L'invasion d'un grand nombre de nos départements par les campagnols
avait vivement ému les agriculteurs, et la lutte contre les terribles
rongeurs s'était partout organisée par des moyens variés qui, tous,
avaient donné d'assez médiocres résultats.
Mais voici que l'on signale la disparition de l'ennemi dans les
départements des Deux-Sèvres, de la Vienne, de la Charente, de la
Charente Inférieure et de la Haute-Marne. Et cette disparition est toute
spontanée. Elle est l'aboutissant naturel de l'évolution sociale,
pourrait-on dire, des invasions des rongeurs, qui passe toujours par ces
trois phases: période de multiplication, période de pullulation, période
de disparition, cette dernière s'opérant rapidement.
Les criquets disparaissent aussi de cette façon. La cause directe de
cette disparition semble être une maladie microbienne qui se répand
d'autant plus facilement que les campagnols dévorent leurs congénères
malades.
Mais le développement de cette maladie est lui-même la conséquence du
manque de nourriture et de l'état d'étiolement des campagnols.
En émigrant du sud vers le nord, les campagnols ont rencontré des
terrains granitiques et froids--notamment ceux de la Câline et du
Bocage, dans les Deux-Sèvres--et, étant très nombreux, ils sont vite
devenus la proie de la famine.