III

Le lendemain 16 août, retourné à Saint-Cloud, Napoléon se fit apporter

toutes les pièces de la correspondance avec la Russie, depuis l'entrevue

du Niémen. En même temps, le ministre secrétaire d'État au département

des relations extérieures, le duc de Bassano, était appelé à un _travail

avec Sa Majesté_: cela consistait à recueillir par écrit les réflexions

que suggérait à l'Empereur telle ou telle question, d'après ses éléments

et ses pièces, à enregistrer ensuite la décision prise. Le ministre

tenait la plume, arrondissait la phrase, tempérait parfois l'expression:

la pensée venait du maître. Il éprouvait le besoin de la mettre ainsi en

forme positive et dogmatique, afin de voir plus clair dans ses propres

idées, dans les raisons qui le déterminaient; c'était comme un rapport

qu'il se faisait à lui-même et dont les conclusions fixaient sa

volonté[268].

Cette fois, le problème à résoudre était celui-ci: «La situation de la

France avec la Russie est-elle de nature à ce qu'on doive craindre une

guerre, qu'il faille lever une nouvelle conscription et autoriser les

dépenses que les ministres de la guerre proposent[269]?»

[Note 268: Voy. plusieurs exemples de _Travail avec l'Empereur_ dans

ROEDERER, t. III, p. 562 et suiv.]

[Note 269: Le résultat du _Travail avec l'Empereur_ figure, sous

forme de volumineux mémoire, aux archives des affaires étrangères,

Russie, 153. BIGNON, X, 89 et suiv., et ERNOUF, 301-305, en ont publié

des extraits.]

La veille, parlant à Kourakine, Napoléon avait déclaré _ab irato_ qu'il

connaissait les exigences de la Russie et ne s'y prêterait jamais.

Maintenant, il reprend la question et en délibère avec lui-même, de

sang-froid et à tête reposée. Avec son habituelle acuité de perception,

il va droit au noeud de l'affaire; il le débarrasse de toute ambiguïté,

l'extrait des incidents entassés à plaisir pour le couvrir et le

masquer: il le dégage et l'isole, le fait saillir en plein relief.

Longuement, méthodiquement, il reprend toutes les déductions qui

l'amènent à croire que la Russie en veut à l'intégrité de l'État

varsovien. Doit-il ou non souscrire à cette prétention? C'est ce qu'il

examine ensuite. Il pèse le pour et le contre, met en balance les

arguments qui militent en faveur de l'un et de l'autre parti; aveugle et

rigoureux logicien, il aboutit enfin, par une suite de raisonnements

serrés, à se prononcer pour la négative, à préférer le conflit violent

et la guerre, et nous avons ainsi un mémoire justificatif de sa campagne

de 1812, dicté par lui-même.

Tout d'abord, il pose en principe qu'une guerre avec la Russie serait

chose inopportune et fâcheuse; elle détournerait nos forces de l'Espagne

et nous obligerait à y laisser tout inachevé; elle occasionnerait une

effroyable consommation d'hommes, d'argent, et «ne produirait jamais des

avantages égaux aux sacrifices qu'elle aurait exigés». Il est donc à

désirer qu'elle puisse être évitée. Peut-elle l'être? Pour répondre à

cette question, l'Empereur retrace à grands traits l'historique de ses

rapports avec Alexandre Ier depuis l'alliance, se reporte par la pensée

à Tilsit, repasse par Erfurt, saisit dès 1809 le conflit en germe et

démontre irréfutablement que «la véritable difficulté de la position

actuelle» provient de la conduite tenue par les Russes avant et pendant

la dernière campagne contre l'Autriche, de leurs défaillances

diplomatiques et militaires.

Si l'empereur Alexandre, comme Napoléon l'en avait conjuré, avait parlé

ferme à Erfurt et menacé l'Autriche, celle-ci eût senti la réalité de

l'alliance franco-russe: elle eût craint d'affronter en même temps les

deux grandes monarchies et eût renoncé à la guerre: aucun changement ne

se serait opéré sur les frontières de la Russie; la Galicie n'eût pas

changé de maître. «Si, la guerre ayant eu lieu, la Russie y avait pris

part, comme elle le devait, au moment même et en y employant des forces

considérables, elle serait entrée la première dans cette province, et

les troupes du duché de Varsovie n'y auraient paru qu'en auxiliaires. Le

contraire arriva. Les troupes du duché de Varsovie firent la conquête de

la Galicie orientale, les habitants de cette province prirent les armes

contre l'ennemi, et elle se trouva à la paix dans une telle situation

qu'elle ne pouvait être rendue à l'Autriche et que Sa Majesté fut

obligée de stipuler sa réunion au duché de Varsovie.» La Russie s'est

donc trouvée en présence d'une Pologne à demi reconstituée, qui excitait

ses inquiétudes. Les garanties données ou offertes--cession d'un

district de la Galicie, envoi des troupes varsoviennes en Espagne,

traité stipulant le non-rétablissement du royaume de Pologne--ont paru

insuffisantes, et la Russie est restée en alarme, prête à saisir la

première occasion pour porter atteinte à un ordre de choses dont elle

était responsable et qu'elle jugeait néanmoins incompatible avec sa

sécurité.

Le prétexte dont elle s'est emparée a été l'incorporation de

l'Oldenbourg à l'empire français. «Les arrêts du conseil britannique

forcèrent Sa Majesté à réunir à la France les villes hanséatiques, pour

fermer les ports du Nord au commerce de l'Angleterre. Le duché

d'Oldenbourg fut compris dans cette réunion. La Russie intervint pour le

duc d'Oldenbourg. Le pays d'Erfurt fut offert en indemnité. La Russie la

refusa; au lieu d'en demander une autre, elle fit une protestation,

procédé sans exemple dans l'histoire des puissances alliées. Elle

commença sa protestation par des réserves, et elle la finit par

l'expression du désir de conserver l'alliance: ce qui signifiait assez

clairement qu'elle voulait faire beaucoup de bruit de l'affaire de

l'Oldenbourg sans pousser les choses à bout et en laissant un moyen

d'arrangement.

«Ses projets commençaient à se développer. On vit qu'ils se dirigeaient

contre le duché de Varsovie, dont l'existence et l'agrandissement

l'alarmaient, et qu'ils tendaient, sinon à une réunion totale du duché

aux provinces polonaises russes, du moins à une réunion partielle qui

conduirait incessamment à son entière destruction. Le refus d'accepter

Erfurt comme indemnité avait été motivé sur ce que ce pays n'était pas

contigu à la Russie: or, le seul pays contigu à la Russie sur lequel Sa

Majesté pouvait avoir quelque influence est le duché de Varsovie. Des

insinuations verbales faites par le colonel Tchernitchef et par le comte

Roumiantsof avaient fait comprendre que l'affaire d'Oldenbourg

s'arrangerait, lorsque l'on s'entendrait sur les affaires de la Pologne.

On conçut très bien alors comment la Russie était intervenue dans

l'affaire d'Oldenbourg; comment, en faisant sa protestation, elle avait

exprimé de nouveau son attachement à l'alliance; comment enfin, en

refusant Erfurt, elle n'avait pas fait connaître ce qu'elle désirait.

«Si elle se trouvait blessée, pourquoi ne faisait-elle pas la guerre? Si

elle voulait des indemnités plus ou moins considérables, pourquoi

n'ouvrait-elle pas des négociations? Toute discussion entre des

gouvernements ne peut cependant finir que de l'une ou l'autre de ces

manières; mais la Russie voulait des choses qu'elle n'osait pas avouer.

Elle voulait la cession de 5 à 600,000 habitants du duché en indemnité

de l'Oldenbourg. Cette conséquence de la protestation, des insinuations,

du silence même de la Russie, est évidente.

«Tout porte donc à penser que la paix pourrait être maintenue, si l'on

voulait céder 5 à 600,000 âmes du duché de Varsovie à l'empire russe, et

Sa Majesté est dans l'opinion que s'il existait dans le duché une nation

à part de 5 à 600,000 âmes dont elle eût le droit de disposer, et

qu'elle pût, sans manquer à l'honneur, réunir à la Russie, cette cession

serait préférable à la guerre. Mais toutes les parties du duché ont la

même origine, sont composées des mêmes éléments. Elles appartiennent

toutes au même peuple, qui, quoique partagé, existe toujours dans ses

droits. À mesure qu'un des membres qui en avait été séparé est réuni à

un autre, il se confond avec lui pour faire un corps de nation. Telle

est l'existence actuelle du duché de Varsovie. Ce qui tendrait à le

diviser tendrait à le détruire; la Russie ne l'ignore point; elle sait

très bien que si elle parvenait à faire faire une marche rétrograde au

duché, il n'en resterait pas là; que lorsqu'il aurait perdu 5 à 600,000

habitants, sa perte totale s'ensuivrait à la première circonstance

favorable: que lorsqu'il verrait ses intérêts abandonnés par celui qui

lui donna l'existence, elle pourrait espérer de l'attirer à elle; que

quoique les Polonais ne puissent quitter sans regret les lois

paternelles et libérales du roi de Saxe, ils seraient portés à faire ce

sacrifice pour acquérir une situation définitive, car le plus grand

malheur pour une nation, c'est l'incertitude sur son avenir; qu'enfin il

suffirait que l'existence du duché de Varsovie fût attaquée dans un de

ses éléments quelconques et qu'il cessât de compter sur la protection de

la main puissante par laquelle il existe, pour porter tout ce qui reste

de la Pologne vers la Russie.

«Ces raisonnements sont justes. Il est constant que la cession de 5 à

600,000 habitants entraînerait celle de tout le duché. La question doit

donc être posée d'une autre manière. Il faut examiner s'il convient à la

France d'agrandir la Russie du duché tout entier.

«Cet agrandissement porterait les frontières de la Russie sur l'Oder et

sur les limites de la Silésie. Cette puissance que l'Europe, pendant un

siècle, s'est vainement attachée à contenir dans le Nord, et qui s'est

déjà portée par tant d'envahissements si loin de ses bornes naturelles,

deviendrait puissance du midi de l'Allemagne; elle entrerait avec le

reste de l'Europe dans des rapports que la saine politique ne peut pas

permettre, et en même temps qu'elle obtiendrait de si dangereux

avantages par sa nouvelle position géographique, elle aurait acquis en

peu d'années, par la possession de la Finlande, de la Moldavie, de la

Valachie et du duché de Varsovie, une augmentation de 7 à 8 millions de

population, et un accroissement de force qui détruirait toute proportion

entre elle et les autres grandes puissances. Ainsi se préparerait une

révolution qui menacerait tous les États du Midi, que l'Europe entière

n'a jamais prévue sans effroi et que la génération qui s'élève verrait

peut-être accomplir.

«Sa Majesté est donc décidée à soutenir par les armes l'existence du

duché de Varsovie, qui est inséparable de son intégrité. L'intérêt de la

France, celui de l'Allemagne, celui de l'Europe, l'exigent; la politique

le commande, en même temps que l'honneur en ferait plus particulièrement

un devoir à Sa Majesté.»

La seconde partie du mémoire traite du litige commercial et économique.

L'Empereur rappelle l'ukase prohibitif du commerce français. Il insiste

sur l'ouverture des ports russes aux marchandises coloniales et y voit

la négation même des règles du blocus. Si graves que soient ces mesures,

elles ne sauraient pourtant, prises en elles-mêmes, constituer un motif

valable de rupture: «il faudrait plaindre les États qui se battraient

pour des intérêts partiels du commerce.» Mais les faits incriminés ont

une valeur essentielle à titre d'indications et de symptômes; ils

marquent une évolution progressive de la Russie vers l'Angleterre, ils

trahissent chez elle une partialité pour nos ennemis, un désir de

rapprochement qui conduira peu à peu les deux États à une réunion

complète, et l'Empereur est résolu à ne pas attendre cet aboutissement

inévitable de la politique russe pour «soutenir ses droits par les

armes. Si la France, pour éviter la guerre, préférait laisser la Russie

faire la paix avec l'Angleterre, elle ne parviendrait point à son but.

Une paix faite par un allié avec l'ennemi commun, non seulement sans un

accord préalable, mais en violation des traités, amènerait promptement

une mésintelligence ouverte qui porterait bientôt la Russie à

s'abandonner sans réserve à l'Angleterre. Nous la verrions mêlée dans

ses intrigues, et la guerre serait le résultat inévitable et prochain

d'une position si singulière.»

Ainsi, sous quelque point de vue que l'on envisage le différend, la

guerre est au bout: tous les raisonnements de l'Empereur, toutes les

parties de son discours, comme autant d'avenues convergentes, ramènent à

la même conclusion: nécessité de la guerre. Cette guerre, Napoléon

entend plus que jamais la faire offensive. Mais l'état actuel de ses

préparatifs, retardés par leur grandeur même, s'oppose encore à cette

initiative. Puis, les négociations avec l'Autriche, avec la Prusse, avec

toutes les puissances qu'il importe d'enrôler dans nos rangs, sont

restées à l'état d'ébauche. Enfin, la saison est trop avancée pour

permettre en 1811 une série d'opérations fructueuses. Dans le Nord, où

la grande difficulté pour l'envahisseur est de se pourvoir en

subsistances et surtout en fourrages, la saison propice aux hostilités

est la fin du printemps: alors, l'épanouissement d'une végétation

tardive, mais exubérante, «fait naître le fourrage sous les pieds des

chevaux[270]»: la cavalerie, l'artillerie, les équipages militaires

trouvent sur place à se ravitailler, sans recourir à de difficiles et

dispendieux transports. C'est à cette époque que la Prusse orientale et

la Pologne, avec leurs plaines fertiles et leurs vastes prairies, se

formeront pour nous en dépôt d'approvisionnements créé par la nature, en

grenier d'abondance.

[Note 270: Paroles de Napoléon lui-même. _Recueil de la Société

impériale d'histoire de Russie_, XXI, 374.]

Par tous ces motifs, décidant la guerre, Napoléon décide en même temps

et encore une fois de la différer: il en fixe l'époque au mois de juin

1812. Tous ses efforts d'ici là ne tendront plus qu'à gagner du temps.

Mettant une sourdine à sa colère, il va exprimer de nouveau et sans

relâche à la Russie le désir de traiter, bien certain qu'on ne le

prendra pas au mot et qu'il peut impunément multiplier ses invites. Sous

le couvert de ces démonstrations pacifiques, il poussera à fond ses

armements et ses levées. Simultanément, sa diplomatie reprendra contact

avec l'Autriche et la Prusse, avec la Suède et la Turquie, afin qu'il

n'ait plus, au moment décisif, qu'à cueillir des alliances parvenues à

maturité. Ainsi, sans bruit et sans éclat, tout se préparera pour la

grande entreprise. Enfin, lorsque toutes nos forces seront en ligne,

lorsque nos alliances seront formées, lorsque Napoléon verra arriver

l'heure marquée dans ses profonds calculs, il donnera brusquement le

signal: après avoir mis près d'un an à tendre et à bander les ressorts

de sa puissance, il les lâchera brusquement, donnera l'impulsion aux

cinq cent mille hommes réunis sous sa main, viendra à leur tête aborder

impétueusement la Russie. Voilà le plan grandiose et félin qui s'est

esquissé dans son esprit dès le début de l'année et auquel il s'arrête

définitivement en août 1811; il le fixe alors sur le papier: il

l'indique en quelques mots dans le mémoire du 16 août, avec les actions

diverses que ce plan comporte et le dénouement foudroyant auquel elles

doivent aboutir: c'est comme une règle de conduite qu'il se trace par

écrit, pour plus de méthode, et à laquelle nous le verrons

rigoureusement s'astreindre.

Les considérations développées, dit le mémoire, «n'ont laissé aucun

doute à Sa Majesté sur la question dont elle cherchait la solution». En

conséquence, elle a prescrit trois séries d'opérations parallèles. Elle

a ordonné de continuer les négociations avec la Russie; elle a ordonné

que «des négociations soient ouvertes avec l'Autriche et avec la Prusse,

afin que, si d'ici à six mois la Russie persiste dans son système

ironique de se plaindre sans cesse et de ne s'expliquer sur rien, Sa

Majesté puisse établir un nouveau système d'alliances par des traités

qui ne seraient signés qu'à l'expiration de ce terme». Enfin, Sa Majesté

a ordonné que «dès à présent les armées soient mises sur le pied de

guerre, afin que le mois de juin arrivant, époque où la saison devient

favorable aux opérations militaires dans les pays où Sa Majesté devrait

porter ses armes, elle soit en mesure, si elle est forcée à la guerre,

de venger la foi des traités qu'on ne jura jamais en vain, de défendre

le duché de Varsovie et de le consolider en ajoutant à son étendue et à

sa puissance».

On remarquera que l'Empereur, dans cette dernière partie du mémoire,

affecte encore de s'exprimer sur la guerre en termes dubitatifs; il

termine même en paraphrasant la maxime qu'il qualifie de banale: «_Si

vis pacem, para bellum._» Mais quelques réticences voulues, quelques

phrases de pure forme sauraient-elles prévaloir contre l'ensemble du

texte et l'orientation générale des idées? Dans un document destiné à

rester, un souverain n'avoue jamais qu'il va délibérément et de parti

pris à la guerre, lors même qu'il la veut et la décrète intimement. Au

reste, tout projet humain, fût-il conçu par le plus volontaire des

hommes, laisse une part à l'inconnu et aux contingences de l'avenir.

Napoléon ne jugeait pas tout à fait impossible que la Russie, épouvantée

par nos préparatifs, consentît au dernier moment à rentrer dans

l'alliance sans conditions ni garanties. Seulement, il se réservait en

ce cas d'exiger des sacrifices proportionnés aux efforts et aux dépenses

que les Russes lui auraient occasionnés: il n'entendait pas faire pour

rien une immense et coûteuse expédition jusqu'au seuil de leur empire.

Non content de les assujettir à ses volontés sur tous les points en

litige, il leur retirerait les avantages concédés à Erfurt, les

priverait de la Moldavie et de la Valachie, les réduirait pour longtemps

à un état d'impuissance et de nullité, et certains passages de son

mémoire ne laissent aucun doute sur cette intention de les traiter en

vaincus, lors même qu'ils viendraient à lui et s'humilieraient au seul

contact du fer. Au fond, il n'admet plus qu'une solution par les armes,

une capitulation de l'adversaire sous le coup ou sous la menace

immédiate de la défaite. C'est en ce sens que les journées des 15 et 16

août 1811 inscrivent une date décisive dans l'histoire de la rupture:

elles marquent l'instant où Napoléon renonce à toute idée de

transaction, où il se promet d'imposer purement et simplement la loi par

la pression de ses armées, et ajourne en même temps à l'échéance de dix

mois cette grande contrainte.

Napoléon et Alexandre Ier (3/3) L'alliance russe sous le premier Empire · 第 31 / 102 题