

simplement par l'appât d'une surenchère. Bernadotte se souvenait

qu'Alexandre avait été l'allié et l'ami de Napoléon: c'était l'homme des

variations inattendues, des brusques revirements; n'allait-il point, à

la veille même de la guerre, s'accommoder avec l'Empereur aux dépens de

ses voisins? Et Bernadotte se voyait déjà renié, prestement sacrifié:

tout autant que le Tsar, il craignait de payer les frais d'une

réconciliation _in extremis_. Chacun d'eux cherchait donc à s'emparer de

l'autre, à le tenir le plus tôt et le plus solidement possible, mais

hésitait à se livrer soi-même; ce double sentiment leur inspirait à la

fois l'impatience et la peur de conclure, accélérait tour à tour et

ralentissait la négociation.

[Note 438: Dépêche de Loewenhielm, 25 février.]

Alexandre consentait bien à procurer aux Suédois la Norvège; il désirait

toutefois que cette conquête suivît et rémunérât leur descente en

Allemagne au lieu de la précéder, qu'elle fût la récompense et non la

condition de leurs services. De son côté, Bernadotte tenait

essentiellement à se faire payer d'avance, et Loewenhielm dût se montrer

inflexible sur le principe qu'il avait posé, celui d'une coopération

préalable des Russes à l'entreprise contre Copenhague. Alexandre en

passa finalement par cette exigence; il promit d'agir contre le

Danemark, mais encore voulait-il y mettre quelques formes. Au lieu

d'entrer inopinément chez le roi Frédéric et de lui soustraire une

province par brusque effraction, ne pourrait-on lui adresser un avis

préalable, essayer du raisonnement et de la douceur, persuader à

l'infortuné souverain de se laisser dépouiller pour le bien de la cause

générale et le salut de l'Europe? On lui garantirait un dédommagement en

Allemagne, dès que ce pays serait délivré du joug, et Alexandre montrait

sur la carte les États qu'il destinait à la consolation du Danemark,

l'Oldenbourg entre autres, «qu'il sacrifierait volontiers malgré la

parenté[439]»; quelle révélation dans ce mot, et combien Napoléon

avait-il raison de ne voir qu'un prétexte dans le zèle obstiné

d'Alexandre pour la cause de son oncle!

[Note 439: Dépêches de Loewenhielm du 24 février et du 3 mars 1812.]

Force fut à Loewenhielm de prendre en considération les scrupules du

Tsar et d'accéder à la marche proposée; il s'en excusa auprès de son

gouvernement en termes d'un hautain scepticisme. Il regrettait toutes

ces pruderies, disait-il, mais une sorte d'hommage platonique au droit

et à la justice était une formalité dont les souverains n'avaient pas

encore su s'affranchir: «Quelque peu que les principes de la justice

soient en général admis dans les stipulations des puissances, les

souverains ont toujours cherché à en colorer leurs vues, et il n'y a que

l'empereur des Français dont la bonne foi plus audacieuse se soit mise

au-dessus de cet usage[440].»

[Note 440: Dépêche du 3 mars.]

Il y avait une autre cause de lenteur: c'était l'opposition sournoise de

Roumiantsof à l'accord en préparation avec la Suède, au pacte qui

exclurait toute possibilité de rapprochement avec la France. Le

chancelier cajolait l'envoyé suédois, se disait pleinement guéri de ses

illusions, rallié de coeur au système actuel de son souverain, aussi

ennemi que lui de Napoléon et de la paix; mais Loewenhielm ne se méfiait

pas moins de «ce nouveau converti, à chaque pas près d'être

relaps[441]». Même, il reconnut bientôt que la ferveur de fraîche date

dont Roumiantsof faisait étalage n'était rien moins que sincère, et que

ce ministre suivait toujours en secret son ancienne religion politique.

Désigné par ses fonctions pour discuter officiellement les termes du

traité, Roumiantsof soulevait des objections à chaque article et

trouvait moyen de répondre à toute réquisition par quelque phrase vague

et «très entortillée[442]». Heureusement pour Bernadotte, l'aide de camp

diplomate avait su se ménager des accès familiers auprès de l'Empereur,

le droit de s'adresser à lui directement, et chacun de ces recours

aboutissait pour l'épineuse affaire à un pas de plus en avant[443].

Alexandre Ier, voyant nos armées couvrir l'Allemagne, voyant nos

colonnes avancer toujours, dépasser l'Elbe, puis l'Oder, et s'allonger

jusqu'à proximité de la Vistule, sentait mieux l'urgence d'un secours,

le besoin de saisir la main qu'on lui tendait, de prendre Bernadotte

pour guide et pour «boussole» dans la tourmente[444]. Il stimulait,

aiguillonnait son vieux ministre, multipliait les ordres «précis et

clairs[445]», si bien que vers le milieu de mars la négociation parvint

à maturité.

[Note 441: Dépêche du 24 février.]

[Note 442: _Id._]

[Note 443: _Id._]

[Note 444: Dépêche de Loewenhielm du 11 mars.]

[Note 445: Dépêche de Loewenhielm du 11 mars.]

Ce fut à ce moment qu'arrivèrent les propositions formulées par Napoléon

le 25 février et dont Tchernitchef était porteur. Cet envoi fit

sensation et émut fortement Loewenhielm, qui y vit pour la constance

d'Alexandre l'épreuve décisive. Sans doute, le versatile souverain

semblait s'être fait une âme nouvelle, toute d'énergie et de fermeté.

Néanmoins, le message confié à Tchernitchef pouvait faire renaître en

lui la tentation de traiter: ses résolutions tiendraient-elles devant

une offre positive, assez modérée dans la forme, présentée par son

adversaire sur la pointe de l'épée et appuyée par la marche en Allemagne

de quatre cent mille hommes?

Alexandre commença par communiquer à Loewenhielm, en témoignage de

confiance, les propositions françaises; il lui fit lire, avec des

annotations de sa main, le copieux rapport où Tchernitchef avait

reproduit textuellement la conversation de l'Élysée; il ajouta, en

matière de commentaire, une profession d'incrédulité à l'égard des

sentiments exprimés par Bonaparte: «Je considère tout cela, dit-il fort

justement, comme des efforts pour gagner du temps parce qu'on n'est pas

encore prêt, mais je ne me laisserai pas tromper[446].»

[Note 446: Dépêche de Loewenhielm du 25 mars.]

Si précieuses qu'elles fussent, ces paroles n'eurent pas le don de

rassurer entièrement Loewenhielm. Il croyait à la faiblesse des hommes

en général et à celle d'Alexandre en particulier; les antécédents de ce

prince lui faisaient peur. Puis il n'ignorait pas que les partisans de

la paix, profitant de la circonstance, se remettaient en mouvement. Dans

divers cercles, dans plusieurs salons, la fermentation était extrême: on

cherchait tous les moyens d'arriver à l'Empereur et de le circonvenir;

des femmes aimables se dévouaient à cette oeuvre, se mettaient en frais

de séduction auprès du galant monarque et tâchaient de l'amollir.

«L'Empereur, écrivait Loewenhielm avec angoisse, est assiégé de toutes

parts[447].» Lauriston, souriant et calme, annonçant imperturbablement

la paix, dirigeait discrètement les travaux d'approche; le comte de

Bray, ministre de Bavière, s'était institué son premier auxiliaire et

son aide de camp: l'appui plus ou moins déguisé de Roumiantsof leur

ménageait des intelligences dans la place, et chaque jour les

assaillants devenaient plus hardis, leurs efforts plus pressants.

[Note 447: Dépêche du 5 avril.]

Observant cette crise et «la position volcanique de l'empire»,

Loewenhielm crut devoir réveiller le zèle du parti belliqueux et

soulever «toute la partie bien pensante du public[448]». Sans souci de

son caractère diplomatique, il se jeta à corps perdu dans la mêlée des

intrigues; il n'hésita pas à prendre pour associés Armfeldt et sa bande,

les éternels fauteurs de troubles. En agissant ainsi, écrivait-il à son

roi, il ne faisait que se conformer aux usages et aux moeurs politiques

de la Russie: «Dans un pays livré comme celui-ci à l'intrigue et où le

champ est aussi vaste que les désirs ambitieux de ceux qui sont en

scène, il est difficile de remplir sa tâche sans suivre les affaires

dans leur marche la plus tortueuse, et si j'osais me livrer à un

proverbe populaire, je dirais qu'ici plus qu'ailleurs on est forcé de

hurler avec les loups[449].» Conformément à ce principe, l'envoyé de

Bernadotte se fit le moteur et le lien de toutes les menées

antifrançaises, «le principal ouvrier du parti de la guerre[450]».

[Note 448: Dépêches du 20 février et du 3 mars.]

[Note 449: Dépêche du 23 mars.]

[Note 450: _Id._]

Les instances de ce parti s'adressaient à un prince beaucoup moins

vacillant qu'on ne le supposait; elles prêchaient un converti. Alexandre

ne se bornait pas à repousser l'idée d'un acquiescement pur et simple

aux volontés de l'Empereur; depuis longtemps, on l'a vu, il n'admettait

plus de transaction. Si Napoléon voulait tout obtenir, Alexandre était

intimement résolu--il en avait fait plusieurs fois l'aveu--à ne rien

Accorder.

Seulement, avec son habituelle finesse, il comprit le parti qu'il

pourrait tirer des propositions françaises pour s'assurer à meilleur

compte l'alliance de la Suède. Tout en réitérant devant Loewenhielm ses

protestations d'énergie, il lui glissa qu'il différerait quelques jours

de répondre au message. «On veut, lui dit-il d'un ton dégagé, me hâter

de répondre à la lettre de Napoléon, mais je n'en suis pas si pressé et

je crois qu'il n'y a pas de mal à le faire attendre[451].» Ce retard

suffisait à entretenir dans l'esprit de Loewenhielm une inquiétude

utile: tant que le refus n'aurait pas été officiellement signifié, le

Tsar pouvait se raviser, fléchir et succomber. La menace d'un

accommodement avec la France demeurait suspendue sur la tête de

Loewenhielm et le déterminerait sans doute à baisser ses prétentions.

En effet, le Suédois n'eut plus qu'une pensée: hâter la signature. Il

céda sur plusieurs points assez importants, qui restaient en litige, et

le 28 mars on tombait d'accord. On s'occupait à polir la rédaction des

articles, lorsque Roumiantsof rentra fort inopportunément en scène, armé

d'une observation imprévue. Un devoir de convenance, disait-il, exigeait

que l'instrument préparé fût envoyé à Stockholm et signé dans cette

ville par Suchtelen, désigné primitivement à cet effet; c'était pour le

chancelier un moyen de gagner quelques jours, et ce retard pouvait tout

compromettre. Quelle déception amère, quelle mésaventure pour

Loewenhielm, qui avait cru tenir son traité et voyait se rouvrir devant

lui d'inquiétantes perspectives[452]!

Dans cette passe dangereuse, il paya d'audace: il connaissait le chemin

qui menait au cabinet de l'Empereur et le prit dès le lendemain. Aux

premiers mots du prince, ses appréhensions s'évanouirent: «Du moment,

lui dit Alexandre, que vous avez les pleins pouvoirs nécessaires pour

conclure et signer, je signerai ici; personne n'est plus jaloux que moi

de terminer notre alliance[453].» Et il laissa entendre que l'expédient

dilatoire imaginé par le chancelier n'était nullement de son goût. Il

affecta toutefois, avec un tact parfait, de ne pas mettre en doute le

bon vouloir de son ministre. Si Roumiantsof soulevait des difficultés de

protocole, c'était chez lui pur formalisme et habitude de carrière: «Que

voulez-vous? Il a ses vieilles formes diplomatiques, qui m'ennuient

souvent. On reste toujours ce qu'on est. Un cordonnier reste cordonnier;

un diplomate, diplomate. Mais nous sommes militaires et nous aimons à

aller vite et loyalement en besogne.» Loewenhielm s'en fut sur-le-champ

porter à Roumiantsof, avec le plus profond respect, l'expression de la

volonté souveraine. «L'Empereur est bien le maître», dit le ministre

d'un ton vexé; mais il se ressaisit aussitôt, reprit son masque officiel

et, faisant à mauvaise fortune bon visage, se répandit en assurances sur

son «désir à lui de terminer avec toute la diligence possible». Le 5

avril, le traité était mis au point et signé.

[Note 451: Dépêche du 25 mars.]

[Note 452: Dépêche du 28 mars.]

[Note 453: _Id._]

Loewenhielm s'applaudissait de ce dénouement et se croyait au bout de

ses tracas: il avait compté sans un incident bizarre qui allait encore

une fois tout remettre en question. Tandis qu'il se précipitait à son

but, le vieux Suchtelen, arrivé à Stockholm et gracieusement accueilli

par le prince royal, s'était piqué au jeu; il avait rompu avec ses

habitudes de lenteur et déployé une activité inattendue. Il était

parvenu de son côté à mettre rapidement sur pied un traité et l'avait

signé le 9 avril, presque au moment où Loewenhielm parachevait le sien,

à quatre jours d'intervalle. Dans leur ardeur à se saisir et leur

crainte de se manquer, Alexandre et Bernadotte s'étaient enlacés d'un

double lien. Mais cette surabondance d'engagements n'allait-elle pas

nuire? Le texte des deux traités n'était pas identique, et ce qu'il y

avait de plus étrange dans cette disparité, c'était que l'accord passé à

Stockholm par l'envoyé russe d'après les pleins pouvoirs et les

instructions de son maître, était beaucoup moins favorable à la Russie

que l'acte conclu à Pétersbourg par l'envoyé extraordinaire de Suède.

Tandis que le premier obligeait le Tsar à payer l'entretien et le

transport des divisions russes destinées à opérer contre Copenhague, le

second laissait ces débours à la charge de la Suède.

Si surprenante que paraisse au premier abord cette différence, elle

s'explique aisément. Loewenhielm s'était désisté de ses exigences sous

l'impression que lui avaient causée les ouvertures de Napoléon à la

Russie. Suchtelen avait obéi à un sentiment analogue. Il était à

Stockholm quand Bernadotte avait reçu de son côté les offres venues de

Paris par l'intermédiaire de la princesse royale. Bernadotte avait joué

de ces propositions vis-à-vis de Suchtelen avec autant d'habileté

qu'Alexandre en avait mis à exploiter auprès de l'agent suédois le

message de l'Élysée: il avait obtenu le même succès. Par crainte de voir

Bernadotte retomber dans les liens de la France, Suchtelen avait fait

les concessions auxquelles Loewenhielm avait souscrit par peur d'un

rapprochement entre les deux empereurs, et cette piquante similitude

donnait la mesure de la confiance que s'accordaient réciproquement les

nouveaux alliés. Mais comment concilier désormais des prétentions qui

s'appuyaient de part et d'autre d'un texte formel? Entre les deux

traités, lequel choisir? Lequel devait être tenu pour bon et valable? La

difficulté eût été sérieuse, si Bernadotte n'eût senti que le comble de

l'adresse était de fixer la reconnaissance d'Alexandre par un trait de

munificence. Il jugea à propos de se montrer grand, libéral, magnifique;

il renonça spontanément aux avantages que lui conférait le traité de

Stockholm pour s'en tenir au traité de Pétersbourg[454]. Touché de ce

beau mouvement, Alexandre ne voulut pas demeurer en reste de bons

procédés avec un allié si délicat. Il refusa le présent de Bernadotte,

déclara que la Russie et la Suède subviendraient chacune à l'entretien

de leur contingent, et l'issue de ce duel de générosité fut que l'on

convint de spolier le Danemark à frais communs[455].

[Note 454: Communication de Loewenhielm au chancelier de l'empire,

14 mai.]

[Note 455: Communication du chancelier de l'empire à Loewenhielm, 31

mai. Archives de Stockholm.]

Alexandre ne se sentait plus seul en face de Napoléon: son traité avec

la Suède l'enhardit à repousser plus fièrement nos exigences, à

signifier enfin les siennes. Il fit le 8 avril sa réponse au message de

l'Élysée: ce fut l'objet d'une note qui devait être expédiée à

l'ambassadeur Kourakine et remise par lui au cabinet français, avec une

lettre polie et brève pour l'empereur des Français[456]. La note était

censée exprimer les conditions auxquelles le Tsar, après s'être dérobé

si longtemps à toute explication, se prêterait aujourd'hui à traiter:

elle spécifiait que l'acceptation pure et simple de ces bases pourrait

seule «rendre un arrangement encore possible». Si la Russie se décidait

après quinze mois à rompre le silence, il était entendu que ce premier

mot serait aussi le dernier; son envoi constituait au plus haut point un

ultimatum.

[Note 456: Cette pièce figure aux archives des affaires étrangères,

Russie, 154.]

Dans la note du 8 avril, Alexandre ne parlait point de la Pologne,

tenant toujours à couvrir d'un voile les intentions qu'il avait eues sur

l'État de Varsovie. Déplaçant et élargissant le débat, il substituait à

un grief personnel un grief général, européen, intéressant ses voisins

autant que lui-même: la réoccupation par les Français de l'Allemagne

septentrionale. Comme condition nécessaire et préalable de toute

entente, l'ultimatum exigeait l'évacuation intégrale de la Prusse,

l'évacuation de la Poméranie suédoise, la réduction de la garnison de

Dantzick, l'abandon de toutes les autres places, de tous les points

stratégiques occupés par nos troupes au delà de l'Elbe; il fallait que

la Grande Armée fît demi-tour, qu'elle dégageât l'Allemagne, qu'elle

cessât de peser sur le Nord et de tenir la Russie sous la menace de

l'invasion. Nulle prétention n'eût été plus légitime, si l'empereur

Alexandre se fût offert en même temps à terminer les différends qui

depuis un an avaient nécessité les armements et les mouvements

respectifs. Ce que la Russie réclamait de Napoléon, en le sommant

d'abandonner toutes les positions d'où il pouvait entreprendre la lutte

avec avantage, c'était un véritable désarmement. Or, entre États prêts à

en venir aux mains et pourtant désireux de prévenir l'effusion du sang,

on ne désarme qu'après avoir déterminé les conditions de l'accord et

s'être lié par des engagements formels. En échange de l'évacuation

requise, la Russie nous offrait-elle de trancher dès à présent et

définitivement les questions pendantes, conséquemment d'assurer la paix?

En aucune façon. Qu'offrait-elle donc? Elle proposait, après que

Napoléon aurait «irrévocablement et par mesure préliminaire» replié sa

puissance en deçà de l'Elbe, d'entrer en négociation pour un traité de

commerce, d'examiner les moyens de nuire au commerce anglais, de

reconnaître la réunion de l'Oldenbourg, moyennant une indemnité

territoriale pour le duc dépossédé. Mais en quoi consisterait cet

équivalent? Où serait-il situé? Quelles facilités seraient accordées à

notre commerce? Quelles mesures de rigueur seraient prises contre

l'Angleterre? Tous ces points, qui formaient le fond même du débat,

restaient en suspens; ils feraient l'objet de pourparlers ultérieurs

dans lesquels le cabinet de Pétersbourg se réservait une pleine liberté

d'appréciation: que la France évacuât d'abord, on verrait ensuite à

s'entendre. Sur une seule question, la Russie se prononçait dès à

présent et tout à notre désavantage: elle déclarait qu'elle ne pourrait

en aucun cas considérer le commerce soi-disant neutre comme une

dépendance du commerce anglais et l'exclure de ses ports.

Ainsi, exiger de Napoléon un engagement sans réciprocité, un recul

humiliant, indépendant de toute concession à faire par l'autre partie,

présenter en retour de très vagues espérances, accompagnées d'explicites

réserves, voilà à quoi se réduisait l'offre conciliante d'Alexandre. Il

était par trop évident que ce prince, réclamant à nouveau, et cette fois

dans les termes les plus impérieux, un gage de sécurité, ne voulait rien

promettre en échange. Il avait posé ces conditions en sachant qu'elles

n'avaient aucune chance d'être agréées, et que Napoléon y répondrait

vraisemblablement à coups de canon: mais, fatigué et énervé de

l'attente, jugeant ses préparatifs parvenus à un degré infranchissable

de maturité, il trouvait inutile de retarder plus longtemps l'explosion

de la crise. Sortant de sa résistance inerte et passive, il en venait à

une démarche d'éclat; sous couleur de formuler des contre-propositions

pacifiques, il manifestait l'incompatibilité des exigences respectives

et provoquait la rupture ouverte.

Napoléon et Alexandre Ier (3/3) L'alliance russe sous le premier Empire · 第 46 / 102 题